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Entretien sous haute protection avec Indice 50

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Composé de quatre musiciens, le groupe Indice 50 a de l’énergie à revendre et surtout une ambition, nous faire danser. Encore peu connus sur la toile bordelaise, leur musique variée lie à la fois funk, électro, house, et rap. Rencontré au Café Mancuso pour un long entretien avec la moitié du groupe, Indice 50 se dévoile, partage ses influences et raconte son parcours.

Crédit photo : Luna Omer-Verny

Le Type : Salut Indice Cinquante. Peu présents sur les réseaux, on ne vous connait pas encore, est-ce que vous pouvez commencer par vous présenter?

Pale peu : On s’appelle Indice 50, comme la crème solaire. On est 4 entités : Namura, Joe, Igouh ici présent et moi, Pale peu. Namu s’occupe de toute la production, Joe  du piano, Namura fait aussi de la guitare, du synthé. Avec Igouh, on fait que du rap.

Igouh : En ce moment Joe et Namu, sont à Paris pour faire du studio et préparer les prochains morceaux. Nous on attend les musiques, pour écrire, pour composer. Pour revenir sur l’ordre chronologique de la naissance du groupe ; il y a environ 2 ans et demi, je faisais du rap solo en tant qu’Igouh, avec Namu, qui a un studio chez lui. Il enregistrait mes prises de voix, puis mixait ma musique. Au départ, on travaillait tous les deux. Parallèlement Namu fait de la musique électronique, et lors d’une discussion on s’est dit : « Pourquoi pas mélanger nos deux univers ? » D’un côté très rap, un flow kicker, des ambiances hip-hop, très classique dans la forme. De l’autre, tout un bagage de musique électronique ; ambiance house, très funky, très disco. Au final une culture musicale qui se retrouve beaucoup dans notre projet actuel avec le groupe. De là est donc venue l’idée de faire de la musique tous les deux.

A ce moment là, Pale et moi faisions partie d’un collectif qui s’appelait La grande section ; aujourd’hui on a tous pris des directions un peu différentes. Mais Pale et moi on est resté très proche. Du coup, je lui ai parlé du projet qu’on était en train de construire avec Namu, ça l’a emballé direct. C’était à l’été 2018, on a commencé à faire nos premiers morceaux, nos premières maquettes en studio. Cet été là, Namu avait une date à l’Iboat. C’était la première date officielle d’Indice 50 (sous un autre nom). Lors des répétitions j’étais pas là, je les ai retrouvés pour les dernières répèt’ seulement. Et là, il y avait un nouveau membre : Joe. Il est arrivé avec de vrais talents pour le clavier, et pour l’improvisation, c’est-à-dire qu’il se base sur nous, et nous apporte beaucoup de musicalité, ce qui est très agréable.

En faisant des recherches sur vous, on ne trouve aucune trace d’interview ; vous n’avez pas eu d’occasion ou c’est un choix de votre part ?

Igouh : Il y a deux raisons qui peuvent l’expliquer : la première c’est qu’on a sorti que très récemment nos premières musiques en ligne. L’autre raison c’est qu’on est pas souvent tous les quatre. On a aussi mis du temps à savoir ce qu’on avait à dire, où on voulait aller. On s’est pas mal cherché et même aujourd’hui on se cherche encore musicalement. Les prochains morceaux qu’on fera, je l’espère, ne ressembleront plus trop à ce qu’on faisait…. Avant, on ne faisait pas du rap. L’idée c’était que notre voix était considérée comme un instrument en plus, et un lien entre les morceaux. Du coup, on a joué là dessus, car le rôle du MC, c’est d’ambiancer le public, faire monter la mayonnaise et on s’est attaché à ça, à créer du lien, de l’interaction avec le public, ce que les DJ’s ne font pas forcément.

Pale peu : S’il y a peu de relais c’est aussi qu’on a fait que 6 ou 7 scènes dans l’année. Ça nous a permis de nous roder, de voir ce qui plaisait au public, là où il était réceptif… Dès la première scène, c’est allé tout seul. C’est une musique qui peut s’écouter dans des soirées qui n’accepteraient pas forcément de la musique plus complexe qu’un DJ set, quelque soit le style. Ce qui nous permet de jouer sur des scènes peu données à des groupes.

Igouh : En tant que rappeur, c’est assez agréable de se produire face à un public pas nécessairement rap. Ça nous ouvre par exemple les portes de certains clubs. Pour notre première scène, on a joué à 2 heures du matin, alors qu’en général c’est plutôt vers 22h00.

Nous ne sommes pas un groupe de rap.

Revenons sur la diversité des esthétiques et des genres présents dans votre musique, au-delà du rap. Comment on peut décrire Indice 50 ?

Pale peu : Nous ne sommes pas un groupe de rap. C’est de l’electro, de la house, mélangé à de la funk et un peu de rap. Pour ce qui est de la création musicale, on a plutôt une inspiration qui vient des années 70, comme des trucs beaucoup plus récents. Comme tout producteur, Namura est un chineur de son ;  il valse à travers différents univers musicaux, pour composer nos instrus. Joe, lui, il nous apporte tout le côté pop culture. Ce qui est extra, c’est qu’il a réussi à balancer du Mario sur scène, sans que les gens s’en aperçoivent. Ce qui n’a aucun sens, mais il improvise, ça passe inaperçu dans le morceau et c’est ça qui est super !

Quand avez-vous commencé à vous intéresser au rap ?

Pale peu : La première fois qu’avec Igouh on s’est dit qu’il fallait faire du son ensemble c’était début 2018. J’étais en stage à Paris, on venait juste de sortir du collectif La Grande Section. On kiffait ce qu’on faisait ensemble… C’est pas notre début dans le rap, mais par contre c’est de là qu’est venue l’idée de faire un groupe.

Igouh : Dès l’époque de La Grande Section, et bien avant qu’Indice 50 existe, Pale et moi, on a toujours kiffé faire de la musique tous les deux, sur scène, en studio… Pale fait parti des rares mecs avec qui j’ai été capable d’écrire en une soirée, du fait qu’on a plein d’influences communes et une même manière de travailler. Écrire un texte, à titre personnel, je trouve que c’est un moment extrêmement pudique, où tu te fous un peu à poil parce que parfois tu fais du yaourt. Pale fait parti de ceux devant qui j’ai aucun problème pour écrire.

Quels sont les artistes qui ont pu inspirer Indice 50 ?

Igouh : Il y a très clairement Makala. Au-delà d’un nom en particulier, j’ai toujours aimé les formations qui laissaient la place à la musique, au groove dans une prod… J’accorde énormément d’importance au texte, parce que ça reste du rap mais j’ai besoin que ça groove. Le groupe Bon Gamin est une excellente référence par exemple, avec Myth Syzer. Tous ces gens travaillent avec des beatmaker fantastiques, viennent du rap et assument complètement l’envie de faire d’autres choses : pousser les frontières du rap.

Pale peu :  En inspi il y a aussi Espiiem, une référence pour le groupe.

Quelles sont vos références au niveau de la scène hip hop locale ?

Pale peu : Il y en a un paquet, clairement. Je pense à Limace, Neilhuj, Jim, en grande partie. Beaucoup de rappeurs de Bordeaux sont talentueux et m’inspirent dans ce qu’ils font, la liste est longue ! Les artistes sont cool, il y a une vraie bonne mentalité au niveau de ceux qui pratiquent le rap je trouve.

Igouh : Je connais moins bien les rappeurs de Bordeaux, parce que j’ai moins écumé les open mic que Pale. Il y a un collectif avec lequel j’adore bosser : Majin Killaz. L’un des gars du crew n’est pas sur les réseaux, mais je le considère comme l’un des rappeurs bordelais les plus talentueux : Benledini. Il est incroyable. Il a un style de rap très atypique ; j’attends d’avoir les bonnes prods entre les mains pour lui proposer quelque chose !

Il manque un club où je pourrais aller tous les week-ends écouter du rap à Bordeaux.

Quelles sont les salles où vous trainez et celles où vous jouer à Bordeaux ?

Igouh : On a fait une salle Rive droite…

Pale peu : Ah oui ! Une salle communale si je dis pas de connerie, c’était pour le tremplin des deux rives.

Igouh : On a aussi joué à Paris, dans le 11ème ! C’était un chouette concert. Et puis, cet été on a joué à Montalivet, sur la côte, dans un camping et c’était très très chaud ! Une bête de concert ! Sinon, je fréquente d’autres salles pour le plaisir… Très récemment j’ai notamment découvert le Krakatoa, super chouette salle que je connaissais pas du tout. J’apprécie aussi beaucoup la Rock School Barbey ou le Rocher Palmer pour les concerts. A titre personnel, je trouve qu’il manque un club où je pourrais aller tous les week-ends écouter du rap… Il y a quelques soirées trap organisées au Void, mais ça ne se fait pas beaucoup.

Pale peu : Je trouve que les soirées rap se développent beaucoup plus. Honnêtement, ça fait plus de 6 ans que je fais du rap à Bordeaux et je trouve qu’il y a beaucoup plus de choses à écouter dans le rap pur et dur. Il y a beaucoup de jeunes qui se bougent, et c’est peut-être ce qui manquait à la génération d’avant, en rap en tout cas, de se bouger le cul ! Faire les choses soit même, créer des soirées … Donc en vrai, la scène rap bordelaise ne va pas si mal !

Un rappeur bordelais qui a fait le fameux million de vues symbolique YouTube, j’en connais pas…

Vous trouvez que Bordeaux est une ville ouverte au rap ?

Pale peu : Ça dépend, le public de Bordeaux est chelou… Il a du mal à s’ouvrir aux artistes locaux, à ceux qui font le taff super bien, qui essaient d’être pro dans tout ce qu’ils font. Même malgré ça, ils n’ont pas la réception à la hauteur de leurs efforts. On se demande pourquoi, je n’ai pas de réponse à ça…

Igouh : J’ai l’impression que c’est pas forcément Bordeaux le problème. C’est surtout à l’échelle de la France que la ville subit l’image d’une ville un peu coincée, un peu propre sur elle, et à mon sens c’est pas un hasard si, aujourd’hui dans le rap mainstream, aucune tête d’affiche n’est affiliée directement à Bordeaux… Il y a Lyon, Montpellier, Marseille, Toulouse même Nantes… Et Bordeaux ? Certes il doit y avoir des rappeurs qui arrivent à vivre de leur musique ici. Mais un rappeur bordelais qui a fait le fameux million de vues symbolique YouTube, j’en connais pas…

Pale peu :  On verra dans 5 ans où ça en est, on verra ce qu’il se passe, mais je suis persuadé que t’en verras 10 des entités à Bordeaux, qui auront exploité le filon et ça va être bénéfique pour tout le monde. Et ça va être le cas pour l’ensemble de la culture musicale bordelaise qui est, au-delà du rap, assez variée et ouverte.

Igouh : Pour parler des médias locaux, puisqu’on se trouve en ce moment même dans leurs locaux, Ola Radio est l’exemple parfait de la réussite qu’il peut y avoir à Bordeaux en ce moment ! C’est une radio qui a moins de 1 an et ça va très vite.

Vous avez déjà eu l’occasion d’y jouer ?

Igouh : On a pas eu l’occasion de passer sur les ondes de la radio. On a par contre été programmé sur une soirée qu’ils ont fait aux Heures Heureuses à Darwin.

Vous avez sorti quatre sons récemment sur SoundCloud, dont une musique clipée sur YouTube : « HeartBreak », « Take A Love Break », « Sky » et « Folamour » ; est-ce que vous pouvez nous parler un peu plus de ces morceaux ?

Igouh : Il faut savoir qu’on a fait plus de morceaux. Les morceaux dont tu parles ne sont pas nécessairement ceux que l’on considère comme étant les meilleurs, mais on avait les droits. On tend à le faire de moins en moins, mais au début on travaillait avec des samples qui sont d’ailleurs les titres des morceaux que tu as cité.

Pale peu : Il y a toujours la question de : « est-ce qu’on fait des morceaux qui racontent quelque chose ? » ou « est-ce qu’on reste sur des morceaux d’ambiance ? » . Si on reste sur des morceaux d’ambiances, c’est beaucoup mieux d’avoir ce genre de titre parce que personne ne va se demander si on a voulu laisser un message dans le titre. Peut-être qu’à l’avenir, si on élabore des sons plus complexes, avec un message, une idée qui se dégage, peut être que là, oui, on aura des titres plus marqués avec plus de sens !

Et les sons dont vous n’avez pas les droits ? Comment un refrain comme « dehors c’est la merde, Indice 50 te protège » se fabrique ?

Pale peu : Celui-là c’est un morceau qui n’en est pas un en fait (rire). On a écrit des couplets et posé un refrain qui marche de fou. C’est vrai que, quand on est passé à Darwin, c’est clairement celle là que le public chantait. La voix finalement apporte beaucoup.

Igouh : Les gens ont tendance à retenir les gimmicks. Finalement, Indice 50 n’a pas d’autre prétention que de faire danser les gens. Le projet est né et pensé comme du divertissement, c’est pour ça qu’on peut jouer en club. Le groupe prend tout son sens et toute sa valeur en live, sur une scène ; parce qu’on a trouvé des recettes qui marchent bien, une forme de spontanéité. En live, on n’a pas fait deux fois les mêmes lyrics. On a une intro, qu’on a changé à chaque fois. On prend notre pied sur scène, en s’adaptant au public, à l’ambiance… C’est pas qu’on privilégie la scène, mais pour l’instant ça a été pensé pour jouer sur scène, dans les clubs.

Pale peu : D’ailleurs l’origine du groupe vient de là : on devait faire une scène pour l’Iboat à la fin de l’été 2018. À la base, on en parlait peut-être un peu mais c’était pas quelque chose qui allait se créer ! J’ai passé 3 jours chez Namura avec Joe que je venais de rencontrer et on s’est dit : « ok, on a 3 jours pour préparer un set ! ». Après cette première date, on a vu que ça fonctionnait.

Igouh : Pour revenir un peu les morceaux disponibles sur soundcloud, c’est vraiment un mélange de nos 4 univers, de nos lyrics, avec la musicalité de Namu et Joe. Dommage qu’ils ne soient pas là pour en parler, car nous on est plus à l’aise pour parler des textes que pour parler de la musique. Du coup, pour parler des textes : ils sont très légers, car on est là avant tout pour faire groover, c’est l’idée.

Comment se passe l’écriture des textes ?

Pale peu : Globalement, on les a écrit chacun de notre côté, parce que ça s’est fait au fur et à mesure du temps qu’on avait. À terme, ce qu’on veut, c’est écrire ensemble. D’ailleurs les meilleurs sons qu’on ait pu composer, c’est quand on était quatre et que chacun pouvait rajouter son grain de sel ; c’est là où il se passe vraiment quelque chose dans la création.

Igouh : Typiquement, je me rappelle très bien d’une fois où on était tous réunis chez Pale ; tous les instruments dans le salon avec Joe et Namu qui testent des trucs, qui peaufinaient des morceaux pendant que Pale et moi on s’était enfermés dans la cuisine et qu’on écrivait des pass/pass. Et pour revenir à ce qu’on disait tout à l’heure, justement avec Pale, les pass/pass marchent très bien parce qu’on se capte assez vite.

Parmi vos musiques, une seule a été clipée, c’est « Folamour », avec qui vous avez travaillé pour le montage ?

Igouh : En fait, le clip de « Folamour », c’est une compilation de nos aventures… J’ai fait des études de cinéma, j’aime bien filmer, et j’avais toujours une petite caméra sur moi, qui a rendu l’âme récemment… Du coup, ce que j’aimais bien c’était l’idée de pouvoir immortaliser des moments du quotidien ; des moments de répèt’, des moments où on cherche des instruments de musique dans le coffre, ou encore le moment où on va s’acheter des boissons fraiches au Carrefour City. Voilà, c’est vraiment l’idée de filmer des instants de vie, du groupe, des tournées ; on part, on bouge, on se déplace ensemble… « Folamour », c’est ça ! Il y a aussi beaucoup d’images de concert filmées par mon colocataire. Il nous filmait sur scène et, comme nos concerts sont des fêtes, lui, il fait la fête avec nous, d’où l’image pas très propres quelques fois… L’image n’est pas nécessairement de très bonne qualité parce que c’est un vieux camescope SD acheté 40 € sur internet. Le clip « Folamour », du coup, c’est 6 mois de vie d’Indice 50. On se donnera plus de moyens pour les prochains clips, on a des idées !

Est-ce que vous envisagez la sortie d’un album ?

Pale peu : Ouais, je pense que oui, même si à l’heure d’aujourd’hui on peut pas trop s’engager. Les deux musiciens qui sont à Paris nous ont déjà envoyé quelques bonnes bases. Alors peu importe le projet final, que ce soit un album, un set, tu vois, tu l’appelles comme tu veux ; mais c’est quelque chose qu’on veut et qu’on va défendre.

Igouh : Ils sont pas montés à Paris pour rien ! On a tous nos activités perso à côté, car il faut bien vivre, mais à un moment, c’est sûr qu’on va passer un mois ensemble. Plusieurs fois, on a évoqué l’idée, on l’a pas fait. Je pense, la prochaine étape, ça sera de s’enfermer 2-3 semaines ensemble avec des textes, de la musique et de ressortir avec 5 ou 6 morceaux propres !

L’idée de vous rapprochez d’un label vous est déjà venue à l’esprit ?

Pale peu : Ouais même si pour l’instant on n’a pas assez de matière à proposer à un label. Donc on ne va pas griller les étapes. Le but est de faire de la musique qualitative dont on soit satisfait, qu’on ait les droits et dont les mixes soient intéressants parce que les maisons de disque, honnêtement, c’est pas ce qu’on croit. Les gens pensent que tu sonnes à la porte du mec avec ton petit mixe pourri, et qu’on va te répondre que t’es « la star de demain… ». Ce qu’il se passe vraiment, c’est qu’ils vont te dire de refaire le taff, et une fois que ce sera propre, de revenir et, peut-être, ils t’écouteront… On est déjà très contents d’avoir pu jouer sur des scènes avec peu. Maintenant, on va se donner les moyens de passer à l’étape supérieure et ça, ça passe par monter un projet comme on disait juste avant.

Igouh : Une des lacunes de notre formation, c’est que la partie musicale nous intéresse davantage que la partie communication, gestion, prospection de label, et ça c’est une des dimensions professionnalisante de la musique sur laquelle on aurait bien besoin d’un coup de main. Indice 50, pour l’instant, reste à un palier amateur parce que, entre s’enfermer une semaine à faire de la musique ou une semaine à envoyer des mails, on choisit direct l’option une ! Et ça, c’est aussi à nous de nous bouger… Et pour l’instant on est les quatre d’accord pour dire qu’on est capable de fournir beaucoup plus de travail.

Pour finir, pouvez-vous nous parler de vos projets persos ?

Pale peu : Pour ma part, je fais du rap dans un groupe qui s’appelle Les Saints Sereins. Ça fait des années qu’on fait du rap. Là, dernièrement j’ai bossé sur le projet de Igouh. Moi pour le moment, c’est pas le cas, mais ça va arriver.

