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Avec son format Domingo, l’IBOAT conjugue dimanche avec fête

dans DIVAGATIONS LOCALES/VIE DE QUARTIER

L’IBOAT lance son nouveau format ; Domingo. Avec une petite particularité ; les festivités auront lieu le dimanche. Relativement rafraîchissant à Bordeaux, ce club dominical prolonge le temps de la fête et vise à « abolir la déprime » de fin de semaine. Premier épisode le 8 décembre avec un plateau 100 % local, et gratuit (avec invitations à retirer juste ici) !

Crédit photo : felibrilu

Quel meilleur remède à la classique déprime qui guette du dimanche ? L’IBOAT a la solution ; prolonger le week-end et investir nos après-midi dominicaux. Adepte des changements de rythmes, du défrichage de nouveaux formats et de l’extension du domaine de la fête, le club bordelais lance Domingo. Avec ce nouveau concept festif en ville, l’équipe du bateau vient combler un manque à Bordeaux, à l’heure où les événements diurnes ont largement démontré l’engouement qu’ils suscitaient.

Un premier Domingo dédié aux locaux

Le premier volet de cette fête dominicale aura lieu le dimanche 8 décembre. De 16h00 à 23h59, 3 collectifs locaux se succéderont aux platines pour faire danser les aficionados de la fête sans frontière de temps. Le crew de Bordeaux Open Air – habitué des dimanches à travers la série d’événements organisés dans les parcs bordelais tout au long de l’été – partagera le deck avec SUPER Daronne ainsi que le collectif Amplitudes.

Cette première teuf du dimanche, gratuite et dédiée aux acteurs locaux, l’IBOAT compte bien en faire un véritable rendez-vous pour le public bordelais. Le ferry n’en est d’ailleurs pas à son premier coup d’essai concernant le dimanche, puisque son équipe l’a déjà expérimenté avec concerts, marchés, propositions food et apéro.

Le dimanche, la fête est plus folle ?

Ce format dominical, d’autres clubs français l’ont déjà éprouvé. Ça a pu être le cas par exemple de l’institution parisienne (feu) Concrete. Au-delà de sa licence 24 heures qui lui avait permis de rester ouverte non-stop tout le week-end, la célèbre péniche s’était lancée et fait connaître dès 2011 grâce à ses dimanches et ses fêtes bi-mensuelles organisées de 7h00 du matin à 1h00 le lundi matin… Une expérience club appréciée des fêtards qui pouvaient l’envisager comme un after idéal pour terminer le week-end.

Mais au-delà de la dimension « after » de cette journée, c’est une toute autre expérience qui peut y être insufflée. En France, Le Sucre fait ainsi figure de pionnier sur ce terrain-là. Depuis 2013, cette institution des nuits lyonnaises propose également des événements diurnes le dimanche qui connaissent de véritables succès grâce à une programmation de poids-lourds de la musique électronique mondiale. Rien que sur le mois de novembre on a pu y voir défiler The Black Madonna, MCDE (Motor City Drum Ensemble), John Talabot, Boys Noize, Peach, Robert Hood… Le club affiche d’ailleurs régulièrement complet sur ces journées baptisées S. Society. De quoi présager de belles choses pour Bordeaux qui ne peut que voir d’un bon œil cette extension du domaine de la fête…
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Podcast : rencontre avec le collectif Hill Billy

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Le Type s’en est allé dans les entrailles du bateau intelligent afin d’y rencontrer le collectif de musiques électroniques Hill Billy en résidence à l’Iboat. Ce soir là, le collectif qui porte des tongs since 2018 avait invité le label Allemand Giegling à faire danser les matelots noctambules jusqu’au matin. Melchior, Bastien, Léopold, Antoine et Maxime ont accepté de nous rencontrer 15 minutes après l’ouverture des portes afin de nous parler du collectif et de leur conception de la fête.

Artwork : Alice Belair


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Entretien avec Florian, programmateur de l’Iboat

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Lieu culturel et club qu’on ne présente plus à Bordeaux, l’Iboat vient de fêter ses 8 ans à renfort d’une belle programmation, à l’image de ce qui est proposé tout au long de l’année en son sein. Témoin de la démocratisation des musiques électroniques en ville, l’équipe du bateau jouit depuis 2011 d’une notoriété sur ce terrain-là, et a pu observer l’évolution des mentalités, des styles musicaux et du changement de regard des pouvoirs publics vis-à-vis de cette culture. Se considérant comme « défricheur des cultures de marge », l’Iboat se voit d’ailleurs comme un « hub » à destination des jeunes acteurs et promoteurs locaux. À l’occasion de cet anniversaire, on a rencontré Florian, son programmateur, avec qui on dresse un état des lieux de la scène bordelaise, de l’émergence d’une multitude de collectifs et des divers épisodes qui ont jalonné l’histoire du club ; de l’expérience d’un festival à de récents formats réinventés en passant par une volonté de développer des activités hors les murs et des dates marquantes… Entretien fleuve.

Crédit photo : Miléna Delorme

Le Type : Salut Florian ; joyeux anniversaire à l’Iboat qui vient de souffler sa huitième bougie – comme Le Type d’ailleurs. En 8 ans, qu’est ce qui a changé à Bordeaux sur le plan des musiques électroniques selon toi ?

Florian : Joyeux anniversaire Le Type ! Au début de notre arrivée en 2011, on était plus ou moins seul, avec d’autres propositions différentes des nôtres. Le mythique 4 Sans venait juste de fermer. Entre temps, on a vu une volonté politique plus forte émerger petit à petit. De nôtre côté on a aussi fait un travail de relations publiques avec ces acteurs, qui ont depuis compris ce qu’on faisait, notamment musicalement.

Tu dirais qu’il y a un soutien des pouvoirs publics locaux envers les cultures électroniques et envers l’Iboat aujourd’hui ?

Oui, il y a un soutien et une volonté de comprendre la nuit avec des groupes de travail “Bordeaux la nuit” initié par la Mairie. C’est entre autre ce qui a changé en huit ans. On travaille main dans la main avec les collectivités, ce qui nous a permis de faire évoluer leur vision. On a fait des projets avec eux, comme par exemple avec la cathédrale de Bordeaux où on a mis en place un live techno gratuit. On a aussi déjà investit le CAPC Musée d’Art Contemporain de Bordeaux avec une nuit techno, là aussi en collaboration avec la ville.

D’autre part, ce qui a changé en huit ans c’est qu’au début on était considéré comme alternatif. Ce qui n’est plus forcément le cas aujourd’hui… bien que la programmation n’ait fondamentalement pas changé. Le terme « défricheur des cultures de marge » serait davantage adéquat pour définir ce que l’on fait. Effectivement, entre temps, les musiques électroniques se sont popularisées auprès du grand public en quelques années. Il y avait eu un premier cycle à l’époque de nos parents qui est retombé vers la fin des années 1990, et là on est dans la seconde vague. Aujourd’hui on est dans une sorte d’effet de mode qui à Paris est devenu un mouvement générationnel. À l’ouverture de l’Iboat on était clairement dans une mode techno berlinoise, et maintenant on peut dire que les musiques électroniques se sont divisées davantage en sous genre, avec en ce moment une visibilité plus forte de la house à Bordeaux comparé à Lyon. Les modes marchent souvent par cycles.

La différence avec la première vague de nos parents c’est l’avènement d’internet, chaque mouvement musical est toujours lié à une innovation technologique. Les machines ou les premiers ordinateurs pour la vague de nos parents. La démocratisation des ordinateurs personnels, le développement de logiciel de musique, l’internet pour l’écoute et le téléchargement des musiques immatériels, la diffusion de cette culture et cette musique qui n’est pas diffusée sur les grands médias.

Une autre chose qui a évolué en huit ans à Bordeaux c’est qu’on voit de plus en plus d’événements diurnes émerger (cet été il y avait Bordeaux Open Air, L’Orangeade, Le Verger…). Vois-tu cela comme une menace par rapport à l’offre club ? Observes-tu une inversion de la temporalité jour/nuit qui pourrait se faire ressentir en termes de fréquentation pour l’Iboat ?

Il faut dire qu’avec la volonté de la Mairie, il y a eu cet été un événement diurne consacré aux musiques électroniques chaque jours de la semaine ! Ces événements diurnes organisés par des associations sur l’espace public sont bien souvent gratuits et subventionnés par les collectivités à hauteur de 3000€ jusqu’à 50000€ pour certains.

Certains sont plus destinés au grand public tandis que d’autres sont plus de niche. C’est le cas du Verger qui vient de se terminer : c’était un événement qui s’adressait aux des aficionados de la musique et qui ont fait un travail remarquable. D’autres sont plus accessibles comme Bordeaux Open Air ou L’Orangeade. Vu qu’ils sont gratuits, il peut y avoir des personnes de tous les ages qui s’y rendent : un public plus large qui se laisse tenter par le jardin public transformé en dancefloor. Ils ont le mérite de sortir notre musique en dehors des clubs, de la populariser et de la promouvoir, loin de la musique électronique EDM qu’on peut entendre à la radio. De ce fait ces offres culturelles sont plutôt complémentaires avec l’Iboat puisque ces événements se terminent vers minuit, moment où le club ouvre. Certaines personnes qui s’y rendent ont souvent envie de continuer la fête et viennent chez nous. Pour nous il n’y a donc pas de changements par rapport à cela, voir une convergence.

À quelques occasions, on s’exporte aussi hors du bateau, début octobre, on a collaboré avec le FAB en proposant une programmation musicale électronique accompagnant leur QG à St-Michel. On a commencé à proposer cet été des formats Open Air sur notre nouvelle terrasse. Ces formats seront développés sur la nouvelle saison. On avait même eu la visite surprise de Terrence Parker un lundi soir, mémorable !

Bordeaux Open Air. Crédit photo : Miléna Delorme

On sent aussi à Bordeaux et dans d’autres villes une volonté du public de se rendre dans des événements moins contraints que des clubs, tels que des warehouse, comme les Demain Kollectiv, pour sortir du format club et expérimenter de nouveaux lieux. Le format club est-il encore pertinent en 2019 selon toi ?

Il y a de plus en plus de publics, avec un S à la fin. Effectivement, les musiques électroniques se sont popularisées, ce qui fait que les clubs se sont un peu gentrifiés. C’est un phénomène que l’on observe en France. Après, certaines personnes cherchent aussi d’autres expériences plus permissives. Essayer de re-vivres les premières raves des années 1980. Pour notre part, nous n’irons jamais dans l’illégalité avec la structure de l’Iboat. Chaque modèle a ces avantages et ces désavantages. Notre club est ouvert à l’année, avec des salariés professionnels en CDI. Nous payons notre loyer, les prestataires et toutes les charges liés à une entreprise du spectacle avec des périodes de basse saison et haute saison. C’est un fonctionnement beaucoup plus lourd à porter que de faire des one-shots avec des bénévoles ou du personnel payé à l’heure.

Les deux types d’expérience sont fondamentalement différent dans leur fonctionnement. Notre façon de nous différencier, c’est d’être le plus professionnel possible, de se renouveler constamment et d’inviter les meilleurs artistes internationaux à bord. C’est mon positionnement : accueillir les meilleurs artistes internationaux, connus ou en devenir. C’est aussi d’accueillir le public avec un sound system bien réglé. Celui de l’Iboat est d’ailleurs l’un des sound system les mieux réglés des clubs en France.

L’Iboat. Crédit photo : Pauline Roquefeuil

Quelle importance tu accordes au sound system d’un club ?

