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Rencontre en toute intimité avec la chanteuse Jessica Bachke

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

C’est lors de la soirée Tribal Traquenard #6 que l’on a eu la chance de rencontrer Jessica Bachke, chanteuse et compositrice bordelaise pour lui poser quelques questions en toute intimité. Effrayant par son nom, Tribal Traquenard n’est en vérité qu’un guet-apens du meilleur goût destiné à ceux qui souhaitent découvrir des artistes bordelais avant tout (mais pas que). Quatre filles, Blandine, Ludivine, Mathilde et Mélodie, à l’initiative de ce collectif cherchent à allier leurs coups de cœur du moment à la scène indé locale.

Crédit photo : Miléna Delorme

Le Type : D’où es-tu originaire ?

Jessica Bachke : Je suis née en France mais je suis d’origine norvégienne par mon père.

Depuis combien de temps pratiques-tu la musique et le chant ? Quel est ton parcours ?

J’ai un parcours assez classique, j’ai commencé à jouer du violon dans une école de musique à cinq ans et demi mais j’ai été très bercée par la musique folk. Du coup, vers l’âge de 15-16 ans je me suis dirigée vers le traditionnel irlandais, écossais et j’ai commencé à jouer de la guitare, en demandant à mon père de m’apprendre quelques pickings (technique de jeu utilisée à la guitare). En ce qui concerne le chant, j’ai toujours chanté, mon père étant pasteur, je chantais beaucoup à l’église et sinon, de part mes origines, je chantais des chants un peu plus sauvages.

As-tu déjà pris des cours de chant par exemple ?

Non, après, de part mon expérience en école de musique, on travaille le chant de manière académique. Mais j’ai vécu une révolution personnelle en découvrant la méthode de Yva Barthélémy, qui résonnait complètement avec ma façon d’expérimenter le chant, de libérer la voix…

Comment qualifierais-tu ton style musical ?

Je dirais folk expérimental. C’est très large, c’est alternatif, je compose à l’aide de la guitare mais dernièrement je cherchais surtout des sons, des choses plus organiques pour venir justement à des choses de la terre. Ce soir (le vendredi 10 mai, ndlr), je joue totalement en acoustique mais dernièrement j’ai beaucoup apprécié jouer à la guitare électrique. Ça dépend vraiment des envies, des cycles.

Quelles sont tes inspirations ?

J’aime beaucoup la musique classique, j’aime énormément Mozart, Ravel, Stravinsky, Fauré, Grieg, c’est très mélancolique ou encore Chopin, voilà les grands classiques. En plus contemporain, je suis très touchée par certains artistes comme The Whitest Boy Alive, c’est un groupe mené par Erlend Øye, qui est le cofondateur du groupe Kings of Convenience. J’aime beaucoup le travail d’Agnes Obel, Björk aussi, Tori Amos, ce sont des choses qui m’ont plutôt bercée dans l’adolescence. Mais je me suis réveillée à 20 ans, sinon avant j’écoutais le groupe Crosby stills & NashBob Dylan, Joni Mitchell, Johnny Cash, j’évoluais dans une bulle à la maison avec mes disques, je bossais pas mal le violon, je bossais ma guitare en dehors des cours, j’évoluais dans toutes ces choses à apprendre et découvrir.

Penses-tu que tes origines influencent ton style musical ?

Oui complètement.

Combien de morceaux as-tu déjà sorti ?

Sous mon propre nom, il y en a une dizaine mais je n’ai pas tout sur Soundcloud, il y en a 3-4 sur YouTube. Après je fais partie d’un groupe qui s’appelle les Cocktail Bananas où l’on peut écouter les deux albums de disponible sur Bandcamp et YouTube. C’est un peu éparpillé parce que j’ai fais partie de plusieurs formations.

As-tu des thématiques de prédilection que tu aimes aborder dans tes textes et si oui, quelles sont-elles ?

Pour cet album, je parle beaucoup de la renaissance mais pour ça, je me suis reconnectée à ce qui moi, me parle le plus, donc la Terre et les éléments. J’aborde beaucoup des thématiques de guérison, de renaissance.

As-tu des envies de collaborations avec d’autres artistes ?

C’est prétentieux mais dans l’idéal je dirais, Erlend Øye, Agnes Obel et Hannah Cohen.

Considères-tu qu’il y a une « scène » autour de ce que tu joues (une scène folk) à Bordeaux ?

Oui bien sûr, je pourrais te citer Queen Of The Meadow qui est magnifique, Willows, ce que j’oublie pardonnez-moi mais si, il y a des groupes que j’ai vu, entendu il y a pas très longtemps. Les Cocktail Bananas aussi…

Quels sont les projets pour la suite ? Une sortie d’album ? Un clip ?

Oui, il y a un clip qui est prévu pour dans pas longtemps, sur un titre qui s’appelle « Water Herbs », les herbes de l’eau. Il faudrait que je vois avec mon graphiste où il en est mais j’adore ce qu’il fait donc ça sera la surprise, je lui donne carte blanche. C’est d’ailleurs lui qui fait la pochette de l’album que je compte sortir cet été je pense, à la saison des moissons.

Quelle est la chanson que tu aurais rêvée écrire ?

Elle fait partie de mon album préféré de Björk, « Hidden Place ». Cette chanson je la trouve parfaite, parce qu’à un moment donné on dirait que la chanteuse a travaillé comme des sons humains, des voix d’hommes, graves, ronronnantes, très ancrées dans la terre…

Que pourrais-tu dire aujourd’hui à une artiste qui voudrait se lancer dans la musique folk, et qui n’a pas ce recul que tu as ?

De faire avec le cœur, de s’accrocher vraiment et de le faire avec intégrité, il y aura toujours quelqu’un qui écoutera ça et ça aura une vrai portée. J’ai entendu un chef cuisinier connu qui s’appelle Marco Pierre White dire quelque chose en anglais sur lequel je médite beaucoup : « Success comes from arrogance, but greatness comes from humility ».

Pour finir, une chanson que tu écoutes en boucle en ce moment ?

J’ai une petite fille de 22 mois qui adore danser en ce moment sur deux choses donc c’est ce que j’écoute beaucoup, c’est The Mummer’s Dance de Loreena McKennitt, c’est très celtique et sinon c’est Tout le monde veut devenir un cat des Aristochats.

 

Interview : Multiverse, bass in Bordeaux

dans LES NOUVELLES/MUSIQUE

Collectif d’« épicuriens du son », Multiverse est l’aventure de trois potes amoureux des sonorités anglaises, des basses ronronnantes et de la culture du Soundsystem. Amoureux de leur ville, Bordeaux, et soucieux de développer ces esthétiques artistiques, ils décident de créer cette nouvelle entité, dans une démarche de décloisonnement des genres et d’ouverture. Habitués des soirées, en tant que public ou même promoteur, Seb, Ben et Gaëtan vont d’ailleurs organiser une première entrée en matière au Void. On a rencontré le crew pour qu’il nous parle justement de cette fête du 24 mai, mais aussi de leurs inspirations, de leur amour pour l’Angleterre ou leur vision de la scène bordelaise.
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Le Type : Pouvez-vous commencer par vous présenter, vous les membres de Multiverse ainsi que l’univers de ce nouveau collectif que vous montez ?

Multiverse : Alors, Multiverse, pour faire simple, c’est trois potos aux multiples influences, mais avant tout des épicuriens du son, trois types qui aiment les bonnes choses, le bon goût, les douceurs et les épices, la musique qui frappe et qui caresse en même temps. Il y a Seb aka SB Legend, la moulinette du crew et fin sélecteur aux multiples styles. Ben aka Ekee, le type aux chaussettes de couleurs qui un jour écoute du Fifi Rong, et se réveil sur du dub dans son salon. Pour finir il y a Gaëtan aka Oudjat, producteur, précis dans ses créations comme dans ses prestations live. On a tous les trois différents parcours, mais un intérêt semblable pour tout ce qui oscille entre deep bass, smooth, hip hop, jazzy et musiques du monde.

Avec Multiverse on va proposer autant que possible des artistes/styles musicaux d’univers méconnus sur Bordeaux et en France, du moins c’est ce que l’on pense.  L’idée c’est de faire des liens d’un genre à un autre sur des événements sans étiquette, sans style annoncé, afin de laisser le public se faire son propre avis par rapport à tel ou tel genre, et de faire découvrir ce qui nous fait bouger. Un style musical unique qui définit une soirée peut rebuter certaines personnes (nous les premiers) par simple a priori par rapport à un style. Du coup on passe à côté de mouvements, de crews, d’artistes et surtout à coté de bons moments de découverte musicale. Multiverse veut créer des ponts entre plusieurs styles musicaux variés moins mis en avant des scènes actuelles. Le bail, c’est de faire naître différentes sensations dans la danse, un Multiverse musical que ce soit sur scènes club ou Sound System.

Sans vous définir à travers un seul style, quelles sont les esthétiques musicales (les genres) dont vous vous sentez proches et que vous estimez peu ou pas représentés sur Bordeaux ?

Yes, de toute manière, c’est vrai qu’il est difficile de se définir à travers un seul style. En tout cas, on est tous les trois de grands friand de beats bien gras et sales. En gros, disons qu’on peut se mettre dans la case de tout ce qui se trouve entre jungle et dub, le genre « bass music » nous définit bien, c’est une nomination riche et variée dont on commence doucement à parler, reste a savoir ce que l’on met dedans… Tout ce qui ronronne, berce et fait trembler, des racines sound system du roots reggae/dub/dubwise jusqu’au deep dubstep, drum’n bass/ jungle, sans oublier une multitude de sous-genres.  À Bordeaux, il y a déjà beaucoup de collectifs bien actifs qui proposent et mettent en avant certains des styles que l’on affectionne, avec des gros plateaux techno, house, dub et DnB, et font un super boulot !  Avec Multiverse, on vient juste rajouter une corde à cet arc, proposer des univers parallèles variés, et que l’on pense en effet ne pas être mis assez en avant sur Bordeaux.

Quand vous parlez des collectifs bien actifs qui « mettent en avant des styles » que vous affectionnez, vous pensez à qui ? Considérez-vous la scène bordelaise qualitative sur ce plan-là ?

Perso, on pense principalement au collectif SoundRising et Bass Day pour tout ce qui tourne autour de la bass music, ainsi que le label breakbeat Fury et ses compiles Underground Bordeaux Massive (dont la 3eme sort fin mai). Ça fait un bail qu’ils sont dans le game, organisent et mettent en avant une belle friche musicale. Microkosm qui programme du lourd en techno, Tuff Wheelz pareil, ça vacille entre house et techno bien grasse avec des plateaux méga fat. Les soirées Soundsytem avec Sundub (Univ Bdx Montaigne), et le collectif Clank… donc ouais, à Bordeaux il y a de quoi faire, on a ce qu’il faut en soirée de qualité, il faut chercher un peu, comme dans tout. Ensuite c’est à nous avec Multiverse d’ajouter une nouvelle pierre a cette édifice.

En gros, ne cherchez pas à savoir quel est le style de musique ce soir. Viens, viens ressentir et viens danser !

Avez-vous déjà des événements de prévus ? Au-delà d’évènements, comment comptez-vous « apporter votre pierre à l’édifice » à Bordeaux ?

Oui tout l’objectif est là ! En plus d’avoir récemment décroché une résidence mensuelle sur Ola Radio on lance notre « launch party » le 24 mai au Void avec un invité UK. Nous concoctons une autre date en juin et nous sommes en contact avec différents lieux et organisateurs pour proposer, dans l’idéal, une soirée par mois. Au delà de nos événements, on veut montrer, ou plutôt faire écouter, que la musique que l’on propose ne se limite pas à telle ou telle appellation, et qu’une soirée ne doit pas forcément porter qu’une seule étiquette (d’où le Multiverse) ! Nous voulons que le public se laisse surprendre par des ambiances et des horizons musicaux plus larges, on veut justement sortir des cadres, en n’en imposant aucun.  En gros, ne cherchez pas à savoir quel est le style de musique ce soir. Viens, viens ressentir et viens danser !