L’origine de vos blazes ?

Pale peu : C’est un surnom. À l’origine, je m’appelais S en encre mais en fait je m’appelle Pale peu sur facebook et tout le monde m’appelait comme ça et personne ne m’appelait par mon prénom, ni par le nom que j’avais décidé, du coup j’ai abandonné l’idée. Je sais même plus vraiment d’où ça vient…

Igouh : Alors Igouh, ça vient du fait que je m’appelle Hugo et, surtout, pour la petite histoire… Quand j’étais en terminal, j’avais un prof d’éco, qui était Maghrébin et il arrivait pas à dire Hugo, c’était impossible. Il arrivait pas à dire autrement que Igouh, du coup mes potes m’appelaient comme ça ! Mais avant je rappais sous le nom de Donre Fresco… C’est pas que j’aimais plus, mais j’avais envie de changer. Je continue de citer cet alias dans les morceaux mais je préfère qu’on m’appelle Igouh. Effectivement, comme a dit Pale, j’ai sorti le 7 janvier, un projet qui s’appelle « Le Guide Sacré » et qui a entièrement été masterisé par Pale. J’ai sorti cet album sous le nom de Igouh, en indépendant, poussé par Ola Radio, qui me soutient dans la com notamment. Une partie a été enregistrée au studio, bunker de Majin Killaz. Au total ce sont 7 morceaux, et j’ai vraiment hâte de pouvoir les défendre sur scène.

Un dernier mot ?

Igouh : Pas spécialement, juste préciser que cet entretien s’est fait seulement avec la moitié du groupe. Il est important d’avoir à l’esprit qu’il manque deux entités et donc deux autres façons de penser différentes. Ça serait excellent de faire une deuxième partie avec Joe et Namu. Sinon, big up à Le Type pour notre première interview un peu officielle.

Podcast : entrevue avec Obsimo

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Vendredi 10 janvier 2020, 21h53, quelque part dans un sous-sol bordelais. Andrei et Antonin alternent entre les chips et le fromage au comptoir du bar de l’Astrodøme, entourés des organisateurs et bénévoles qui attendent calmement le lancement du premier dj set et l’ouverture au public. Ce soir, la programmation est exceptionnellement électronique puisque c’est « Obsimo live & friends » qui s’occupent de faire vibrer les murs de la mythique cave pour la première soirée de l’année. Obsimo, c’est le projet d’Andrei Convard rejoint plus tard par Antonin, son clippeur et créateur visuel. Ils ont accepté de nous rencontrer entre les balances et l’ouverture des portes pour nous parler de leur musique et de leur projet artistique.

Artwork : Alice Belair

Merci à eux. Sympa les chaussettes.

Entretien: le média local Rue89 Bordeaux doit continuer d’exister

dans DIVAGATIONS LOCALES/MÉDIAS

Fondé en 2014, Rue89 Bordeaux propose un journalisme de proximité tout en défendant une vision indépendante du métier. Grâce à ses enquêtes de terrain (sur des sujets politiques, écologiques, d’urbanisme…), le média s’est fait une place de choix dans un écosystème régional pas très dynamique voire même « pauvre en pluralisme de la presse » selon Walid Salem, co-fondateur du pureplayer (100 % en ligne) aux côtés de Simon Barthélémy. Six années après sa création, Rue89 Bordeaux a besoin de 1000 abonnements pour continuer à exister. Une campagne a été lancée et se terminera le 30 janvier 2020. A 15 jours de sa clôture, nous avons posé quelques questions à l’un des deux fondateurs du média pour en savoir plus sur son état d’esprit, sa vision de la presse au niveau local et l’état de l’indépendance de la presse en France et dans la région.

Photo : Walid Salem et Simon Barthélémy de Rue89 Bordeaux (DR)

Le Type : Rue89 Bordeaux est né le 30 janvier 2014. Fin 2019, vous avez lancé un appel au soutien de vos lecteurs en vue d’atteindre 1000 abonnements avant le 30 janvier 2020. Et ce afin de « continuer à exister », « d’assurer la pérennité de votre site d’information local », sans quoi le site tirera sa révérence selon vos propres mots. À quelques semaines de la fin de la campagne, où en êtes-vous et quel est l’état d’esprit de la rédaction ?

Walid Salem : Notre campagne a atteint 570 abonnements à 20 jours de la date ultime, c’est à dire le 31 janvier. Ce chiffre peut soulever des questions quant à la pérennité du site. Mais si on doit comparer cette campagne à une campagne de crowdfunding traditionnelle, une grosse vague peut encore arriver sur les dix derniers jours. Ceux qui attendent le dernier moment par exemple, ceux qui se disent “ils n’ont peut-être pas besoin de moi”, ceux qui n’ont pas pris conscience de l’importance de l’appel, etc.

Nous gardons espoir. L’équipe continue à travailler et à prévoir des projets pour après le 31 janvier.

Nous gardons donc espoir. L’équipe continue à travailler et à prévoir des projets pour après le 31 janvier. S’il faut tout suspendre à la dernière minute, on va bien sûr le regretter. S’il nous est possible de continuer, on aura quand même préparé la suite.

Pour un média en ligne comme le vôtre, vous estimez que la seule solution est de passer par le soutien des abonnés, des lecteurs ? Qu’en est-il des sources de financements comme les subventions (publiques) et des partenariats ou de la publicité ? Quelle proportion cela représente dans le modèle économique de Rue89 Bordeaux ?

L’information est un bien public, mais l’information doit être soutenue et financée par ses lecteurs. Nous sommes un média indépendant et nous voulons le rester. Cette indépendance nous permet une liberté de ton, une liberté dans le choix et le traitement des sujets… On n’a de compte à rendre à personne, à part à notre audience qui s’engage déjà dans la diffusion de certains sujets, dans la fourniture d’un complément d’informations, mais aussi se manifeste quand un sujet ne lui plaît pas !

Pendant longtemps internet a été synonyme de gratuité, mais ce n’est plus tenable. Car les médias en ligne aujourd’hui y vont pour une activité principale et non plus pour avoir une vitrine en plus.

Nous avons d’autres sources de financements mais qui nous détournent de ce qu’on a envie de faire et de bien faire : c’est à dire le journalisme. Notre équipe est petite et il vaut mieux qu’elle soit entièrement dédiée au contenu du site. Nous souhaitons donc abandonner les activités et les événements organisés à côté pour faire rentrer de l’argent. A terme, si on peut se le permettre, nous souhaitons également abandonner la publicité sur le site et proposer une meilleure ergonomie pour une meilleure lecture. Mais pour l’instant, les revenus de la pub représentent la moitié de nos ressources. Donc, ce n’est pas pour demain !

Quant aux subventions, elles sont accordées sur des opérations précises et sur un programme précis : éducation aux médias, pédagogie de proximité… qui demandent aussi du temps et des moyens humains.

À quoi vont vous servir les ressources obtenues via l’abonnement des 1000 lecteurs ?

Les 1000 abonnements serviront tout d’abord à obtenir des rentrées financières régulières et ne plus dépendre d’une trésorerie fluctuante. Ces entrées permettront de rémunérer correctement les permanents qui travaillent tous les jours pour le site. C’est à dire nous deux associés actifs, Simon Barthélémy et moi-même. Pour l’instant, nous bénéficions de petites indemnisations, ridicules au regard de notre investissement total et complet pour le média.

Les sommes serviront également à améliorer les salaires des piges que nous proposons depuis 2014 au même tarif. Ce n’est pas tenable pour nos journalistes. Ils perdent la motivation en devenant de plus en plus précaires. Certes l’état de la presse est difficile en général, mais on voudrait aussi que cette campagne d’abonnements attire l’attention sur ce point. Si on veut une presse de qualité, il faut la soutenir. Sinon, il restera seulement les médias vitrines dans lesquels investissent les milliardaires en contrôlant d’une manière ou d’une autre le contenu.

C’est pour ne pas être déconnecté de la cité qu’il faut soutenir la presse locale.

Pour vous, quel rôle joue (ou doit jouer) la presse locale ? Pourquoi est-il indispensable de la maintenir et de soutenir son activité ?

La presse locale est une presse de proximité. Et c’est essentiel ! Aujourd’hui internet propose des informations venues des quatre coins du globe. Ces informations nous accaparent et nous distraient. On frise l’infobésité. Et du coup, on n’a plus le temps de s’informer correctement sur ce qui se passe en bas de chez nous : pourquoi un tram passe par là et pas par là ? Pourquoi cet aménagement et pas un autre ? Pourquoi et comment la ville et ses services évoluent ? Qui sont nos élus ?… et d’autres questions de notre quotidien.
C’est pour ne pas être déconnecté de la cité qu’il faut soutenir la presse locale. D’autant plus que son rayon est restreint et donc ses chances de rentabilité aussi.

Comment construisez-vous et entretenez vous des liens avec vos lecteurs et votre communauté au niveau local ?

Notre communauté s’est faite spontanément, en fonction de notre ligne éditoriale. On nous identifie aujourd’hui sur des sujets précis, dans des domaines précis : comme le social, l’écologie, l’urbanisme… Une partie de cette communauté est fidèle. Et pour la rencontrer, nous avons à plusieurs reprises organisé des manifestations : des concerts, des manifestations culturelles, des rencontres et débats, des salons de vin bio et naturel, des conférences de rédaction publiques…

Bordeaux est une métropole qui est pauvre en médias, pauvre en pluralisme de la presse.

Comment percevez-vous le dynamisme (ou non) de l’écosystème média au niveau local et régional ?

Bordeaux est une métropole qui est pauvre en médias, pauvre en pluralisme de la presse. Il y a très peu de diversité comparé à d’autres ville comme Marseille ou Lyon. Une ville comme Bordeaux mérite bien plus, pour aussi afficher une bonne santé démocratique. Il y a encore de la place à prendre. C’est le modèle économique qui est compliqué à trouver malheureusement.

Pourquoi en 2020 l’indépendance des médias vous semble plus que jamais nécessaire ?

Premièrement, l’information ne se limite pas à la publication des communiqués de presse ou de pomper des dossiers de presse. Il faut d’autres sources qu’une source officielle, il faut recouper, avoir des avis. Tout ça prend du temps, et donc de l’argent.

Et puis il y a les informations qu’il faut dénicher. Ces enquêtes demandent du temps et de l’argent aussi. On n’a plus les moyens de le faire, c’est bien connu et beaucoup d’études tirent la sonnette d’alarme sur le manque de moyens pour faire un bon travail d’investigation.

En plus de la nécessité d’avoir ces moyens, il y a aussi la nécessité de rester indépendant. Sans ça, la presse n’est plus libre. Elle ne doit pas se compromettre non plus. Et s’il faut encore le rappeler, la liberté de la presse est un baromètre important de la qualité d’une démocratie. Dire pourquoi l’indépendance des médias est nécessaire, revient à dire pourquoi la démocratie est nécessaire. Or la question ne devrait pas se poser.
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Interview : Jean-Luc Terrade, directeur artistique de Trente Trente

dans ART ET CRÉATION/ÉVÉNEMENTS

Du 21 janvier au 2 février 2020, la Compagnie des Marches de l’Été organisera la 17ème édition de son festival Trente Trente. Mettant sous les projecteurs les formes courtes des arts vivants, le fondateur et directeur artistique du festival, Jean-Luc Terrade tient à une programmation au croisement des disciplines. Entretien d’un homme passionné, en compagnie de Magali Starck, responsable des relations presse de l’événement.

Le Type : En tant que directeur artistique depuis sa création, quel est votre rôle dans l’organisation de Trente Trente ?

Jean-Luc Terrade : Principalement la programmation du festival, et puis tout ce qui est autour. Notamment les nombreuses actions qu’on essaie d’organiser avec des jeunes et des étudiants. Cette année on a par exemple une grosse opération avec l’école des Beaux-Arts, que j’ai confiée à Cédric Charron et Annabelle Chambon, qui sont deux danseurs de Jan Fabre. Il y a aussi des étudiants de l’école 3iS, le CIAM et la faculté ingénierie. Je travaille sur la programmation un an à l’avance !

Choisissez-vous un thème pour chaque édition ?

J-L T : Il n’y a pas de thème. Il y en a eu quelques fois, mais là ce sont simplement des formes courtes (qui ne doivent pas dépasser officiellement 30 minutes) et qui sont pluridisciplinaires. La direction artistique est tournée vers les formes très contemporaines et la performance. En plus, on va plus du côté de la danse et de la performance que du théâtre : il y a de moins en moins de texte.

Je pense que l’art est fait pour se perdre et être déstabilisé

Vous décrivez le festival comme apportant un « autre regard sur les arts de la scène ». Qu’appelez-vous un « autre regard » ?

J-L T : J’ai tendance à penser que j’ai une façon différente d’appréhender l’acte artistique que la majorité des gens. En plus de ça, c’est vrai que le public a l’habitude d’aller voir des spectacles plus ou moins formatés où ils ne vont pas se perdre. Personnellement je pense que l’art est fait pour se perdre et être déstabilisé ; sinon, si on reste dans son propre confort on ne bouge pas. Donc les propositions qu’on fait ont très peu de chances d’être vues ailleurs, surtout en région. On les voit un peu dans certains festivals comme le FAB (festival international des arts de Bordeaux Métropole).

Comment choisissez-vous les artistes invités ?

J-L T : Pour une part je les choisis tout seul. Quand je travaille avec une autre structure comme le Théâtre des Quatre saisons, Boulazac ou le CDCN , on fait une programmation en accord avec la direction de la structure.

Anthony Egéa / Cie Rêvolution

Parmi les artistes invités, y a-t-il une certaine place réservée aux artistes locaux ?

J-L T : Pas automatiquement. Cette année il y en a plus que l’année dernière mais je ne fais pas la différence. Ça peut aider pour avoir plus de financement, mais je ne veux pas être manipulé par ça. Il y a entre autres Anthony Egéales ateliers du Panoramale Collectif Tutti et ce sont presque que des créations en plus. Cette année on a d’ailleurs 10 créations sur les 30 spectacles donc c’est pas mal !

En tant que metteur en scène, est-ce que vous travaillez avec des artistes invités ?

J-L T : Cette année 2 circassiens que j’ai accompagnés artistiquement vont présenter des solos. C’est leur projet mais ils m’ont demandé de travailler avec eux. Il y a aussi un jeune chorégraphe, Patrick Haradjabu, qui m’a demandé de regarder son travail. Grâce au lieu de résidence L’Atelier des Marches qu’on a mis en place au sein de la compagnie au Bouscat, les artistes peuvent travailler et très souvent me demandent un avis. Notamment dans les compagnies régionales qui créent pendant le festival, certaines sont en résidence ici donc ça crée une proximité de travail.

Comment avez-vous eu l’idée de créer ce festival ?

J-L T : Il y a presque 20 ans, il y avait très peu de structures de diffusion ou de théâtres qui programmaient des formes courtes. Moi je m’intéressais entre autres aux pièces de Beckett, qui étaient des formes courtes. Avant, si on ne créait pas des formes de plus d’une heure, on avait peu de chances d’être programmé. Ça a quand même un peu évolué aujourd’hui de ce côté-là. Maintenant, toutes les formes sont pluridisciplinaires : un peu tous les arts se sont mélangés, alors qu’avant les arts étaient un peu plus sectoriels. Je pensais donc que c’était bien pour une soirée que le public se mélange. Maintenant, ça se mélange un peu plus mais c’est encore très très confidentiel. Je prends l’exemple de notre festival : je trouve qu’on est assez confidentiels sur Bordeaux. On remplit mais on ne fait que 300 personnes par soirée, ce qui est très peu.

Magali Starck :  Après, il y a aussi beaucoup de formes courtes programmées qui sont dans une « configuration public » plus intimiste. Les spectacles programmés ne sont pas forcément des spectacles qui se jouent sur des grosses scènes de 500 personnes et les lieux partenaires sont pour la plupart des lieux intermédiaires.

J-L T : Sauf au Chapiteau en hiver, où il y a un potentiel de 350 ou 400 places. Il y a des jours où c’était plein mais le Théâtre des quatre saisons c’est une grosse jauge qu’on a du mal à remplir.

Qu’est-ce que vous pensez de l’évolution de la création contemporaine dans la région ?

J-L T : Je dirais qu’il y a beaucoup d’initiatives de jeunes qui sont très intéressantes. Malheureusement ils sont largués tout seul dans la nature. Ils n’ont pas assez d’aide et d’accompagnement. Le problème est donc qu’ils s’épuisent très rapidement et que maintenant, les jeunes artistes se trouvent souvent obligés de faire des ateliers, du social, etc. pour gagner de l’argent. Cela perverti le métier qui devrait être de créer du contenu. Je trouve ça dommage mais il y a quand même des jeunes qui font des choses intéressantes. Je prends toujours l’exemple de Nicolas Meunier qui est venu travailler l’année dernière. Il court après des rendez-vous pour rencontrer des directeurs de théâtres depuis 2 ans et il n’y arrive pas. C’est à force d’en parler autour de moi depuis 1 an qu’il commence à obtenir des rendez-vous mais il va encore attendre 3 ou 4 ans avant de pouvoir présenter quelque chose, 8 ans après la création de son œuvre. Ce temps-là est très long à cause de la concurrence qui est très nombreuse !

Magali Starck : C’est aussi à cause de la prise de risque ! Les directeurs de théâtres veulent s’assurer de remplir leur salle. Donc même avec des artistes qui prennent des risques, si les programmateurs n’en prennent pas, c’est difficile…

Je veux vraiment revenir sur ce qu’on appelle l’émergence. La vraie émergence.

En ce sens, votre programmation se tourne-t-elle vers ces jeunes pour les faire sortir du lot ?

J-L T : Oui, par exemple je parlais de la compagnie des Limbes : je les ai programmés 3 ou 4 fois dans le festival il y a 15 ans. Ils ont fait la première édition. C’est ça aussi qui est bien dans ce festival : quelque part, je prends moins de risque parce que sur une soirée, il y a 3-4 spectacles ; donc si l’un ou l’autre ne plait pas, le public peut se rattraper. Par contre, il faut que je fasse attention parce que je voudrais revenir vers des gens encore méconnus, des jeunes. Dernièrement j’ai un peu perverti le festival en présentant des choses qui sont déjà un peu établies au niveau des artistes, mais je veux vraiment revenir sur ce qu’on appelle l’émergence. La vraie émergence. Quand je crois en quelqu’un de la région, quand je pense qu’il se passe quelque chose, j’essaie au maximum d’aider les gens mais le problème est que je ne peux pas tout faire !

Quel public vient voir les soirées de Trente Trente ?

J-L T : C’est très mélangé : il y a du 3eme âge, des étudiants, des jeunes. Il y a vraiment de tout.

Magali Starck : C’est vrai qu’il y a de plus en plus de jeunes sur les 3 dernières années. Ce sont surtout les journalistes nationaux qui viennent sur le festival qui l’ont constaté. Ils sont souvent étonnés de voir autant de jeunes.

J-L T : J’aimerais qu’il y ait plus de monde bien sûr ! En même temps je me plains mais c’est vrai qu’a Paris, il y a parfois moins de monde que sur le festival.