Au départ nous avions un Funktion one mais il n’était pas adapté aux concerts que nous faisons en première partie de soirée. Depuis, nous avons un système d&b, directement réglé par des ingénieurs de la marque venus l’installer au bateau. Notre problématique c’est que notre bateau est constitué de fer. Or le béton et le fer sont deux matériaux qui font résonner le son. Il a fallu donc paramétrer sur des ordinateurs et calculer la courbe de la coque pour faire en sorte que le son soit efficient partout… On fait appel a de l’ingénierie de malade en perpétuel perfectionnement ! Aujourd’hui, le son est aussi bien calé à l’avant qu’à l’arrière avec des rappels cachés dans les plafonds ; ce pourquoi je considère que c’est l’un des meilleurs. C’est comme ça qu’on va aussi se différencier d’une warehouse qui est peut-être plus permissive mais qui va se contenter de poser des enceintes pas forcément bien réglées. C’est aussi la beauté de la warehouse d’ailleurs.

Tu parlais tout à l’heure de gentrification. Comment on fait pour rendre un club inclusif et ouvert à des communautés et des catégories autres que les CSP+ ? À travers ton travail de programmation comment tu vas chercher ces nouveaux publics ?

Pour nous, à partir du moment où tu aimes la musique, que tu n’es pas en état d’ébriété, et que tu te comportes bien avec tout le monde ; tu as le droit de rentrer. Tu as le droit d’être là, quelque soit ton statut social. Je n’ai pas l’impression qu’on soit un club de riche, on n’a pas de carré VIP, ce n’est pas notre positionnement Le public est assez brassé à l’Iboat, avec pas mal d’étudiants notamment. On pratique aussi des prix à l’entrée qui sont progressifs en fonction du moment où tu achètes ton billet. Ça peut commencer à 5 euros, un tarif correct quand tu veux aller voir Carl Craig ou Robert Hood… C’est démocratique et permet d’aller toucher un public qui a moins d’argent. On ne veut pas se fermer et n’accueillir que des CSP+.

As-tu d’autres modèles de clubs en France ou en Europe qui t’inspirent ?

Je pense forcément aux clubs à Berlin comme la figure de proue de notre génération le Berghain. On n’y perd toute notion de temps dedans, sans téléphone portable auquel on n’a pas accès pour faire des photos… Ça permet aux gens de se reconnecter avec ce qui se passe, c’est assez intéressant. Après, malheureusement, ce ne sont des expériences qu’on ne peut avoir que dans certaines villes, qui sont bien souvent des capitales ville-monde. Londres était la capitale du Rock pour cette musique, Berlin pour le mouvement de la techno (même si effectivement Amsterdam pourrait nous surprendre). Ce qui fait la force et l’ambiance d’un club c’est à 50 % sa direction artistique et l’autre 50 % c’est aussi son public. Il y a beaucoup d’autres bons clubs en France mais je ne vais pas les citer par peur d’en oublier… Peut- être un nom ; le Macadam à Nantes où je suis allé mixer il y a peu, c’est une super aventure humaine avec une belle équipe !

Le Berghain, modèle de club. Crédit photo : Simon Tartarotti

En autre club français, il y a le Batofar à Paris, qui a récemment fermé et qui était lié à l’Iboat. On a appris récemment l’arrivée de son ancien programmateur au BT59. Comment perçois-tu l’arrivée de cet ancien collègue dans un club local et est-ce que tu envisages de travailler en synergie avec lui ? Plus globalement, est-ce que tu travailles en collaboration avec les autres clubs de la ville ?

Je travaille avec tous les promoteurs, collectifs et clubs de Bordeaux (voir France également). On échange régulièrement tous ensemble au téléphone ou à l’apéro (rires). La plupart sont des potes. On travaille tous ensemble, en intelligence, sans essayer d’écraser les uns les autres, puisque plus il y aura d’offres à Bordeaux et plus les gens auront envie de sortir, de découvrir notre passion. Il y a une vraie synergie à trouver entre les clubs et les warehouse, ou même les collectifs qui font des événements, de jour comme de nuit. La plupart de ces acteurs sont d’ailleurs passés en stage à mes côtés. Je suis assez fier de ce qu’ils font aujourd’hui. Mon rôle c’est d’accompagner ces collectifs. Il leur arrive souvent d’avoir des résidences ou de venir organiser des soirées au club. L’Iboat se voit un peu comme une maison d’accueil, un hub pour tous les acteurs locaux. On parle à tout le monde, il n’y a pas de souci de ce côté-là. Idem pour le BT.

Tu envisages l’Iboat comme un « hub » pour les collectifs locaux : quelle est la politique du club par rapport à ces collectifs émergents ? Comment vois-tu la place de l’Iboat là-dedans ?

Il y a huit ans il y avait essentiellement des promoteurs autodidactes qui organisaient des soirées. Ce qui a basculé aujourd’hui c’est que ce sont les crews qui ont pris le pouvoir et ont remplacé les promoteurs en local. Souvent, ces crews sont des bandes de copains passionnés. En voyant d’autres organiser un open air, ils se disent pourquoi pas eux? On travaille avec quasiment tout le monde. Même les plus émergents, que l’Iboat incube d’une certaine façon. Mon rôle c’est d’accompagner ces nouveaux acteurs car l’Iboat est une sorte de maison. Et on ne veut pas être le seul lieu qui va diffuser de la musique électronique à Bordeaux ; ma direction artistique n’est pas omnisciente, je ne connais pas tout et ne programme pas tout de facto. On est aussi content que certains autres acteurs éveillent la belle endormie. On est souvent les premiers à venir chez eux, dans leur événement pour les soutenir, quand on n’est pas en train de bosser…

Ne penses-tu pas que Bordeaux manque de lieu, malgré tout ? Et que l’arrivée d’un nouveau club de musiques électroniques serait la bienvenue ?

C’est vrai qu’il n’y a pas autant d’offre qu’à Lyon ou Paris par exemple. Mais, d’un autre côté, la ville de Bordeaux est beaucoup plus petite, avec au mieux 500000 personnes (plus d’un million à Lyon) – ce sera 1 million à Bordeaux en 2030. Aussi, la ville a un passif très rock, avec des groupes comme Noir Désir. Ce qui peut expliquer peut être en partie cette différence. On essaye avec notre équipe de développer quand même d’autres projets en dehors de l’Iboat. Par exemple une programmation techno au cœur de la Base sous marine à 500 mètres, ou un roller disco avec Cerrone. Ou encore un live techno et show laser dans une cathédrale, de la musique dans les jardins de l’Hôtel de ville, au CAPC, investir le Rocher de Palmer le temps d’un concert de Nils Frahm ou Darkside… On est une équipe de programmation qui ne souhaite pas s’enfermer dans son QG mais qui cherche à s’ouvrir dans d’autres lieux. Pourquoi pas travailler avec l’opéra prochainement… c’est peut-être dans les tuyaux…

Florian à l’Iboat. Crédit photo : Miléna Delorme

Vous avez aussi tenté l’expérience festival avec le Hors Bord. Est-ce que Bordeaux ne manque pas d’un festival emblématique des cultures électroniques ? Pourquoi ne pas avoir développé un peu plus le Hors Bord ?

Le Hors Bord a été développé avec des copains de Paris, Amical Production. Une telle aventure est très chronophage, nous étions pas mal pris par la gestion du club en parallèle ouvert toute l’année sans interruption. Entre les clubs qu’on doit promouvoir, les concerts, les formats apéroboat, le restaurant… ça prend beaucoup de temps. Le but de la collaboration avec Amical c’était d’être complémentaire. Au bout de deux éditions, on a vu qu’on ne travaillait pas de la même manière, ce pourquoi on a préféré arrêter l’aventure. Ils ont souhaité conserver le nom pour essayer de continuer à Bordeaux sans nous. Le nom ne nous appartient plus. Après, je ne regarde pas du tout derrière. Aujourd’hui il y a plein de choses à faire sur Bordeaux et peut-être qu’un festival sur l’année prochaine est en réflexion…

C’est la direction que vous voulez prendre avec Ahoy! ?

Ahoy! est davantage orienté sur les live, les concerts… Il n’y a pas de DJ sur scène. Ce n’est pas un festival, c’est plutôt une ouverture de la saison d’été qui se referme avec la date anniversaire fin septembre. Ahoy! c’est un événement sur le quai du bateau qui nous permet d’œuvrer au développement du quartier des Bassins à Flot et de Bordeaux avec des offres culturelles sur ce lieu. Pour ce qui est de l’organisation d’un véritable festival, on le fera plutôt en interne à l’avenir sauf si une structure nous sollicite entre temps.

Pour continuer sur la question de la scène locale, on observe qu’il y a assez peu de producteurs de musiques électroniques à Bordeaux – bien qu’il y ait énormément de dj’s. Penses-tu que c’est pour cette raison que la scène n’est pas aussi bien identifiée que des villes comme Nantes ou Lyon par exemple ? En tant que programmateur, tu ressens ce déséquilibre ?

La différence avec des villes comme Nantes ou Lyon c’est que là-bas il y a eu une vraie volonté politique de développer cette culture qui remontent. Nuits sonores (festival lyonnais de musiques électroniques et indépendantes, ndlr) a fêtée sa 17ème édition cette année. Toute une génération a été bercé par ce festival ! Il y a eu une vraie volonté des pouvoirs publics d’accompagner ces esthétiques, créant de fait une dynamique dans la ville. Il y a plein de collectifs sur Lyon aussi. C‘est ce qui a créé une émulation. A Nantes il y a le Scopitone, avec un véritable engagement culturel, avec une saison qui va au-delà de la musique avec des expositions, cultures numériques…

Sur Bordeaux il y a un basculement qui est en train de s’opérer. Mais ça ne peut pas venir que des salles de diffusion ; il faut tout un écosystème qui favorise cette émergence dans la ville. Aujourd’hui ça va dans le bon sens avec un disquaire spécialisé qui s’appelle le Boudoir Sonore, une radio qui vient de se créer : Ola Radio. Elle promeut les locaux et travaille beaucoup avec les collectifs. Parallèlement on voit se développer de plus en plus d’événements éphémères. Tous les clignotants sont au vert aujourd’hui pour voir émerger de nouveaux artistes.

Il y a quand même des producteurs au sein de la scène tels que Jann qui a déjà eu des sorties sur Pinkman Records. Il était en résidence à l’Iboat pendant trois ans, durant laquelle il invitait ses propres artistes. Il y a aussi Anetha qui est originaire de Bordeaux aussi (même si elle n’y vit plus). Djedjotronic également est revenu vivre ici. Laroze, Succhiamo (Panoptique et la chanteuse de J.C. Satàn) sur Antinote …Il y a donc quand même quelques artistes et plein d’autres producteurs…

En huit ans, la ligne artistique de l’Iboat a-t-elle évoluée ? En tant que directeur artistique d’un tel lieu, comment te renouvelles-tu et te tiens-tu au courant des nouveautés ? Comment faire pour être toujours pertinent dans tes choix ?

C’est mon éternelle question… Il faut toujours se remettre en question sur la programmation. Même si c’est compliqué de révolutionner une programmation par ailleurs. Ce qu’on peut faire, c’est évoluer. C’est possible car les musiques électroniques sont parcourus par des courants et des modes. Je voyage pas mal en allant constamment à l’étranger à Londres, Berlin, Amsterdam.. ou Lyon, Paris… mes potes m’appellent le ministres des affaires étrangères pour me charrier. Voyager me permet de m’imprégner de ce qu’il se fait ailleurs pour pouvoir proposer le meilleur à Bordeaux. Je rencontre ainsi, les programmateurs et acteurs de la scène européenne, ça facilite mon travail par la suite.