Vous souhaitez avant tout vous concentrer sur Bordeaux ou êtes-vous en lien avec d’autres acteurs d’autres scènes d’autres villes pour développer Multiverse ?

On souhaite avant tout se concentrer sur Bordeaux, c’est notre identité, c’est là qu’on vit et on veut que notre collectif résonne ici en priorité… Mais pas que ! On a tous les trois un ADN différent, par exemple SB a bien bourlingué en France et a passé pas mal de temps à créer des connexions avec des collectifs de Lille, de l’Est et de Paris comme le Bass Paradize, qui sont très actifs dans la capitale, Ben a passé du temps en Angleterre et profite d’un bon carnet de contact, Oudjat peut compter sur ses contacts  d’artistes et de labels,  grâces à ses nombreuses productions et collaborations. Des collabs et des invitations en lien avec d’autres villes sont donc envisageables pour la suite ! Pour le moment l’idée n’est pas de s’exporter mais plutôt de faire venir nos connexions ici et de faire le max’ pour pérenniser tout ça.

Pouvez-vous nous citer certains nom d’artistes qui gravitent dans votre univers, que vous connaissez personnellement ou même des inspirations ?

Vaste question ! En termes d’inspirations on pense notamment aux artistes pionniers d’un genre qui nous a fasciné c’est à dire la scène dubstep/uk garage anglaise (Mala, Skream, Coki, Kode9, The bug, Benny ill, Zed Bias et compagnie), ça nous a ensuite amené à explorer d’autres continents et univers musicaux, puis ça nous a rapproché de certains artistes via nos voyages et via nos rencontres tels que par exemple le label Deep Dark Dangerous, dont Oudjat fait partie, Truth, Hebbe, Mr K entre autres; des artistes de différents univers comme Gantz, Egoless, Danny Scrilla, Squarewave, nos amis français Argo, Quasar, ou encore Ourman et Von D. Mais aussi quelques copains en Angleterre, Real Roots Sound System, Poté, Shy One, Cato, Touchy Subject et les gars de Wot Not pour n’en citer que quelques-uns, le bordelais KRSLD aussi qui fait du sale en ce moment chez les British, et qu’il faut suivre de très près. Ça fait une sacrée ribambelle d’artistes en vrai ! Et pour ramener tout ce monde il nous en faudra du temps, mais c’est notre objectif.

On s’apprête à lancer avec Le Type un nouveau projet (Scene city) qui vise à connecter la scène musicale bordelaise avec d’autres villes. Bristol fait partie de ces villes qu’on veut valoriser. Quelle est votre vision sur cette scène-là qui est très tournée sur des esthétiques bass music ? Il y a des artistes de là-bas en particulier que vous suivez ?

C’est super ! On va suivre cela de près pour le coup ! On ne peut que se réjouir de cette info, ça va être cool pour Bordeaux, Bristol a toujours été un vivier pour la musique depuis les 90’s, c’est là-bas que le trip-hop a vu jour avec Portishead ensuite Massive Attack, Stanton Warriors, que du bon quoi, donc ouais, que ce soit en street-art ou en musique, Bristol a connu un essor incroyable en sortant des perles de talents, producteurs, labels et ingénieurs de sound system ! La scène s’est exportée et nous a influencée. Partir faire un week-end à Bristol, tu es sûr de tomber sur de belles affiches et passer un bon moment. Étant donné que nous ce qui nous fait essentiellement vibrer c’est tout ce qui tourne autour de la culture bass et sound sytem, on pense notamment aux artistes comme Kahn & Neek avec le label Bandulu, Pinch, le récent collectif Chonk Mob ou encore Ishan Sound, Lamont, Roni Size, Joker, Julio Bashmore et Addison Groove bien évidemment, et tant tant d’autres…

…aucun de nous trois ne sait vraiment encore ce qu’il va jouer, mais ce sera varié, ça pourra très bien passer par de la house music, afro au dub, drum’n bass et tout ce qui ce trouve entre ces genres, pourquoi pas un petit Patrick Sebastien même tiens !

Rendez-vous donc le 24 mai au Void pour votre première teuf ! Vous pouvez nous en dire davantage sur la soirée ?

Rendez-vous le 24 mai yes, chaussez vos plus belles ballerines. Pour la launch party on invite un pote à nous de Londres qui est depuis les débuts établi dans la scène bass de la capitale anglaise avec plusieurs apparitions sur Get Darker, et aussi une résidence sur Sub FM, pour ceux qui connaissent, sinon pour les curieux on les invite à checker ça. On pense qu’à part Syte aucun de nous trois ne sait vraiment encore ce qu’il va jouer, mais ce sera varié, ça pourra très bien passer par de la house music, afro au dub, drum’n bass et tout ce qui ce trouve entre ces genres, pourquoi pas un petit Patrick Sebastien même tiens !

Launch Party de Multiverse le 24 mai au Void

Et concernant la saison estivale qui approche à grand pas ? Vous prévoyez quoi ?

Pour cet été, on aimerait bien proposer quelques dates, on attend les confirmations d’artistes et de lieux. Sinon indépendamment, on va jouer à droite à gauche, Oudjat pour la release party d’Underground Bordeaux MassiveEkee au festival Papago vers Angers, et Fête de la musique aussi, SB Legend au Bagus Bar sur le Bassin (d’Arcachon, ndlr) pour faire vrombir quelques caissons. Ensuite, il y aura la rentrée avec pleins d’autres dates, et d’artistes à faire découvrir au public de Bordeaux, et c’est ce que l’on souhaite le plus.  

Merci beaucoup les gars, on se voit le 24 mai et bonne route avec Multiverse !
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Insomni Club : la rencontre

dans ART ET CRÉATION/ENTRETIENS/MUSIQUE

Festival Grand Coeff, Get Wet Party à l’Iboat, première partie de Flavien Berger à la Rock School Barbey, Insomni club multiplie les apparitions et les performances. Entre musique et vidéo, le bordelais nous confie ses passions et sa philosophie. Entretien avec le musicien et aussi réalisateur des clips d’un certain Miel de Montagne

Le Type : Salut Insomni, comment vas-tu ?

Insomni Club : Ça va et toi mon frère ?

Beh écoute, la grande forme ! Comment te sens-tu au lendemain de la sortie du clip de « L’Amour » de Miel de Montagne ?

Satisfait de ouf ! J’ai commencé à écrire le scénario en décembre alors que j’étais parti trois semaine au Maroc. Milan et Joris m’ont appelé et m’ont demandé si j’étais chaud, ça m’a mis un peu le jus. C’était un peu tendu là-bas car j’étais en mode wild, sans portable etc. Pendant une semaine on s’est envoyé les pitch, c’était « L’Amour », et puis on s’est dit qu’on voulait le faire à la montagne, directement.

Du coup la montagne c’était le clin d’œil direct à l’artiste ?

Ouais en quelque sorte. Milan (Miel de Montagne) voulait le faire là-bas depuis le début. On était parti dans l’idée de faire le clip de « Pourquoi pas » à la montagne, mais finalement c’était pas le bon timing et plus celui de la plage ! Pour ce dernier clip, on voulait représenter l’amour, mais pas forcément l’amour homme-femme tu vois, c’était plutôt un amour universel. L’amour que tu peux avoir pour tes amis, quand tu es seul devant un coucher de soleil, etc… quelque chose de pur et naïf. On est parti sur plusieurs idées. Au final il a fallu un mois au total entre l’écriture, le montage et le tournage, ce qui est assez rapide.

Tu as réalisé les clips de « Pourquoi pas », « Slow pour mon chien », « Petit Garçon » et « L’Amour »As-tu rencontré des difficultés pendant tes tournages ?

Des difficultés forcément, mais en soit j’en garde de supers souvenirs car c’est avec les potes quoi. C’est toujours entre copains, le scénario est écrit seconde par seconde, mais sur le moment on improvise aussi. Le but c’est de progresser tous ensemble. Par exemple pour « Slow pour mon chien », c’était un délire de driver des petits vieux pendant leur cours de danse avec un chien-homme en plein milieu, ahah. Ils se sont pris de ouf au jeu et criaient : « Eh Gildas ! Tu veux des croquettes ?! ».

« Pourquoi pas » c’était mon premier clip, c’était un lourd défi de filmer depuis un autre bateau. D’ailleurs quand on a décidé de faire le clip, j’étais à l’Iboat avec Milan, on s’est dit « tiens on va faire du ski nautique », et c’est parti ! Il n’avait jamais fait de ski nautique, il était obligé de chanter sans entendre la musique car les moteurs faisaient trop de bruit ! Pendant ce temps ça bougeait dans tout les sens, c’était la première fois que j’utilisais vraiment un vrai boitier (comparé à mes caméras au poing) et bien sur sans steady cam ou quoi que ce soit pour stabiliser !

En gros on s’éclate sur les clips, tout est bien taffé en amont, comme ça sur le moment on peut rajouter ce que l’on veut, des délires des blagues ou des idées. C’est la famille. Pour L’Amour on a loué un Van, on passait plus de temps à essayer les chaînes pour la neige que pour tourner le clip ! Bon, j’exagère mais on est arrivé le premier weekend et il tombait de la neige vénère, mon pote Joris (Picaszo) s’est mis quelques bons jus de conduite sur le verglas en plus des falaises ah ah. J’aime énormément notre équipe, on galère de ouf parfois mais c’est que de la débrouillardise qui régale. Que du Love en fait.

En vérité c’est quoi ton domaine de prédilection ? Musique ou vidéo ?

J’ai commencé la musique assez tôt au collège, puis j’en faisais vachement plus au lycée, j’avais un groupe de rock garage sur Bordeaux qui s’appelait les Wild Cactus. Après j’ai fait des études d’architecture que j’ai terminé il y a deux ans. Ça m’arrivait en école de sortir ma caméra pendant des projets et faire des petites vidéos tu vois, c’était genre une cam’ année 2000 mais ça faisait le taff. Du coup j’ai mis la musique de côté, j’avais l’appartement, les potes, les sorties et les filles. Et en passant mon diplôme je savais déjà que ça ne deviendrait pas mon taff. En soit les études était incroyables, j’étais super libre au niveau de la création. Je ne serais pas comme je suis sans ces années, elles m’ont formé et ont développé ma liberté. Puis j’ai eu un an de césure, et au lieu de voyager ou autre, je me suis dis que j’allais me remettre à faire du son. Et au final, la vidéo et la musique se sont liés.

Comment en es-tu venu à devenir Insomni Club ?

Le nom Insomni Club est arrivé quelques temps avant la fin de mes études. C’est quelque chose de vraiment personnel, je n’aime pas dire d’où ça vient mais ça ne veut pas forcément dire que c’est quelque chose d’incroyable tu vois, c’est mon truc tout simplement. Insomni Club c’est la partie de moi créative. Il y a mon moi avec mon nom réel, ça c’est pour mes copains, ma famille, ou toi qui voit mon visage. Et à côté Insomni Club c’est ce besoin de m’exprimer, de sensibilité, de partager ce que il y a en moi. Mon taff c’est du sentiment, que ça soit en musique ou en vidéo. Après l’archi j’avais une guitare et un petit clavier, puis j’ai acheté un clavier midi, une carte son, des enceintes et là c’est parti quoi ! De là j’ai commencé à poser ma voix sur mon premier Ep Lamentation, c’était compliqué de la trouver, je la cherche toujours d’ailleurs, mais comme un instrument ça se bosse. Aujourd’hui je prend vraiment plaisir à chanter ! »

C’est une forme d’exutoire en quelque sorte ?