Magali Starck : Et à la fois sur certaines soirées à Bordeaux on est quasiment complet à chaque fois.

J-L T : On remplit mais je trouve qu’on ne développe pas le public, on reste sur une jauge à peu près identique depuis 4 ou 5 ans, avec un potentiel pour un spectacle de 300 personnes. Je ne vais pas me plaindre mais je trouve que dans une aussi grande ville ça pourrait être plus important… Après, c’est aussi un problème d’argent pour communiquer, pour faire connaitre l’évènement.

Magali Starck : En plus, tu proposes des spectacles qui peuvent déranger, choquer, qui ne sont pas des spectacles faciles.

Teaser – Trente Trente – 17e édition from Trente Trente on Vimeo.

Pensez-vous que les jeunes ne sont pas assez sensibilisés aux arts de la scène ?

J-L T : Certains sont très curieux, par exemple, hier j’ai rencontré 2 étudiants en première année de cinéma. Je suis resté deux heures avec eux pour parler de la direction d’acteur. Je leur ai expliqué comment j’envisageais Trente Trente et j’ai senti une curiosité incroyable qu’ils n’avaient pas à l’école, pas assez. Donc je pense qu’il y a des jeunes qui sont vraiment passionnés, intéressés et interrogatifs, donc c’est vraiment bien, surtout des gens qui veulent faire de l’art, du cinéma. Le problème, c’est que très vite, ils montent leur propre projet, ils croient qu’ils sont des comédiens très vite au bout de 3 ou 4 ans et pour une grande majorité ils ne sont pas assez curieux de ce qu’il peut se passer et des différentes manières d’appréhender le théâtre.

Magali Starck : De manière générale, il y a encore une certaine culture de l’élite, certains jeunes ne poussent pas la porte des théâtres parce qu’ils pensent que c’est réservé à une certaine classe de la population.

J-L T : Ils croient que le théâtre c’est cher mais c’est le même prix qu’une séance de cinéma. Moi si les jeunes se mettent en groupe pour Trente Trente par exemple, ils paient 8 euros. Ce n’est pas cher !

Avez-vous quelque chose à ajouter ou à préciser?

Magali Starck : On peut ajouter que sur cette édition-là, les arts circassiens sont assez mis en avant par rapport à d’autres années. C’est notamment dû au fait qu’on travaille en partenariat avec Boulazac qui est un lieu de cirque mais aussi à la soirée que l’on partage avec le Chapiteau en hiver à Bègles, que nous faisons tous les 2 ans. Il y a donc en tout une dizaine de formes circassiennes parmi la trentaine de représentations.
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Podcast : rencontre avec le collectif Hill Billy

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Le Type s’en est allé dans les entrailles du bateau intelligent afin d’y rencontrer le collectif de musiques électroniques Hill Billy en résidence à l’Iboat. Ce soir là, le collectif qui porte des tongs since 2018 avait invité le label Allemand Giegling à faire danser les matelots noctambules jusqu’au matin. Melchior, Bastien, Léopold, Antoine et Maxime ont accepté de nous rencontrer 15 minutes après l’ouverture des portes afin de nous parler du collectif et de leur conception de la fête.

Artwork : Alice Belair

Entretien avec Florian, programmateur de l’Iboat

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Lieu culturel et club qu’on ne présente plus à Bordeaux, l’Iboat vient de fêter ses 8 ans à renfort d’une belle programmation, à l’image de ce qui est proposé tout au long de l’année en son sein. Témoin de la démocratisation des musiques électroniques en ville, l’équipe du bateau jouit depuis 2011 d’une notoriété sur ce terrain-là, et a pu observer l’évolution des mentalités, des styles musicaux et du changement de regard des pouvoirs publics vis-à-vis de cette culture. Se considérant comme « défricheur des cultures de marge », l’Iboat se voit d’ailleurs comme un « hub » à destination des jeunes acteurs et promoteurs locaux. À l’occasion de cet anniversaire, on a rencontré Florian, son programmateur, avec qui on dresse un état des lieux de la scène bordelaise, de l’émergence d’une multitude de collectifs et des divers épisodes qui ont jalonné l’histoire du club ; de l’expérience d’un festival à de récents formats réinventés en passant par une volonté de développer des activités hors les murs et des dates marquantes… Entretien fleuve.

Crédit photo : Miléna Delorme

Le Type : Salut Florian ; joyeux anniversaire à l’Iboat qui vient de souffler sa huitième bougie – comme Le Type d’ailleurs. En 8 ans, qu’est ce qui a changé à Bordeaux sur le plan des musiques électroniques selon toi ?

Florian : Joyeux anniversaire Le Type ! Au début de notre arrivée en 2011, on était plus ou moins seul, avec d’autres propositions différentes des nôtres. Le mythique 4 Sans venait juste de fermer. Entre temps, on a vu une volonté politique plus forte émerger petit à petit. De nôtre côté on a aussi fait un travail de relations publiques avec ces acteurs, qui ont depuis compris ce qu’on faisait, notamment musicalement.

Tu dirais qu’il y a un soutien des pouvoirs publics locaux envers les cultures électroniques et envers l’Iboat aujourd’hui ?

Oui, il y a un soutien et une volonté de comprendre la nuit avec des groupes de travail “Bordeaux la nuit” initié par la Mairie. C’est entre autre ce qui a changé en huit ans. On travaille main dans la main avec les collectivités, ce qui nous a permis de faire évoluer leur vision. On a fait des projets avec eux, comme par exemple avec la cathédrale de Bordeaux où on a mis en place un live techno gratuit. On a aussi déjà investit le CAPC Musée d’Art Contemporain de Bordeaux avec une nuit techno, là aussi en collaboration avec la ville.

D’autre part, ce qui a changé en huit ans c’est qu’au début on était considéré comme alternatif. Ce qui n’est plus forcément le cas aujourd’hui… bien que la programmation n’ait fondamentalement pas changé. Le terme « défricheur des cultures de marge » serait davantage adéquat pour définir ce que l’on fait. Effectivement, entre temps, les musiques électroniques se sont popularisées auprès du grand public en quelques années. Il y avait eu un premier cycle à l’époque de nos parents qui est retombé vers la fin des années 1990, et là on est dans la seconde vague. Aujourd’hui on est dans une sorte d’effet de mode qui à Paris est devenu un mouvement générationnel. À l’ouverture de l’Iboat on était clairement dans une mode techno berlinoise, et maintenant on peut dire que les musiques électroniques se sont divisées davantage en sous genre, avec en ce moment une visibilité plus forte de la house à Bordeaux comparé à Lyon. Les modes marchent souvent par cycles.

La différence avec la première vague de nos parents c’est l’avènement d’internet, chaque mouvement musical est toujours lié à une innovation technologique. Les machines ou les premiers ordinateurs pour la vague de nos parents. La démocratisation des ordinateurs personnels, le développement de logiciel de musique, l’internet pour l’écoute et le téléchargement des musiques immatériels, la diffusion de cette culture et cette musique qui n’est pas diffusée sur les grands médias.

Une autre chose qui a évolué en huit ans à Bordeaux c’est qu’on voit de plus en plus d’événements diurnes émerger (cet été il y avait Bordeaux Open Air, L’Orangeade, Le Verger…). Vois-tu cela comme une menace par rapport à l’offre club ? Observes-tu une inversion de la temporalité jour/nuit qui pourrait se faire ressentir en termes de fréquentation pour l’Iboat ?

Il faut dire qu’avec la volonté de la Mairie, il y a eu cet été un événement diurne consacré aux musiques électroniques chaque jours de la semaine ! Ces événements diurnes organisés par des associations sur l’espace public sont bien souvent gratuits et subventionnés par les collectivités à hauteur de 3000€ jusqu’à 50000€ pour certains.

Certains sont plus destinés au grand public tandis que d’autres sont plus de niche. C’est le cas du Verger qui vient de se terminer : c’était un événement qui s’adressait aux des aficionados de la musique et qui ont fait un travail remarquable. D’autres sont plus accessibles comme Bordeaux Open Air ou L’Orangeade. Vu qu’ils sont gratuits, il peut y avoir des personnes de tous les ages qui s’y rendent : un public plus large qui se laisse tenter par le jardin public transformé en dancefloor. Ils ont le mérite de sortir notre musique en dehors des clubs, de la populariser et de la promouvoir, loin de la musique électronique EDM qu’on peut entendre à la radio. De ce fait ces offres culturelles sont plutôt complémentaires avec l’Iboat puisque ces événements se terminent vers minuit, moment où le club ouvre. Certaines personnes qui s’y rendent ont souvent envie de continuer la fête et viennent chez nous. Pour nous il n’y a donc pas de changements par rapport à cela, voir une convergence.

À quelques occasions, on s’exporte aussi hors du bateau, début octobre, on a collaboré avec le FAB en proposant une programmation musicale électronique accompagnant leur QG à St-Michel. On a commencé à proposer cet été des formats Open Air sur notre nouvelle terrasse. Ces formats seront développés sur la nouvelle saison. On avait même eu la visite surprise de Terrence Parker un lundi soir, mémorable !

Bordeaux Open Air. Crédit photo : Miléna Delorme

On sent aussi à Bordeaux et dans d’autres villes une volonté du public de se rendre dans des événements moins contraints que des clubs, tels que des warehouse, comme les Demain Kollectiv, pour sortir du format club et expérimenter de nouveaux lieux. Le format club est-il encore pertinent en 2019 selon toi ?

Il y a de plus en plus de publics, avec un S à la fin. Effectivement, les musiques électroniques se sont popularisées, ce qui fait que les clubs se sont un peu gentrifiés. C’est un phénomène que l’on observe en France. Après, certaines personnes cherchent aussi d’autres expériences plus permissives. Essayer de re-vivres les premières raves des années 1980. Pour notre part, nous n’irons jamais dans l’illégalité avec la structure de l’Iboat. Chaque modèle a ces avantages et ces désavantages. Notre club est ouvert à l’année, avec des salariés professionnels en CDI. Nous payons notre loyer, les prestataires et toutes les charges liés à une entreprise du spectacle avec des périodes de basse saison et haute saison. C’est un fonctionnement beaucoup plus lourd à porter que de faire des one-shots avec des bénévoles ou du personnel payé à l’heure.

Les deux types d’expérience sont fondamentalement différent dans leur fonctionnement. Notre façon de nous différencier, c’est d’être le plus professionnel possible, de se renouveler constamment et d’inviter les meilleurs artistes internationaux à bord. C’est mon positionnement : accueillir les meilleurs artistes internationaux, connus ou en devenir. C’est aussi d’accueillir le public avec un sound system bien réglé. Celui de l’Iboat est d’ailleurs l’un des sound system les mieux réglés des clubs en France.

L’Iboat. Crédit photo : Pauline Roquefeuil

Quelle importance tu accordes au sound system d’un club ?

Au départ nous avions un Funktion one mais il n’était pas adapté aux concerts que nous faisons en première partie de soirée. Depuis, nous avons un système d&b, directement réglé par des ingénieurs de la marque venus l’installer au bateau. Notre problématique c’est que notre bateau est constitué de fer. Or le béton et le fer sont deux matériaux qui font résonner le son. Il a fallu donc paramétrer sur des ordinateurs et calculer la courbe de la coque pour faire en sorte que le son soit efficient partout… On fait appel a de l’ingénierie de malade en perpétuel perfectionnement ! Aujourd’hui, le son est aussi bien calé à l’avant qu’à l’arrière avec des rappels cachés dans les plafonds ; ce pourquoi je considère que c’est l’un des meilleurs. C’est comme ça qu’on va aussi se différencier d’une warehouse qui est peut-être plus permissive mais qui va se contenter de poser des enceintes pas forcément bien réglées. C’est aussi la beauté de la warehouse d’ailleurs.

Tu parlais tout à l’heure de gentrification. Comment on fait pour rendre un club inclusif et ouvert à des communautés et des catégories autres que les CSP+ ? À travers ton travail de programmation comment tu vas chercher ces nouveaux publics ?

Pour nous, à partir du moment où tu aimes la musique, que tu n’es pas en état d’ébriété, et que tu te comportes bien avec tout le monde ; tu as le droit de rentrer. Tu as le droit d’être là, quelque soit ton statut social. Je n’ai pas l’impression qu’on soit un club de riche, on n’a pas de carré VIP, ce n’est pas notre positionnement Le public est assez brassé à l’Iboat, avec pas mal d’étudiants notamment. On pratique aussi des prix à l’entrée qui sont progressifs en fonction du moment où tu achètes ton billet. Ça peut commencer à 5 euros, un tarif correct quand tu veux aller voir Carl Craig ou Robert Hood… C’est démocratique et permet d’aller toucher un public qui a moins d’argent. On ne veut pas se fermer et n’accueillir que des CSP+.

As-tu d’autres modèles de clubs en France ou en Europe qui t’inspirent ?

Je pense forcément aux clubs à Berlin comme la figure de proue de notre génération le Berghain. On n’y perd toute notion de temps dedans, sans téléphone portable auquel on n’a pas accès pour faire des photos… Ça permet aux gens de se reconnecter avec ce qui se passe, c’est assez intéressant. Après, malheureusement, ce ne sont des expériences qu’on ne peut avoir que dans certaines villes, qui sont bien souvent des capitales ville-monde. Londres était la capitale du Rock pour cette musique, Berlin pour le mouvement de la techno (même si effectivement Amsterdam pourrait nous surprendre). Ce qui fait la force et l’ambiance d’un club c’est à 50 % sa direction artistique et l’autre 50 % c’est aussi son public. Il y a beaucoup d’autres bons clubs en France mais je ne vais pas les citer par peur d’en oublier… Peut- être un nom ; le Macadam à Nantes où je suis allé mixer il y a peu, c’est une super aventure humaine avec une belle équipe !

Le Berghain, modèle de club. Crédit photo : Simon Tartarotti

En autre club français, il y a le Batofar à Paris, qui a récemment fermé et qui était lié à l’Iboat. On a appris récemment l’arrivée de son ancien programmateur au BT59. Comment perçois-tu l’arrivée de cet ancien collègue dans un club local et est-ce que tu envisages de travailler en synergie avec lui ? Plus globalement, est-ce que tu travailles en collaboration avec les autres clubs de la ville ?

Je travaille avec tous les promoteurs, collectifs et clubs de Bordeaux (voir France également). On échange régulièrement tous ensemble au téléphone ou à l’apéro (rires). La plupart sont des potes. On travaille tous ensemble, en intelligence, sans essayer d’écraser les uns les autres, puisque plus il y aura d’offres à Bordeaux et plus les gens auront envie de sortir, de découvrir notre passion. Il y a une vraie synergie à trouver entre les clubs et les warehouse, ou même les collectifs qui font des événements, de jour comme de nuit. La plupart de ces acteurs sont d’ailleurs passés en stage à mes côtés. Je suis assez fier de ce qu’ils font aujourd’hui. Mon rôle c’est d’accompagner ces collectifs. Il leur arrive souvent d’avoir des résidences ou de venir organiser des soirées au club. L’Iboat se voit un peu comme une maison d’accueil, un hub pour tous les acteurs locaux. On parle à tout le monde, il n’y a pas de souci de ce côté-là. Idem pour le BT.

Tu envisages l’Iboat comme un « hub » pour les collectifs locaux : quelle est la politique du club par rapport à ces collectifs émergents ? Comment vois-tu la place de l’Iboat là-dedans ?

Il y a huit ans il y avait essentiellement des promoteurs autodidactes qui organisaient des soirées. Ce qui a basculé aujourd’hui c’est que ce sont les crews qui ont pris le pouvoir et ont remplacé les promoteurs en local. Souvent, ces crews sont des bandes de copains passionnés. En voyant d’autres organiser un open air, ils se disent pourquoi pas eux? On travaille avec quasiment tout le monde. Même les plus émergents, que l’Iboat incube d’une certaine façon. Mon rôle c’est d’accompagner ces nouveaux acteurs car l’Iboat est une sorte de maison. Et on ne veut pas être le seul lieu qui va diffuser de la musique électronique à Bordeaux ; ma direction artistique n’est pas omnisciente, je ne connais pas tout et ne programme pas tout de facto. On est aussi content que certains autres acteurs éveillent la belle endormie. On est souvent les premiers à venir chez eux, dans leur événement pour les soutenir, quand on n’est pas en train de bosser…

Ne penses-tu pas que Bordeaux manque de lieu, malgré tout ? Et que l’arrivée d’un nouveau club de musiques électroniques serait la bienvenue ?

C’est vrai qu’il n’y a pas autant d’offre qu’à Lyon ou Paris par exemple. Mais, d’un autre côté, la ville de Bordeaux est beaucoup plus petite, avec au mieux 500000 personnes (plus d’un million à Lyon) – ce sera 1 million à Bordeaux en 2030. Aussi, la ville a un passif très rock, avec des groupes comme Noir Désir. Ce qui peut expliquer peut être en partie cette différence. On essaye avec notre équipe de développer quand même d’autres projets en dehors de l’Iboat. Par exemple une programmation techno au cœur de la Base sous marine à 500 mètres, ou un roller disco avec Cerrone. Ou encore un live techno et show laser dans une cathédrale, de la musique dans les jardins de l’Hôtel de ville, au CAPC, investir le Rocher de Palmer le temps d’un concert de Nils Frahm ou Darkside… On est une équipe de programmation qui ne souhaite pas s’enfermer dans son QG mais qui cherche à s’ouvrir dans d’autres lieux. Pourquoi pas travailler avec l’opéra prochainement… c’est peut-être dans les tuyaux…

Florian à l’Iboat. Crédit photo : Miléna Delorme

Vous avez aussi tenté l’expérience festival avec le Hors Bord. Est-ce que Bordeaux ne manque pas d’un festival emblématique des cultures électroniques ? Pourquoi ne pas avoir développé un peu plus le Hors Bord ?

Le Hors Bord a été développé avec des copains de Paris, Amical Production. Une telle aventure est très chronophage, nous étions pas mal pris par la gestion du club en parallèle ouvert toute l’année sans interruption. Entre les clubs qu’on doit promouvoir, les concerts, les formats apéroboat, le restaurant… ça prend beaucoup de temps. Le but de la collaboration avec Amical c’était d’être complémentaire. Au bout de deux éditions, on a vu qu’on ne travaillait pas de la même manière, ce pourquoi on a préféré arrêter l’aventure. Ils ont souhaité conserver le nom pour essayer de continuer à Bordeaux sans nous. Le nom ne nous appartient plus. Après, je ne regarde pas du tout derrière. Aujourd’hui il y a plein de choses à faire sur Bordeaux et peut-être qu’un festival sur l’année prochaine est en réflexion…

C’est la direction que vous voulez prendre avec Ahoy! ?

Ahoy! est davantage orienté sur les live, les concerts… Il n’y a pas de DJ sur scène. Ce n’est pas un festival, c’est plutôt une ouverture de la saison d’été qui se referme avec la date anniversaire fin septembre. Ahoy! c’est un événement sur le quai du bateau qui nous permet d’œuvrer au développement du quartier des Bassins à Flot et de Bordeaux avec des offres culturelles sur ce lieu. Pour ce qui est de l’organisation d’un véritable festival, on le fera plutôt en interne à l’avenir sauf si une structure nous sollicite entre temps.