Sur les premières années du club on avait Jennifer Cardini qui faisait office de marraine informelle. Elle m’a pas mal aidé, c’était la première fois que je programmais dans un club en 2011. Quand j’avais besoin d’elle, elle a toujours été là. Ensuite, au bout des 3 ans j’avais mis en place des résidences de locaux dont Jann… Je m’appuyais sur ces locaux qui, chacun dans leur esthétique, invitaient d’autres artistes plus connus ou d’autres locaux afin de ne pas avoir une seule vision de la musique électronique, car je veux que ce soit un lieu pour tous les bordelais. Après, on a lancé des résidences d’artistes internationaux. On avait misé à l’époque sur Mézigue, Voiski, Bambounou, Palms Trax, Antal… Ils co-programmaient avec moi ; ils avaient chacun leur résidence tous les trois mois. Cet été, je suis parti sur une thématique « tour de France » en invitant des collectifs de tout l’hexagone comme le Méta a Marseille, Tapage Nocturne à Lyon, Midi Deux à Rennes… On est allé chercher des gens qui font bouger la France pour les ramener à Bordeaux ! A la rentrée 2020 il y aura peut être une nouvelle résidente bordelaise…

Au-delà de la programmation, il y a la question des formats. Ca a tellement été la course au booking notamment sur Paris que les prix des artistes sont hallucinants en France si l’on compare à il y a 10 ans. Cela ne peut pas durer car ce modèle est trop fragile et beaucoup sont en difficulté.

L’évolution de la programmation viendra par le développement de format concept, un retour vers l’esprit de la fête. Récemment on est allé créer un format club queer qui s’appelle Iridescence avec le collectif Maison Éclose, un collectif de créatures queen sur Bordeaux. Ce format queer inclusif donnera la parole à des icônes gay avec qui on revisite le club, avec une scénographie dédiée. On a aussi il y a peu lancé le format « Icône » en décalage horaires. C’est un club avec des artistes iconiques, qui parlent à plusieurs générations, notamment celle qui sortait avant et qui ne sort plus trop aujourd’hui… Ça peut être la programmation d’artistes de légende comme Carl Craig, Laurent Garnier ou Michael Mayer, qu’on programme le vendredi dès 22h00… L’artiste joue tôt et on assiste à un vrai mélange générationnel des publics qui n’est pas la spécificité des clubs en France. L’entrée est d’ailleurs gratuite pour les plus de 40 ans. On réfléchit aussi à des formats d’ouverture du dimanche comme a pu faire Concrete (club parisien ayant récemment dû fermer ses portes, ndlr) par exemple, sans passer par la case after car on reste un lieu pluridisciplinaire.

Y-a-t-il des artistes que tu as en vue et que tu souhaites programmer dans les prochains mois à l’Iboat ?

On a très envie que Red Axes reviennent… J’ai aussi très hâte de voir Emma DJ, CEM. DK avec Zaltan en back-to-back. C’était un des temps forts du Lente Kabinet (le petit festival de Dekmantel) … Il y aussi Ouai Stéphane que j’ai trop envie de voir, c’est assez intriguant. C’est la future sensation de l’année prochaine je pense.

En 2019, il y a une date qui t’a particulièrement marqué au bateau ?

Le Dekmantel Soundystem en all night long ! Thomas, du duo, n’avait pas pu venir. Du coup Casper Tiejrol, a fait 6 heures de set seul et a complètement retourné l’Iboat jusqu’à 6h30 ou 7h00 du matin… Octo Octa et Eris Drew aussi qui sont de purs dj’s techniquement. Stingray aussi, comme d’hab ! Djedjo aussi qui a fait son nouveau live EBM. Omar S qui a toujours des plaques de malade. Pour la petite histoire avec Omar S : il n’avait jamais joué au bateau… Il était venu au festival Hors Bord que j’organisais. On avait essayé par tous les moyens de le faire mixer sur l’Iboat mais il ne voulait pas, parce que c’était un bateau ! Il a une phobie des bateaux… On a finalement réussi à le faire venir mais, 5 minutes avant de jouer, on est descendu dans la cale, il ne se sentait pas très bien, je pensais qu’il n’allait jamais jouer, j’ai vraiment flippé. Finalement je suis resté avec lui, ça s’est très bien passé, il a fait un set de malade… !

La très classe rentrée des classes de Night Cool en 5 morceaux

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS

Nouvelle rentrée pour Night Cool, promoteur bordelais qui peut se targuer d’avoir fait jouer dans nos salles, clubs et festivals locaux un paquet d’artistes élégants, toujours dans une volonté de décloisonner les genres, de L’Impératrice à Jacques, en passant par Odezenne, Miel de Montagne, Bagarre et bien d’autres encore (voir la liste complète sur leur site internet). Pour les prochains mois, les organisateurs ont concocté là encore un très joli programme avec de belles dates entre l’Iboat, le Rocher de Palmer, la Rock School Barbey ou le Krakatoa. Tour d’horizon de cette rentrée à la fois pop, rêveuse et jouissive à travers 5 morceaux de 5 artistes qui joueront ces prochaines semaines à Bordeaux grâce à Night Cool.
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Las Aves – Latin Lover (le 2 octobre à l’Iboat)

Pop, trap, électronique & R’N’B : une hybridation qui réussit au groupe Las Aves, « gang du futur » qui sort avec I’ll Never Give Up on Love Until I Can Put a Name on It un deuxième album très convaincant. Après une exploration de Shangaï avec le bien nommé Die in Shangai, ce second opus propose un voyage imaginaire qui devrait s’apprécier d’autant mieux en live. Le groupe jouera à l’Iboat le 2 octobre.

Papooz – You and I (le 5 octobre au Krakatoa)

Après un album (Green Juice) successfull ayant fait le tour du monde (jusqu’au Japon), le duo Papooz (qu’on avait rencontré à l’occasion de son passage à vie sauvage en 2016) revient en pleine forme avec Night Sketches, bien parti pour suivre le même chemin que son successeur. Des balades pop catchy s’y fredonnent avec une certaines tendance à regarder dans le rétro, tout en en gardant le meilleur et le plus frais.

Biche – L’Essor (le 24 octobre à l’Iboat avec La Récré)

Avec son premier album La Nuit des Perséides, Alexis aka Biche s’est fait une place de choix sur la nouvelle scène psyché-pop-nonchalante francophone qui n’en finit plus de voir émerger de multiples talents (on pense à une galaxie d’artistes comme Forever Pavot, Miel de Montagne et un paquet de groupes d’ailleurs déjà programmés par Night Cool).

Ouai Stéphane – Ouai (le 9 novembre à l’Iboat)

Notamment repéré par sa très absurde et jouissive parodie du format Cercle, Ouai Stéphane est surtout responsable de titres hybrides mêlant sonorités acides, entre techno et house. Doté d’un sens de l’humour non négligeable (ses clips parlent pour lui), le personnage fait parler de lui par ses live décapants, au point d’être l’un des noms évoqués par Florian, le programmateur de l’Iboat, comme l’une des performances attendues dans les prochains mois.

Flavien Berger – Contre-Temps (14 novembre au Rocher de Palmer)

On ne présente plus Monsieur Flavien Berger, nouveau héros d’une chanson française réinventée qui mélange ses nombreuses influences pour un rendu sensible et mélancolique toujours juste et jamais de mauvais goût. Après une année chargée (avec la sortie de deux albums, un nouveau live), le prodige nous fera l’honneur d’un passage à Bordeaux, au Rocher de Palmer.

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Les 8 ans de l’Iboat en loopings

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS

L’Iboat s’apprête à souffler sa huitième bougie les 28 et 29 septembre. Un anniversaire avec « une série de looppings » prévue pour célébrer comme il se doit un bateau et une équipe à qui l’on doit beaucoup pour le développement des cultures alternatives et électroniques à Bordeaux.

Crédit photo : Pauline Roquefeuil

Comme chaque année, le mois de septembre est pour l’Iboat l’occasion d’une double célébration. Celle de la fin de saison estivale qui marque le début d’une nouvelle et, surtout, une fête d’anniversaire. Né en 2011 d’une volonté d’offrir aux bordelais un club défendant des esthétiques peu entendues tout en créant des ponts avec d’autres disciplines, le projet est devenu depuis une référence, tant au niveau local que national et au-delà. Comme l’explique son programmateur Florian, le lieu fait office de véritable « hub » pour les collectifs et promoteurs qui y ont été accueilli. En cela, le club a su accompagner l’évolution de la scène bordelaise et continue son chemin à travers un travail de programmation soigné, à l’image de celle de son huitième anniversaire.

Les 8 ans de l’Iboat : une programmation looping

Pour célébrer cet anniversaire, tout une série d’événements seront proposés durant le week-end du 28 et 29 septembre. Pour entamer tranquillement mais sûrement les festivités, une boum kids-friendly offrira la possibilité aux plus jeunes et à leurs parents de se déhancher tout en se désaltérant via un « bar à bonbons » qui devraient là aussi ravir petits et grands. Des ateliers DIY seront également mis en place lors de ce samedi après-midi. Le deuxième looping est en accès libre, en fin de journée, situé au niveau de la Dalle du Pertuis, avec en plus d’un BBQ une série de concerts-dj sets et notamment le retour de WhoMadeWho, formation pop électronique déjà croisée lors du Hors Bord, le feu-festival co-produit par l’Iboat.

Durant cette même soirée, l’Iboat soundsystem passera quelques plaques sur cette même dalle à quelques pas du bateau. Une fois terminé, direction celui-ci pour une soirée haute en couleur dans la cale avec un live de DMX Krew (récemment signé sur le nouveau label de Peggy Gou) et la présence du Soundsystem d’un des festivals européens les plus en vogue : Dekmantel. Un back-to-back entre Virginia et Steffi sera également à scruter de près, de même qu’un show drag de Maison Eclose. Enfin, pour clôturer ce week-end d’anniversaire, un brunch au bord de l’eau verra le jour le dimanche avec également un concert détente de Pantin Plage.
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Boiler Room : une première à Bordeaux

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS

La célèbre chaîne anglaise Boiler Room s’apprête à faire trembler les murs de l’imposante Base Sous Marine de Bordeaux le 27 septembre. Derrière cette venue inédite on retrouve le collectif tplt qui a composé un plateau 100% français et bien local pour l’occasion.

Crédit photo : Thierry Llansades

Boiler Room à Bordeaux : une première

Difficile d’être passé à côté du phénomène Boiler Room ces 9 dernières années. Depuis 2010, ce projet londonien propose des captations vidéos live de dj sets, dans différents clubs ou festivals, en Europe et dans le monde entier. Se concentrant à la base principalement sur quelques événements bien ciblés (avec en tête de proue le Dekmantel et une scène BR dédiée qui a fortement contribué à forger sa renommée), la chaîne anglaise a opéré une ouverture ces dernières années en partant à la conquête d’autres manifestations et en s’entourant d’autres promoteurs.