Je pense que de manière générale je suis quelqu’un de sentimental, j’ai envie de retranscrire ces sentiments matériellement (en vidéo ou musique) et pouvoir partager ma sensibilité. Tout ça à la base c’est pour moi, c’est hyper personnel, je suis dans ma petite bulle, j’écris mes morceaux et ça me fait du bien. Les retours sont assez vrais, sur qui je suis, ma personne en général. Ce que j’aime ce sont les gens qui sont humbles, qui ont des sentiments hyper naturels tu vois, un peu naïfs, qui sont honnêtes et j’essaie de mettre ça en musique et dans mes lives. Rester modeste et authentique. La vérité c’est très très important pour moi. Et la famille !

Au niveau de tes scènes comment ça se passe ?

J’ai un souvenir de ma première scène en Allemagne dans un festival perdu mec, au fin fond de la pampa dans le nord, un pote m’avait invité à jouer là-bas et j’étais le seul mec qui chantait et jouait d’un instrument, il n’y avait que de la techno ! On était trois cent, que des allemands en mode teknivaliers, je suis arrivé là, c’était trop bien. Ce qui marche bien, et ça m’est arrivé plusieurs fois, c’est que l’on m’appelle souvent pour jouer sur des scènes avant des Djs, et il y a le côté un peu club, ça fait l’introduction et ça marche trop bien tu vois.

J’ai joué à Paris avec La Mamie’s, un collectif qui organise des soirées en mode Les Vivres de L’Art mais en mode un petit peu plus fat tu vois, les teufs commencent à 14h00 et finissent à minuit. Je devais passer justement à 14h00, sauf que le groupe qui jouait après moi a pris du retard sur ses balances et ils ont finalement du jouer à ma place, je me suis retrouvé à jouer à 20h00 devant mille personnes prêtent à faire la teuf en mode techno et se percher ! Et moi j’étais là avec les tracks de mon dernier EP Envie, et au final ça a super bien marché.

Le live devient vraiment très important pour moi. C’est là que l’échange se fait et que je peux montrer/partager qui je suis. C’est à chaque fois un défi, un jeux, une thérapie, un baiser, c’est tout en fait !!! c’est la vie ! J’aime beaucoup trop ça !!!!

On te revoit où et quand ?

Et beh je jouerai à La Maroquinerie le 5 avril en avant première du frère Miel de Montagne !

JAH BLESS !

Interview : 47ter – Pierre-Paul, Miguel et Blaise

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Ils sont trois. Ils viennent « gâcher tes classiques » en reprenant une instrumentale connue, avec des instruments peu communs et des paroles qui leurs sont propres. Un freestyle quoi. Mais pas que, leur freestyle N°5, qui reprend l’instrumentale de « Niggaz In Paris » par Jay Z et Kanye West au mélodica et au pad, a dépassé les 2 millions de vues sur Facebook en un mois et demi. Une belle maîtrise. Ils commencent doucement à faire parler d’eux et multiplient les scènes. Leur force ? Ne pas tomber dans le piège du freestyle à profusion. 47ter compose. Ils viennent poser les maux d’une jeunesse qui n’a pas vraiment de mots. Rencontre en marge de leur concert au BT59 avec un trio qui « Petit à petit, (ils font leur) nid, Pendant qu’petit à petit, (ils vont), niquer des mères » (il faudrai un jour m’expliquer c’est quoi le délire avec les rappeurs et le fait d’aller niquer des mères).
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Explorer les Nouveaux Mondes à l’Iboat

dans ANNONCES/ÉVÉNEMENTS/LES NOUVELLES/MUSIQUE

Habitué des soirées aux programmations pointues et défricheuses, l’Iboat s’apprête à accueillir une nouvelle résidence, Nouveaux Mondes. En formant club, ces soirées proposeront une autre vision des musiques électroniques, plus ouvertes et globales, à travers des influences africaines, sud américaines ou orientales. Refusant l’étiquette trop réductrice de « world music » et désireux de casser les frontières habituelles de genres, Alix, programmateur de cette résidence, nous livre ici sa vision du prisme musical qu’il entend défendre lors de ce nouveau cycle. Pour découvrir celui-ci, rendez-vous le mercredi 31 octobre pour une première date avec Esa Williams, membre d’Ata Kak et résident sur WorldWide FM.
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Le Type : Salut Alix, tu lances une nouvelle résidence à l’Iboat à partir du 31 octobre intitulée « Nouveaux Mondes » : peux-tu nous présenter le concept ?

Alix : Salut Le Type ! En réalité, c’est un format qui existait déjà à l’IBoat, il y avait eu deux éditions et j’avais joué sur la seconde avec Awesome Tapes From Africa et Joe. C’était vraiment cool, car c’était la première fois que je faisais un set dans un club sans jouer de musique électronique. Et le concept c’est un peu ça, proposer un format club avec une programmation qui ne se limite pas à la musique électronique. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de musique électronique, c’est plutôt qu’on essayera de casser les frontières habituelles pour laisser place à des influences larges. Je n’aime pas trop résumer la programmation avec le mot « world music » car c’est un peu un mot fourre tout… mais ça résume l’idée qui est d’apporter des influences africaines, sud américaines, orientales, etc. à la programmation de ce format. On aura aussi une scénographie sympa, je n’en dis pas plus.

Justement, le nom même de la résidence « Nouveaux Mondes » semble renvoyer indirectement aux « musiques du monde » (world music) dont tu parles. Une appellation assez contestée et contestable car renvoyant à un imaginaire hors-Europe un peu trop englobant. Quelle est ta vision sur cette question et sur le regain d’intérêt pour ces esthétiques, qu’on peine finalement souvent à décrire ?

Je pense que, de manière générale, les gens confondent les influences géographiques et le genre musical, ce qui entraîne cette contestation de l’utilisation du terme « musiques du monde » de façon générique. Mais la musique n’est pas toujours facile à décrire, donc on utilise les mots que l’on connaît, et que l’on comprend surtout ! Généralement, dès qu’on touche à des esthétismes musicaux spécifiques, qui ne sont pas prioritairement destinés au grand public, ça peut vite être compliqué de mettre les mots justes dessus.

Concernant la hype actuelle autour de ces genres musicaux, en soit, ils ont toujours été utilisés à des fins festives. Alors ça a du sens que dans l’univers du clubbing et de la musique électronique en général, ils soient aussi utilisés pour faire la fête. Il fallait juste quelques bons DJ qui sachent amener ces styles sur le dancefloor, pour habituer et éduquer le public. Certains médias ont joué un rôle important aussi.

Tu penses à quels médias en particulier ?

En Europe on pense bien évidement Worldwide FM la radio de Gilles Peterson, qui a proposé des résidences à tout un panel d’artistes venus des quatre coins du monde, qu’ils s’agisse de légendes vivantes ou d’artistes de la nouvelle génération. Ou encore des blogs comme Stamp the Wax ou The Ransom Note qui ont fortement participé à la promotion de cette scène mêlant de la musique aux esthétiques électroniques à des influences géographique multiples. Certains artistes ont également développé leur propre formats blogs comme Awesome Tapes From Africa ou bien Dj Okapi avec AfroSynth.
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Justement, peux-tu nous citer quelques noms d’artistes qui gravitent dans cette galaxie musicale et que tu aimerais bien voir participer à une date de « Nouveaux Mondes » ?

La liste est longue ! En live j’adore BCUC, Konono N°1, Mark Ernestus’ Ndagga Rhythm Force, Vaudou Game, Voilààà Soundsystem, Africaine 808, Femi Kuti, Ebo Taylor, ESG, Ata Kak, Pat Thomas… Pour les dj je pense à Mafalda, Dj Okapi, Sassy J, Sadar Bahar, Mr Bongo, Analog Africa, Auntie Flo, Alma Negra, Selvagem, Onsulade, Antal, Vakula, etc. Je m’arrête la !

Concernant la première date, c’est donc Esa, leader du groupe Ata Kak, qu’on retrouvera derrière les platines. Tu peux nous en dire plus sur cet artiste et pourquoi ton choix s’est orienté vers lui ?

Esa Williams, c’est un artiste que je suis depuis un bail, je l’avais découvert grâce à son premier EP d’edits sur Highlife, il y a 4 ou 5 ans. On voulait le programmer pour Bordeaux Open Air invite Londres, mais on était finalement parti sur Mafalda, donc c’était logique de penser à lui pour Nouveaux Mondes. C’est un artiste multi-casquettes, originaire de Cape Town en Afrique du Sud, vivant maintenant à Glasgow, où il a collaboré avec les artistes majeurs de la scène locale comme Auntie Flo, Jonnie et Keith de Optimo, ou bien Andrew Thomson le boss de label Huntleys + Palmers. Résident sur Worldwide FM, il sortait en 2017 un EP archi solide sur Dekmantel. Il est également aux commandes des machines et boites à rythmes sur le live ghanéen Ata Kak, remit sur le devant de la scène en 2015 grâce à une réédition sur le label de Awesome Tapes From Africa. Il est également investit dans des programmes éducatifs axés sur la musique électronique à Cuba, en Afrique orientale et en Afrique du Sud.
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Pour accueillir cette résidence, le choix de l’Iboat s’est fait naturellement ?

Alors comme je te disais, la résidence existait déjà. J’avais joué sur la seconde édition, puis Florian le programmateur club du bateau m’a proposé de m’investir davantage sur le projet, en tant que curateur. Ça fait m’a fait vraiment plaisir, car ça fait un moment qu’on bosse ensemble et j’avais envie de développer un projet à l’Iboat avec lui, donc j’ai tout de suite accepté !  L’Iboat est un lieu qui peut faire à la fois des formats club et concert, donc les possibilités artistiques sont tout de suite plus larges en terme de programmation. On peut imaginer des projets live, sans faire de concession sur l’accueil technique des groupes.

La « scène » que tu souhaites valoriser avec cette résidence est-elle représentée à Bordeaux selon toi ?

Bien sûr que cette scène est représentée ! On retrouve ce genre d’esthétisme sur la programmation de collectifs locaux comme L’Orangeade, tplt, Ciao!, Super Daronne, À l’eau, etc.  Ou encore des festivals comme Bordeaux Open Air, Hors Bord… Attention, de ce côté Bordeaux n’est pas en reste, mais selon moi il manquait un rendez-vous club récurent autour de cet univers artistique.

Au-delà des collectifs et festivals que tu cites, comment tu situes Bordeaux par rapport aux autres villes sur la carte des cultures électroniques en France ?

Objectivement, on est pas trop mal ! Paris et Lyon restent clairement les capitales de la musique électronique en France, de part le nombre de lieux, collectifs, labels, festivals, etc. qui animent les scènes locales. Mais l’été 2018 a été assez impressionnant à Bordeaux, dans le même week-end on pouvait retrouver : Chez Damier en open air avec Ciao!, Bordeaux Open Air invite New Delhi au Jardin Public, Around the World ou Good Block à la friche exploitée par L’Orangeade, la team
Baleapop invitée par tplt aux Vivres de l’art pour Le Verger, Omar S à l’IBoat pour leurs 7 ans…  J’ai hâte de voir ce que les Bordelais prévoient pour 2019 !

Pour finir, tu peux nous parler de Parade Studio, à l’origine de la très belle identité visuelle de Nouveaux Mondes ?