Pour continuer sur la question de la scène locale, on observe qu’il y a assez peu de producteurs de musiques électroniques à Bordeaux – bien qu’il y ait énormément de dj’s. Penses-tu que c’est pour cette raison que la scène n’est pas aussi bien identifiée que des villes comme Nantes ou Lyon par exemple ? En tant que programmateur, tu ressens ce déséquilibre ?

La différence avec des villes comme Nantes ou Lyon c’est que là-bas il y a eu une vraie volonté politique de développer cette culture qui remontent. Nuits sonores (festival lyonnais de musiques électroniques et indépendantes, ndlr) a fêtée sa 17ème édition cette année. Toute une génération a été bercé par ce festival ! Il y a eu une vraie volonté des pouvoirs publics d’accompagner ces esthétiques, créant de fait une dynamique dans la ville. Il y a plein de collectifs sur Lyon aussi. C‘est ce qui a créé une émulation. A Nantes il y a le Scopitone, avec un véritable engagement culturel, avec une saison qui va au-delà de la musique avec des expositions, cultures numériques…

Sur Bordeaux il y a un basculement qui est en train de s’opérer. Mais ça ne peut pas venir que des salles de diffusion ; il faut tout un écosystème qui favorise cette émergence dans la ville. Aujourd’hui ça va dans le bon sens avec un disquaire spécialisé qui s’appelle le Boudoir Sonore, une radio qui vient de se créer : Ola Radio. Elle promeut les locaux et travaille beaucoup avec les collectifs. Parallèlement on voit se développer de plus en plus d’événements éphémères. Tous les clignotants sont au vert aujourd’hui pour voir émerger de nouveaux artistes.

Il y a quand même des producteurs au sein de la scène tels que Jann qui a déjà eu des sorties sur Pinkman Records. Il était en résidence à l’Iboat pendant trois ans, durant laquelle il invitait ses propres artistes. Il y a aussi Anetha qui est originaire de Bordeaux aussi (même si elle n’y vit plus). Djedjotronic également est revenu vivre ici. Laroze, Succhiamo (Panoptique et la chanteuse de J.C. Satàn) sur Antinote …Il y a donc quand même quelques artistes et plein d’autres producteurs…

En huit ans, la ligne artistique de l’Iboat a-t-elle évoluée ? En tant que directeur artistique d’un tel lieu, comment te renouvelles-tu et te tiens-tu au courant des nouveautés ? Comment faire pour être toujours pertinent dans tes choix ?

C’est mon éternelle question… Il faut toujours se remettre en question sur la programmation. Même si c’est compliqué de révolutionner une programmation par ailleurs. Ce qu’on peut faire, c’est évoluer. C’est possible car les musiques électroniques sont parcourus par des courants et des modes. Je voyage pas mal en allant constamment à l’étranger à Londres, Berlin, Amsterdam.. ou Lyon, Paris… mes potes m’appellent le ministres des affaires étrangères pour me charrier. Voyager me permet de m’imprégner de ce qu’il se fait ailleurs pour pouvoir proposer le meilleur à Bordeaux. Je rencontre ainsi, les programmateurs et acteurs de la scène européenne, ça facilite mon travail par la suite.

Sur les premières années du club on avait Jennifer Cardini qui faisait office de marraine informelle. Elle m’a pas mal aidé, c’était la première fois que je programmais dans un club en 2011. Quand j’avais besoin d’elle, elle a toujours été là. Ensuite, au bout des 3 ans j’avais mis en place des résidences de locaux dont Jann… Je m’appuyais sur ces locaux qui, chacun dans leur esthétique, invitaient d’autres artistes plus connus ou d’autres locaux afin de ne pas avoir une seule vision de la musique électronique, car je veux que ce soit un lieu pour tous les bordelais. Après, on a lancé des résidences d’artistes internationaux. On avait misé à l’époque sur Mézigue, Voiski, Bambounou, Palms Trax, Antal… Ils co-programmaient avec moi ; ils avaient chacun leur résidence tous les trois mois. Cet été, je suis parti sur une thématique « tour de France » en invitant des collectifs de tout l’hexagone comme le Méta a Marseille, Tapage Nocturne à Lyon, Midi Deux à Rennes… On est allé chercher des gens qui font bouger la France pour les ramener à Bordeaux ! A la rentrée 2020 il y aura peut être une nouvelle résidente bordelaise…

Au-delà de la programmation, il y a la question des formats. Ca a tellement été la course au booking notamment sur Paris que les prix des artistes sont hallucinants en France si l’on compare à il y a 10 ans. Cela ne peut pas durer car ce modèle est trop fragile et beaucoup sont en difficulté.

L’évolution de la programmation viendra par le développement de format concept, un retour vers l’esprit de la fête. Récemment on est allé créer un format club queer qui s’appelle Iridescence avec le collectif Maison Éclose, un collectif de créatures queen sur Bordeaux. Ce format queer inclusif donnera la parole à des icônes gay avec qui on revisite le club, avec une scénographie dédiée. On a aussi il y a peu lancé le format « Icône » en décalage horaires. C’est un club avec des artistes iconiques, qui parlent à plusieurs générations, notamment celle qui sortait avant et qui ne sort plus trop aujourd’hui… Ça peut être la programmation d’artistes de légende comme Carl Craig, Laurent Garnier ou Michael Mayer, qu’on programme le vendredi dès 22h00… L’artiste joue tôt et on assiste à un vrai mélange générationnel des publics qui n’est pas la spécificité des clubs en France. L’entrée est d’ailleurs gratuite pour les plus de 40 ans. On réfléchit aussi à des formats d’ouverture du dimanche comme a pu faire Concrete (club parisien ayant récemment dû fermer ses portes, ndlr) par exemple, sans passer par la case after car on reste un lieu pluridisciplinaire.

Y-a-t-il des artistes que tu as en vue et que tu souhaites programmer dans les prochains mois à l’Iboat ?

On a très envie que Red Axes reviennent… J’ai aussi très hâte de voir Emma DJ, CEM. DK avec Zaltan en back-to-back. C’était un des temps forts du Lente Kabinet (le petit festival de Dekmantel) … Il y aussi Ouai Stéphane que j’ai trop envie de voir, c’est assez intriguant. C’est la future sensation de l’année prochaine je pense.

En 2019, il y a une date qui t’a particulièrement marqué au bateau ?

Le Dekmantel Soundystem en all night long ! Thomas, du duo, n’avait pas pu venir. Du coup Casper Tiejrol, a fait 6 heures de set seul et a complètement retourné l’Iboat jusqu’à 6h30 ou 7h00 du matin… Octo Octa et Eris Drew aussi qui sont de purs dj’s techniquement. Stingray aussi, comme d’hab ! Djedjo aussi qui a fait son nouveau live EBM. Omar S qui a toujours des plaques de malade. Pour la petite histoire avec Omar S : il n’avait jamais joué au bateau… Il était venu au festival Hors Bord que j’organisais. On avait essayé par tous les moyens de le faire mixer sur l’Iboat mais il ne voulait pas, parce que c’était un bateau ! Il a une phobie des bateaux… On a finalement réussi à le faire venir mais, 5 minutes avant de jouer, on est descendu dans la cale, il ne se sentait pas très bien, je pensais qu’il n’allait jamais jouer, j’ai vraiment flippé. Finalement je suis resté avec lui, ça s’est très bien passé, il a fait un set de malade… !

Entretien sans frontières avec Tushen Raï du label Hard Fist

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Co-fondateur du label lyonnais Hard Fist, Tushen Raï explore depuis maintenant quelques années une facette globale et ouverte de la musique. Défenseur d’un décloisonnement des genres musicaux et porteur d’une vision militante de la culture, Baptiste (de son vrai prénom) œuvre au développement d’une scène artistique qui fait fi des frontières et se connecte de Vilnius à la Palestine en passant par la Russie ou le Mexique. Également bien implanté à Lyon, l’artiste porte aussi un regard éclairé sur sa ville devenue l’une des références en Europe dès lors qu’on parle de cultures électroniques. Celui qui a choisi un nom qui renvoie à « l’essence de l’âme » (issu d’un dialecte ouest-africain) s’apprête à jouer à l’Iboat le vendredi 19 juillet pour la résidence Nouveaux Mondes : l’occasion idéale de revenir avec lui sur sa scène, son parcours, la création de son label ou encore les liens entre Bordeaux et Lyon…

Crédit photo : Gaétan Clément

Le Type : Peux-tu commencer par te présenter et nous raconter ton rapport à la musique ?

Tushen Raï : Pendant des années j’ai collectionné des disques, du disco, boogie, des vinyles plutôt old groove, de la musique traditionnelle… J’ai toujours écouté beaucoup de musique. J’ai diggé pas mal de trucs qui venaient d’Amérique Latine, d’Afrique, du Moyen-Orient… Je me suis plutôt tourné sur des continents du Sud, même si j’ai aussi pas mal de musiques afro-américaines, et d’éléments de la culture américaine au sens plus large. Puis j’ai commencé à digger des disques de musiques primitives, de field recording, des musiques enregistrées par des musiciens anthropologues des années 1960-1970.

Comment on passe de cette passion au fait de créer un label ?

J’ai fais la rencontre de Cornelius Doctor il y a environ trois ans. Il gérait un label de house (Art Feast qui va fêter ses 11 ans) à l’époque tout en étant producteur – et il avait envie de faire autre chose. On s’est retrouvé notamment sur des esthétiques rock, sur notre patrimoine un peu plus ado, voire le patrimoine de nos parents. Il a fini par sortir un premier EP qui n’avait rien avoir avec ce qu’il faisait auparavant, sous un autre alias. On a trouvé ça mortel et on s’est dit avec tous les gars du collectif qu’il fallait qu’on créé un nouveau label, quelque chose de différents avec des choses qu’on avait vraiment envie de faire. C’est comme ça qu’on a créé Hard Fist. On ne savait pas vraiment à qui on allait s’adresser, ni pourquoi on le faisait, quelle était la stratégie. Tout ce qu’on savait c’est que, ce son-là, on n’avait pas beaucoup l’habitude de l’entendre. On avait quelques références d’artistes, notamment israéliens, lituaniens ou mexicains qui faisaient des trucs un peu dans ce délire… On a commencé comme ça.

Comment on construit l’identité d’un tel label et comment les premières sorties se font ?

L’idée de ce second label Hard Fist, était vraiment de proposer quelque chose de différents avec Guillaume et le crew d’origine ; Romain, Etienne… C’est un projet collectif. Le premier EP a été fait par Guillaume en une semaine chez lui. C’est un EP que j’adore et qui a apporté, quand il est sorti il y a trois ans, un truc que tu trouvais très difficilement. A l’époque il y avait une ou deux sorties par an dans ce délire. Aujourd’hui il y en a tous les jours !

On a sorti le deuxième avec Bawrut que j’ai découvert sur Ransom Note. On avait une émission sur Nova avec Guillaume à ce moment. C’était une porte d’entrée pour connecter des artistes en leur demandant de faire des podcasts. C’est comme ça qu’on a eu Bawrut. Un jour il m’a envoyé des démos, notamment d’un edit remix de Gainsbourg du son « Marabout ». Il l’a appelé « Chien de temps », une version africaine de ce track que Gainsbourg a lui même volé au Gin-go-lo-ba… On s’est dit que c’était aussi marrant de lui voler.

Depuis, cette aventure c’est beaucoup de fraternité, l’amitié. Il n’y a pas une ligne directrice claire ; on a sorti des trucs avec MR TC en mode post punk, ambient, psyché… Et des trucs plus banger, tropical un peu plus happy, disco… On fonctionne beaucoup à l’affect, aux rencontres qu’on fait. Au total on a eu 6 sorties ; la septième arrive en septembre, ce sera le deuxième volet d’une compilation dédiée aux musiques arabes dans la musique électronique : qui s’appelle Princes of Abzu,

Par rapport aux influences que tu cites ; est-ce que tu considères que toi et Hard Fist évoluez dans une scène particulière ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une scène, c’est indéniable. C’est une scène hyper intéressante ; elle est très globale – c’est d’ailleurs un mot qu’on utilise beaucoup pour en parler, même si cette idée de globalisation de la culture est quelque chose de très péjoratif au premier abord. Elle sous-entend la globalisation économique, celle des marchés… Elle a plutôt été hégémoniste dans un premier temps, avec la vision d’une culture occidentale qui écrase toutes les cultures du reste du monde…

Cette scène existe donc. Elle est hyper militante et passionnante…

On prend un peu cette idée à contre-pied. On promeut plutôt l’idée que la globalisation culturelle arrive dans une seconde phase, avec plutôt une mise en valeur de différents patrimoines traditionnels qui n’ont pas d’appartenances direct. Ce que je veux dire par là c’est que tout le monde peut se l’approprier. C’est ce qu’on plaide. Et c’est en lien avec notre génération, celle qui a fait Erasmus, qui a eu une certaine facilité pour voyager, pour passer les frontières… C’est tout ce qui fait qu’aujourd’hui on peut se passionner pour une culture qui n’est pas du tout la nôtre, qui ne fait pas partie de notre patrimoine culturel de base.

Cette scène existe donc. Elle est hyper militante et passionnante, dans le sens où on y retrouve des acteurs qui ne sont pas uniquement dj ; ils sont aussi directeurs de labels, promoteurs d’événements. Ils sont hyper activistes en fait. C’est d’ailleurs ce qui fait que cette scène grandit vite, parce qu’elle est très très fraternelle. On a tendance à tous s’appeler brother alors qu’il y a des tonnes de gars avec qui on parle depuis 2 ans et qu’on a jamais rencontré parce qu’ils sont à Tokyo…

Artistiquement parlant, comment tu pourrais décrire cette scène ?

C’est assez difficile de mettre un nom d’esthétique dessus… On n’a pas mis d’étiquettes dessus et je pense qu’on va se battre longtemps pour qu’il n’y en ait pas, car c’est plein de choses différentes. Ça va de la techno lente avec beaucoup d’influences cold wave, post punk, à de la musique plutôt tribale, africaine, quasi chamanique, psychédélique, acid… En terme général, on est slow tempo, on est dans un truc qui prend son temps, dans des sets qui se construisent avec une dimension de rituel, quasi-cérémonial où on essaye de créer une symbiose entre les danseurs, de créer quelque chose où on se libère complètement. Quelque chose d’assez introspectif en soit.

Sur Hard Fist on fait un mix entre de la musique électronique et de la musique organique ; que ce soit avec le rock des guitares ou des percussions, des voix et la musique du sud. Dans le côté électronique il y a un truc qui lit un peu tout ce qu’on fait, c’est l’acid house qu’on a dépitché (dont la vitesse a été ralentie, ndlr) et qu’on a rendu plus dark.

On a récemment rencontré Axel de Ko Shin Moon (qui jouaient à AHOY, le festival de l’Iboat) qui as utilisé l’expression de musique « extra-occidentale » pour parler de la musique qu’il écoutait (et non pas de la musique qu’ils font comme initialement écrit dans la première version de l’entretien, ndlr). De ton côté tu vas jouer sur une résidence «  Nouveaux mondes » à l’Iboat, qui renvoie de loin à l’expression contestée de « musique du monde ». Comment tu envisages cette notion et considères-tu que tu fais de la musique « extra-occidentale » ?

Je suis à l’aise avec aucun des deux concepts. Pour notre scène (et beaucoup d’autres l’ont fait avant nous), le combat c’est de bannir l’appellation « musique du monde ». C’est une notion très péjorative. Je ne suis pas non plus tout à fait d’accord avec Ko Shin Moon, même si je vois ce qu’ils veulent dire. Pour moi, le concept de musique extra-occidentale refait un cloisonnement entre le sud et le nord. Aujourd’hui notre philosophie c’est plutôt d’être curieux, de s’intéresser à des cultures qu’on ne connaît pas forcément. Je ne me retrouve dans aucun des deux termes, mais en même temps je pense qu’on tâtonne et qu’une définition en deux mots ça ne peut pas marcher. L’expression « nouveaux mondes » me va bien. Dans le sens où on parle avec notre musique de ce nouveau monde où la notion de frontière dans la culture est prête à être complètement abolie !

Pour donner un exemple, il y a le projet d’un pote qui s’appelle Gal Kadan. Il est israélien et nous a invité chez lui où il organise des teufs israélo-palestiniennes. Il vit maintenant à Berlin depuis 1 an où il a monté Awesome Orientalists From Europa. C’est donc un mec du Moyen-Orient qui se base à Berlin et qui fait un projet pour découvrir des sons géniaux orientaux mais fait en Europe ! Il déterre des trucs de big beats belge, du disco de la diaspora maghrébine en France de années 1990-2000 qui ont utilisé leur patrimoine en faisant des trucs de disco. Gal Kadan ne réédite que ces trucs là en free edit. Sa démarche renverse pas mal ce débat finalement.

Toi et Hard Fist êtes basés à Lyon. Quel est ton regard sur cette scène locale ?

Au moment où on a créé le label, on commençait beaucoup à parler de « scène lyonnaise », avec une sorte de hype autour, avec BFDM, G’boï et Jean Mi (de La Chinerie, ndlr), le label KUMP de Markus Gibb, Sacha Mambo… Beaucoup d’artistes qui font de la super musique, certains depuis très longtemps. On faisait des cartographies de Lyon, des visites de Lyon pour la musique alternative et les musiques indépendantes électroniques. Nous on ne voulait pas faire un « label lyonnais ». Le propos reste worldwide, global, ouvert… Du coup on a pas du tout basé notre propos là-dessus. D’ailleurs pendant longtemps très peu de personnes savaient qu’on était basé à Lyon !

Malgré ça on représente Lyon avec grand plaisir car on adore notre ville, on est vraiment connectés avec cette scène qui est hyper fraternelle, familiale… Lyon est un village ! On se croise tout le temps pour boire un coup, aller à un concert, digger des skeuds… On va tous aux mêmes endroits. On se connaît tous, on fait tous des trucs ensemble mais en même temps on respecte beaucoup l’indépendance des uns et des autres. Cette scène lyonnaise existe, c’est légitime d’en parler comme ça.

Comment cette scène a pu se développer et être identifiée comme une scène aussi active et rayonnante sur le plan des musiques électroniques ?

Déjà, il y a un truc qu’on dit rarement mais qui pour moi est important : Lyon est devenu une putain de capitale européenne du city break et du tourisme urbain éphémère ! Cet élément est forcément bénéfique pour les activités culturelles qui s’y développent.