La Base Sous Marine de Bordeaux

On a ainsi pu observer l’apparition plus fréquente de ces scènes, avec par exemple la Palestine ou le Bassiani à Tbilissi, en passant récemment par Barcelone. En France, après des premières teufs affiliées à Paris (avec Teki Latex aux commandes), Boiler Room s’est exporté dès 2016 à Nantes  – et y retourne en octobre 2019 – ainsi que cette année dans des villes comme Marseille à l’occasion du Bon Air Festival, à Lyon, lors de Nuits sonores ou même à Rouen dans quelques jours. L’équipe anglaise du projet a même annoncé prochainement la tenue d’un festival éponyme. À Bordeaux, ce sera donc dans le magnifique écrin de l’imposante Base Sous Marine que ses caméras se tourneront. La bâtisse, chargée d’histoires, a déjà accueilli quelques événements d’envergure, avec notamment la venue de Rone ou Kerri Chandler pour le « Ahoy » de l’Iboat ou de CHLOE Endless Revisions. Un lieu pas forcément évident à sonoriser (on se souvient d’un événement s’y étant déroulé ayant causé des nuisances sonores jusqu’en centre-ville…) mais qui reste particulièrement majestueux et où la fête a toute sa place une fois bien réglé.

Un collectif bordelais aux manettes : tplt

A l’orchestration de cette première, on retrouve le crew tplt, bien connu des adeptes de la bringue en ville. Déjà à l’origine du Verger, de La Serre ou des soirées Déviantes, le collectif frappe un gros coup en signant cette première historique qui va indéniablement renforcer la place de Bordeaux sur la carte hexagonale (et au-delà) des cultures électroniques. D’autant que, pour mener à bien l’opération, c’est une programmation très en phase avec l’identité artistique de tplt qui sera proposée.

Un plateau exclusivement français, sans « têtes d’affiches » : telle est la recette du plateau composé par l’équipe bordelaise. Soutenir et promouvoir sa scène locale, c’est le mojo de Thibault, aux manettes et qui œuvre depuis plusieurs mois à la réalisation de cet événement d’envergure. Récemment revenu s’installer à Bordeaux, Djedjotronic sera de la partie pour diffuser des ambiances indus & EBM. Jann et ses relents punks se feront entendre, de même que la parisienne Epsilove, ex-moitié de Syracuse ayant notamment signé l’an dernier un EP sur Antinote Records et qui arpente depuis les meilleurs clubs et festival de France (on l’a notamment aperçu à la dixième de Baleapop). Enfin, les membres du collectif tplt s’occuperont des finitions ; Superlate, Insulaire, Blumm et Theorama pour des back-to-back entre résidents qu’on attend impatiemment.
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Entretien avec le russe aux 8000 disques : Andrey Pushkarev

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Figure respectée de la scène électronique mondiale, le russe Andrey Pushkarev est de passage à Bordeaux le vendredi 20 septembre. Invité par le collectif Hill Billy, il a accepté de répondre à nos questions juste avant sa date à l’Iboat. En tant qu’artiste bien ancré dans le milieu dans lequel il évolue depuis une vingtaine d’années, il évoque avec nous l’évolution du circuit, sa collection de plus de 8000 disques (!) et nous parle de la scène russe, ses spécificités et les acteurs qui la composent. Du fait du contexte géopolitique, on ne s’est pas non plus interdit de lui poser quelques questions sur les liens entre son pays et les scènes de Kyiv ou de Tbilissi. L’entretien est à lire en anglais plus bas. ENGLISH VERSION BELOW !
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Le Type : Salut Andrey, merci beaucoup de prendre le temps de répondre à nos questions. On est ravis de te voir venir jouer à Bordeaux. Au-delà de Paris, tu as déjà été invité dans un autre club ou festival en France ?

Andrey Pushkarev : Salut Le Type, merci pour vos questions ! J’ai déjà joué à Marseille, Lyon et souvent à Nice, au FACE Music & Art où j’ai toujours eu de belles expériences et de grosses ambiances. D’ailleurs la plupart du temps je partageais les platines et le line up avec des collègues DJ que j’affectionne autant sur le plan pro que perso.

Tu as la réputation de détenir une collection impressionnante de vinyles, avec pas moins de 6000 disques. C’est bien ça ? Tu te trimballes toujours avec certains d’entre eux ou tu emportes aussi tes clés USB quand tu joues ici ou là ?

La collection atteint maintenant entre 8000 et 9000 disques ! Pour un set, disons, classique, j’embarque environ 70 disques. Et le double lorsqu’il s’agit d’un all night long. Et j’ai toujours aussi des clés USB en cas de pépin technique avec les platines, et aussi histoire de pouvoir jouer des promos que je n’ai qu’en digital.

Tu évolues dans le milieu depuis maintenant un bon bout de temps, avec ta carrière qui a démarré à tes 15 ans et une résidence que tu as eu dès 2006 pour DeepMix. À l’époque, la culture et la musique techno était réservées à des cercles retreints plutôt « undergound ». Qu’est-ce qui selon toi a changé dans ce milieu entre temps ?

Beaucoup de choses ont évolué, sur pas mal d’aspects. Quand j’ai commencé, la figure du DJ était perçue comme un animateur de soirées dont le seul but était de faire passer du bon temps aux gens afin qu’ils puissent socialiser. Au fil des années, la musique club est devenu une forme de divertissement, avec ses codes propres et son industrie. Le simple nom de tel ou tel DJ suffit désormais pour ramener des gens lors d’une soirée, en club ou en festival. Ce rôle a donc changé, et est passé de « créateur d’ambiance et d’atmosphère » à celui de d’animateur de soirées qui « sous les projecteurs ». Les attentes du public ont également évoluées et, du point de vue professionnel, le job a aussi changé. Les DJ sont maintenant sollicités pour construire une identité numérique et maintenir ce profil en ligne, créer leur propre musique, cultiver des relations avec d’autres acteurs de l’industrie et se tenir au curant des évolutions technologiques. Là où, auparavant, la seule chose qui comptait c’était de digger de la musique, la partager avec un public tout en développant son style, en passant des  disques.

Peux-tu nous parler un peu de la scène électronique en Russie, en particulier de Moscou ? Quels sont les clubs, labels, disquaires ou médias spécialisés dans cette culture là-bas ?

La Russie est un vaste pays où la musique électronique a émergé au sein de micro-scènes indépendantes. Il n’y a pas vraiment de sentiment fort d’une scène unifiée. C’est peut-être dû au retard de développement et de professionnalisation du circuit ici ou au fait d’être excentrés, à la faiblesse des moyens de promotion, ou même à la langue et son alphabet qui rendent la musique russe pas si facile d’accès. La jeune génération d’artistes de musique électronique travaille relativement indépendemment les uns des autres. Chacun a ses propres intérêts et c’est sans doute la raison qui fait qu’il est si difficile de définir une cohésion au sein de la scène musicale. Ce qui n’est pas forcément un frein ; cela ralenti simplement peut-être la reconnaissance de la musique contemporaine russe sur le plan international.

En ce qui concerne les labels, je mentionnerai Gost Zvuk, basé à Moscou qui fait de la lo-fi. Ils développent leur propre identité avec une ligne assez claire et une esthétique singulière, en ne signant que des artistes russes. Il y a aussi des labels ambient ou de dub techno tels que Space of Variants ou Slow Beauty de Martin Schulte. Je constate d’ailleurs que la scène mondiale scrute avec attention les sorties russes par rapport à avant, ce qui prouve que la scène électronique russe est bien active.

Au cours des dernières années, il y a eu davantage d’événements, de clubs, de sous-scènes, de diversité dans le public et, par conséquent, plus d’impact. Il y a des lieux tels que Propaganda à Moscou qui est ouvert depuis 20 ans, ou encore Gazgolder, Rodnya ou Stackenschneider à Saint-Pétersbourg. J’aimerais également mentionner le Synthposium Festival à Moscou, qui rassemble des artistes russes de différentes disciplines artistiques, mélangeant musiques électroniques et technologies. En dehors de la capitale il existe aussi une scène avec le Sklad club à Nijni Novgorod ainsi qu’avec le Studio, à Perm, qui invite principalement des artistes russes. A Moscou je bosse souvent avec le collectif Slowdance ; cette année ils ont lancé le MAP festival pour promouvoir un line up diversifié, composé d’artistes internationaux et de locaux. Aussi, je souhaite souligner que le nombre de médias russes qui s’intéresse aux musiques électroniques est relativement faible. Calvert Journal et INRUSSIA font du bon taff en se focalisant sur l’actuelle génération d’artistes et de producteurs, dans toutes les disciplines, même si les promoteurs locaux n’ont pas l’air d’y prêter une grande attention. Bien qu’il y ait de l’enthousiasme qui permet de faire évoluer les choses, dans les régions en dehors de Moscou ou Saint-Pétersbourg, la scène est très peu développée…

Au-delà de Moscou, il y a donc également Saint-Pétersbourg qui a l’air aussi d’être très active et dynamique sur le plan des musiques électroniques, avec des festivals comme le Gamma, la radio TEST FM… Comment expliquer que cette ville soit un tel terrain de jeu pour les artistes et les autres acteurs du game ?

Saint-Pétersbourg a toujours été – et l’est encore – la plus européenne des villes russes. C’est donc très probablement pour cette raison qu’elle attire la nouvelle génération d’artistes, qui peuvent s’exprimer de manière plus libre. Il faut aussi garder en tête que le premier club techno russe, Tunnel, a ouvert à Saint-Pétersbourg ! Les premières platines Technics ont été importées et conçues à Saint-Pétersbourg. La ville a sa propre histoire de relation avec la culture rave.

La capitale de l’Ukraine, Kyiv, a également une scène rave très active, avec notamment les teufs de Cxema. As-tu déjà joué en Ukraine et entretiens-tu des connexions spécifiques avec cette scène ? Est-ce que la scène russe (Moscou notamment) est connectée avec la scène de Kyiv malgré les tensions politiques entre les deux pays ?

J’ai joué plusieurs fois à Closer, l’un des clubs de la ville. Pour ma dernière date là-bas en mars, j’ai eu des soucis à l’aéroport de Kyiv. On m’a refusé le droit de passer la frontière parce que je détenais un passeport russe… Et cela malgré toutes les efforts du promoteur pour expliquer aux autorités que j’étais invité pour une performance musicale à leur événement. C’est la seule fois où j’ai eu un problème à cause des tensions entre deux pays. Mais ça ne signifie certainement pas que je n’y retournerai pas pour jouer !
Kyiv © Dmytro Prutkin

La question peut se poser aussi pour Tbilissi, la capitale de la Géorgie (que nous avons avec Le Type récemment mis en avant lors du lancement de notre projet Scene city qui explore certaines scènes européennes, dont Tbilissi et Moscou d’ailleurs !). Là-bas la scène est très active avec les clubs Bassiani, Khidi, le disquaire Vodkast Records… Il y a eu des tensions en juin dernier entre Tbilissi et Moscou au niveau politique (plus d’infos ici). Quelle est ta vision de Tbilissi et est-ce que les DJ russes soutiennent la scène électronique de Tbilissi ?

Je me suis retrouvé à Tbilissi en juin pour le Tbilisi Open Air Festival C’était au même moment que des manifestations liées aux événements dont tu parles. J’ai eu quelques ennuis au début mais les gens dans le public sur le dancefloor m’ont très bien accueilli, très chaleureusement. J’y ai joué mes disques préférés et tout le monde a passé un excellent moment. Même si ça peut sonner cliché dis comme ça : la musique et la culture club ont été et doivent rester des espaces de partage, des moments collectifs. Tout est histoire de communauté et des gens qui la compose ; il n’y a que ça qui compte !
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ENGLISH VERSION

Le Type : Hi Andrey. Thanks a lot for answering Le Type’s questions. We’re glad you’re coming in our beloved city Bordeaux. Besides Paris, have you ever been playing in any other French cities? If yes, where was it and how was it?