Alors, Parade Studio, ça fait un moment que je suis leur travail, et je n’avais jamais trouvé l’occasion de bosser avec eux. Je les ai contacté pour la résidence, on est allé boire une bière et on a tout de suit accroché musicalement, donc bosser avec eux avait du sens ! Ils font pas mal de création graphiques dans la musique : Grand Coeff, Moonrise Hill Material, More Festival, la residence Wonder au Warehouse à Nantes, Nuits de la Filature, et j’en passe ! Le mec derrière ce studio est hyperactif, il est à l’origine du blog le Tournedisque, la marque de sape Pavane, la web radio Prose, etc…  Bref c’est le début d’une belle collaboration !

Merci Alix ! Un dernier mot à ajouter ?

Allez checker l’émission de ESA sur Worldwide FM, c’est une mine d’or !
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Alél’interview : LB aka Labat, de Lyon à Bordeaux

dans MUSIQUE

Producteur prolifique engagé sur de multiples projets et labels, LB aka Labat est l’un des artistes qui façonne la « scène lyonnaise ». Strasbourgeois d’origine, il est notamment à la tête, aux côtés de son pote Polow, du label Alelah Records (dont une release party aura lieu sur le rooftop Le Sucre le vendredi 14 septembre), et vient également de lancer le label Le Petit Zoo avec un autre artiste emblématique de Lyon : Pablo Valentino. Influencé autant par le hip hop que par la house ou le jazz, Labat est un artiste singulier du paysage électronique francophone, ce qui a pu l’amener à jouer un peu partout dans l’hexagone, mais aussi à l’étranger, notamment en Asie dont il est un grand adepte. De passage à Bordeaux le dimanche 2 septembre dans le cadre de Bordeaux Open Air (qui célèbre la scène lyonnaise pour l’occasion), on en a profité pour le rencontrer, et discuter longuement autour d’un jus de pamplemousse-citron et d’une bière sur sa vision de Lyon, du sound system, de la teuf ou même des médias et de sa propre musique.
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Le Type : Salut Labat, tu viens jouer à Bordeaux le 2 septembre pour Bordeaux Open Air ; tu connais un peu la ville ?

LB aka Labat : J’y ai déjà joué 3 ou 4 fois, notamment à l’Iboat. Je peux pas dire que je connais la ville ni la scène là-bas ; à chaque fois je ne suis resté qu’une seule nuit. Une fois j’ai terminé en after sur les quais…

Cette année le concept de Bordeaux Open Air c’est d’inviter sur un dimanche plusieurs artistes d’une même ville. Pour Lyon, ils ont choisi toi, Pablo Valentino ainsi que les fondateurs de La Chinerie, G’Boï et Jean Mi. Tu trouves ça représentatif de la scène lyonnaise ?

C’est difficile de représenter une ville. Tu dois forcément faire des choix ; est-que tu représentes ceux qui sont mis en avant ? Ceux qui ne le sont pas ? Quand je pense à Lyon, je pense aussi à Sentiments, à Groovedge, bien sûr à Pablo, G’boï et Jean Mi. BFDM aussi, même s’ils sont à Marseille maintenant il me semble. Ce line up est donc représentatif d’un côté de la scène. G’boï et Jean Mi par exemple, avec ce qu’ils ont fait, leur festival et leur communauté, se sont beaucoup mis en avant, mais ce n’est pas forcément représentatif de Lyon. Est-ce que moi je représente la ville ? Je pense pas. Ça fait 5 ans que je suis là, je suis tout nouveau, même si j’ai fais le tour des clubs, des Nuits sonores… Pablo représente bien la team du Sucre, ce réseau-là.

Comment tu trouves la scène électronique lyonnaise ?

C’est une grosse ville de producteurs. Après, la possibilité de se représenter, c’est plus compliqué… La ville manque de club de petite envergure, genre 200 ou 300 personnes. Il y a pas mal de producteurs, en hip hop, en tout style de musique. Je ne m’intéresse pas à tout car je peux pas, mais il y a beaucoup d’acteurs : LYL, Chez Emile, Nova qui est là aussi, SOFFFA… Il se passe quand même des trucs, avec beaucoup de musique qui est produite ici. Il y a aussi un gros festival (Nuits sonores) et une bonne salle ; Le Sucre. Après tu as d’autres lieux comme Le Transbo mais qui a une jauge énorme, autour de 1800 places.

D’autres villes en France t’inspirent là-dessus ?

Je reviens de Strasbourg, qui est vraiment ma ville natale pour le coup ; la ville bouge bien. L’un de mes potes a ouvert un club récemment ; le KALT. Je ne l’ai pas vu en mode night club mais j’ai eu droit à une visite privée des lieux dans la journée. Là t’as un vrai club ; du béton partout, un gros sound system… ça envoie. Pour l’amour du son, dans un délire audiophile tu peux aller là-bas. Au-delà de ça, ils l’ont fait car la ville n’avait pas grand-chose à proposer au niveau club. Ça manquait d’un entre-deux entre un zénith et un petit bar dansant. C’est ça qui manque à Lyon, pas forcément un lieu alternatif à la Grrrnd zero, ou pseudo légal sans autorisation. En même temps, en y réfléchissant, je me dis que ça doit être très compliqué en France, aux yeux de la loi. Quand je me prends des claques niveau son, c’est partout, sauf en France. Je crache pas sur la scène en France car ils se passe des trucs super bien. Mais il suffit d’aller un week-end à Londres dans un club aléatoire pour se prendre une claque. Je te parle du son, de sa qualité. La culture de la basse. C’est quand même le premier vecteur, en tant qu’artiste, de transmission ; les enceintes. C’est pas la déco du club ou la DA (même si ça compte…) qui compte le plus. C’est les enceintes, avec des basses. J’ai joué une fois à Londres, je me suis pris une claque. C’était pas forcément un club énorme ; il y avait 200 personnes. Mais j’ai jamais eu autant de sub ni de caissons de basses pour aussi peu de monde, et ça change la tournure de la teuf. Ouvrir un club en France doit être complexe ; même la Concrete ont encore des problèmes au niveau sonore, alors que c’est une institution du clubbing.

Tu parles de Londres ; d’autres villes européennes où tu as eu l’occasion de jouer ou simplement de te rendre te donnent envie ?

Berlin, bien sûr. Même si la scène et la teuf sont très hardcore pour moi. Même si je kiffe de temps en temps ; parfois là-bas c’est trop. Là-bas j’ai joué au Globus, la salle du haut du Tresor. C’est un parfait exemple d’un sound system dédié aux audiophiles et à des clubbeurs. C’est un plaisir de jouer là-bas, t’entends tes skeuds d’une autre manière, t’es pas obligé de jouer dans le rouge… C’est pour ça que je te parlais de Juppé (en amont de l’interview, ndlr) ou de Collomb (ancien maire de Lyon, ndlr) ou Képénékian (nouveau maire de Lyon, ndlr) ou pire, du mec de la région ; Wauquiez… ça passe par ces gars-là ! Si eux sortent des décrets pour limiter les sound system ; tu peux difficilement aller à l’encontre de ça sur le plan légal.

Sinon il existe des initiatives « alternatives », en hangar par exemple en périphérie des centres villes comme le faisait le collectif Folklore à Toulouse…

J’avais joué justement dans leur hangar. Y avait eu une coupure de courant, avec une inondation au moment où je terminais mon set… C’est le genre de teuf où tu commences et tu sens et tu sais que ça va être chanmé… Je savais qu’on allait passer une putain de soirée.

Comment t’arrives à sentir ça ?

Là, t’as pas de limiteurs ; ce qui ne veut pas dire que tu vas bourriner comme un ouf. C’est juste que, du coup, le DJ est plus responsabilisé. On te donne la responsabilité du sans limite, d’une certaine façon. Folklore avait mis un sound system dans les 4 coins de la pièce, dans un hangar avec un étage, pas beaucoup de lumières… C’est des trucs que je kiffe. Un peu à la japonaise.

Justement, tu tournes beaucoup en Asie aussi, tu as un booker spécifiquement pour ce continent ; quelle est ta vision de la teuf et de la scène musicale là-bas ?

D’abord : il y a le Japon, et il y a l’Asie. Je suis allé 2-3 fois en Asie, et j’ai fais une fois le Japon. J’ai vraiment pu voir que c’était un autre monde. On peut pas parler d’une scène asiatique. J’ai vu beaucoup de Français qui tenaient les clubs en Asie, des expat ; Hong Kong, Bangkok, Vietnam, Jakarta, Singapour… Il n’y a pas vraiment de scène ; après c’est difficile de comparer des trucs aussi différents qu’avec l’Europe. Il y a juste d’autres choses. C’est toujours cool de jouer aussi loin, de se retrouver à Ho Chi Minh à L’Observatory, c’était chanmé, avec rotary mixer, des enceintes de ouf… J’ai jamais joué dans des clubs pute à champagne avec que des expat là-bas. Ça a toujours été plus ou moins moitié moitié, avec souvent même plus de locaux. Les gens sont à donf. T’as l’impression de leur faire écouter de la nouveauté. Et je suis pas du genre à m’adapter : si on m’invite, c’est pour faire ce que je sais faire de mieux. Ce que je fais de mieux c’est faire plaisir aux gens sans rester dans un seul style prédéfini. Je vais pas jouer du Rihanna par exemple.

Après, il y a le Japon. Le japon c’est le turfu ! Quand je suis rentré de là-bas je me suis dis : « pourquoi le monde entier n’est pas comme les Japonais » ? Les gens sont très respectueux de tout, des autres, des lieux, de l’environnement (le leur), de leurs rues… C’est une culture assez ouf. La culture club c’est pareil ; tout ce que j’aime ; quasiment pas de lumière, une lumière rouge, du son de malade. J’ai joué dans un truc qui s’appelle le Bonobo. Et il y a 15 personnes dans le club, les enceintes c’est du home made, comme le mixer, aucune indication au niveau des boutons… C’est le futur, ils savent faire la teuf… Là-bas l’entrée est super chère , c’est environ 30 euros… du coup quand ils font la teuf ils la font vraiment, et jusqu’au bout, à fond. La bouffe, n’en parlons pas…

Tu penses qu’il y a un intérêt de ces pays pour la culture électronique européenne, et française plus spécifiquement ?

Oui je pense, sinon j’y serai pas allé. Je pense pas que ce soit mon nom qui m’ait fait jouer ; je suis inconnu là-bas. Mais si tu leur parles de la France, ils voient Paris, tout ce qui s’y passe. On a quand même un pays où il se passe pas mal de truc au niveau de la zik… Comme la culture anglaise avec Londres. Ils ont un intérêt à faire venir toute cette culture chez eux.

On évoque souvent ton travail artistique en parlant d’un « renouveau de la scène house française » ; tu penses quoi de ce genre d’appellation ?

Il n’y a pas de renouveau ; je fais rien de nouveau. Pareil, Raheem Experience (son side project avec Mad Rey et Neue Grafik, ndlr) on a été qualifié comme ça…Certes j’ai pas entendu ou vu de live à proprement dit comme on le faisait, avec beaucoup de MPC, sans drum machine. C’était juste de la MPC, des samples et des trucs qu’on enregistrait à 3. Ok ça c’était nouveau. De là à dire que le son qu’on faisait était nouveau ; je pense pas. Même si on mélangeait du hip hop avec du jazz, de la house ; c’était pas super dansant. On voulait changer un peu. Mettre du hip hop dans des grandes salles devant beaucoup de gens ; passer du coq à l’âne en jouant du jazz, de la house… Je suis pas fan de l’appellation « renouveau de la house française ». En plus, si les gens qui écrivent ça s’intéressaient un peu à mon travail, ils verraient bien que je fais pas que ça. J’espère pas d’ailleurs : je ne fais pas que ça, je fais plein de trucs. Je suis plus mis en avant par la house parce que c’est ce que je joue le plus, évidemment.