Ensuite, ce qu’a fait BFDM est hyper qualitatif, leur édito sur Lyon est très fort. Après, tout le monde le dit, et on le répète ; la présence de Chez Emile Records est essentielle dans ce développement local. C’est un disquaire qui a ouvert à Lyon il y a 6 ans. Ils ont monté une plateforme de distribution qui a vraiment œuvré au soutien des labels locaux. Ils ont accompagné des artistes qui faisaient de la musique mais qui n’avaient pas de labels. Chez Emile Records les aide à monter un budget, ils s’occupent ensemble de la presse des disques, de leur distribution… Ils l’ont fait merveilleusement bien et de manière passionnée. Avoir un shop distributeur au coin de ta rue est une chance incroyable ! Avant, on bossait avec Bordello A Parigi (un disquaire/distributeur basé à Amsterdam, ndlr) on aurait pu aussi avec Rush Hour (autre disquaire amstellodamois, ndlr)… Mais les contacts se font par mails, il n’y a pas de rencontres, ce n’est pas le même rapport.

Tu reviens d’une tournée entre le Mexique, la Russie, la Belgique, le festival Fusion en Allemagne, Israël avant ça… Qu’est ce que tu en as retiré et y a-t-il des territoires qui t’ont marqué ?

D’abord, même si ces pays ne sont pas forcément identifiés par les amateurs de musiques électroniques, ce sont des pays impressionnants où tout est 1000 fois plus cool et pointu qu’en France niveau club culture !

Parmi les dates qui m’ont le plus marquées, il y a ma première fois au Kabareet, le spot de Ayed et Rojeh de Jazar Crew à Haifa. C’est un lieu militant ouvertement pro-palestinien, ouvert aux communautés arabes. Ils font de la conférence, montent des résidences de création et organisent de temps en temps des teufs. En l’occurrence ils nous ont invité avec Ko Shin Moon. C’était d’une lourdeur incroyable, le public était tellement à fond dans la musique, comme j’ai rarement vu… Tu sens la liberté, ça fait énormément plaisir : ça rappel ce qu’on peut imaginer du début des teufs au début des années 1990.

Plus récemment l’expérience du Fusion m’a marqué. Au-delà d’un festival, ça fait partie d’un patrimoine qui pourrait être classé à l’Unesco. La date était incroyable, avec Tom Tom Disco, le label sur lequel on vient de signer. Il y a des fees égaux pour les dj, c’est complètement végétarien pour 70000 personnes. Ils travaillent à l’année sur une base militaire achetée il y a plus de trente ans, ils passent un an pour construire la scénographie… C’est un modèle alternatif de festival, de bulle qui dépasse la musique pour revendiquer une autonomie et une liberté totale basée sur le respect, la tolérance…

Tushen Raï et Cornelius Doctor, les deux boss d’Hard Fist

D’autres dates à venir dans des lieux tout aussi fascinant ?

Guillaume et moi on travaille à côté de cette vie, ce n’est pas notre profession. On doit donc s’organiser pour ces différentes dates. L’année prochaine on va partir en Asie, au Japon, Corée du sud, Hong Kong… Un endroit où on a très très envie de jouer sinon c’est l’Opium club à Vilnius…

Vilnius a l’air d’avoir une scène bien active dans un délire assez similaire à Hard Fist (et c’est d’ailleurs l’une des villes qu’on va explorer via notre nouveau projet Scene city). Il y a d’autres spots comme ça que vous suivez ?

Tel-Aviv et Vilnius sont deux scènes pionnières pour ça. La Russie et le Mexique aussi, avec un nombre de producteurs chanmés dans ce délire. Toute l’Amérique Latine commence à vraiment bouger. En Asie aussi, en Australie, du côté de Melbourne. Il y a des labels comme Animal Dancing (sur lequel les lyonnais The Pilotwings ont sorti leur dernier EP), il y a Calypso records à Mexico city qui est une grosse frappe. En Russie il y a un label qui s’appelle ИДА, Cornelius a sorti un track dessus qui défonce avec Front de Cadeau, Pletnev et d’autres artistes… A Saint-Étienne il y a aussi Worst Records qui est bien lourd.

Tu as joué récemment à Bordeaux et tu reviens pour la résidence Nouveaux Mondes à l’Iboat le vendredi 19 août avec Deena Abdelwahed. Tu connaissais déjà cette ville ? Lyon et Bordeaux restent deux villes mal connectées mais qui ont des similitudes…

J’y ai joué une première fois il y a deux ans, pour un truc alternatif, une sorte d’expo. J’avais beaucoup aimé la ville. Ma sœur y a vécu donc je connais un peu, mais surtout la dimension touristique. La dernière fois qu’on est venu c’était pour les 2 ans de SUPER Daronne. On a kiffé cette ville, on suit beaucoup ce qui s’y passe, ça bouge bien ! Il a l’air de s’y passer beaucoup de choses, avec Bordeaux Open Air, l’Iboat qui a une programmation hyper classe. Il y a des tonnes de collectifs comme tplt qui font des trucs mortel… Aujourd’hui c’est une ville qui a un énorme potentiel et où tu sens la passion, comme à Lyon pour ses musiques alternatives électroniques. Mais on sent malgré tout qu’il n’y a pas le même niveau de développement, notamment sur ce dont on parlait avant avec le rôle qu’a pu avoir Chez Emile Records à Lyon… Il manque peut-être des noms d’artistes qui résonnent, des producteurs… Il y en a des anciens comme Djedjotronic (qui n’est d’ailleurs pas forcément affilié à Bordeaux car il a une carrière internationale) mais pas tellement dans la nouvelle génération… Il y en a sans doute plein de talentueux mais ils ne font pas de disques, il n’y a pas de Premiere (morceaux qui sortent avant leur sortie officielle sur Soundcloud par exemple, ndlr)… C’est comme ça que je m’informe et que je découvre des nouveaux noms d’artistes ! Nantes a un développement similaire à Bordeaux, et est arrivé à mieux passer ce step-là ; pas mal de plaques de très bonnes qualités sortent depuis là-bas.
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Rencontre : Marc Rebillet à vie sauvage

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Le Type a eu l’honneur de rencontrer le phénomène franco-américain Marc Rebillet, tête d’affiche de la huitième édition du festival vie sauvage. Interview détente d’un « monsieur tout le monde » pas comme les autres qui a retourné la citadelle de Bourg-sur-Gironde !

Artwork : Alice Belair

Fuckin’ rencontre

Cette huitième édition du festival vie sauvage à tenu ses promesses. De la bonne bouffe, de belles rencontres, un spot toujours aussi agréable, un temps estival et, bien entendu, une programmation défricheuse et de qualité.

Et parmi ce panel d’artistes et de styles en tout genre, Marc Rebillet. Né d’un père français et d’une mère américaine, cet « idiot qui fait de la musique » comme il aime s’appeler, vient bousculer internet avec ses vidéos Youtube « homemade ». À coups de compositions sonores spontanées dans un appartement ou un hôtel suivant ses pérégrinations, ce geek de la musique aime se mettre en scène, jouer avec son public, qu’il soit en face de lui, ou derrière un écran. De la techno club au hip-hop, en passant par le jazz et la soul, Marc développe un répertoire d’influences maîtrisées, tant par sa technique – armé de son looper et clavier – que par sa voix polymorphe. Comique, sensible, caricatural, ici il est avant tout question de sincérité. Passionné et pour le moins hyperactif, sa page Youtube est depuis plusieurs années le théâtre de folles vidéos, comme aussi les Sunday Mix, où il invite ses internautes à l’appeler directement sur son téléphone, et lancer un thème sur lequel il improvise un titre immédiatement. Détaché de tout label, il est autodidacte et auto-produit, lui laissant un pleine liberté d’action et de créativité.

On vous laisse ici savourer cet entretien en podcast.
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Marc Rebillet x vie sauvage festival
Crédit photo : Miléna Delorme

Rencontre en toute intimité avec la chanteuse Jessica Bachke

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

C’est lors de la soirée Tribal Traquenard #6 que l’on a eu la chance de rencontrer Jessica Bachke, chanteuse et compositrice bordelaise pour lui poser quelques questions en toute intimité. Effrayant par son nom, Tribal Traquenard n’est en vérité qu’un guet-apens du meilleur goût destiné à ceux qui souhaitent découvrir des artistes bordelais avant tout (mais pas que). Quatre filles, Blandine, Ludivine, Mathilde et Mélodie, à l’initiative de ce collectif cherchent à allier leurs coups de cœur du moment à la scène indé locale.

Crédit photo : Miléna Delorme

Le Type : D’où es-tu originaire ?

Jessica Bachke : Je suis née en France mais je suis d’origine norvégienne par mon père.

Depuis combien de temps pratiques-tu la musique et le chant ? Quel est ton parcours ?

J’ai un parcours assez classique, j’ai commencé à jouer du violon dans une école de musique à cinq ans et demi mais j’ai été très bercée par la musique folk. Du coup, vers l’âge de 15-16 ans je me suis dirigée vers le traditionnel irlandais, écossais et j’ai commencé à jouer de la guitare, en demandant à mon père de m’apprendre quelques pickings (technique de jeu utilisée à la guitare). En ce qui concerne le chant, j’ai toujours chanté, mon père étant pasteur, je chantais beaucoup à l’église et sinon, de part mes origines, je chantais des chants un peu plus sauvages.

As-tu déjà pris des cours de chant par exemple ?

Non, après, de part mon expérience en école de musique, on travaille le chant de manière académique. Mais j’ai vécu une révolution personnelle en découvrant la méthode de Yva Barthélémy, qui résonnait complètement avec ma façon d’expérimenter le chant, de libérer la voix…

Comment qualifierais-tu ton style musical ?

Je dirais folk expérimental. C’est très large, c’est alternatif, je compose à l’aide de la guitare mais dernièrement je cherchais surtout des sons, des choses plus organiques pour venir justement à des choses de la terre. Ce soir (le vendredi 10 mai, ndlr), je joue totalement en acoustique mais dernièrement j’ai beaucoup apprécié jouer à la guitare électrique. Ça dépend vraiment des envies, des cycles.

Quelles sont tes inspirations ?

J’aime beaucoup la musique classique, j’aime énormément Mozart, Ravel, Stravinsky, Fauré, Grieg, c’est très mélancolique ou encore Chopin, voilà les grands classiques. En plus contemporain, je suis très touchée par certains artistes comme The Whitest Boy Alive, c’est un groupe mené par Erlend Øye, qui est le cofondateur du groupe Kings of Convenience. J’aime beaucoup le travail d’Agnes Obel, Björk aussi, Tori Amos, ce sont des choses qui m’ont plutôt bercée dans l’adolescence. Mais je me suis réveillée à 20 ans, sinon avant j’écoutais le groupe Crosby stills & NashBob Dylan, Joni Mitchell, Johnny Cash, j’évoluais dans une bulle à la maison avec mes disques, je bossais pas mal le violon, je bossais ma guitare en dehors des cours, j’évoluais dans toutes ces choses à apprendre et découvrir.

Penses-tu que tes origines influencent ton style musical ?

Oui complètement.

Combien de morceaux as-tu déjà sorti ?

Sous mon propre nom, il y en a une dizaine mais je n’ai pas tout sur Soundcloud, il y en a 3-4 sur YouTube. Après je fais partie d’un groupe qui s’appelle les Cocktail Bananas où l’on peut écouter les deux albums de disponible sur Bandcamp et YouTube. C’est un peu éparpillé parce que j’ai fais partie de plusieurs formations.

As-tu des thématiques de prédilection que tu aimes aborder dans tes textes et si oui, quelles sont-elles ?

Pour cet album, je parle beaucoup de la renaissance mais pour ça, je me suis reconnectée à ce qui moi, me parle le plus, donc la Terre et les éléments. J’aborde beaucoup des thématiques de guérison, de renaissance.

As-tu des envies de collaborations avec d’autres artistes ?

C’est prétentieux mais dans l’idéal je dirais, Erlend Øye, Agnes Obel et Hannah Cohen.

Considères-tu qu’il y a une « scène » autour de ce que tu joues (une scène folk) à Bordeaux ?

Oui bien sûr, je pourrais te citer Queen Of The Meadow qui est magnifique, Willows, ce que j’oublie pardonnez-moi mais si, il y a des groupes que j’ai vu, entendu il y a pas très longtemps. Les Cocktail Bananas aussi…

Quels sont les projets pour la suite ? Une sortie d’album ? Un clip ?

Oui, il y a un clip qui est prévu pour dans pas longtemps, sur un titre qui s’appelle « Water Herbs », les herbes de l’eau. Il faudrait que je vois avec mon graphiste où il en est mais j’adore ce qu’il fait donc ça sera la surprise, je lui donne carte blanche. C’est d’ailleurs lui qui fait la pochette de l’album que je compte sortir cet été je pense, à la saison des moissons.

Quelle est la chanson que tu aurais rêvée écrire ?

Elle fait partie de mon album préféré de Björk, « Hidden Place ». Cette chanson je la trouve parfaite, parce qu’à un moment donné on dirait que la chanteuse a travaillé comme des sons humains, des voix d’hommes, graves, ronronnantes, très ancrées dans la terre…

Que pourrais-tu dire aujourd’hui à une artiste qui voudrait se lancer dans la musique folk, et qui n’a pas ce recul que tu as ?

De faire avec le cœur, de s’accrocher vraiment et de le faire avec intégrité, il y aura toujours quelqu’un qui écoutera ça et ça aura une vrai portée. J’ai entendu un chef cuisinier connu qui s’appelle Marco Pierre White dire quelque chose en anglais sur lequel je médite beaucoup : « Success comes from arrogance, but greatness comes from humility ».

Pour finir, une chanson que tu écoutes en boucle en ce moment ?

J’ai une petite fille de 22 mois qui adore danser en ce moment sur deux choses donc c’est ce que j’écoute beaucoup, c’est The Mummer’s Dance de Loreena McKennitt, c’est très celtique et sinon c’est Tout le monde veut devenir un cat des Aristochats.

 

Interview : Multiverse, bass in Bordeaux

dans LES NOUVELLES/MUSIQUE

Collectif d’« épicuriens du son », Multiverse est l’aventure de trois potes amoureux des sonorités anglaises, des basses ronronnantes et de la culture du Soundsystem. Amoureux de leur ville, Bordeaux, et soucieux de développer ces esthétiques artistiques, ils décident de créer cette nouvelle entité, dans une démarche de décloisonnement des genres et d’ouverture. Habitués des soirées, en tant que public ou même promoteur, Seb, Ben et Gaëtan vont d’ailleurs organiser une première entrée en matière au Void. On a rencontré le crew pour qu’il nous parle justement de cette fête du 24 mai, mais aussi de leurs inspirations, de leur amour pour l’Angleterre ou leur vision de la scène bordelaise.
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Le Type : Pouvez-vous commencer par vous présenter, vous les membres de Multiverse ainsi que l’univers de ce nouveau collectif que vous montez ?

Multiverse : Alors, Multiverse, pour faire simple, c’est trois potos aux multiples influences, mais avant tout des épicuriens du son, trois types qui aiment les bonnes choses, le bon goût, les douceurs et les épices, la musique qui frappe et qui caresse en même temps. Il y a Seb aka SB Legend, la moulinette du crew et fin sélecteur aux multiples styles. Ben aka Ekee, le type aux chaussettes de couleurs qui un jour écoute du Fifi Rong, et se réveil sur du dub dans son salon. Pour finir il y a Gaëtan aka Oudjat, producteur, précis dans ses créations comme dans ses prestations live. On a tous les trois différents parcours, mais un intérêt semblable pour tout ce qui oscille entre deep bass, smooth, hip hop, jazzy et musiques du monde.

Avec Multiverse on va proposer autant que possible des artistes/styles musicaux d’univers méconnus sur Bordeaux et en France, du moins c’est ce que l’on pense.  L’idée c’est de faire des liens d’un genre à un autre sur des événements sans étiquette, sans style annoncé, afin de laisser le public se faire son propre avis par rapport à tel ou tel genre, et de faire découvrir ce qui nous fait bouger. Un style musical unique qui définit une soirée peut rebuter certaines personnes (nous les premiers) par simple a priori par rapport à un style. Du coup on passe à côté de mouvements, de crews, d’artistes et surtout à coté de bons moments de découverte musicale. Multiverse veut créer des ponts entre plusieurs styles musicaux variés moins mis en avant des scènes actuelles. Le bail, c’est de faire naître différentes sensations dans la danse, un Multiverse musical que ce soit sur scènes club ou Sound System.

Sans vous définir à travers un seul style, quelles sont les esthétiques musicales (les genres) dont vous vous sentez proches et que vous estimez peu ou pas représentés sur Bordeaux ?

Yes, de toute manière, c’est vrai qu’il est difficile de se définir à travers un seul style. En tout cas, on est tous les trois de grands friand de beats bien gras et sales. En gros, disons qu’on peut se mettre dans la case de tout ce qui se trouve entre jungle et dub, le genre « bass music » nous définit bien, c’est une nomination riche et variée dont on commence doucement à parler, reste a savoir ce que l’on met dedans… Tout ce qui ronronne, berce et fait trembler, des racines sound system du roots reggae/dub/dubwise jusqu’au deep dubstep, drum’n bass/ jungle, sans oublier une multitude de sous-genres.  À Bordeaux, il y a déjà beaucoup de collectifs bien actifs qui proposent et mettent en avant certains des styles que l’on affectionne, avec des gros plateaux techno, house, dub et DnB, et font un super boulot !  Avec Multiverse, on vient juste rajouter une corde à cet arc, proposer des univers parallèles variés, et que l’on pense en effet ne pas être mis assez en avant sur Bordeaux.

Quand vous parlez des collectifs bien actifs qui « mettent en avant des styles » que vous affectionnez, vous pensez à qui ? Considérez-vous la scène bordelaise qualitative sur ce plan-là ?

Perso, on pense principalement au collectif SoundRising et Bass Day pour tout ce qui tourne autour de la bass music, ainsi que le label breakbeat Fury et ses compiles Underground Bordeaux Massive (dont la 3eme sort fin mai). Ça fait un bail qu’ils sont dans le game, organisent et mettent en avant une belle friche musicale. Microkosm qui programme du lourd en techno, Tuff Wheelz pareil, ça vacille entre house et techno bien grasse avec des plateaux méga fat. Les soirées Soundsytem avec Sundub (Univ Bdx Montaigne), et le collectif Clank… donc ouais, à Bordeaux il y a de quoi faire, on a ce qu’il faut en soirée de qualité, il faut chercher un peu, comme dans tout. Ensuite c’est à nous avec Multiverse d’ajouter une nouvelle pierre a cette édifice.

En gros, ne cherchez pas à savoir quel est le style de musique ce soir. Viens, viens ressentir et viens danser !

Avez-vous déjà des événements de prévus ? Au-delà d’évènements, comment comptez-vous « apporter votre pierre à l’édifice » à Bordeaux ?

Oui tout l’objectif est là ! En plus d’avoir récemment décroché une résidence mensuelle sur Ola Radio on lance notre « launch party » le 24 mai au Void avec un invité UK. Nous concoctons une autre date en juin et nous sommes en contact avec différents lieux et organisateurs pour proposer, dans l’idéal, une soirée par mois. Au delà de nos événements, on veut montrer, ou plutôt faire écouter, que la musique que l’on propose ne se limite pas à telle ou telle appellation, et qu’une soirée ne doit pas forcément porter qu’une seule étiquette (d’où le Multiverse) ! Nous voulons que le public se laisse surprendre par des ambiances et des horizons musicaux plus larges, on veut justement sortir des cadres, en n’en imposant aucun.  En gros, ne cherchez pas à savoir quel est le style de musique ce soir. Viens, viens ressentir et viens danser !