Andrey Pushkarev : Hello, thanks for your questions :) I played in Marseille, Cesarhof, Lyon and several times in Nice, for FACE Music & Art – I always had a very positive experience there. Warm audience and I mostly shared the decks and line up with DJ colleagues I enjoy the company the most professionally and at personal level.

You have the reputation to have a huge collection of vinyles/music. 6000 records, right? At an age where everything is digitalised, how is it to find yourself surrounded by your discs? Do you still bring some of them to play at your gigs or do you use USB keys?

The collection now counts between 8000 and 9000 records. For a regular gig (3 hours set) I carry approximately 70 records. For the All Night Long tour it will be twice as much. I do take with me USB sticks too to get things going in case of technical issues with turntables and to play digital promos.

You’ve been evolving in the electronic music field from a long time now, starting your career at the age of 15 and having a residence in 2006 for DeepMix. At that time, techno was mainly played in underground circles. What has changed the most in the electronic music world according to you?

 There have been changes on many fronts. When I started, DJing was a back-ground figure whose main job was to make sure people could spend a good night while socializing with their peers. Over the years club music became a form of entertainment itself with an industry backing it off. DJs became the main reason why people would show up in a club, or at a festival. Their role changed from “creators of moods and atmosphere” into entertainers under the spotlight. The expectations of the audience have changed and, from a professional perspective, the job itself too – DJs are now required to develop and maintain a profile online, make their own music, cultivate relationships with all the other players in the industry and keep up with technology trends. Back then the only thing they had to take care of was digging music, share them with the audience and develop a style in mixing tracks together.

Can you tell us about Russia and electronic music and about Moscow? What are the main club, record labels, record shops and electronic music media there?

 Russia is a big country and electronic music mostly emerged within independent micro-scenes. In Russia there is not yet a strong sense of united scene. Perhaps because of the late growth and professionalization, the remote provenience, the means of its promotion, the language and alphabet have always made Russian music not so easy to access. 
The young generation of electronic artists works quite independently from each other. They have their own interests and probably that’s the reason why it is hard to define a cohesive internal music scene. I don’t see this as a limit but perhaps this aspect slowed down the process of getting the contemporary Russian music identity recognized internationally.

In terms of record labels I would mention the lo-fi label Gost Zvuk from Moscow. They are doing their own thing with a clear idea and aesthetic releasing only Russian artists. There are also ambient and dub techno labels like Space of Variants as well as Martin Schulte’s Slow Beauty. Overall I see that the international music scene is paying more attention to Russian artists compared to the past and this proves that the Russian electronic music scene is alive.  In the last years there have been more events, clubs, sub-scenes, diversity in the audience and overall more impact.

There are venues like Propaganda (Moscow) which has been open for over twenty years, Gazgolder (Moscow), Rodnya (Moscow), Stackenschneider (St. Petersburg). I would also mention Synthposium Festival (Moscow) which brings together Russian artists in interdisciplinary forms of arts blending electronic music and technology. There is also a scene outside of the main capitals with Sklad club (Nizhny Novgorod) and Studio (Perm), which mostly invite Russian artists. In Moscow I work often with the Slowdance crew – this year they launched MAP festival showcasing an eclectic line up of international acts and local artists. I would emphasize that the amount of Russia-based online music media writing also in English is still small. Calvert Journal and INRUSSIA are doing a good job in focusing on the current generation of artists (from every fields) and producers too but this still seems to escape the ears of too many local promoters. Although there are some enthusiasts who have tried to change the situation, in the regions outside Moscow and Saint Petersburg the music scene is still unexplored.

Beyond Moscow, St Petersbourg seems to also have a very active and dynamic scenes with actors such as GAMMA Festival, TEST FM… How can you explain that this city is such a playground for artists and other actors?

St. Petersburg has always been and remains the most European city in Russia. It’s probably for this reason that it attracts the new generation of artists, allowing them to express themselves more freely. We should recall that the first Russian techno club “Tunnel” was opened in St. Petersburg. The first Technics turntables were brought and settled in St. Petersburg. The city has its own rave history.

Kyiv has also a very strong rave scene with Cxema parties for example. Have you already played in Ukraine and are you connected with the scene there? Are the Russian scene and the Kyiv scene well connected despite political tensions between both countries?

I played several times at Closer. For my last gig there in March I had issues at Kiev’s airport passport control – I was denied to cross the border because holding a Russian passport despite all the efforts of the promoter’s team to explain the officer that I was invited to perform at their event. This was the only time I had an issue due to political tension between countries. It doesn’t mean that I would stop going if I am invited to play.

Same for Tbilisi. The scene is very active with Bassiani, KHIDI, Vodkast Records etc… There have been some troubles between Russia and Georgia last June. What’s your vision on Tbilisi and how are Russian dj’s supporting (or not) the electronic music scene of Tbilisi?

I landed in Tbilisi in June for my set at Tbilisi Open Air Festival. It was around the same time when one of those political demonstrations around that subject took place. I had some concerns at start but the people on the dance floor greeted me so warmly … I played my favorite records and we all enjoyed together. It will sound cliché but music and club culture has been and should remain a place for sharing a life-moment together. It’s about all communities. It’s about the people. 

Entretien sans frontières avec Tushen Raï du label Hard Fist

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Co-fondateur du label lyonnais Hard Fist, Tushen Raï explore depuis maintenant quelques années une facette globale et ouverte de la musique. Défenseur d’un décloisonnement des genres musicaux et porteur d’une vision militante de la culture, Baptiste (de son vrai prénom) œuvre au développement d’une scène artistique qui fait fi des frontières et se connecte de Vilnius à la Palestine en passant par la Russie ou le Mexique. Également bien implanté à Lyon, l’artiste porte aussi un regard éclairé sur sa ville devenue l’une des références en Europe dès lors qu’on parle de cultures électroniques. Celui qui a choisi un nom qui renvoie à « l’essence de l’âme » (issu d’un dialecte ouest-africain) s’apprête à jouer à l’Iboat le vendredi 19 juillet pour la résidence Nouveaux Mondes : l’occasion idéale de revenir avec lui sur sa scène, son parcours, la création de son label ou encore les liens entre Bordeaux et Lyon…

Crédit photo : Gaétan Clément

Le Type : Peux-tu commencer par te présenter et nous raconter ton rapport à la musique ?

Tushen Raï : Pendant des années j’ai collectionné des disques, du disco, boogie, des vinyles plutôt old groove, de la musique traditionnelle… J’ai toujours écouté beaucoup de musique. J’ai diggé pas mal de trucs qui venaient d’Amérique Latine, d’Afrique, du Moyen-Orient… Je me suis plutôt tourné sur des continents du Sud, même si j’ai aussi pas mal de musiques afro-américaines, et d’éléments de la culture américaine au sens plus large. Puis j’ai commencé à digger des disques de musiques primitives, de field recording, des musiques enregistrées par des musiciens anthropologues des années 1960-1970.

Comment on passe de cette passion au fait de créer un label ?

J’ai fais la rencontre de Cornelius Doctor il y a environ trois ans. Il gérait un label de house (Art Feast qui va fêter ses 11 ans) à l’époque tout en étant producteur – et il avait envie de faire autre chose. On s’est retrouvé notamment sur des esthétiques rock, sur notre patrimoine un peu plus ado, voire le patrimoine de nos parents. Il a fini par sortir un premier EP qui n’avait rien avoir avec ce qu’il faisait auparavant, sous un autre alias. On a trouvé ça mortel et on s’est dit avec tous les gars du collectif qu’il fallait qu’on créé un nouveau label, quelque chose de différents avec des choses qu’on avait vraiment envie de faire. C’est comme ça qu’on a créé Hard Fist. On ne savait pas vraiment à qui on allait s’adresser, ni pourquoi on le faisait, quelle était la stratégie. Tout ce qu’on savait c’est que, ce son-là, on n’avait pas beaucoup l’habitude de l’entendre. On avait quelques références d’artistes, notamment israéliens, lituaniens ou mexicains qui faisaient des trucs un peu dans ce délire… On a commencé comme ça.

Comment on construit l’identité d’un tel label et comment les premières sorties se font ?

L’idée de ce second label Hard Fist, était vraiment de proposer quelque chose de différents avec Guillaume et le crew d’origine ; Romain, Etienne… C’est un projet collectif. Le premier EP a été fait par Guillaume en une semaine chez lui. C’est un EP que j’adore et qui a apporté, quand il est sorti il y a trois ans, un truc que tu trouvais très difficilement. A l’époque il y avait une ou deux sorties par an dans ce délire. Aujourd’hui il y en a tous les jours !

On a sorti le deuxième avec Bawrut que j’ai découvert sur Ransom Note. On avait une émission sur Nova avec Guillaume à ce moment. C’était une porte d’entrée pour connecter des artistes en leur demandant de faire des podcasts. C’est comme ça qu’on a eu Bawrut. Un jour il m’a envoyé des démos, notamment d’un edit remix de Gainsbourg du son « Marabout ». Il l’a appelé « Chien de temps », une version africaine de ce track que Gainsbourg a lui même volé au Gin-go-lo-ba… On s’est dit que c’était aussi marrant de lui voler.

Depuis, cette aventure c’est beaucoup de fraternité, l’amitié. Il n’y a pas une ligne directrice claire ; on a sorti des trucs avec MR TC en mode post punk, ambient, psyché… Et des trucs plus banger, tropical un peu plus happy, disco… On fonctionne beaucoup à l’affect, aux rencontres qu’on fait. Au total on a eu 6 sorties ; la septième arrive en septembre, ce sera le deuxième volet d’une compilation dédiée aux musiques arabes dans la musique électronique : qui s’appelle Princes of Abzu,

Par rapport aux influences que tu cites ; est-ce que tu considères que toi et Hard Fist évoluez dans une scène particulière ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une scène, c’est indéniable. C’est une scène hyper intéressante ; elle est très globale – c’est d’ailleurs un mot qu’on utilise beaucoup pour en parler, même si cette idée de globalisation de la culture est quelque chose de très péjoratif au premier abord. Elle sous-entend la globalisation économique, celle des marchés… Elle a plutôt été hégémoniste dans un premier temps, avec la vision d’une culture occidentale qui écrase toutes les cultures du reste du monde…

Cette scène existe donc. Elle est hyper militante et passionnante…

On prend un peu cette idée à contre-pied. On promeut plutôt l’idée que la globalisation culturelle arrive dans une seconde phase, avec plutôt une mise en valeur de différents patrimoines traditionnels qui n’ont pas d’appartenances direct. Ce que je veux dire par là c’est que tout le monde peut se l’approprier. C’est ce qu’on plaide. Et c’est en lien avec notre génération, celle qui a fait Erasmus, qui a eu une certaine facilité pour voyager, pour passer les frontières… C’est tout ce qui fait qu’aujourd’hui on peut se passionner pour une culture qui n’est pas du tout la nôtre, qui ne fait pas partie de notre patrimoine culturel de base.

Cette scène existe donc. Elle est hyper militante et passionnante, dans le sens où on y retrouve des acteurs qui ne sont pas uniquement dj ; ils sont aussi directeurs de labels, promoteurs d’événements. Ils sont hyper activistes en fait. C’est d’ailleurs ce qui fait que cette scène grandit vite, parce qu’elle est très très fraternelle. On a tendance à tous s’appeler brother alors qu’il y a des tonnes de gars avec qui on parle depuis 2 ans et qu’on a jamais rencontré parce qu’ils sont à Tokyo…

Artistiquement parlant, comment tu pourrais décrire cette scène ?