C’est une formule journalistique un peu rapide selon toi ? Un des travers du journalisme musical ?

Sans doute… Quand tu fais le point sur les médias dans la musique, les bonnes interviews sont plutôt rares par exemple. Les questions sont souvent à la à la mords-moi-le-nœud. Du genre : « c’est quoi ton top 5 ? » ou « Ton morceau de peak time ? ». Tout le monde s’en fout ! les papiers vraiment sérieux sur tous ces artistes manquent. Ou alors c’est sur des gros artistes : AZF (je pense à elle parce que je l’ai eu avant), Laurent Garnier… ça oui, il y en a. Mais c’est l’époque ; tout le monde regarde des formats super courts, des tracks ID, on est abreuvé d’infos, l’attention s’est réduite.

Est-ce qu’il y a des médias qui ont une approche un peu plus sérieuse ou quali justement selon toi et que tu vas plus avoir tendance à lire ?

Je suis pas du genre à me rendre sur des médias pour me renseigner sur des artistes. Je suis plutôt du genre à kiffer un artiste et aller voir tout ce qui est écrit sur lui. Du coup je peux pas trop dire… Je me rends encore moins chez le buraliste ! Un de mes potes m’a récemment converti au Monde Diplo, mais ça n’a rien à voir… Je l’ai lu quelques fois puis on en parle avec mes potes qui sont pour la plupart prof, de philo, français… Ils sont assez engagés. Je pensais que Courrier International était super deep, et au final tu te rends comptes en diggant un peu d’autres médias, que certains sont achetés par des grands groupes et que d’autres sont de « vrais » journaux. Et c’est la même chose pour les médias musicaux, mais il doivent aussi vivre avec leur temps… ça doit être compliqué d’être un média musical aujourd’hui. L’exception c’est Resident Advisor ; c’est vraiment quali pour le coup, leur podcast, leurs articles… C’est vraiment un média de référence.

Pour revenir sur la question de « scènes » ; tu te sens plus appartenir à une scène musicale particulière (house, hip hop…), ou tu t’identifies d’avantage à la scène lyonnaise par exemple ?

C’est deux questions différentes… La dimension locale c’est le plus important, même si c’est ce qui est le moins mis en avant. T’as beaucoup de gars qui bossent à fond, qui font des trucs de ouf mais qui ne sont pas mis en avant, mais qui mériteraient de l’être. À un moment c’est un coup de chance, une aptitude à pouvoir se vendre, à sortir, essayer de rencontrer des gens… Le local reste le plus important et c’est le plus diversifié, t’as du rock du psyché , de la house… C’est cette diversité que je trouve intéressante quand on raisonne en termes de scène locale.

Tu t’efforces, toi, d’aller puiser dans toutes ces influences ?

Oui, j’essaye. Mais par exemple je suis pas du genre à m’intéresser beaucoup à ce qui se fait de nos jours. Tu dois choisir je pense. C’est trop dur de tout faire. Tu peux pas digger toute la scène actuelle, et en même temps voir ce qui s’est fait avant… Il y a tellement de trucs ! Et, en même temps, parfois je tombe sur des artistes actuels et j’hallucine ! J’écoute beaucoup de trap par exemple en ce moment, je trouve ça cool. Mais je suis plus du genre à digger ce qu’il s’est fait dans le passé.

Tu considères forcément que tu dois faire des choix ? Dans ta manière de digger tu vas plus t’orienter vers quelles esthétiques ?

Plutôt le passé donc, sans me mettre des contraintes de période… Je pense que toute époque a fait de la zik de ouf… Sun Ra qui a commencé dans les années 1950… Et si t’écoutes du jazz de cette époque ; tu t’attends pas à avoir des trucs super free, même s’il y en a eu ; mais cosmique à ce point… J’écoute beaucoup de trucs entre 1970 et 1980, en rock, psyché, jazz, musiques africaines, pop… Après là en ce moment j’ai aussi une tendance à écouter tout ce qui se fait là, maintenant, tout de suite. Je viens d’halluciner sur le dernier clip de Jay Z et Beyonce ! J’ai dû l’écouter 25 fois déjà. Travis Scott j’écoute à fond, A$AP Rocky aussi. La trap française par contre j’ai plus de mal ; je trouve ça un peu abusé, même si il y a des trucs bien. Les paroles c’est parfois rédhibitoire : « salope, pute, salope… ». Je dis pas que les ricains ne le disent pas, mais « bitch » c’est plus classe tu vois (rires). Puis comme Kendrick le dit… « my bichhh ».

T’as pris d’autres claques récemment ?

J’ai écoute Freeze Corleone du crew 667, c’est bien fonscard j’aime bien. Kendrick aussi, évidemment. Y a pas un seul truc qu’il a fait que je n’aime pas. Good Kid, M.A.A.D City reste mon album préféré… Celui où il y a le morceau « Real » que je joue en club d’ailleurs… (il se met à chantonner le refrain) ; il y a un kick, 4 temps !

T’écoutes pas forcément trop de musiques électroniques ?

J’en écoute quand je joue de la house dans le studio. Mais j’en écoute jamais sinon. Ou alors j’écoute toujours les mêmes albums de house. Les Moodymann que je peux écouter 50 fois d’affilé, Theo Parrish, FunkinEven aussi, j’écoute beaucoup. Tous les artistes autour de lui également : Bastien Carrara, Brassfoot… c’est super ce qu’il a fait sur Apron Records, j’adore ce label. Jay Daniels, cette petite scène, Three Chairs que je eux écouter à l’infini ; Rick Wilhite, c’est mon producteur préféré. Marcellus Pittman aussi. Mais j’écoute beaucoup plus de jazz, de rock, d’ambient… Limite de tout sauf de la house qui va m’inspirer à faire de la house ! C’est pas en écoutant de la house que je vais être inspiré à en faire. Je suis pas influencé sur ce qui marche en ce moment du coup, même si j’ai bien conscience de qui fonctionne…

Comment tu définirais les sorties que tu as sur tes labels Alelah et Le Petit Zoo, le dernier projet que tu as monté avec Pablo Valentino ?

Avec Alelah, ça a commencé très simplement. On était avec mon pote sur le canap, avec 40 morceaux qu’on avait fait pendant la semaine. Des petits morceaux de 2 minutes à la Madlib, des petites instrus, des interludes. On prenait Toy Story, des scènes de films, puis on en a fait une cassette. Fallait la sortir sur un nom ; on a déliré sur ce mot, Alelah, qu’on se tape en club et qui moi perso ne me fait pas hérisser le poil, ça me fait marrer. C’est déclinable à l’infini : Alelah Mif, on va faire les Alelah Teuf, j’aimerai bien faire des fringues, Alelah Sape. Qu’est ce qu’on défend ? On défend le fait qu’on ne réfléchit pas, c’est que du coup de cœur. On a pas de stratégie de se dire « tiens on va faire ça maintenant qu’on a fait du hip hop », même si on est catégorisé hip hop. Mais on a tellement de trucs qui vont sortir et qui sortent de ça. On a de la chanson française, de la pop, de la house, du hip hop, de l’ambient ; plein de trucs.

On me pose souvent la question ; « est-ce que tu as pas peur de perdre les gens en allant dans tous les sens ? ». Les gens veulent un peu te cataloguer et te coller des étiquettes. Nous on s’en fout des étiquettes ; on réfléchit pas à ce qui marche. Là je sors un album hip hop ; j’ai reçu des messages en me demandant si j’avais pas viré hip hop, si j’allais refaire de la house ou pas… C’est marrant, mais t’as l’impression que les gens sont en demande de classer les choses. Par exemple Mad Rey a toujours fait du hip hop alors qu’il est surtout connu pour avoir sorti des disques house sur D.KO Records. De mon côté, c’est presque comme si je faisais exprès de faire n’importe quoi. Si demain j’ai envie de sortir du rock sur Alelah ; qu’est-ce qui va m’en empêcher ?

Et pour Le Petit Zoo, ton nouveau label ?

Là c’est plus une aventure avec Pablo. C’est venu de lui cette idée de label. Il m’a intégré dedans, j’y suis allé avec plaisir, mais ce n’est pas le même fonctionnement qu’avec Alelah avec lequel on sort surtout des cassettes. Avec Le Petit Zoo on sort quasiment que des vinyles même si on a sorti une cassette pour présenter la famille autour du label. Mais on prévoit de sortir beaucoup plus de skeuds, plutôt destinés au club. Mais on a aussi des albums de jazz qui sont en préparations. Mais on essaye quand même d’avoir plus une ligne artistique orienté club, moins éparpillé qu’avec Alelah. Après on reste diversifié ; dans la compilation Pablo Valentino presents Le Grand Zoo il y a beaucoup de hip hop par exemple ; du jazz avec Patchworks, Brownstudy avec du hip hop, moi aussi du hip hop. Sweely aussi a sorti un track de hip hop  même s’il est surtout connu pour faire des sets techno acid de 6 à 8 à la Concrète ! On reste assez free avec le label mais on a une ligne plus prononcé qu’avec Alelah.

Comment t’en es arrivé là ? Qu’est ce qui t’as poussé à faire de la musique ?

C’est mon grand frère qui scratchait à la base. Il avait des platines, il faisait du hip hop à la maison il devait avoir 14 ou 15 piges, j’en avais 8, je comprenais rien. À un moment – je crois que c’est quand il a commencé les études après le bac, il a laissé les platines à la maison, avec les vinyles. Il n’y avait que du hip hop, et notamment Octobeat ; c’est que des petites loop pour scratcher. J’ai branché les platines, j’ai essayé de scratcher et je suis vite passer au mix. Je me suis entouré de potes qui voulaient faire pareil, on a commencé à plusieurs, et j’ai commencé direct par de la tech. Des trucs super fat. Le premier truc que j’ai acheté c’était Josh Wink je crois… Un truc super vénère. J’ai commencé à jouer en soirée Et d’ailleurs, un de mes potes plus âgé m’avait dit, je m’en souviens : « tu vas te calmer au fur et à mesure ». J’y croyais pas trop et puis tu vois maintenant… Beaucoup d‘artistes restent techno, mais je suis pas sûr qu’ils écoutent de la techno à la maison ! Les Ben Klock, Adam Beyer, Dettmann, ils doivent écouter autre chose chez eux. Moi j’avais toujours le hip hop qui était resté, puis je me suis intéressé aux samples. Puis j’ai chopé une MPC, ça a révolutionné ma life ! Après je me suis intéressé aux sources du hip hop, et là tu te rends comptes que les gars écoutaient des skeuds de funk, de jazz… Je me suis baladé vers là.

Ce besoin de comprendre ce que t’écoutes et d’aller aux sources, c’est quelque chose qui te caractérise ?

Pas forcément… Même si ça a commencé comme ça. Aujourd’hui quand j’écoute Madlib ou d’autres trucs, j’irai pas dire que je cherche à chaque fois d’où il a samplé ; ça lui appartient et c’est pas forcément cool de le savoir. Je préfère limite me garder le mythe. Ça me ferait plus plaisir de tomber sur un skeud et de me rendre compte que « ah putain c’est ça qu’il a samplé ! » plutôt que d’aller sur Whosampled.

Et avec Raheem Experience, vous en êtes où ?

On va faire un album. On ne va plus faire de scènes. En tout cas c’est pas prévu pour le moment. La dernière c’était Peacock. On fait ça pour que chacun puisse se consacrer à ses projets perso. J’aurai peut-être fait autrement mais on est un groupe, donc ça s’est fait naturellement. À la fin, après avoir tourné pendant 1 an sur des gros festivals ; on s’est dit que sortir un skeud, c’était sans doute ce pourquoi on avait fait ça à la base. Même si les live étaient cool, j’ai fais mes plus grosses scènes grâce à ce projet.