Vous souhaitez avant tout vous concentrer sur Bordeaux ou êtes-vous en lien avec d’autres acteurs d’autres scènes d’autres villes pour développer Multiverse ?

On souhaite avant tout se concentrer sur Bordeaux, c’est notre identité, c’est là qu’on vit et on veut que notre collectif résonne ici en priorité… Mais pas que ! On a tous les trois un ADN différent, par exemple SB a bien bourlingué en France et a passé pas mal de temps à créer des connexions avec des collectifs de Lille, de l’Est et de Paris comme le Bass Paradize, qui sont très actifs dans la capitale, Ben a passé du temps en Angleterre et profite d’un bon carnet de contact, Oudjat peut compter sur ses contacts  d’artistes et de labels,  grâces à ses nombreuses productions et collaborations. Des collabs et des invitations en lien avec d’autres villes sont donc envisageables pour la suite ! Pour le moment l’idée n’est pas de s’exporter mais plutôt de faire venir nos connexions ici et de faire le max’ pour pérenniser tout ça.

Pouvez-vous nous citer certains nom d’artistes qui gravitent dans votre univers, que vous connaissez personnellement ou même des inspirations ?

Vaste question ! En termes d’inspirations on pense notamment aux artistes pionniers d’un genre qui nous a fasciné c’est à dire la scène dubstep/uk garage anglaise (Mala, Skream, Coki, Kode9, The bug, Benny ill, Zed Bias et compagnie), ça nous a ensuite amené à explorer d’autres continents et univers musicaux, puis ça nous a rapproché de certains artistes via nos voyages et via nos rencontres tels que par exemple le label Deep Dark Dangerous, dont Oudjat fait partie, Truth, Hebbe, Mr K entre autres; des artistes de différents univers comme Gantz, Egoless, Danny Scrilla, Squarewave, nos amis français Argo, Quasar, ou encore Ourman et Von D. Mais aussi quelques copains en Angleterre, Real Roots Sound System, Poté, Shy One, Cato, Touchy Subject et les gars de Wot Not pour n’en citer que quelques-uns, le bordelais KRSLD aussi qui fait du sale en ce moment chez les British, et qu’il faut suivre de très près. Ça fait une sacrée ribambelle d’artistes en vrai ! Et pour ramener tout ce monde il nous en faudra du temps, mais c’est notre objectif.

On s’apprête à lancer avec Le Type un nouveau projet (Scene city) qui vise à connecter la scène musicale bordelaise avec d’autres villes. Bristol fait partie de ces villes qu’on veut valoriser. Quelle est votre vision sur cette scène-là qui est très tournée sur des esthétiques bass music ? Il y a des artistes de là-bas en particulier que vous suivez ?

C’est super ! On va suivre cela de près pour le coup ! On ne peut que se réjouir de cette info, ça va être cool pour Bordeaux, Bristol a toujours été un vivier pour la musique depuis les 90’s, c’est là-bas que le trip-hop a vu jour avec Portishead ensuite Massive Attack, Stanton Warriors, que du bon quoi, donc ouais, que ce soit en street-art ou en musique, Bristol a connu un essor incroyable en sortant des perles de talents, producteurs, labels et ingénieurs de sound system ! La scène s’est exportée et nous a influencée. Partir faire un week-end à Bristol, tu es sûr de tomber sur de belles affiches et passer un bon moment. Étant donné que nous ce qui nous fait essentiellement vibrer c’est tout ce qui tourne autour de la culture bass et sound sytem, on pense notamment aux artistes comme Kahn & Neek avec le label Bandulu, Pinch, le récent collectif Chonk Mob ou encore Ishan Sound, Lamont, Roni Size, Joker, Julio Bashmore et Addison Groove bien évidemment, et tant tant d’autres…

…aucun de nous trois ne sait vraiment encore ce qu’il va jouer, mais ce sera varié, ça pourra très bien passer par de la house music, afro au dub, drum’n bass et tout ce qui ce trouve entre ces genres, pourquoi pas un petit Patrick Sebastien même tiens !

Rendez-vous donc le 24 mai au Void pour votre première teuf ! Vous pouvez nous en dire davantage sur la soirée ?

Rendez-vous le 24 mai yes, chaussez vos plus belles ballerines. Pour la launch party on invite un pote à nous de Londres qui est depuis les débuts établi dans la scène bass de la capitale anglaise avec plusieurs apparitions sur Get Darker, et aussi une résidence sur Sub FM, pour ceux qui connaissent, sinon pour les curieux on les invite à checker ça. On pense qu’à part Syte aucun de nous trois ne sait vraiment encore ce qu’il va jouer, mais ce sera varié, ça pourra très bien passer par de la house music, afro au dub, drum’n bass et tout ce qui ce trouve entre ces genres, pourquoi pas un petit Patrick Sebastien même tiens !

Launch Party de Multiverse le 24 mai au Void

Et concernant la saison estivale qui approche à grand pas ? Vous prévoyez quoi ?

Pour cet été, on aimerait bien proposer quelques dates, on attend les confirmations d’artistes et de lieux. Sinon indépendamment, on va jouer à droite à gauche, Oudjat pour la release party d’Underground Bordeaux MassiveEkee au festival Papago vers Angers, et Fête de la musique aussi, SB Legend au Bagus Bar sur le Bassin (d’Arcachon, ndlr) pour faire vrombir quelques caissons. Ensuite, il y aura la rentrée avec pleins d’autres dates, et d’artistes à faire découvrir au public de Bordeaux, et c’est ce que l’on souhaite le plus.  

Merci beaucoup les gars, on se voit le 24 mai et bonne route avec Multiverse !
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Insomni Club : la rencontre

dans ART ET CRÉATION/ENTRETIENS/MUSIQUE

Festival Grand Coeff, Get Wet Party à l’Iboat, première partie de Flavien Berger à la Rock School Barbey, Insomni club multiplie les apparitions et les performances. Entre musique et vidéo, le bordelais nous confie ses passions et sa philosophie. Entretien avec le musicien et aussi réalisateur des clips d’un certain Miel de Montagne

Le Type : Salut Insomni, comment vas-tu ?

Insomni Club : Ça va et toi mon frère ?

Beh écoute, la grande forme ! Comment te sens-tu au lendemain de la sortie du clip de « L’Amour » de Miel de Montagne ?

Satisfait de ouf ! J’ai commencé à écrire le scénario en décembre alors que j’étais parti trois semaine au Maroc. Milan et Joris m’ont appelé et m’ont demandé si j’étais chaud, ça m’a mis un peu le jus. C’était un peu tendu là-bas car j’étais en mode wild, sans portable etc. Pendant une semaine on s’est envoyé les pitch, c’était « L’Amour », et puis on s’est dit qu’on voulait le faire à la montagne, directement.

Du coup la montagne c’était le clin d’œil direct à l’artiste ?

Ouais en quelque sorte. Milan (Miel de Montagne) voulait le faire là-bas depuis le début. On était parti dans l’idée de faire le clip de « Pourquoi pas » à la montagne, mais finalement c’était pas le bon timing et plus celui de la plage ! Pour ce dernier clip, on voulait représenter l’amour, mais pas forcément l’amour homme-femme tu vois, c’était plutôt un amour universel. L’amour que tu peux avoir pour tes amis, quand tu es seul devant un coucher de soleil, etc… quelque chose de pur et naïf. On est parti sur plusieurs idées. Au final il a fallu un mois au total entre l’écriture, le montage et le tournage, ce qui est assez rapide.

Tu as réalisé les clips de « Pourquoi pas », « Slow pour mon chien », « Petit Garçon » et « L’Amour »As-tu rencontré des difficultés pendant tes tournages ?

Des difficultés forcément, mais en soit j’en garde de supers souvenirs car c’est avec les potes quoi. C’est toujours entre copains, le scénario est écrit seconde par seconde, mais sur le moment on improvise aussi. Le but c’est de progresser tous ensemble. Par exemple pour « Slow pour mon chien », c’était un délire de driver des petits vieux pendant leur cours de danse avec un chien-homme en plein milieu, ahah. Ils se sont pris de ouf au jeu et criaient : « Eh Gildas ! Tu veux des croquettes ?! ».

« Pourquoi pas » c’était mon premier clip, c’était un lourd défi de filmer depuis un autre bateau. D’ailleurs quand on a décidé de faire le clip, j’étais à l’Iboat avec Milan, on s’est dit « tiens on va faire du ski nautique », et c’est parti ! Il n’avait jamais fait de ski nautique, il était obligé de chanter sans entendre la musique car les moteurs faisaient trop de bruit ! Pendant ce temps ça bougeait dans tout les sens, c’était la première fois que j’utilisais vraiment un vrai boitier (comparé à mes caméras au poing) et bien sur sans steady cam ou quoi que ce soit pour stabiliser !

En gros on s’éclate sur les clips, tout est bien taffé en amont, comme ça sur le moment on peut rajouter ce que l’on veut, des délires des blagues ou des idées. C’est la famille. Pour L’Amour on a loué un Van, on passait plus de temps à essayer les chaînes pour la neige que pour tourner le clip ! Bon, j’exagère mais on est arrivé le premier weekend et il tombait de la neige vénère, mon pote Joris (Picaszo) s’est mis quelques bons jus de conduite sur le verglas en plus des falaises ah ah. J’aime énormément notre équipe, on galère de ouf parfois mais c’est que de la débrouillardise qui régale. Que du Love en fait.

En vérité c’est quoi ton domaine de prédilection ? Musique ou vidéo ?

J’ai commencé la musique assez tôt au collège, puis j’en faisais vachement plus au lycée, j’avais un groupe de rock garage sur Bordeaux qui s’appelait les Wild Cactus. Après j’ai fait des études d’architecture que j’ai terminé il y a deux ans. Ça m’arrivait en école de sortir ma caméra pendant des projets et faire des petites vidéos tu vois, c’était genre une cam’ année 2000 mais ça faisait le taff. Du coup j’ai mis la musique de côté, j’avais l’appartement, les potes, les sorties et les filles. Et en passant mon diplôme je savais déjà que ça ne deviendrait pas mon taff. En soit les études était incroyables, j’étais super libre au niveau de la création. Je ne serais pas comme je suis sans ces années, elles m’ont formé et ont développé ma liberté. Puis j’ai eu un an de césure, et au lieu de voyager ou autre, je me suis dis que j’allais me remettre à faire du son. Et au final, la vidéo et la musique se sont liés.

Comment en es-tu venu à devenir Insomni Club ?

Le nom Insomni Club est arrivé quelques temps avant la fin de mes études. C’est quelque chose de vraiment personnel, je n’aime pas dire d’où ça vient mais ça ne veut pas forcément dire que c’est quelque chose d’incroyable tu vois, c’est mon truc tout simplement. Insomni Club c’est la partie de moi créative. Il y a mon moi avec mon nom réel, ça c’est pour mes copains, ma famille, ou toi qui voit mon visage. Et à côté Insomni Club c’est ce besoin de m’exprimer, de sensibilité, de partager ce que il y a en moi. Mon taff c’est du sentiment, que ça soit en musique ou en vidéo. Après l’archi j’avais une guitare et un petit clavier, puis j’ai acheté un clavier midi, une carte son, des enceintes et là c’est parti quoi ! De là j’ai commencé à poser ma voix sur mon premier Ep Lamentation, c’était compliqué de la trouver, je la cherche toujours d’ailleurs, mais comme un instrument ça se bosse. Aujourd’hui je prend vraiment plaisir à chanter ! »

C’est une forme d’exutoire en quelque sorte ?

Je pense que de manière générale je suis quelqu’un de sentimental, j’ai envie de retranscrire ces sentiments matériellement (en vidéo ou musique) et pouvoir partager ma sensibilité. Tout ça à la base c’est pour moi, c’est hyper personnel, je suis dans ma petite bulle, j’écris mes morceaux et ça me fait du bien. Les retours sont assez vrais, sur qui je suis, ma personne en général. Ce que j’aime ce sont les gens qui sont humbles, qui ont des sentiments hyper naturels tu vois, un peu naïfs, qui sont honnêtes et j’essaie de mettre ça en musique et dans mes lives. Rester modeste et authentique. La vérité c’est très très important pour moi. Et la famille !

Au niveau de tes scènes comment ça se passe ?

J’ai un souvenir de ma première scène en Allemagne dans un festival perdu mec, au fin fond de la pampa dans le nord, un pote m’avait invité à jouer là-bas et j’étais le seul mec qui chantait et jouait d’un instrument, il n’y avait que de la techno ! On était trois cent, que des allemands en mode teknivaliers, je suis arrivé là, c’était trop bien. Ce qui marche bien, et ça m’est arrivé plusieurs fois, c’est que l’on m’appelle souvent pour jouer sur des scènes avant des Djs, et il y a le côté un peu club, ça fait l’introduction et ça marche trop bien tu vois.

J’ai joué à Paris avec La Mamie’s, un collectif qui organise des soirées en mode Les Vivres de L’Art mais en mode un petit peu plus fat tu vois, les teufs commencent à 14h00 et finissent à minuit. Je devais passer justement à 14h00, sauf que le groupe qui jouait après moi a pris du retard sur ses balances et ils ont finalement du jouer à ma place, je me suis retrouvé à jouer à 20h00 devant mille personnes prêtent à faire la teuf en mode techno et se percher ! Et moi j’étais là avec les tracks de mon dernier EP Envie, et au final ça a super bien marché.

Le live devient vraiment très important pour moi. C’est là que l’échange se fait et que je peux montrer/partager qui je suis. C’est à chaque fois un défi, un jeux, une thérapie, un baiser, c’est tout en fait !!! c’est la vie ! J’aime beaucoup trop ça !!!!

On te revoit où et quand ?

Et beh je jouerai à La Maroquinerie le 5 avril en avant première du frère Miel de Montagne !

JAH BLESS !

Interview : 47ter – Pierre-Paul, Miguel et Blaise

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Ils sont trois. Ils viennent « gâcher tes classiques » en reprenant une instrumentale connue, avec des instruments peu communs et des paroles qui leurs sont propres. Un freestyle quoi. Mais pas que, leur freestyle N°5, qui reprend l’instrumentale de « Niggaz In Paris » par Jay Z et Kanye West au mélodica et au pad, a dépassé les 2 millions de vues sur Facebook en un mois et demi. Une belle maîtrise. Ils commencent doucement à faire parler d’eux et multiplient les scènes. Leur force ? Ne pas tomber dans le piège du freestyle à profusion. 47ter compose. Ils viennent poser les maux d’une jeunesse qui n’a pas vraiment de mots. Rencontre en marge de leur concert au BT59 avec un trio qui « Petit à petit, (ils font leur) nid, Pendant qu’petit à petit, (ils vont), niquer des mères » (il faudrai un jour m’expliquer c’est quoi le délire avec les rappeurs et le fait d’aller niquer des mères).
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Explorer les Nouveaux Mondes à l’Iboat

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS/LES NOUVELLES/MUSIQUE

Habitué des soirées aux programmations pointues et défricheuses, l’Iboat s’apprête à accueillir une nouvelle résidence, Nouveaux Mondes. En formant club, ces soirées proposeront une autre vision des musiques électroniques, plus ouvertes et globales, à travers des influences africaines, sud américaines ou orientales. Refusant l’étiquette trop réductrice de « world music » et désireux de casser les frontières habituelles de genres, Alix, programmateur de cette résidence, nous livre ici sa vision du prisme musical qu’il entend défendre lors de ce nouveau cycle. Pour découvrir celui-ci, rendez-vous le mercredi 31 octobre pour une première date avec Esa Williams, membre d’Ata Kak et résident sur WorldWide FM.
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Le Type : Salut Alix, tu lances une nouvelle résidence à l’Iboat à partir du 31 octobre intitulée « Nouveaux Mondes » : peux-tu nous présenter le concept ?

Alix : Salut Le Type ! En réalité, c’est un format qui existait déjà à l’IBoat, il y avait eu deux éditions et j’avais joué sur la seconde avec Awesome Tapes From Africa et Joe. C’était vraiment cool, car c’était la première fois que je faisais un set dans un club sans jouer de musique électronique. Et le concept c’est un peu ça, proposer un format club avec une programmation qui ne se limite pas à la musique électronique. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de musique électronique, c’est plutôt qu’on essayera de casser les frontières habituelles pour laisser place à des influences larges. Je n’aime pas trop résumer la programmation avec le mot « world music » car c’est un peu un mot fourre tout… mais ça résume l’idée qui est d’apporter des influences africaines, sud américaines, orientales, etc. à la programmation de ce format. On aura aussi une scénographie sympa, je n’en dis pas plus.

Justement, le nom même de la résidence « Nouveaux Mondes » semble renvoyer indirectement aux « musiques du monde » (world music) dont tu parles. Une appellation assez contestée et contestable car renvoyant à un imaginaire hors-Europe un peu trop englobant. Quelle est ta vision sur cette question et sur le regain d’intérêt pour ces esthétiques, qu’on peine finalement souvent à décrire ?

Je pense que, de manière générale, les gens confondent les influences géographiques et le genre musical, ce qui entraîne cette contestation de l’utilisation du terme « musiques du monde » de façon générique. Mais la musique n’est pas toujours facile à décrire, donc on utilise les mots que l’on connaît, et que l’on comprend surtout ! Généralement, dès qu’on touche à des esthétismes musicaux spécifiques, qui ne sont pas prioritairement destinés au grand public, ça peut vite être compliqué de mettre les mots justes dessus.

Concernant la hype actuelle autour de ces genres musicaux, en soit, ils ont toujours été utilisés à des fins festives. Alors ça a du sens que dans l’univers du clubbing et de la musique électronique en général, ils soient aussi utilisés pour faire la fête. Il fallait juste quelques bons DJ qui sachent amener ces styles sur le dancefloor, pour habituer et éduquer le public. Certains médias ont joué un rôle important aussi.

Tu penses à quels médias en particulier ?

En Europe on pense bien évidement Worldwide FM la radio de Gilles Peterson, qui a proposé des résidences à tout un panel d’artistes venus des quatre coins du monde, qu’ils s’agisse de légendes vivantes ou d’artistes de la nouvelle génération. Ou encore des blogs comme Stamp the Wax ou The Ransom Note qui ont fortement participé à la promotion de cette scène mêlant de la musique aux esthétiques électroniques à des influences géographique multiples. Certains artistes ont également développé leur propre formats blogs comme Awesome Tapes From Africa ou bien Dj Okapi avec AfroSynth.
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Justement, peux-tu nous citer quelques noms d’artistes qui gravitent dans cette galaxie musicale et que tu aimerais bien voir participer à une date de « Nouveaux Mondes » ?