C’est assez difficile de mettre un nom d’esthétique dessus… On n’a pas mis d’étiquettes dessus et je pense qu’on va se battre longtemps pour qu’il n’y en ait pas, car c’est plein de choses différentes. Ça va de la techno lente avec beaucoup d’influences cold wave, post punk, à de la musique plutôt tribale, africaine, quasi chamanique, psychédélique, acid… En terme général, on est slow tempo, on est dans un truc qui prend son temps, dans des sets qui se construisent avec une dimension de rituel, quasi-cérémonial où on essaye de créer une symbiose entre les danseurs, de créer quelque chose où on se libère complètement. Quelque chose d’assez introspectif en soit.

Sur Hard Fist on fait un mix entre de la musique électronique et de la musique organique ; que ce soit avec le rock des guitares ou des percussions, des voix et la musique du sud. Dans le côté électronique il y a un truc qui lit un peu tout ce qu’on fait, c’est l’acid house qu’on a dépitché (dont la vitesse a été ralentie, ndlr) et qu’on a rendu plus dark.

On a récemment rencontré Axel de Ko Shin Moon (qui jouaient à AHOY, le festival de l’Iboat) qui as utilisé l’expression de musique « extra-occidentale » pour parler de la musique qu’il écoutait (et non pas de la musique qu’ils font comme initialement écrit dans la première version de l’entretien, ndlr). De ton côté tu vas jouer sur une résidence «  Nouveaux mondes » à l’Iboat, qui renvoie de loin à l’expression contestée de « musique du monde ». Comment tu envisages cette notion et considères-tu que tu fais de la musique « extra-occidentale » ?

Je suis à l’aise avec aucun des deux concepts. Pour notre scène (et beaucoup d’autres l’ont fait avant nous), le combat c’est de bannir l’appellation « musique du monde ». C’est une notion très péjorative. Je ne suis pas non plus tout à fait d’accord avec Ko Shin Moon, même si je vois ce qu’ils veulent dire. Pour moi, le concept de musique extra-occidentale refait un cloisonnement entre le sud et le nord. Aujourd’hui notre philosophie c’est plutôt d’être curieux, de s’intéresser à des cultures qu’on ne connaît pas forcément. Je ne me retrouve dans aucun des deux termes, mais en même temps je pense qu’on tâtonne et qu’une définition en deux mots ça ne peut pas marcher. L’expression « nouveaux mondes » me va bien. Dans le sens où on parle avec notre musique de ce nouveau monde où la notion de frontière dans la culture est prête à être complètement abolie !

Pour donner un exemple, il y a le projet d’un pote qui s’appelle Gal Kadan. Il est israélien et nous a invité chez lui où il organise des teufs israélo-palestiniennes. Il vit maintenant à Berlin depuis 1 an où il a monté Awesome Orientalists From Europa. C’est donc un mec du Moyen-Orient qui se base à Berlin et qui fait un projet pour découvrir des sons géniaux orientaux mais fait en Europe ! Il déterre des trucs de big beats belge, du disco de la diaspora maghrébine en France de années 1990-2000 qui ont utilisé leur patrimoine en faisant des trucs de disco. Gal Kadan ne réédite que ces trucs là en free edit. Sa démarche renverse pas mal ce débat finalement.

Toi et Hard Fist êtes basés à Lyon. Quel est ton regard sur cette scène locale ?

Au moment où on a créé le label, on commençait beaucoup à parler de « scène lyonnaise », avec une sorte de hype autour, avec BFDM, G’boï et Jean Mi (de La Chinerie, ndlr), le label KUMP de Markus Gibb, Sacha Mambo… Beaucoup d’artistes qui font de la super musique, certains depuis très longtemps. On faisait des cartographies de Lyon, des visites de Lyon pour la musique alternative et les musiques indépendantes électroniques. Nous on ne voulait pas faire un « label lyonnais ». Le propos reste worldwide, global, ouvert… Du coup on a pas du tout basé notre propos là-dessus. D’ailleurs pendant longtemps très peu de personnes savaient qu’on était basé à Lyon !

Malgré ça on représente Lyon avec grand plaisir car on adore notre ville, on est vraiment connectés avec cette scène qui est hyper fraternelle, familiale… Lyon est un village ! On se croise tout le temps pour boire un coup, aller à un concert, digger des skeuds… On va tous aux mêmes endroits. On se connaît tous, on fait tous des trucs ensemble mais en même temps on respecte beaucoup l’indépendance des uns et des autres. Cette scène lyonnaise existe, c’est légitime d’en parler comme ça.

Comment cette scène a pu se développer et être identifiée comme une scène aussi active et rayonnante sur le plan des musiques électroniques ?

Déjà, il y a un truc qu’on dit rarement mais qui pour moi est important : Lyon est devenu une putain de capitale européenne du city break et du tourisme urbain éphémère ! Cet élément est forcément bénéfique pour les activités culturelles qui s’y développent.

Ensuite, ce qu’a fait BFDM est hyper qualitatif, leur édito sur Lyon est très fort. Après, tout le monde le dit, et on le répète ; la présence de Chez Emile Records est essentielle dans ce développement local. C’est un disquaire qui a ouvert à Lyon il y a 6 ans. Ils ont monté une plateforme de distribution qui a vraiment œuvré au soutien des labels locaux. Ils ont accompagné des artistes qui faisaient de la musique mais qui n’avaient pas de labels. Chez Emile Records les aide à monter un budget, ils s’occupent ensemble de la presse des disques, de leur distribution… Ils l’ont fait merveilleusement bien et de manière passionnée. Avoir un shop distributeur au coin de ta rue est une chance incroyable ! Avant, on bossait avec Bordello A Parigi (un disquaire/distributeur basé à Amsterdam, ndlr) on aurait pu aussi avec Rush Hour (autre disquaire amstellodamois, ndlr)… Mais les contacts se font par mails, il n’y a pas de rencontres, ce n’est pas le même rapport.

Tu reviens d’une tournée entre le Mexique, la Russie, la Belgique, le festival Fusion en Allemagne, Israël avant ça… Qu’est ce que tu en as retiré et y a-t-il des territoires qui t’ont marqué ?

D’abord, même si ces pays ne sont pas forcément identifiés par les amateurs de musiques électroniques, ce sont des pays impressionnants où tout est 1000 fois plus cool et pointu qu’en France niveau club culture !

Parmi les dates qui m’ont le plus marquées, il y a ma première fois au Kabareet, le spot de Ayed et Rojeh de Jazar Crew à Haifa. C’est un lieu militant ouvertement pro-palestinien, ouvert aux communautés arabes. Ils font de la conférence, montent des résidences de création et organisent de temps en temps des teufs. En l’occurrence ils nous ont invité avec Ko Shin Moon. C’était d’une lourdeur incroyable, le public était tellement à fond dans la musique, comme j’ai rarement vu… Tu sens la liberté, ça fait énormément plaisir : ça rappel ce qu’on peut imaginer du début des teufs au début des années 1990.

Plus récemment l’expérience du Fusion m’a marqué. Au-delà d’un festival, ça fait partie d’un patrimoine qui pourrait être classé à l’Unesco. La date était incroyable, avec Tom Tom Disco, le label sur lequel on vient de signer. Il y a des fees égaux pour les dj, c’est complètement végétarien pour 70000 personnes. Ils travaillent à l’année sur une base militaire achetée il y a plus de trente ans, ils passent un an pour construire la scénographie… C’est un modèle alternatif de festival, de bulle qui dépasse la musique pour revendiquer une autonomie et une liberté totale basée sur le respect, la tolérance…

Tushen Raï et Cornelius Doctor, les deux boss d’Hard Fist

D’autres dates à venir dans des lieux tout aussi fascinant ?

Guillaume et moi on travaille à côté de cette vie, ce n’est pas notre profession. On doit donc s’organiser pour ces différentes dates. L’année prochaine on va partir en Asie, au Japon, Corée du sud, Hong Kong… Un endroit où on a très très envie de jouer sinon c’est l’Opium club à Vilnius…

Vilnius a l’air d’avoir une scène bien active dans un délire assez similaire à Hard Fist (et c’est d’ailleurs l’une des villes qu’on va explorer via notre nouveau projet Scene city). Il y a d’autres spots comme ça que vous suivez ?

Tel-Aviv et Vilnius sont deux scènes pionnières pour ça. La Russie et le Mexique aussi, avec un nombre de producteurs chanmés dans ce délire. Toute l’Amérique Latine commence à vraiment bouger. En Asie aussi, en Australie, du côté de Melbourne. Il y a des labels comme Animal Dancing (sur lequel les lyonnais The Pilotwings ont sorti leur dernier EP), il y a Calypso records à Mexico city qui est une grosse frappe. En Russie il y a un label qui s’appelle ИДА, Cornelius a sorti un track dessus qui défonce avec Front de Cadeau, Pletnev et d’autres artistes… A Saint-Étienne il y a aussi Worst Records qui est bien lourd.

Tu as joué récemment à Bordeaux et tu reviens pour la résidence Nouveaux Mondes à l’Iboat le vendredi 19 août avec Deena Abdelwahed. Tu connaissais déjà cette ville ? Lyon et Bordeaux restent deux villes mal connectées mais qui ont des similitudes…

J’y ai joué une première fois il y a deux ans, pour un truc alternatif, une sorte d’expo. J’avais beaucoup aimé la ville. Ma sœur y a vécu donc je connais un peu, mais surtout la dimension touristique. La dernière fois qu’on est venu c’était pour les 2 ans de SUPER Daronne. On a kiffé cette ville, on suit beaucoup ce qui s’y passe, ça bouge bien ! Il a l’air de s’y passer beaucoup de choses, avec Bordeaux Open Air, l’Iboat qui a une programmation hyper classe. Il y a des tonnes de collectifs comme tplt qui font des trucs mortel… Aujourd’hui c’est une ville qui a un énorme potentiel et où tu sens la passion, comme à Lyon pour ses musiques alternatives électroniques. Mais on sent malgré tout qu’il n’y a pas le même niveau de développement, notamment sur ce dont on parlait avant avec le rôle qu’a pu avoir Chez Emile Records à Lyon… Il manque peut-être des noms d’artistes qui résonnent, des producteurs… Il y en a des anciens comme Djedjotronic (qui n’est d’ailleurs pas forcément affilié à Bordeaux car il a une carrière internationale) mais pas tellement dans la nouvelle génération… Il y en a sans doute plein de talentueux mais ils ne font pas de disques, il n’y a pas de Premiere (morceaux qui sortent avant leur sortie officielle sur Soundcloud par exemple, ndlr)… C’est comme ça que je m’informe et que je découvre des nouveaux noms d’artistes ! Nantes a un développement similaire à Bordeaux, et est arrivé à mieux passer ce step-là ; pas mal de plaques de très bonnes qualités sortent depuis là-bas.
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Les clubs solidaires de l’Iboat du mercredi

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Cet été l’Iboat propose un nouveau format engagé et solidaire tous les mercredis soirs. L’idée à travers ce concept est de reverser les bénéfices de la billetterie (à prix libre) au profit d’une organisation avec qui la soirée aura été imaginée avec le club bordelais.

Club solidaire…

A l’arrivée de l’été, certains clubs ont pour habitude de proposer une grille de programmation spécifique, à travers des nouveaux formats. C’est le cas de l’Iboat qui, depuis 2011, se réinvente régulièrement avec divers concepts, notamment en période estivale. Pour cette saison 2019 ce sont les Clubs « with love » qui font leur apparition sur le programme du bateau bordelais. Chaque mercredi, c’est avec un organisme engagé et solidaire que sera imaginée la soirée. L’Iboat exprime ainsi son soutien à une association ou structure d’intérêt général en reversant l’ensemble des bénéfices de la billetterie à ce dernier.