Tu prépares quoi pour la suite ?

Je fais du son tous les jours, je dois avoir 100 morceaux de côté, 2 ou 3 albums de prêts… J’ai sorti beaucoup de trucs ces derniers temps et j’ai senti que les gens étaient un peu perdus, entre les labels Petit Zoo, Alelah, les various fait sur d’autres labels, le truc sur Wolf… J’ai aussi envie que mes sorties soient écoutés. Donc si sortir un album tous les mois ça perd les gens et que les gens du coup l’écoutent moins, j’espacerai un peu plus les sorties. Mais si je prenais pas ça en compte, je sortirai un album toutes les deux semaines ! J’ai plein de trucs différents. Là ça fait deux mois que j’ai pas fais de son. Ça me va dans une certaine mesure car ça me créé un manque, un besoin. J’en profite aussi pour faire d’autre chose ; de la promo, du label, je mets en avant les artistes d’Alelah car ce sont des petits artistes et c’est important pour nous de sortir des gens inconnus au bataillon.

Le manque tu le ressens bien là ?

Grave ! Je pense que je vais m’acheter 2 ou 3 nouvelles machines avant de reprendre pour faire d’autre zik quand je m’y remettrai. Mais la MPC sera toujours là. J’ai jamais eu de drum machines par exemples. Je sais pas ce que c’est un câble MIDI. Mono / Stereo je comprends à peine. Moi je branche ; si  c‘est pas le cas c’est que j’ai mal branché. Après je fais ma sauce. Mais du coup j’essaye de me pencher plus vers ça ; choper des synthés, comprendre comment faire fonctionner les machines ensemble, ça me dit bien. J’aimerai bien aussi sortir un album de jazz, faire de la batterie, de la basse.

T’aimerai avoir un live band ?

Un live band tout seul ouais ! Un album produit tout seul où j’essaierai de faire toutes les instrus. Mais avoir un groupe aussi ; j’ai mon pote JJK qui joue de la gratte comme un dingue, j’aimerai bien faire un truc avec lui. On a fait 1 ou 2 représentations sous Coconut ensemble. Après, c’est un peu cliché le DJ qui veut se mettre au live… De mon côté c’est pas une nécessité, mais si un jour l’occasion se présente, même pour un album, alors pourquoi pas.

Mama Killa VS Le Type

dans DIVAGATIONS LOCALES/MUSIQUE

Le Type est récemment parti voir en live à l’Iboat le groupe Mama Killa. Boris Larzul et Stéphane Del Castillo nous ont offert une expérience scénique envoûtante, où la composition et le plaisir s’orchestre en duo. Ce fût également l’occasion de découvrir leur nouvel EP.  Alors, parlons musique.
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Boris, Stéphane, j’aimerais bien savoir comment vous en êtes arrivés à être des musiciens. Racontez-moi.

Boris : Et bien, pour ma part, la batterie, c’est un truc qui m’a toujours fasciné. Ce que je veux te dire c’est que j’ai vraiment été attiré par cet instrument très tôt et j’ai commencé à jouer sur une vrai batterie vers l’âge de 11 ans. Ce sont mes parents qui m’ont plongé dans le bain du rock. Ce qui était assez en opposition avec la mode de l’époque plutôt rap. Et donc je me suis amusé à décortiquer des morceaux de Led Zep, Nirvana, les Doors…. J’ai poussé le vice jusqu’à intégrer l’école Dante Agostini  et même maintenant en plus du projet que j’ai avec Steph j’y donne des cours. Donc c’est vraiment quelque chose qui me passionne littéralement.

Stéphane : De mon côté, c’est pas vraiment la même ambiance. Bien sûr c’est une histoire de passion également, je crois que ça c’est complètement indissociable de la pratique. Pour autant j’ai commencé avec du gros classique avec un professeur particulièrement rigoureux. Cela m’a un peu dégoûté de l’instrument, puis en écoutant les Red Hot quand j’étais ado j’ai eu envie de reprendre la guitare pour jouer et de composer le style de musique qui me plaisait. Le groupe qui m’a fait frissonner pour ma part c’est Radiohead avec ses mélodies riches, la violence de ses changements rythmiques et surtout l’émotion dégagée quasi palpable.

Boris : Pense à l’enfer de Whiplash ! (rires). Je crois que la pratique de la musique, en tout cas la partie technique, c’est quelque chose qui dépend beaucoup de la motivation et de l’âge du fait de la rigueur de travail que l’on doit s’imposer.

Je ne peux qu’imaginer les sacrifices et les efforts que ça demande. Mais j’imagine aussi que c’est souvent des moments de plaisir intense non ?

Boris :  Oh oui, t’imagines pas. C’est vraiment quelque chose de monter sur scène et de tenter de transmettre un truc. En fait, c’est un exutoire. Après le concert tu as tout oublié. T’es dans une phase complètement aérienne où tu t’abandonne totalement.

Stéphane : Je suis bien d’accord. Et en mon sens, là où ça devient vraiment puissant c’est justement quand tu as un partage qui se créé avec le public. Un lien. Tu as une espèce d’osmose qui se dégage, tu rentres dans une histoire où ce n’est plus seulement de la musique ou un concert mais une histoire d’émotions partagées. Et ça tu vois c’est un truc qu’on a d’abord eu la chance de mettre en place sur de petites scènes, c’est là où la proximité avec le public est la plus simple à établir.

Puisque vous rentrez dans le sujet du partage en concert, il y a un point que j’aimerais aborder avec vous. Sur la question du partage en grunge. Ma question est ; est-ce vraiment un genre qui peut être écouté sur piste ?

Boris : D’abord, il faut comprendre quelque chose. Quand tu regardes la présentation d’un groupe, c’est-à-dire le style, les genres qui leur sont attribués, c’est pas forcément les musiciens eux-mêmes qui ont une réelle volonté de dire nous on est comme ça on est comme ci.

Stéphane : C’est plutôt une façon de cataloguer les artistes si tu veux. C’est pour ça que tu as souvent des associations de genre comme nous. En soit « rock-pop-electro-grunge », ça ne veut pas dire grand-chose sorti du contexte. On dira new grunge pour associer l’influence des années 90 avec la modernité des musiques actuelles.

Boris : Ensuite, pour répondre à ta question, dans le grunge, c’est le traitement de la composition, pas la composition en elle même qui est grunge. Globalement, c’est à la base une super mélodie – comme Nirvana – posée sur une instru très énergique, avec un gros son, et une interprétation sincère, écorchée.

En parlant d’énergie, il y a une chose qui m’a frappé durant votre concert à l’Iboat. Et ça se voit aussi sur les clichés. Il y a des phases, des instants particulièrement calmes, qui précédent des moments d’explosion.

Stéphane : Dans mes compos il y toujours eu ce côté « saute d’humeur » ; on aime jouer sur les nuances et sur la surprise, la puissance d’un riff peut être vraiment accentuée lorsqu’un moment de calme le précède, ou qu’il n’arrive pas au moment où on l’attendait. Vu qu’on est que deux sur scènes, il faut penser à être efficace et à se suivre dans l’énergie qu’on dégage.

Donc c’est une histoire de duo ? Et vous ne cherchez pas à partager la scène avec d’autres artistes ?

Stéphane : Pour nous, oui. Partager la scène.. pas vraiment non. Enfin ponctuellement. Comme avec la danseuse que tu as réussi à photographier. On aime bien l’idée de faire occasionnellement des « shows éphémères » comme on avait fait à Barbey avec cinq danseurs complètements absorbés par leurs téléphones portables dans une rame de métro. Mais l’essence de Mama Killa c’est un duo.

Boris : Oui tout à fait. Mama Killa c’est l’intimité d’un duo. C’est assez différent des groupes que j’ai eu jusqu’à présent où l’on était plus nombreux, ça nous oblige à mettre en place quelque chose de plus brut, une composition particulière. Autant cela limite notre marge de manœuvre, autant cela nous canalise et nous fait aller plus vite à l’essentiel.

Comment la ressentez-vous cette manière de procéder ?

Stéphane : On se sent un peut comme des « guerriers » (rire). C’est hyper stimulant. Si l’un lâche l’autre aussi et forcément le show va en souffrir.

Boris : Oui complètement. C’est une pression très positive. Si on veut faire avancer les choses, on se doit d’être à l’écoute et très attentif à la volonté de l’autre, un peu comme dans un couple (rire). C’est un échange vraiment enrichissant. Pour nous, et pour la musique que l’on tente de proposer.

Justement, parlons maintenant de votre musique et de votre dernier EP. Que raconte t il ?

Stéphane : Alors, il y a pas mal de compositions qui marquent notre intérêt pour les années 90. Le but du jeu, là, c’est de marquer une période. On veut franchir un palier en posant ce que nous faisons et en le proposant clairement. En fait, cela fait une année que nous écrivons notre propre répertoire. Jusqu’alors c’était entrecoupé de covers.

Boris : Je rajoute que cela ne fait que quelques mois que nous nous sommes essentiellement focalisés sur Mama Killa. On a réussi à avoir la chance de pouvoir vivre de la musique, donc on se plonge presque entièrement dans ce projet. On essaye vraiment de mettre en route une dynamique de progression.

Peut être s’ouvrir à d’autres répertoires ? D’autres styles ?

Stéphane : Oui, peut-être. Après tout, cet EP on l’a mis en place assez rapidement. Mais au fond on est capables de jouer beaucoup de choses. Donc oui, l’envie est là. On est bien tentés de proposer quelque chose de plus élargi et donc tendre vers quelque chose de plus moderne.

Boris : En sachant que Steph doit apprendre à se canaliser ! (rires). Oui on a bien envie mais on sait très bien aussi que l’on peut nous reprocher parfois d’être assez hétérogènes sur nos travaux. Mais après tout c’est ça le processus créatif.

Il y a des éléments de la scène bordelaise qui sont une source d’inspiration ?

Boris : Il y a eu l’époque Noir Désir évidemment. Maintenant sur Bordeaux ce qui est plutôt pas mal c’est la multitude de musiciens. Donc personne en particulier mais une grande diversité. Et ce qu’il faut voir également, c’est aussi un déficit de scène malgré la diversité des musiciens. Beaucoup de salles se ferment dans le milieu qui s’attache au rock au profit des ambiances electro ou jazz car c’est plus simple à mettre en place.

Stéphane : La scène bordelaise se porte plutôt pas mal et il y a beaucoup d’artiste talentueux , alors tout ce qu’on entend à Bordeaux ou ailleurs, que ça nous plaise ou pas, rentre dans notre subconscient et est ensuite retransformé de façon innocente, cela s’appelle l’inspiration .

Vous arrivez tout de même à vous lancer dans des projets avec d’autre musiciens ?

Boris : Oui ! On fait parti du label La Tangente et du collectif La Veilleuse. L’idée c’est clairement d’étendre notre réseau et aussi d’échanger et de développer nos compétences. Le but étant que tous les groupes s’entraident et se tirent vers le haut afin de pouvoir tous étendre notre notoriété et vivre de notre passion commune pour la musique.

Merci Mama.

Interview à vie sauvage avec Miel de Montagne

dans ART ET CRÉATION/MUSIQUE

Le Type a eu l’honneur de rencontrer Milan alias Miel de Montagne à l’occasion de son live acidulé et enchanteur au festival vie sauvage le 16 juin dernier. Rencontre intimiste dans la douce citadelle de Bourg-sur-Gironde avec le créateur du titre « Pourquoi Pas » qui vient de sortir son premier EP Petit Garçon, sur le label Parisien Pain Surprises.

Crédits Photos : Alice Belair
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Le Type : Si tu pouvais nous citer un artiste ou performeur « kitsch » et iconique qui t’inspire, de qui s’agirait-il ?