La liste est longue ! En live j’adore BCUC, Konono N°1, Mark Ernestus’ Ndagga Rhythm Force, Vaudou Game, Voilààà Soundsystem, Africaine 808, Femi Kuti, Ebo Taylor, ESG, Ata Kak, Pat Thomas… Pour les dj je pense à Mafalda, Dj Okapi, Sassy J, Sadar Bahar, Mr Bongo, Analog Africa, Auntie Flo, Alma Negra, Selvagem, Onsulade, Antal, Vakula, etc. Je m’arrête la !

Concernant la première date, c’est donc Esa, leader du groupe Ata Kak, qu’on retrouvera derrière les platines. Tu peux nous en dire plus sur cet artiste et pourquoi ton choix s’est orienté vers lui ?

Esa Williams, c’est un artiste que je suis depuis un bail, je l’avais découvert grâce à son premier EP d’edits sur Highlife, il y a 4 ou 5 ans. On voulait le programmer pour Bordeaux Open Air invite Londres, mais on était finalement parti sur Mafalda, donc c’était logique de penser à lui pour Nouveaux Mondes. C’est un artiste multi-casquettes, originaire de Cape Town en Afrique du Sud, vivant maintenant à Glasgow, où il a collaboré avec les artistes majeurs de la scène locale comme Auntie Flo, Jonnie et Keith de Optimo, ou bien Andrew Thomson le boss de label Huntleys + Palmers. Résident sur Worldwide FM, il sortait en 2017 un EP archi solide sur Dekmantel. Il est également aux commandes des machines et boites à rythmes sur le live ghanéen Ata Kak, remit sur le devant de la scène en 2015 grâce à une réédition sur le label de Awesome Tapes From Africa. Il est également investit dans des programmes éducatifs axés sur la musique électronique à Cuba, en Afrique orientale et en Afrique du Sud.
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Pour accueillir cette résidence, le choix de l’Iboat s’est fait naturellement ?

Alors comme je te disais, la résidence existait déjà. J’avais joué sur la seconde édition, puis Florian le programmateur club du bateau m’a proposé de m’investir davantage sur le projet, en tant que curateur. Ça fait m’a fait vraiment plaisir, car ça fait un moment qu’on bosse ensemble et j’avais envie de développer un projet à l’Iboat avec lui, donc j’ai tout de suite accepté !  L’Iboat est un lieu qui peut faire à la fois des formats club et concert, donc les possibilités artistiques sont tout de suite plus larges en terme de programmation. On peut imaginer des projets live, sans faire de concession sur l’accueil technique des groupes.

La « scène » que tu souhaites valoriser avec cette résidence est-elle représentée à Bordeaux selon toi ?

Bien sûr que cette scène est représentée ! On retrouve ce genre d’esthétisme sur la programmation de collectifs locaux comme L’Orangeade, tplt, Ciao!, Super Daronne, À l’eau, etc.  Ou encore des festivals comme Bordeaux Open Air, Hors Bord… Attention, de ce côté Bordeaux n’est pas en reste, mais selon moi il manquait un rendez-vous club récurent autour de cet univers artistique.

Au-delà des collectifs et festivals que tu cites, comment tu situes Bordeaux par rapport aux autres villes sur la carte des cultures électroniques en France ?

Objectivement, on est pas trop mal ! Paris et Lyon restent clairement les capitales de la musique électronique en France, de part le nombre de lieux, collectifs, labels, festivals, etc. qui animent les scènes locales. Mais l’été 2018 a été assez impressionnant à Bordeaux, dans le même week-end on pouvait retrouver : Chez Damier en open air avec Ciao!, Bordeaux Open Air invite New Delhi au Jardin Public, Around the World ou Good Block à la friche exploitée par L’Orangeade, la team
Baleapop invitée par tplt aux Vivres de l’art pour Le Verger, Omar S à l’IBoat pour leurs 7 ans…  J’ai hâte de voir ce que les Bordelais prévoient pour 2019 !

Pour finir, tu peux nous parler de Parade Studio, à l’origine de la très belle identité visuelle de Nouveaux Mondes ?

Alors, Parade Studio, ça fait un moment que je suis leur travail, et je n’avais jamais trouvé l’occasion de bosser avec eux. Je les ai contacté pour la résidence, on est allé boire une bière et on a tout de suit accroché musicalement, donc bosser avec eux avait du sens ! Ils font pas mal de création graphiques dans la musique : Grand Coeff, Moonrise Hill Material, More Festival, la residence Wonder au Warehouse à Nantes, Nuits de la Filature, et j’en passe ! Le mec derrière ce studio est hyperactif, il est à l’origine du blog le Tournedisque, la marque de sape Pavane, la web radio Prose, etc…  Bref c’est le début d’une belle collaboration !

Merci Alix ! Un dernier mot à ajouter ?

Allez checker l’émission de ESA sur Worldwide FM, c’est une mine d’or !
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Alél’interview : LB aka Labat, de Lyon à Bordeaux

dans MUSIQUE

Producteur prolifique engagé sur de multiples projets et labels, LB aka Labat est l’un des artistes qui façonne la « scène lyonnaise ». Strasbourgeois d’origine, il est notamment à la tête, aux côtés de son pote Polow, du label Alelah Records (dont une release party aura lieu sur le rooftop Le Sucre le vendredi 14 septembre), et vient également de lancer le label Le Petit Zoo avec un autre artiste emblématique de Lyon : Pablo Valentino. Influencé autant par le hip hop que par la house ou le jazz, Labat est un artiste singulier du paysage électronique francophone, ce qui a pu l’amener à jouer un peu partout dans l’hexagone, mais aussi à l’étranger, notamment en Asie dont il est un grand adepte. De passage à Bordeaux le dimanche 2 septembre dans le cadre de Bordeaux Open Air (qui célèbre la scène lyonnaise pour l’occasion), on en a profité pour le rencontrer, et discuter longuement autour d’un jus de pamplemousse-citron et d’une bière sur sa vision de Lyon, du sound system, de la teuf ou même des médias et de sa propre musique.
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Le Type : Salut Labat, tu viens jouer à Bordeaux le 2 septembre pour Bordeaux Open Air ; tu connais un peu la ville ?

LB aka Labat : J’y ai déjà joué 3 ou 4 fois, notamment à l’Iboat. Je peux pas dire que je connais la ville ni la scène là-bas ; à chaque fois je ne suis resté qu’une seule nuit. Une fois j’ai terminé en after sur les quais…

Cette année le concept de Bordeaux Open Air c’est d’inviter sur un dimanche plusieurs artistes d’une même ville. Pour Lyon, ils ont choisi toi, Pablo Valentino ainsi que les fondateurs de La Chinerie, G’Boï et Jean Mi. Tu trouves ça représentatif de la scène lyonnaise ?

C’est difficile de représenter une ville. Tu dois forcément faire des choix ; est-que tu représentes ceux qui sont mis en avant ? Ceux qui ne le sont pas ? Quand je pense à Lyon, je pense aussi à Sentiments, à Groovedge, bien sûr à Pablo, G’boï et Jean Mi. BFDM aussi, même s’ils sont à Marseille maintenant il me semble. Ce line up est donc représentatif d’un côté de la scène. G’boï et Jean Mi par exemple, avec ce qu’ils ont fait, leur festival et leur communauté, se sont beaucoup mis en avant, mais ce n’est pas forcément représentatif de Lyon. Est-ce que moi je représente la ville ? Je pense pas. Ça fait 5 ans que je suis là, je suis tout nouveau, même si j’ai fais le tour des clubs, des Nuits sonores… Pablo représente bien la team du Sucre, ce réseau-là.

Comment tu trouves la scène électronique lyonnaise ?

C’est une grosse ville de producteurs. Après, la possibilité de se représenter, c’est plus compliqué… La ville manque de club de petite envergure, genre 200 ou 300 personnes. Il y a pas mal de producteurs, en hip hop, en tout style de musique. Je ne m’intéresse pas à tout car je peux pas, mais il y a beaucoup d’acteurs : LYL, Chez Emile, Nova qui est là aussi, SOFFFA… Il se passe quand même des trucs, avec beaucoup de musique qui est produite ici. Il y a aussi un gros festival (Nuits sonores) et une bonne salle ; Le Sucre. Après tu as d’autres lieux comme Le Transbo mais qui a une jauge énorme, autour de 1800 places.

D’autres villes en France t’inspirent là-dessus ?

Je reviens de Strasbourg, qui est vraiment ma ville natale pour le coup ; la ville bouge bien. L’un de mes potes a ouvert un club récemment ; le KALT. Je ne l’ai pas vu en mode night club mais j’ai eu droit à une visite privée des lieux dans la journée. Là t’as un vrai club ; du béton partout, un gros sound system… ça envoie. Pour l’amour du son, dans un délire audiophile tu peux aller là-bas. Au-delà de ça, ils l’ont fait car la ville n’avait pas grand-chose à proposer au niveau club. Ça manquait d’un entre-deux entre un zénith et un petit bar dansant. C’est ça qui manque à Lyon, pas forcément un lieu alternatif à la Grrrnd zero, ou pseudo légal sans autorisation. En même temps, en y réfléchissant, je me dis que ça doit être très compliqué en France, aux yeux de la loi. Quand je me prends des claques niveau son, c’est partout, sauf en France. Je crache pas sur la scène en France car ils se passe des trucs super bien. Mais il suffit d’aller un week-end à Londres dans un club aléatoire pour se prendre une claque. Je te parle du son, de sa qualité. La culture de la basse. C’est quand même le premier vecteur, en tant qu’artiste, de transmission ; les enceintes. C’est pas la déco du club ou la DA (même si ça compte…) qui compte le plus. C’est les enceintes, avec des basses. J’ai joué une fois à Londres, je me suis pris une claque. C’était pas forcément un club énorme ; il y avait 200 personnes. Mais j’ai jamais eu autant de sub ni de caissons de basses pour aussi peu de monde, et ça change la tournure de la teuf. Ouvrir un club en France doit être complexe ; même la Concrete ont encore des problèmes au niveau sonore, alors que c’est une institution du clubbing.

Tu parles de Londres ; d’autres villes européennes où tu as eu l’occasion de jouer ou simplement de te rendre te donnent envie ?

Berlin, bien sûr. Même si la scène et la teuf sont très hardcore pour moi. Même si je kiffe de temps en temps ; parfois là-bas c’est trop. Là-bas j’ai joué au Globus, la salle du haut du Tresor. C’est un parfait exemple d’un sound system dédié aux audiophiles et à des clubbeurs. C’est un plaisir de jouer là-bas, t’entends tes skeuds d’une autre manière, t’es pas obligé de jouer dans le rouge… C’est pour ça que je te parlais de Juppé (en amont de l’interview, ndlr) ou de Collomb (ancien maire de Lyon, ndlr) ou Képénékian (nouveau maire de Lyon, ndlr) ou pire, du mec de la région ; Wauquiez… ça passe par ces gars-là ! Si eux sortent des décrets pour limiter les sound system ; tu peux difficilement aller à l’encontre de ça sur le plan légal.

Sinon il existe des initiatives « alternatives », en hangar par exemple en périphérie des centres villes comme le faisait le collectif Folklore à Toulouse…

J’avais joué justement dans leur hangar. Y avait eu une coupure de courant, avec une inondation au moment où je terminais mon set… C’est le genre de teuf où tu commences et tu sens et tu sais que ça va être chanmé… Je savais qu’on allait passer une putain de soirée.

Comment t’arrives à sentir ça ?

Là, t’as pas de limiteurs ; ce qui ne veut pas dire que tu vas bourriner comme un ouf. C’est juste que, du coup, le DJ est plus responsabilisé. On te donne la responsabilité du sans limite, d’une certaine façon. Folklore avait mis un sound system dans les 4 coins de la pièce, dans un hangar avec un étage, pas beaucoup de lumières… C’est des trucs que je kiffe. Un peu à la japonaise.

Justement, tu tournes beaucoup en Asie aussi, tu as un booker spécifiquement pour ce continent ; quelle est ta vision de la teuf et de la scène musicale là-bas ?

D’abord : il y a le Japon, et il y a l’Asie. Je suis allé 2-3 fois en Asie, et j’ai fais une fois le Japon. J’ai vraiment pu voir que c’était un autre monde. On peut pas parler d’une scène asiatique. J’ai vu beaucoup de Français qui tenaient les clubs en Asie, des expat ; Hong Kong, Bangkok, Vietnam, Jakarta, Singapour… Il n’y a pas vraiment de scène ; après c’est difficile de comparer des trucs aussi différents qu’avec l’Europe. Il y a juste d’autres choses. C’est toujours cool de jouer aussi loin, de se retrouver à Ho Chi Minh à L’Observatory, c’était chanmé, avec rotary mixer, des enceintes de ouf… J’ai jamais joué dans des clubs pute à champagne avec que des expat là-bas. Ça a toujours été plus ou moins moitié moitié, avec souvent même plus de locaux. Les gens sont à donf. T’as l’impression de leur faire écouter de la nouveauté. Et je suis pas du genre à m’adapter : si on m’invite, c’est pour faire ce que je sais faire de mieux. Ce que je fais de mieux c’est faire plaisir aux gens sans rester dans un seul style prédéfini. Je vais pas jouer du Rihanna par exemple.

Après, il y a le Japon. Le japon c’est le turfu ! Quand je suis rentré de là-bas je me suis dis : « pourquoi le monde entier n’est pas comme les Japonais » ? Les gens sont très respectueux de tout, des autres, des lieux, de l’environnement (le leur), de leurs rues… C’est une culture assez ouf. La culture club c’est pareil ; tout ce que j’aime ; quasiment pas de lumière, une lumière rouge, du son de malade. J’ai joué dans un truc qui s’appelle le Bonobo. Et il y a 15 personnes dans le club, les enceintes c’est du home made, comme le mixer, aucune indication au niveau des boutons… C’est le futur, ils savent faire la teuf… Là-bas l’entrée est super chère , c’est environ 30 euros… du coup quand ils font la teuf ils la font vraiment, et jusqu’au bout, à fond. La bouffe, n’en parlons pas…

Tu penses qu’il y a un intérêt de ces pays pour la culture électronique européenne, et française plus spécifiquement ?

Oui je pense, sinon j’y serai pas allé. Je pense pas que ce soit mon nom qui m’ait fait jouer ; je suis inconnu là-bas. Mais si tu leur parles de la France, ils voient Paris, tout ce qui s’y passe. On a quand même un pays où il se passe pas mal de truc au niveau de la zik… Comme la culture anglaise avec Londres. Ils ont un intérêt à faire venir toute cette culture chez eux.

On évoque souvent ton travail artistique en parlant d’un « renouveau de la scène house française » ; tu penses quoi de ce genre d’appellation ?

Il n’y a pas de renouveau ; je fais rien de nouveau. Pareil, Raheem Experience (son side project avec Mad Rey et Neue Grafik, ndlr) on a été qualifié comme ça…Certes j’ai pas entendu ou vu de live à proprement dit comme on le faisait, avec beaucoup de MPC, sans drum machine. C’était juste de la MPC, des samples et des trucs qu’on enregistrait à 3. Ok ça c’était nouveau. De là à dire que le son qu’on faisait était nouveau ; je pense pas. Même si on mélangeait du hip hop avec du jazz, de la house ; c’était pas super dansant. On voulait changer un peu. Mettre du hip hop dans des grandes salles devant beaucoup de gens ; passer du coq à l’âne en jouant du jazz, de la house… Je suis pas fan de l’appellation « renouveau de la house française ». En plus, si les gens qui écrivent ça s’intéressaient un peu à mon travail, ils verraient bien que je fais pas que ça. J’espère pas d’ailleurs : je ne fais pas que ça, je fais plein de trucs. Je suis plus mis en avant par la house parce que c’est ce que je joue le plus, évidemment.

C’est une formule journalistique un peu rapide selon toi ? Un des travers du journalisme musical ?

Sans doute… Quand tu fais le point sur les médias dans la musique, les bonnes interviews sont plutôt rares par exemple. Les questions sont souvent à la à la mords-moi-le-nœud. Du genre : « c’est quoi ton top 5 ? » ou « Ton morceau de peak time ? ». Tout le monde s’en fout ! les papiers vraiment sérieux sur tous ces artistes manquent. Ou alors c’est sur des gros artistes : AZF (je pense à elle parce que je l’ai eu avant), Laurent Garnier… ça oui, il y en a. Mais c’est l’époque ; tout le monde regarde des formats super courts, des tracks ID, on est abreuvé d’infos, l’attention s’est réduite.

Est-ce qu’il y a des médias qui ont une approche un peu plus sérieuse ou quali justement selon toi et que tu vas plus avoir tendance à lire ?

Je suis pas du genre à me rendre sur des médias pour me renseigner sur des artistes. Je suis plutôt du genre à kiffer un artiste et aller voir tout ce qui est écrit sur lui. Du coup je peux pas trop dire… Je me rends encore moins chez le buraliste ! Un de mes potes m’a récemment converti au Monde Diplo, mais ça n’a rien à voir… Je l’ai lu quelques fois puis on en parle avec mes potes qui sont pour la plupart prof, de philo, français… Ils sont assez engagés. Je pensais que Courrier International était super deep, et au final tu te rends comptes en diggant un peu d’autres médias, que certains sont achetés par des grands groupes et que d’autres sont de « vrais » journaux. Et c’est la même chose pour les médias musicaux, mais il doivent aussi vivre avec leur temps… ça doit être compliqué d’être un média musical aujourd’hui. L’exception c’est Resident Advisor ; c’est vraiment quali pour le coup, leur podcast, leurs articles… C’est vraiment un média de référence.

Pour revenir sur la question de « scènes » ; tu te sens plus appartenir à une scène musicale particulière (house, hip hop…), ou tu t’identifies d’avantage à la scène lyonnaise par exemple ?

C’est deux questions différentes… La dimension locale c’est le plus important, même si c’est ce qui est le moins mis en avant. T’as beaucoup de gars qui bossent à fond, qui font des trucs de ouf mais qui ne sont pas mis en avant, mais qui mériteraient de l’être. À un moment c’est un coup de chance, une aptitude à pouvoir se vendre, à sortir, essayer de rencontrer des gens… Le local reste le plus important et c’est le plus diversifié, t’as du rock du psyché , de la house… C’est cette diversité que je trouve intéressante quand on raisonne en termes de scène locale.

Tu t’efforces, toi, d’aller puiser dans toutes ces influences ?

Oui, j’essaye. Mais par exemple je suis pas du genre à m’intéresser beaucoup à ce qui se fait de nos jours. Tu dois choisir je pense. C’est trop dur de tout faire. Tu peux pas digger toute la scène actuelle, et en même temps voir ce qui s’est fait avant… Il y a tellement de trucs ! Et, en même temps, parfois je tombe sur des artistes actuels et j’hallucine ! J’écoute beaucoup de trap par exemple en ce moment, je trouve ça cool. Mais je suis plus du genre à digger ce qu’il s’est fait dans le passé.

Tu considères forcément que tu dois faire des choix ? Dans ta manière de digger tu vas plus t’orienter vers quelles esthétiques ?