Qui plus est, l’équipe du ferry met à disposition de cette organisation de l’espace et du matériel qui permettra d’expliquer sa démarche et donc sensibiliser le public présent ce jour-là. Un premier événement a ainsi mis à l’honneur Pratikable, « une association qui a pour objectif de valoriser le handicap à travers les sports de glisse et les sports à sensation ». Les prochains clubs with love seront quand à eux consacrés à Cap d’agir et Kfé des familles, dans les domaines de l’éducation et de la famille. Environnement, éducation, accueil… Ce sont ainsi une multitude de sujets qui seront mis en avant à travers ce format engagé pour la bonne cause !

… aux line up locaux

Au-delà de cette dimension solidaire, ces clubs du mercredi seront également l’occasion de (re)découvrir les talents artistiques locaux. Ce sont en effet uniquement des collectifs et artistes du coin qui sont conviés à l’Iboat lors de ces événements pour des all night long de minuit à 4 heures. En plus de soutenir la scène locale, l’Iboat diminue ainsi l’empreinte carbone de ces événements, bien en adéquation avec l’idée derrière ce format engagé.

Le 7 août, c’est Le Type Soundsystem (aka Birouette) qui jouera dans la cale de l’Iboat !

On a pu déjà retrouver FLTH lors du premier club sous cette forme, et on aura bientôt le plaisir d’aller écouter Remy Estera & Leroy Washington ou Timothy Curtis. Suivront ainsi Juniore du crew SUPER Daronne, ou encore Sisto Perez, Baron ou encore vos fidèles serviteurs puisque Le Type Soundsystem (aka Birouette) aura le plaisir de venir passer quelques disques dans la cale du bateau le mercredi 7 août !

5 raisons d’aller à Banzaï Land cet été

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Comme l’an passé, Banzaï Lab réinvestit cet été l’ancien Commissariat Casteja les vendredis, samedis et dimanches avec une programmation culturelle dédiée, féminine, pluridisciplinaire et ouverte aux plus jeunes. Cet oasis urbain est à découvrir gratuitement lors de 12 soirées pour lesquelles on a sélectionné 5 raisons de s’y rendre.
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Du commissariat à l’oasis urbain : un spot open air idéal

Ancien commissariat – symbole d’autorité par excellence, le lieu choisi par l’équipe de Banzaï Lab pour cette saison estivale est en fait particulièrement bien adapté à l’esprit du label. Au cœur de Bordeaux, cette grande cour est parfaitement propice à la découverte, au repos et à la fête en même temps. Sorte de cocon ouvert sur sa ville, le Commissariat Casteja s’apparente bel et bien à l’oasis urbain idéal où passer l’été à l’ombre et au soleil en même temps. Les organisateurs y compte bien en faire un « pays utopique où les valeurs qui ont fondé le collectif Banzaï Lab se rencontrent : solidarité, engagement culturel, créativité, convivialité, liberté. »

Une programmation féminine

Cette année, Banzaï Lab accordera une place de choix aux artistes féminines, que le collectif considère » trop souvent sous représentées dans les esthétiques musicales » qu’il défend. À savoir le hip hop ou encore les musiques électroniques, des genres dans lesquels on voit pourtant de plus en plus de représentantes de la gente féminines évoluer avec brio. Pour rendre compte de la richesse de cette partie de la scène, Banzaï Lab organisera donc des showcases, concerts ou dj set dédiés qui mettront en avant différentes actrices de la musique française ou européenne. En écho, une projection (en partenariat avec l’association Bordeaux Rock et leur festival Musical Écran) du documentaire « The Amazing Nina Simone » aura lieu, de même que celle qu’une série de documentaires autour des femmes dans le sport.

Un rendez-vous kids friendly

Non-content de proposer un rendez-vous susceptible de ravir un bon nombre de bordelais, Banzaï Land se paye le luxe de convier les bambins, à travers une programmation « kids friendly ». Des jeux seront en effet mis gratuitement à disposition des parents pour leurs enfants, et des animations seront proposées pour occuper les petits, mais aussi les plus grands. Avec entre autre des « Joué Music Sessions », de véritables « moments d’apprentissage de la musique basés sur la convivialité »

Un mot d’ordre : pluridisciplinarité

Musique, ateliers, projection… La programmation de Banzaï Land est bel et bien plurielle et très diversifiée, la rendant particulièrement attractive. En plus de tous ces concerts, dj sets, la partie artistique sera accompagnée de Street art. C’est à l’entrée du bâtiment notamment que celui-ci s’appréciera, avec le travail de l’artiste local Jonas qui a concoté une fresque de 20 mètres de long, autour du thème « Entre l’estuaire et le désert – Les Chemins de la liberté ». Cette dimension sera couplée avec de l’art visuel, proposant une véritable « expérience visuelle interactive ». Enfin, la scénographie du lieu a été complètement retravaillé par le collectif Cmd+O, (r)ajoutant une touche esthétique à l’ensemble déjà bien fournie.

Une fédération des acteurs culturels locaux

Enfin, l’événement complet proposé par Banzaï Lab est résolument tourné sur sa ville et sa région, à travers les multiples collaborations et partenariats qu’a noué le collectif avec l’ensemble des acteurs culturels locaux. Certains artistes du coin ont ainsi été convié, comme Yoüg, ou encore le Soundsystem de l’Iboat le 14 juillet. Des shops bordelais sont également mobilisés avec Jaqen qui viendra proposer une sélection de bières (de la région et au-delà) au bar lors du premier week-end. On les a cité plus haut, mais ce sont aussi d’autres structures locales telles que l’association Bordeaux Rock et son festival Musical Écran ainsi que le collectif de scénographes Cmd+O qui ont été invité à la fête pour proposer un pan de leur programmation.
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Le WAC, à l’assaut de l’art contemporain

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Du 5 au 7 juillet, la deuxième édition du Week-end de l’Art Contemporain se déploiera dans tout Bordeaux, et célébrera une multitude d’artistes et de lieux de la ville. À l’origine du projet, Bordeaux Art Contemporain, véritable plateforme de valorisation de la scène artistique locale.

Crédit photo : Continuum, Julie Chaffort

Aux manettes du WAC : Bordeaux Art Contemporain

Ville au patrimoine artistique important et imposant, Bordeaux peut aussi se targuer de compter en son sein un grand nombre de structures œuvrant dans le champ de l’art contemporains. Les musées, galeries et autres lieux sont nombreux, offrant aux artistes de multiples espaces de diffusion. Malgré tout, il manquait un lien entre l’ensemble de ces acteurs. Partant de ce constat, Bordeaux Art Contemporain est né en 2017. Plateforme « d’échanges, de coopération, de mutualisation et d’entraide entre ses membres », B.A.C s’envisage comme un véritable outil au service des artistes, des lieux, des professionnels, des collectionneurs ou même du grand public afin d’encourager la promotion de l’art contemporain. De cette façon, la structure « participe au rayonnement de l’actualité artistique du territoire, présente la vitalité et la richesse de la scène locale, et sensibilise les publics locaux et de passage à l’art contemporain ».

L’organisation d’événements fait également partie des missions de la plateforme afin de mettre en avant certains artistes et matérialiser le lien qui unit l’ensemble des organisations impliquées. Depuis 2018, B.A.C est ainsi à l’initiative du WAC, le week-end d’Art Contemporain. Celui-ci rassemble l’ensemble des lieux artistiques de la ville qui œuvrent, le temps d’un week-end, à la promotion d’artistes locaux et d’au-delà. Forte du succès d’une première édition réussie, B.A.C rempile une deuxième fois, avec un événement plus long et conséquent.

Le WAC, deuxième édition ambitieuse

Plus de 150 artistes, des parcours créatifs et une quarantaine de lieux à (re)découvrir

Du 5 au 7 juillet, ce mini-festival prendra place dans le cadre de la saison culturelle « Liberté ! Bordeaux 2019 » et de la huitième édition l’Été métropolitain. À cette occasion, les 37 lieux du réseau (du CAPC au 5UN7 en passant par la Fabrique Pola, la Galerie MLS, l’Espace 29, Zébra3 et bien d’autres…) seront ouverts au public gratuitement ! L’occasion de (re)découvrir ces lieux artistiques sous un autre visage et d’explorer l’univers des artistes qui y seront exposés. Au total, ce sont pas moins de 150 d’entre eux qui seront mis en lumière, de la région et du monde entier. Des parcours créatifs sont également mis en place et proposeront « une approche singulière de la scène artistique bordelaise ». Une soirée d’inauguration à l’Iboat le jeudi 4 juillet verra aussi le jour avec dj set, vidéos et performances.

L’hypertourisme d’Emma Cozzani

Parmi les diverses propositions artistiques, les parcours créatifs font office d’expérimentation particulièrement intéressantes. On y retrouve par exemple un générateur de dérives, monté par Émilie Gauvin. À travers une longue-vue installée Place du Palais, il s’agit de se laisser aller à une « observation urbaine virtuelle ». Le petit WAC d’Elora Jolis et Caroline Godon se composera lui d’une visite à pied destinée aux enfants qui pourront profiter de la visite de 5 lieux. L’occasion d’envisager l’art contemporain sous un autre jour, en famille ! La poétesse et street-artiste Nathalie Man fera elle découvrir les parcours de 6 artistes femme à travers des « poèmes de rue » ou des visites accompagnées. Une session d’« hypertourisme » sera également proposée par Emma Cozzani, entre sport et performance collaborative ! Elle s’inscrit dans une réflexion « autour de la place du corps et de celle de l’hyper-connectivité ». Les secrets du milieu de l’art contemporain seront dévoilés par Fausto Mata et Véronique Bevillaqua, tandis qu’Ola Radio proposera un parcours sonore pour envisager l’art contemporain sous un angle musical.
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La Mêlée, l’événement hybride du Bruit du Frigo

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS

L’association ancrée à la Fabrique Pola Bruit du Frigo s’apprête à lancer « La Mêlée« . Du 29 juin au 14 juillet, cet événement célébrera la sédentarisation de la structure bordelaise du côté de la rive droite. Concert, danse, installation architecturale, expériences collectives, exposition, restaurant éphémère : ce rendez-vous artistiquement hybride explorera la thématique « rester groupé » tout en permettant de découvrir différentes facettes du Bruit du Frigo. On offre aussi en bas de l’article une balade en Tourbus le vendredi 5 juillet pour partir « à la découverte de nos paysages animés ».

Crédit photo : Anne-Cécile Paredes

Bruit du Frigo, collectif de création

A l’origine de La Mêlée, on retrouve donc Bruit du Frigo, association pluridisciplinaire dont les membres la définissent comme une « structure intermédiaire entre un bureau d’études et un collectif de création ». Regroupant architectes, designers et urbanistes, la structure invente de nouvelles manières de faire la ville de demain, en y insufflant une dimension participative, culturelle et artistique. Comme l’explique Gwenaëlle Larvol, chargée de projet pour l’association, il s’agit d' »’appréhender l’architecture et l’urbanisme en y mêlant des artistes et de la création [ce qui] permet de connecter de manière plus tangible et plus sensible les personnes avec qui nous travaillons. ».