Milan : Si je devais parler de référence, l’autre jour je matais des live de Prince, et là tu y vois des nanas qui sont folles, tout comme ses chemises, il y a un côté super retro. Tu vois, ça marche toujours un truc comme ça, le côté glow  qui rayonne, ça cartonne et je pense que c’est quelque chose qui gravira les années. Pour moi tu vois c’est kitsch mais en fait c’est surtout une mode avant tout. Les chanteurs ou les mecs comme Julio Iglesias et leur charisme, faire tomber les filles tout ça ; oui, ça me fascine. Je ne suis pas du tout comme cela mais j’aime jouer cette caricature et parfois je me projette sur scène, je vais faire le crooner, chanter des histoires d’amour, ce que je pouvais imaginer en créant le morceau.

Jouer ici, dans ce cadre qui se rapproche de la nature et des grands espaces, est-ce quelque chose que tu affectionnes particulièrement ?

En ce moment, beaucoup oui, ça me fait du bien d’être ici. C’est vraiment un régal et je n’ai pas senti une seule tension en arrivant. Tu peux voir le sourire des gens qui sont ravis, tu ne te sens obligé de rien. Nous sommes arrivés hier et je pense que je me suis même trop imprégné du lieu, j’en ai oublié que j’étais sur scène (rires) ! C’est tout à fait ce que j’espérais avant de venir. Je découvre de plus en plus cette région puisque je travaille avec des gens qui sont dans les alentours de Bordeaux. Enfin, je ne fais pas que travailler, je passe du temps avec les copains (rires) !

Comment as-tu préparé ce live ?

Malheureusement, sur scène, je ne peux pas tout vous jouer contrairement au fait que je compose tout seul. J’ai donc vraiment eu la volonté de mettre l’accent sur la guitare et le chant pour me sentir libre sur scène et vraiment communiquer avec les gens. Pour le reste j’ai fait appel à un bon pote, Vincent « Le Vince » ; je l’ai appelé un jour et nous avons répété ensemble et ça l’a fait ! Je pense que même sans répétitions ça l’aurait fait. Du coup il me suit sur tous mes live.

Tu as connu l’atmosphère de Paris en tant que DJ, quel a été le déclic pour que tu deviennes Miel de Montagne ?

J’ai toujours eu beaucoup d’instruments. Mon premier c’était la batterie à 5 ans, ensuite j’ai eu une guitare. J’ai eu pas mal de groupes aussi, puis après je me suis mis à faire des choses seul, j’étais DJ, je produisais de la house, des choses plus électroniques, c’est quand j’étais à Paris. J’ai suivi cette mode du DJ, mais il m’a fallu du temps pour faire le point et sortir ce projet Miel de Montagne, car c’était tellement sincère que j’en avais peur. Je suis revenu sur les bases car je n’étais pas 100 % moi même.

Quand j’avais 14 ans je composais déjà les mélodies qui sonnaient comme Miel de Montagne tu vois. Même mes parents aujourd’hui me disent : « C’est marrant, ça ressemble à ce que tu faisais quand t’étais ado, t’as toujours eu cette touche et ces riffs là ». Même moi je ne m’en rendais pas compte ; ce sont eux qui m’ont ouvert les yeux là-dessus. C’est un truc qui était en moi, et je pense que comme plein de gens, j’avais un peu peur, donc j’ai fait d’autres choses, ce qui a été bénéfique aussi, car j’ai appris beaucoup. J’ai de l’expérience dans plein de milieux différents et eu divers projets. Et à un moment j’ai rencontré des personnes, notamment Jacqueset c’est comme cela que je me suis dis « ouais beh vas-y faut se lancer quoi, je vais faire mon truc les gars ».

Ce n’est pas un ras le bol, c’est plus un moment où tu t’écoutes, tu prends le temps, tu rentres un peu à la campagne,. Moi, c’est ce qui s’est passé. J’ai ressorti la guitare, j’ai commencé à écrire des petites paroles et voilà, je me sens à ma place.

 

Mes parents m’ont dit : « Ça ressemble à ce que tu faisais quand t’étais ado, t’as toujours eu cette touche et ces riffs là ». Même moi je ne m’en rendais pas compte ; ce sont eux qui m’ont ouvert les yeux là-dessus.

 

 Comment s’est passé la rencontre avec les labels Pain Surprises et Délicieuse Musique ?

J’ai d’abord rencontré le label Parisien Pain Surprises par le biais de Jacques. Là on est sur une co-production où Délicieuse à apporté son soutien au projet, les deux se partagent le travail. Ce qui est vraiment cool étant quelqu’un qui aime faire les choses de A à Z, c’est qu’ils me laissent faire ce que je veux. Je me sens totalement libre.

« Pourquoi pas », ça ne serait pas un peu la réponse de ton parcours ? La prise de risque, se lancer ?

Ouais, on peut le voir comme ça. C’est surtout un truc simple, quand tu vois une aubaine une proposition, tu te dis pourquoi pas, tu ne n’émets pas de jugement dessus, tu y vas ou tu n’y vas pas, mais en tout cas : pourquoi pas ? Ça laisse des portes ouvertes et j’aime bien ça, cette continuité d’essayer des choses et voir ce que ça donne.

Le titre « Petit Garçon » et son atmosphère nostalgique, peut-on dire que c’est un retour aux racines ?

C’est marrant car quand j’ai composé les paroles de « Petit Garçon je courrais derrière ma réalité », c’était dans la période où je revenais vivre chez mes parents en Charente, et je commençais à prendre conscience de ces bases que j’avais. Il y a des choses parfois que tu ne contrôle pas et j’ai chanté ça comme ça, puis je me suis dis que c’était juste logique, que je pouvais aussi appeler mon EP comme cela car c’est un retour aux sources.

 

Pouvons-nous attendre un album en projet ?

Ouais bien sûr, c’est en projet, j’aime me surprendre et surprendre les gens. Sur cet EP il y a des choses différentes et variées, les titres ne traduisent pas tous les mêmes émotions. Justement ce sont celles qui me traversent. Tout ce que je sais c’est que je vais pas mal travailler en studio à la fin de l’été, et quelque chose va arriver très vite, il y a déjà quelques morceaux que l’on a pu entendre sur scène. Donc oui, soyez surpris d’un album, ou même d’un EP…

Merci Miel de Montagne.

Interview : Sinik, le retour de l’Assassin

dans ART ET CRÉATION/MUSIQUE

Sinik, une des figures emblématiques de la scène rap française a fait son retour sur scène en 2017. Il venait donc terminer sa tournée à Bordeaux dans les locaux de l’Iboat. Ce fut l’occasion pour nous d’aller discuter avec lui, de sa pause, des projets à venir, de son point de vue sur l’évolution du Rap français…
Crédits photos : Matthieu Bizeul 
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Le Type : Sinik, tout d’abord merci de nous honorer de ta présence à Bordeaux, ça fait vraiment plaisir de te revoir sur scène.

Sinik : Et bien merci à vous !

On va parler un peu de toi ; tu fais ton retour sur scène. En 2017 tu as sorti ton dernier opus qui s’appelle Drone , et il y a un son qui s’appelle « Qu’est-ce-tu deviens ? ». On aimerait donc l’entendre de vive voix : qu’est-ce tu deviens ? Qu’est-ce qu’il s’est passé dernièrement ?

Ben écoute, il s’est passé plein de trucs. Tout d’abord, on est en bonne santé et c’est le plus important. Ensuite, je me suis diversifié un peu, j’ai ouvert un salon de tatouage qui s’appelle Watch My Tatoo à Paris, j’ai produit un peu de trucs, j’ai aussi écrit pour des artistes moins connus. J’en ai profité pour briquer un peu car j’avais besoin de souffler et de faire autre chose. Et là, comme tu l’as dit, on a sorti ce projet sept titres qui s’appelle Drone, histoire de prendre un peu la température, de repartir de zéro, revenir dans les petites salles, et puis interroger les gens : est-ce qu’ils sont toujours là ? Ce projet-là nous a permis de répondre à certaines questions qu’on se posait.

Du coup, on aimerait savoir : elle est due à quoi cette pause ?

Disons que j’étais un peu essoufflé. Après un premier album en 2005, un en 2006, un en 2007 et encore un autre en 2009, un Street CD en 2011, un dernier album en 2015… Ça fait quasiment dix ans qu’on charbonne, et c’est le genre de vie où tu n’es quasiment pas chez toi… J’avais besoin de souffler, tout simplement. Je pense qu’humainement, même si tu vis des trucs super kiffants, il y a toujours une usure physique à cause du fait d’aller à droite, à gauche, de bouger ici et là… Enchaîner les décalages horaires sur un nombre d’années comme ça, c’est pas toujours évident. J’avais donc juste besoin de souffler, de reprendre un peu de poids parce que je trouvais que j’avais grave maigris, de refaire un peu de sport… Refaire des choses simples quoi.

Et suite à cela, qu’est-ce qui t’a poussé vers un retour ?

La scène, tout simplement. C’est comme une drogue ; quand t’as connu ça, quand tu as eu la chance de connaître le contact direct avec les gens sur scène, l’effervescence qu’il y a, le plaisir de voir des gens chanter tes morceaux, etc… C’est vraiment addictif en fait. Même si je sais qu’il y aura bien un jour où faudra que je m’arrête définitivement, ça sera le truc dont j’aurais le plus de mal à me passer parce qu’il y a un réel contact, y a pas de triche, on est face aux gens, on a pas forcément de deuxième chance. C’est là aussi que tu vois si t’as de la prestance, si t’es bon sur scène. C’est un autre exercice auquel j’ai attaché beaucoup d’importance, j’ai toujours travaillé mes shows et c’est la base même de l’artiste, je connais pas d’artistes qui n’aiment pas les concerts.

Entre temps il y a eu du mouvement du côté du rap, comme tu as pu le constater. J’ai donc deux questions, quel est ton constat sur la tournure actuel du rap ? Et puis, tu disais que tu avais écrit pour des artistes indépendants : est-ce que ce qu’ils font partie de ces artistes qui surfent sur cette nouvelle vague du rap ?

Alors, les artistes pour qui j’ai écrit, ce ne sont pas des artistes de rap, ce sont surtout des chanteuses. Notamment Zahariya qui a gagné le concours Transpole et qui a préparé un album qui est sorti y a pas longtemps. C’est un autre style d’écriture, ça n’a rien à voir avec le rap, et c’est ça qui est intéressant parce que tu te testes un peu sur autre chose. Par rapport à l’évolution du rap, tu l’as dit, ça a évolué, donc les sons ont évolué, les placements ont évolué, les flows.. tout a changé. La manière de faire de la musique, la cadence à laquelle tu sors tes projets, tes clips, tout… À l’époque, quand on sortait des albums, on préparait ça 3-4 mois avant, on envoyait trois singles avant, trois clips… Aujourd’hui, en l’espace de ce temps là tu peux faire deux albums ! Beaucoup de choses ont changés, par exemple avant entre deux albums tu pouvais laisser un certain laps de temps ; maintenant faut sortir un truc tous les six mois. Ça va plus vite, y a beaucoup plus de demandes, beaucoup plus de vidéos. La vidéo est devenu très prisée, même si elle l’était pas mal déjà avant. Et voilà, faut s’adapter à tout ça.

D’ailleurs, vis-à-vis de cette évolution, la plupart des gens qui t’écoutent ou qui écoutent des rappeurs comme Kery James ou encore Medine sont définis comme des « puristes ». Est-ce que c’est un terme avec lequel tu es d’accord ? Et pour toi, c’est quoi un puriste ?