Plutôt le passé donc, sans me mettre des contraintes de période… Je pense que toute époque a fait de la zik de ouf… Sun Ra qui a commencé dans les années 1950… Et si t’écoutes du jazz de cette époque ; tu t’attends pas à avoir des trucs super free, même s’il y en a eu ; mais cosmique à ce point… J’écoute beaucoup de trucs entre 1970 et 1980, en rock, psyché, jazz, musiques africaines, pop… Après là en ce moment j’ai aussi une tendance à écouter tout ce qui se fait là, maintenant, tout de suite. Je viens d’halluciner sur le dernier clip de Jay Z et Beyonce ! J’ai dû l’écouter 25 fois déjà. Travis Scott j’écoute à fond, A$AP Rocky aussi. La trap française par contre j’ai plus de mal ; je trouve ça un peu abusé, même si il y a des trucs bien. Les paroles c’est parfois rédhibitoire : « salope, pute, salope… ». Je dis pas que les ricains ne le disent pas, mais « bitch » c’est plus classe tu vois (rires). Puis comme Kendrick le dit… « my bichhh ».

T’as pris d’autres claques récemment ?

J’ai écoute Freeze Corleone du crew 667, c’est bien fonscard j’aime bien. Kendrick aussi, évidemment. Y a pas un seul truc qu’il a fait que je n’aime pas. Good Kid, M.A.A.D City reste mon album préféré… Celui où il y a le morceau « Real » que je joue en club d’ailleurs… (il se met à chantonner le refrain) ; il y a un kick, 4 temps !

T’écoutes pas forcément trop de musiques électroniques ?

J’en écoute quand je joue de la house dans le studio. Mais j’en écoute jamais sinon. Ou alors j’écoute toujours les mêmes albums de house. Les Moodymann que je peux écouter 50 fois d’affilé, Theo Parrish, FunkinEven aussi, j’écoute beaucoup. Tous les artistes autour de lui également : Bastien Carrara, Brassfoot… c’est super ce qu’il a fait sur Apron Records, j’adore ce label. Jay Daniels, cette petite scène, Three Chairs que je eux écouter à l’infini ; Rick Wilhite, c’est mon producteur préféré. Marcellus Pittman aussi. Mais j’écoute beaucoup plus de jazz, de rock, d’ambient… Limite de tout sauf de la house qui va m’inspirer à faire de la house ! C’est pas en écoutant de la house que je vais être inspiré à en faire. Je suis pas influencé sur ce qui marche en ce moment du coup, même si j’ai bien conscience de qui fonctionne…

Comment tu définirais les sorties que tu as sur tes labels Alelah et Le Petit Zoo, le dernier projet que tu as monté avec Pablo Valentino ?

Avec Alelah, ça a commencé très simplement. On était avec mon pote sur le canap, avec 40 morceaux qu’on avait fait pendant la semaine. Des petits morceaux de 2 minutes à la Madlib, des petites instrus, des interludes. On prenait Toy Story, des scènes de films, puis on en a fait une cassette. Fallait la sortir sur un nom ; on a déliré sur ce mot, Alelah, qu’on se tape en club et qui moi perso ne me fait pas hérisser le poil, ça me fait marrer. C’est déclinable à l’infini : Alelah Mif, on va faire les Alelah Teuf, j’aimerai bien faire des fringues, Alelah Sape. Qu’est ce qu’on défend ? On défend le fait qu’on ne réfléchit pas, c’est que du coup de cœur. On a pas de stratégie de se dire « tiens on va faire ça maintenant qu’on a fait du hip hop », même si on est catégorisé hip hop. Mais on a tellement de trucs qui vont sortir et qui sortent de ça. On a de la chanson française, de la pop, de la house, du hip hop, de l’ambient ; plein de trucs.

On me pose souvent la question ; « est-ce que tu as pas peur de perdre les gens en allant dans tous les sens ? ». Les gens veulent un peu te cataloguer et te coller des étiquettes. Nous on s’en fout des étiquettes ; on réfléchit pas à ce qui marche. Là je sors un album hip hop ; j’ai reçu des messages en me demandant si j’avais pas viré hip hop, si j’allais refaire de la house ou pas… C’est marrant, mais t’as l’impression que les gens sont en demande de classer les choses. Par exemple Mad Rey a toujours fait du hip hop alors qu’il est surtout connu pour avoir sorti des disques house sur D.KO Records. De mon côté, c’est presque comme si je faisais exprès de faire n’importe quoi. Si demain j’ai envie de sortir du rock sur Alelah ; qu’est-ce qui va m’en empêcher ?

Et pour Le Petit Zoo, ton nouveau label ?

Là c’est plus une aventure avec Pablo. C’est venu de lui cette idée de label. Il m’a intégré dedans, j’y suis allé avec plaisir, mais ce n’est pas le même fonctionnement qu’avec Alelah avec lequel on sort surtout des cassettes. Avec Le Petit Zoo on sort quasiment que des vinyles même si on a sorti une cassette pour présenter la famille autour du label. Mais on prévoit de sortir beaucoup plus de skeuds, plutôt destinés au club. Mais on a aussi des albums de jazz qui sont en préparations. Mais on essaye quand même d’avoir plus une ligne artistique orienté club, moins éparpillé qu’avec Alelah. Après on reste diversifié ; dans la compilation Pablo Valentino presents Le Grand Zoo il y a beaucoup de hip hop par exemple ; du jazz avec Patchworks, Brownstudy avec du hip hop, moi aussi du hip hop. Sweely aussi a sorti un track de hip hop  même s’il est surtout connu pour faire des sets techno acid de 6 à 8 à la Concrète ! On reste assez free avec le label mais on a une ligne plus prononcé qu’avec Alelah.

Comment t’en es arrivé là ? Qu’est ce qui t’as poussé à faire de la musique ?

C’est mon grand frère qui scratchait à la base. Il avait des platines, il faisait du hip hop à la maison il devait avoir 14 ou 15 piges, j’en avais 8, je comprenais rien. À un moment – je crois que c’est quand il a commencé les études après le bac, il a laissé les platines à la maison, avec les vinyles. Il n’y avait que du hip hop, et notamment Octobeat ; c’est que des petites loop pour scratcher. J’ai branché les platines, j’ai essayé de scratcher et je suis vite passer au mix. Je me suis entouré de potes qui voulaient faire pareil, on a commencé à plusieurs, et j’ai commencé direct par de la tech. Des trucs super fat. Le premier truc que j’ai acheté c’était Josh Wink je crois… Un truc super vénère. J’ai commencé à jouer en soirée Et d’ailleurs, un de mes potes plus âgé m’avait dit, je m’en souviens : « tu vas te calmer au fur et à mesure ». J’y croyais pas trop et puis tu vois maintenant… Beaucoup d‘artistes restent techno, mais je suis pas sûr qu’ils écoutent de la techno à la maison ! Les Ben Klock, Adam Beyer, Dettmann, ils doivent écouter autre chose chez eux. Moi j’avais toujours le hip hop qui était resté, puis je me suis intéressé aux samples. Puis j’ai chopé une MPC, ça a révolutionné ma life ! Après je me suis intéressé aux sources du hip hop, et là tu te rends comptes que les gars écoutaient des skeuds de funk, de jazz… Je me suis baladé vers là.

Ce besoin de comprendre ce que t’écoutes et d’aller aux sources, c’est quelque chose qui te caractérise ?

Pas forcément… Même si ça a commencé comme ça. Aujourd’hui quand j’écoute Madlib ou d’autres trucs, j’irai pas dire que je cherche à chaque fois d’où il a samplé ; ça lui appartient et c’est pas forcément cool de le savoir. Je préfère limite me garder le mythe. Ça me ferait plus plaisir de tomber sur un skeud et de me rendre compte que « ah putain c’est ça qu’il a samplé ! » plutôt que d’aller sur Whosampled.

Et avec Raheem Experience, vous en êtes où ?

On va faire un album. On ne va plus faire de scènes. En tout cas c’est pas prévu pour le moment. La dernière c’était Peacock. On fait ça pour que chacun puisse se consacrer à ses projets perso. J’aurai peut-être fait autrement mais on est un groupe, donc ça s’est fait naturellement. À la fin, après avoir tourné pendant 1 an sur des gros festivals ; on s’est dit que sortir un skeud, c’était sans doute ce pourquoi on avait fait ça à la base. Même si les live étaient cool, j’ai fais mes plus grosses scènes grâce à ce projet.

Tu prépares quoi pour la suite ?

Je fais du son tous les jours, je dois avoir 100 morceaux de côté, 2 ou 3 albums de prêts… J’ai sorti beaucoup de trucs ces derniers temps et j’ai senti que les gens étaient un peu perdus, entre les labels Petit Zoo, Alelah, les various fait sur d’autres labels, le truc sur Wolf… J’ai aussi envie que mes sorties soient écoutés. Donc si sortir un album tous les mois ça perd les gens et que les gens du coup l’écoutent moins, j’espacerai un peu plus les sorties. Mais si je prenais pas ça en compte, je sortirai un album toutes les deux semaines ! J’ai plein de trucs différents. Là ça fait deux mois que j’ai pas fais de son. Ça me va dans une certaine mesure car ça me créé un manque, un besoin. J’en profite aussi pour faire d’autre chose ; de la promo, du label, je mets en avant les artistes d’Alelah car ce sont des petits artistes et c’est important pour nous de sortir des gens inconnus au bataillon.

Le manque tu le ressens bien là ?

Grave ! Je pense que je vais m’acheter 2 ou 3 nouvelles machines avant de reprendre pour faire d’autre zik quand je m’y remettrai. Mais la MPC sera toujours là. J’ai jamais eu de drum machines par exemples. Je sais pas ce que c’est un câble MIDI. Mono / Stereo je comprends à peine. Moi je branche ; si  c‘est pas le cas c’est que j’ai mal branché. Après je fais ma sauce. Mais du coup j’essaye de me pencher plus vers ça ; choper des synthés, comprendre comment faire fonctionner les machines ensemble, ça me dit bien. J’aimerai bien aussi sortir un album de jazz, faire de la batterie, de la basse.

T’aimerai avoir un live band ?

Un live band tout seul ouais ! Un album produit tout seul où j’essaierai de faire toutes les instrus. Mais avoir un groupe aussi ; j’ai mon pote JJK qui joue de la gratte comme un dingue, j’aimerai bien faire un truc avec lui. On a fait 1 ou 2 représentations sous Coconut ensemble. Après, c’est un peu cliché le DJ qui veut se mettre au live… De mon côté c’est pas une nécessité, mais si un jour l’occasion se présente, même pour un album, alors pourquoi pas.

Mama Killa VS Le Type

dans DIVAGATIONS LOCALES/MUSIQUE

Le Type est récemment parti voir en live à l’Iboat le groupe Mama Killa. Boris Larzul et Stéphane Del Castillo nous ont offert une expérience scénique envoûtante, où la composition et le plaisir s’orchestre en duo. Ce fût également l’occasion de découvrir leur nouvel EP.  Alors, parlons musique.
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Boris, Stéphane, j’aimerais bien savoir comment vous en êtes arrivés à être des musiciens. Racontez-moi.

Boris : Et bien, pour ma part, la batterie, c’est un truc qui m’a toujours fasciné. Ce que je veux te dire c’est que j’ai vraiment été attiré par cet instrument très tôt et j’ai commencé à jouer sur une vrai batterie vers l’âge de 11 ans. Ce sont mes parents qui m’ont plongé dans le bain du rock. Ce qui était assez en opposition avec la mode de l’époque plutôt rap. Et donc je me suis amusé à décortiquer des morceaux de Led Zep, Nirvana, les Doors…. J’ai poussé le vice jusqu’à intégrer l’école Dante Agostini  et même maintenant en plus du projet que j’ai avec Steph j’y donne des cours. Donc c’est vraiment quelque chose qui me passionne littéralement.

Stéphane : De mon côté, c’est pas vraiment la même ambiance. Bien sûr c’est une histoire de passion également, je crois que ça c’est complètement indissociable de la pratique. Pour autant j’ai commencé avec du gros classique avec un professeur particulièrement rigoureux. Cela m’a un peu dégoûté de l’instrument, puis en écoutant les Red Hot quand j’étais ado j’ai eu envie de reprendre la guitare pour jouer et de composer le style de musique qui me plaisait. Le groupe qui m’a fait frissonner pour ma part c’est Radiohead avec ses mélodies riches, la violence de ses changements rythmiques et surtout l’émotion dégagée quasi palpable.

Boris : Pense à l’enfer de Whiplash ! (rires). Je crois que la pratique de la musique, en tout cas la partie technique, c’est quelque chose qui dépend beaucoup de la motivation et de l’âge du fait de la rigueur de travail que l’on doit s’imposer.

Je ne peux qu’imaginer les sacrifices et les efforts que ça demande. Mais j’imagine aussi que c’est souvent des moments de plaisir intense non ?

Boris :  Oh oui, t’imagines pas. C’est vraiment quelque chose de monter sur scène et de tenter de transmettre un truc. En fait, c’est un exutoire. Après le concert tu as tout oublié. T’es dans une phase complètement aérienne où tu t’abandonne totalement.

Stéphane : Je suis bien d’accord. Et en mon sens, là où ça devient vraiment puissant c’est justement quand tu as un partage qui se créé avec le public. Un lien. Tu as une espèce d’osmose qui se dégage, tu rentres dans une histoire où ce n’est plus seulement de la musique ou un concert mais une histoire d’émotions partagées. Et ça tu vois c’est un truc qu’on a d’abord eu la chance de mettre en place sur de petites scènes, c’est là où la proximité avec le public est la plus simple à établir.

Puisque vous rentrez dans le sujet du partage en concert, il y a un point que j’aimerais aborder avec vous. Sur la question du partage en grunge. Ma question est ; est-ce vraiment un genre qui peut être écouté sur piste ?

Boris : D’abord, il faut comprendre quelque chose. Quand tu regardes la présentation d’un groupe, c’est-à-dire le style, les genres qui leur sont attribués, c’est pas forcément les musiciens eux-mêmes qui ont une réelle volonté de dire nous on est comme ça on est comme ci.

Stéphane : C’est plutôt une façon de cataloguer les artistes si tu veux. C’est pour ça que tu as souvent des associations de genre comme nous. En soit « rock-pop-electro-grunge », ça ne veut pas dire grand-chose sorti du contexte. On dira new grunge pour associer l’influence des années 90 avec la modernité des musiques actuelles.

Boris : Ensuite, pour répondre à ta question, dans le grunge, c’est le traitement de la composition, pas la composition en elle même qui est grunge. Globalement, c’est à la base une super mélodie – comme Nirvana – posée sur une instru très énergique, avec un gros son, et une interprétation sincère, écorchée.

En parlant d’énergie, il y a une chose qui m’a frappé durant votre concert à l’Iboat. Et ça se voit aussi sur les clichés. Il y a des phases, des instants particulièrement calmes, qui précédent des moments d’explosion.

Stéphane : Dans mes compos il y toujours eu ce côté « saute d’humeur » ; on aime jouer sur les nuances et sur la surprise, la puissance d’un riff peut être vraiment accentuée lorsqu’un moment de calme le précède, ou qu’il n’arrive pas au moment où on l’attendait. Vu qu’on est que deux sur scènes, il faut penser à être efficace et à se suivre dans l’énergie qu’on dégage.

Donc c’est une histoire de duo ? Et vous ne cherchez pas à partager la scène avec d’autres artistes ?

Stéphane : Pour nous, oui. Partager la scène.. pas vraiment non. Enfin ponctuellement. Comme avec la danseuse que tu as réussi à photographier. On aime bien l’idée de faire occasionnellement des « shows éphémères » comme on avait fait à Barbey avec cinq danseurs complètements absorbés par leurs téléphones portables dans une rame de métro. Mais l’essence de Mama Killa c’est un duo.

Boris : Oui tout à fait. Mama Killa c’est l’intimité d’un duo. C’est assez différent des groupes que j’ai eu jusqu’à présent où l’on était plus nombreux, ça nous oblige à mettre en place quelque chose de plus brut, une composition particulière. Autant cela limite notre marge de manœuvre, autant cela nous canalise et nous fait aller plus vite à l’essentiel.

Comment la ressentez-vous cette manière de procéder ?

Stéphane : On se sent un peut comme des « guerriers » (rire). C’est hyper stimulant. Si l’un lâche l’autre aussi et forcément le show va en souffrir.

Boris : Oui complètement. C’est une pression très positive. Si on veut faire avancer les choses, on se doit d’être à l’écoute et très attentif à la volonté de l’autre, un peu comme dans un couple (rire). C’est un échange vraiment enrichissant. Pour nous, et pour la musique que l’on tente de proposer.

Justement, parlons maintenant de votre musique et de votre dernier EP. Que raconte t il ?

Stéphane : Alors, il y a pas mal de compositions qui marquent notre intérêt pour les années 90. Le but du jeu, là, c’est de marquer une période. On veut franchir un palier en posant ce que nous faisons et en le proposant clairement. En fait, cela fait une année que nous écrivons notre propre répertoire. Jusqu’alors c’était entrecoupé de covers.

Boris : Je rajoute que cela ne fait que quelques mois que nous nous sommes essentiellement focalisés sur Mama Killa. On a réussi à avoir la chance de pouvoir vivre de la musique, donc on se plonge presque entièrement dans ce projet. On essaye vraiment de mettre en route une dynamique de progression.

Peut être s’ouvrir à d’autres répertoires ? D’autres styles ?

Stéphane : Oui, peut-être. Après tout, cet EP on l’a mis en place assez rapidement. Mais au fond on est capables de jouer beaucoup de choses. Donc oui, l’envie est là. On est bien tentés de proposer quelque chose de plus élargi et donc tendre vers quelque chose de plus moderne.

Boris : En sachant que Steph doit apprendre à se canaliser ! (rires). Oui on a bien envie mais on sait très bien aussi que l’on peut nous reprocher parfois d’être assez hétérogènes sur nos travaux. Mais après tout c’est ça le processus créatif.

Il y a des éléments de la scène bordelaise qui sont une source d’inspiration ?

Boris : Il y a eu l’époque Noir Désir évidemment. Maintenant sur Bordeaux ce qui est plutôt pas mal c’est la multitude de musiciens. Donc personne en particulier mais une grande diversité. Et ce qu’il faut voir également, c’est aussi un déficit de scène malgré la diversité des musiciens. Beaucoup de salles se ferment dans le milieu qui s’attache au rock au profit des ambiances electro ou jazz car c’est plus simple à mettre en place.

Stéphane : La scène bordelaise se porte plutôt pas mal et il y a beaucoup d’artiste talentueux , alors tout ce qu’on entend à Bordeaux ou ailleurs, que ça nous plaise ou pas, rentre dans notre subconscient et est ensuite retransformé de façon innocente, cela s’appelle l’inspiration .

Vous arrivez tout de même à vous lancer dans des projets avec d’autre musiciens ?

Boris : Oui ! On fait parti du label La Tangente et du collectif La Veilleuse. L’idée c’est clairement d’étendre notre réseau et aussi d’échanger et de développer nos compétences. Le but étant que tous les groupes s’entraident et se tirent vers le haut afin de pouvoir tous étendre notre notoriété et vivre de notre passion commune pour la musique.

Merci Mama.

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