Concrètement, cela a pu se concrétiser par exemple par la mise en place d’une scénographie telle que la terrasse d’été de l’Iboat, conçue de manière responsable et intelligente. Le projet des refuges périurbains laisse entrevoir une autre facette du collectif. Conçus aux pourtours de Bordeaux, ces onze « observatoires artistiques » ont été mis en place afin que les voyageurs se les approprient temporairement. Ils illustrent la démarche du Bruit du Frigo qui cherche à « mieux comprendre nos métropoles » en proposant d’arpenter ses interstices, ces zones méconnues et d’y passer une nuit.

Les balades périurbaines du Bruit du Frigo

La Mêlée, événement hybride pour « Rester groupé »

Après une période de mobilité depuis 2008 l’ayant conduit à tisser de nombreux lieux à travers la ville et ses alentours, Bruit du Frigo s’apprête à se sédentariser rive droite, avec la Fabrique Pola. Pour fêter cette installation, le collectif entend donc célébrer durant une quinzaine de jours différents formats artistiques, à l’image de sa pratique quotidienne. Ces derniers s’articuleront autour d’un thème ; « Rester groupé ». Toujours dans une perspective de créer du commun, la thématique permettra  d' »exprimer ses points de vue, partager, s’outiller, créer, flâner, regarder et faire ensemble autrement. Parce que l’union fait la force, le groupe devient un levier de nos pensées et de nos actions ».

La dimension hybride de l’événement se manifestera à travers la multiplicité et la diversité des formes d’expression. En effet, durant ces 16 jours, on aura l’occasion à la fois d’écouter des concerts, d’admirer des œuvres exposées, de déguster des propositions culinaires ou de découvrir un nouveau lieu.

Un laboratoire artistique,vivant et éphémère sur la ville

Conçu comme un événement amené à se pérenniser d’années en années, La Mêlée s’envisage véritablement comme un laboratoire artistique ouvert sur sa ville et connecté à ses enjeux. Une « avancée groupée » est ainsi mise en place pour partir à la rencontre de la périphérie urbaine bordelaise, en compagnie d’Yvan Detraz, fondateur du Bruit du Frigo. Des restaurateurs et pâtissiers du coin (Vivien Durand du Prince Noir, Diego Cervantes de Mi cielo ou encore Julien Cruège) sont invités à proposer des repas géants à prix réduits tandis qu’un Tourbus sera organisés par l’agence Fluxus pour découvrir les paysages animés de la Métropole (et pour lesquels on vous offre des places).

Le tourbus de Fluxus

L’offre étant très complète, on vous recommande chaudement d’aller découvrir par vous-même la programmation complète de l’événement sur leur site. L’inauguration du samedi 29 juillet est particulièrement attendue avec la présence de Lord Rectangle, groupe trublion pourvoyeur d’une musique des Caraïbes, mêlée à celle de Gendarmery, « duo qui a décidé d’intervenir dans les soirées les plus risquées ». Se joindra à cette belle réunion musicale DJ Zorro du Cul, adepte de banjo pince-oreille et d’électro pince-fesse et grand défenseur du mot d’ordre « dancefloor de puta madre ».
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▬▬▬▬ INFOS PRATIQUES▬▬▬▬

« Marre de la routine, l’ennui vous guette, l’Agence Fluxus vous propose de partir en goguette à la découverte de nos paysages animés. De Bordeaux à Sainte-Foy-La-Grande, l’Agence Fluxus vous promet un voyage où l’aventure côtoie l’humanité de nos campagnes et de notre périphérie métropolitaine. Vous êtes intrépides ? Ce voyage est fait pour vous ! Départ 8h30 de la station la Buttinière (tram A) avec sac de plage complet, baskets pour marcher. Pour le reste, Fluxus s’occupe de tout, t’occupe de rien ! Retour station Cité du Vin à 23h15. »

 Pour gagner 2 places pour le Tourbus ; like la page Facebook du Type et like le post de cet article en taguant ton partenaire ou envoie un mail à
contact@letype.fr en objet «  Mêlée Le Type »
(Nom + Prénom + email)

AHOY ! Bordeaux : deuxième édition du festival à succès

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS

Après le succès de la première édition, en 2018, AHOY revient le 6 juin pour une soirée de concerts en plein air. De quoi bien commencer l’été avec une programmation variée.

À l’origine de ce projet, l’Iboat et l’association culturelle basée à Bordeaux, Trafic. Connu pour ses nombreux événements musicaux à bord du bateau, l’Iboat accueille pas moins de 2000 artistes tous les ans. Trafic, quant à elle développe un projet pluridisciplinaire, sur le terrain des cultures électroniques et numériques. Elle est associée à l’Iboat avec qui elle collabore en développant l’action culturelle du lieu, intra mais également hors les murs…

En 2018, lors de la première édition, les 1, 2 et 3 juin, AHOY avait investi quatre sites différents : la dalle du Pertuis, au pied de la base sous-marine, dans la Base Sous-Marine et à l’Iboat. Concerts, lives audio-visuels, performances digitales (dont 2 gros projets inédits à la Base Sous-Marine), déambulation artistique autour des Bassin à flots, spectacles jeune public, dj sets, ateliers de création numérique ou de production musicale, la programmation s’est avérée pluridisciplinaire et avant-gardiste, réunissant plus de 10 000 personnes et une quarantaine d’artistes.

Cette année, quatre groupes musicaux sont attendus sur la dalle du Pertuis pour une soirée de concerts en plein air de 18H à 01H, le jeudi 6 juin. Au line-up, nous retrouvons le collectif né à Kinshasa, KOKOKO. Recyclant et détournant la matière disponible, ils créent les moyens d’une esthétique radicale et résolument dansante. S’en suit, le groupe Ko Shin Moon. Brouillant les frontières temporelles et géographiques, le duo (que nous avons rencontré) mêle instruments acoustiques de diverses régions du monde, machineries analogiques, musiques traditionnelles, arrangements électroniques, sampling et enregistrements de terrain. AHOY invite également le duo Bruxas, qui se caractérise par une esthétique latine et tropicale, utilisant dans leurs productions disco et house des percussions sud-américaines, synthés vintages et lignes de basses accrocheuses. Enfin, nous pourrons entendre l’afro-caribbean space disco du collectif The Mauskovic Dance Band.
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Eclectype #52 — La playlist bordelaise — mai 2019

dans MUSIQUE/SÉLECTA

Rendez-vous mensuel pour découvrir de nouveaux artistes issus de la scène bordelaise tout en redécouvrant des pépites locales bien de chez nous, enfouies parfois dans les bas-fonds des internets. Sans trier, on sélectionne de manière éclectique dans cette playlist des univers parfois très différents, du rock psyché à la house en passant par le hip hop ou la musique de chambre, toujours dans une démarche de promotion de la création, émergente ou non, à Bordeaux.
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Mydgar — View From the Space

Mydgar continue son voyage vers le cieux et au-delà avec son nouveau titre « View from space », second morceau de son EP plutôt spatial. Basé sur une interview de l’astronaute Neil Armstrong qui décrit la Terre et la Lune à son retour de la mission Apollo 11, le morceau et ses longues nappes invitent aux rêves dans un crescendo progressif particulièrement agréable.
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Insomni Club — Envie

Il est cool, bordelais, musicien mais aussi réalisateur des clips de Miel de Montagne et il vient de sortir son dernier son « Envie » le mois dernier. En première partie de Flavien Berger à la Rock School Barbey, Insomni Club, de son nom d’artiste joue régulièrement à Bordeaux et si vous souhaitez en savoir plus sur lui, on a, là aussi, eu la chance de lui poser quelques questions lors d’une rencontre.

Obsimo — Tigari

Figure montante de la scène locale, le jeune Obsimo a tout juste sorti son premier LP. 7 titres électroniques particulièrement mélodiques aux textures soignées et aux univers riches, à l’image de « Tigari » qu’on vous laisse découvrir.

Piscine — Philippe Lucas

En plus de balancer un math rock tendance noise de qualité, l’équipe de Piscine a le sens de l’humour, comme l’illustre ce délicieux bien nommé « Philippe Lucas » sorti par le groupe en 2015 sur l’album Chlore.
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Hirschmann — Transhumance

A la tête du collectif et média Eclipse, Hirschmann nous emmène en transhumance avec ce titre à l’ambiance dérangeante et aux rythmiques maléfiques. On nous glisse dans l’oreille qu’un EP est en cours de préparation…
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Double C — RDLV

« Rentre dans le vice gamin » ; le Double C invite aux malices avec « RDLV », sorte de trap néo-futuriste aux rimes rigolotes (big up à Nadine Morano) inspirés d’une nouvelle scène rap francophone qui ne se prend pas au sérieux tout en restant efficace.
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The Oversleep — Whatever

Très beau et délicat « Whatever » du duo The Oversleep, avec sa belle ligne de piano. Semble-t-il inspiré par la SF des années 90, le morceau est le deuxième épisode d’une série entamée avec le titre «  Like Blood On Snow ». A découvrir le 31 mai en concert à La Voûte !
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Cocktail bananas – I will Insist

Originaire de Bordeaux, Cocktail Bananas est un groupe composé de six artistes musiciens et chanteurs dont Jessica Bachke que nous avons eu le plaisir d’interviewer (lien ici). Avec un style folklore américain, ce groupe sillonne la France mais particulièrement Bordeaux où l’on a déjà pu les entendre jouer au Central Do Brasil, l’Iboat, Le Lucifer, le Café Brun et autres…
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Sweat Like An Ape! — Witch

On continue sur le thème de la sorcellerie avec « Witch » de Sweat Like An Ape!, qui sort tout juste son nouvel album chez Platinum Records, entre indie rock et influences disco voire tropicales ! Release party du groupe à ne pas manquer au Krakatoa le 23 mai (des places à gagner sur notre page Facebook).
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La Prune — Jack

La Prune a encore frappé ! L’Epicerie Gang, « pas venu pour débattre sur la chocolatine »  continue son petit bout de chemin et distribue les bons points et les bonnes rimes au fil de ses morceaux. On est donc particulièrement contents de les retrouver en pleine forme sur ce « Jack », toujours impec’.
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MLX — Flamme

Toujours ultra léché et quali, les productions visuelles d’OCTANT Studio régalent sur chacune de leurs sorties. Qui plus est quand elles se couplent avec des productions d’un artiste tel que MLX qui maîtrise à la perfection l’exercice avec « Flamme », à l’instru tout aussi propre.
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Hill Billy — résidence sur Ola Radio


Deep & break servi par la joyeuse team d’Hill Billy qu’on a maintenant l’habitude de retrouver sur Ola Radio ou lors de divers événements, notamment à l’Iboat, avec une prochaine date prévue le 6 juillet pour fêter l’anniversaire du collectif !

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Et découvrez d’autres Eclectypes avec d’autres artistes locaux à découvrir :

Post-punk apocalyptique 2.0 au BT59 : Rendez-Vous

dans ÉVÉNEMENTS/REPORTAGES

Francis, Elliot, Maxime, Simon et Guillaume ont retourné ce 17 avril la totalité du public bordelais du BT59 aux cotés de VvvV, croisé en première partie. Le groupe old school dévoilait en octobre 2018 un nouvel album : Superior state, avant de se lancer à corps perdu dans une tournée mondiale jusquʼà la fin de lʼannée. Depuis leurs premières dates en 2015, Rendez-Vous ne cesse de régaler la soif littéralement insatiable de leurs fans et ce, pour notre plus grand plaisir. On a kiffé ce concert organisé par l’Iboat (et donc délocalisé au BT59) et on vous propose, en quelques clichés, de sombrer dans cette ambiance frénétique.
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