En fait, puriste, pour moi, ça ne veut rien dire. Ces personnes là sont considérés comme des puristes parce qu’elles écoutent du rap dit « à l’ancienne ». Ça veut dire quoi ? Ceux qui n’écoutent pas ce style de rap ils n’y connaissent rien ? Des puristes, ce sont des personnes qui aiment le rap tout simplement, qui kiffent, qui vont te dire tel beatmaker a fait tel son, voilà… Après y a des puristes des années 2000, des puristes du rap d’avant, des puristes du rap de maintenant. Eux ,on les met dans cette catégorie là parce qu’ils aiment le rap à texte, ils aiment le rap à « l’ancienne »,. Puriste ça veut pas dire grand-chose au final. Mais ce mot-là est collé sur le front de ceux qui écoutent ce style de rap là, c’est le terme qu’on a choisi pour les identifier. On pourrait dire les anciens, les vieux (rires) tout ce que tu veux… mais on dit les puristes.

Comme on disait, le rap a évolué et notamment d’un point de vue « commercial ». Pour toi à quelle moment le rap a pris cette tournure commerciale ?

Je pense que ça a pris une tournure commerciale à partir du moment où les mecs ont compris que comme on vendait moins d’albums, si tu voulais te rattraper, fallait passer énormément en radio. Et ça devient un cercle vertueux : plus tu passes en radio, plus tu vas faire de concerts, faire des show-case, et donc tu vas compenser le fait que les albums se vendent moins aujourd’hui à cause des problèmes dont on parle depuis dix ans, le téléchargement et tout ça… Si je compare à avant, lorsqu’on faisait des albums, on se disait : faut sortir un truc compact, ok, il faut un ou deux singles pour faire vivre l’album, mais faut que j’ai au moins douze, treize morceaux qui racontent de vrais histoires, solides avec du thème, avec du contenu etc… Aujourd’hui, on pense différemment. Maintenant, dans un album il faut dix morceaux, dix gros tubes, il y en a peut-être deux-trois qui vont passer et ça suffira à faire vivre l’album. La manière de concevoir les albums est différente. Par exemple, à l’époque, à la radio sur Skyrock, tu pouvais entendre des sons comme « Autodestruction », des trucs graves avec des thèmes qui parlent de société, etc… Aujourd’hui, t’écoute la radio, y a que des trucs dansants, du 110-120 bpm, ce ne sont que des petits couplets, on cherche le gimmick, on est passé d’une époque où l’on faisait du rap pour dire des choses à une époque où l’on fait du rap pour faire danser. Enfin je ne veux pas faire de généralités mais grosso modo c’est ça…

Selon toi, cette diversité dans le rap est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

Je ne le vois pas comme une bonne ou une mauvaise chose, c’est une évolution. Après de mon point de vue d’ancien, je trouve qu’on a perdu en qualité d’écritures et en contenu. Peut-être qu’on a gagné dans d’autres trucs ; les instrus, les flows, et y en a qui te diront ça et ils ont raison puisqu’ils s’y retrouvent. Mais moi ce que je retiens c’est qu’on a perdu en contenu. Par exemple la quantité des couplets est beaucoup moins importante. Aujourd’hui, on fait maximum des 12 mesures, ce qui était considéré à l’époque comme des tout petits couplets où l’on pouvait taper des 24 voire 32 mesures. Tu vois, si tu sais compter les mesures, tu te dis qu’un couplet à l’époque ça correspond à deux ou trois couplets d’un morceau aujourd’hui. Y avait beaucoup plus de paroles, beaucoup plus de contenu et c’est quelque chose qu’on a vraiment perdu. Après, on a le droit de s’amuser, d’évoluer vers quelque chose d’un peu plus festif, mais faut pas oublier la base. Et la base c’est aussi de raconter des choses, et le problème que je constate dans ce rap là, c’est que y a beaucoup de rappeurs qui se ressemblent aujourd’hui, ils ont quasiment tous le même truc et quand t’en as écouté un tu as presque écouté tout le monde.

Est-ce que le problème c’est qu’ils n’arrivent pas à faire vendre le rap avec des textes, qui raconte des histoires, le rap dit « conscient » ?

Oui, voilà, faut être honnête aussi, ils savent que le rap conscient ça ne marche plus et que ce n’est pas avec ça que tu vas faire cinquante-mille vues la première semaine. Ça aussi faut avoir l’honnêteté de le dire ; d’un côté ils sont pas bêtes, ils vont pas se lancer dans un truc en sachant que ce n’est pas la tendance du moment. Donc ils font ce que les jeunes demandent, c’est-à-dire du rap qui va vite, où on ne se prend pas trop la tête, un peu festif, parce qu’ils savent que c’est ce qui va marcher. Nous on est des anciens, on a déjà fait notre carrière, donc on s’en fout un peu. On fait ce qu’on a envie de faire, et si ça marche tant mieux. Et puis on sait que y aura toujours un public pour ce style de rap là, même s’ils sont moins visibles qu’avant. C’est pour eux aussi qu’on fait ça.

Tu dois forcément suivre le rap actuel : y-a-t-il une nouvelle vague de rappeur francophones qui t’a marqué ? Des artistes ou leurs albums ?

Y a plusieurs rappeurs que j’aime bien, par exemple Ninho, ou encore Fianso. Je trouve que c’est mortel ce qu’il fait, parce que malgré le fait qu’il soit dans les délires d’aujourd’hui, c’est un des rares gars qui a du contenu, y a quand même du thème, ça kick, y a de la punchline… J’arrive à me retrouver. Certes je suis pas fan à 100% de l’autotune, des nab parce que pour moi le rap c’est un truc ou y a du mouvement ça bouge, c’est rythmé, et quand ça bouge moins et que c’est beaucoup dans les nab ça me parle un petit peu moins. Mais oui de cette génération là Fianson, Ninho, Niro aussi que je trouve super fort, ce sont des gars qui ont du contenu, de la phase, des thèmes. Tout ce que j’aime.

Ce sont des rappeurs avec qui tu aimerais faire un feat ?

Franchement ouaip, grave. Je dis pas que ça va se faire, parce que maintenant faut faire attention à ce qu’on dit, mais si on me disait de choisir une liste d’artistes avec qui je pourrais collaborer aujourd’hui, je pense qu’ils en feraient partie. Parce qu’ils rappent encore, je pourrais te donner d’autres noms, par exemple Lacrim il rappe bien, y a du contenu, y a du thèmes, c’est tout ce qui m’intéresse moi.

Avant de finir on aimerait avoir une petite exclu : si tu es de retour sur scène, c’est que tu vas sortir d’autres projets ? Il y a une date de prévu, y a des rappeurs en lice pour ce ou ces nouveaux projets ? On veut tout savoir !

L’exclu je te la donne avec plaisir : on est en train de préparer un album, un vrai album, pas seulement en digital ; un projet avec CD, parce que les gens demandent. Et quand on a sorti Drone, c’était ça l’idée ; de questionner un peu les gens afin de savoir s’ils étaient toujours là, et de savoir aussi ce qu’ils voulaient. Le projet a été validé mais j’ai eu beaucoup de retours du style « fais nous un CD », en un sens ça les a relancés, ça les a remotivés à me remotiver à sortir un album. Et puis y a la tournée, là c’est bientôt la fin, mais on a fait pas mal de salles, on les a remplies, on fait des concerts de ouf en sortant seulement un petit projet, on est reparti de tout en bas, mais on est aussi venu chercher cette force pour sortir un album et c’est grâce à ces gens-là, qui viennent t’encourager alors que y a pas de télé, y a pas de promos etc… L’album on aimerait le sortir mi-novembre, quasiment un an après la sortie de Drone, concernant les feat je peux pas trop en parler car j’ai pas envie de parler pour rien, faire des effets d’annonce pour rien, mais j’ai des idées de featuring.

Dernière question tu trouves comment Bordeaux ?

J’étais déjà venu, même si la dernière fois qu’on a joué ici c’était y a dix ans et donc ça a un peu changé. Mais honnêtement, je te jure que c’est une des villes en France que je kiffe le plus, c’est une belle ville, y a une bonne vibe et j’aime bien. Autant y a des villes tu te dis : vivement qu’on reprenne la route, alors que Bordeaux on aime bien profiter.

Du coup 91 ou Bordeaux ?

(Rires) Ah tu auras beau me sortir la mer, les cocotiers etc… Je dirai toujours le 91, c’est la Maison…

Merci beaucoup Sinik, ce fut un plaisir, tout le meilleur pour la suite, et on a hâte d’écouter ton album.

Alex Garcia sort Split, son premier album : rencontre

dans DIVAGATIONS LOCALES/MUSIQUE

Le Type s’est rendu chez le Dj, producteur et live performer Alex Garcia. Tour d’horizon du parcours d’un passionné de musique qui s’est bâti une forte réputation dans le milieu musical underground bordelais, et qui prépare la Release Party de son nouvel Album Split. De l’acid techno incisive invitant l’electro pour un mélange radical. Rendez-vous le 12 avril à 18h aux Vivres de l’Art.
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Bonjour Alex, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Salut ! Je suis Alex Garcia, j’ai 34 ans, j’habite Bordeaux et je fais de la musique depuis mes 18 ans, et je me suis réellement remis à faire de la techno depuis 5 ans. Je travaille désormais avec des machines et synthés analogiques que j’affectionne particulièrement.

Comment t’es venue cette envie de faire de la musique électronique ?

Et bien à l’époque vers 18-19, je sortais au 4 Sans à Bordeaux, je voulais rentrer dans la musique mais c’était vraiment difficile pour moi car je n’avais pas trop de potes musiciens, je ne connaissais pas ce milieu. Ça me paraissait disons « facile » de faire du son avec des platines plutôt que d’acheter une guitare etc. Ce qui me plaisait, à l’époque, c’était l’électro et la techno, mais en réalité pour tout te dire, mon rêve à l’époque c’était de jouer de la guitare dans un groupe de rock ! (rires).

Donc avant mes 18 ans j’étais beaucoup plus rock, la techno est venu plus tard, même si ma sœur m’en faisait écouter un peu. Puis j’ai eu mes gros chocs musicaux comme Laurent Garnier, Vitalic et Arnaud Rebotini un peu plus tard.

 


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Quelles ont été tes influences ?

Les lives que j’allais voir comme je te disais, mais j’ai toujours été ouvert à des genres différents, j’ai fait du hip-hop, de l’abstract, j’ai joué dans des groupes de rock, de blues, j’ai fais du clavier… Il y a 6 ans j’étais dans un groupe mais nous avons arrêté, et j’avais gardé une machine électronique et je m’y suis remis.

C’était quoi ton matos à l’époque ?

Je suis passé par plusieurs étapes, car cela m’arrivait parfois de me tromper dans mes choix et achats. J’ai eu des platines vinyles, puis je me suis intéressé aux machines avec une Roland MC 303, mais je n’y arrivais pas trop et je suis passé par l’ordinateur avec Reason et Ableton Live. Je me suis détaché progressivement de l’écran pour me remettre aux machines analogiques que j’avais acheté entre temps.

Puis la grosse claque, comme je disais, c’était Arnaud Rebotini au 4 Sans et ses synthés analogiques de malade qui m’ont fait me dire « c’est ce son que je veux ». De voir un artiste faire cela sans ordinateur !

Comment t’es tu dirigé vers le milieu underground ?

Ça a évolué avec le temps car je faisais des sons purement électro/techno et puis à la longue je me suis mis à faire des sons un peu plus « bourrins », qui tapaient beaucoup plus. C’est à cette époque aussi que j’ai commencé à découvrir le milieu de la Rave, avec des collectifs qui organisaient des soirées à Bordeaux, mais à la longue c’était devenu trop ghetto pour moi, ça me plaisait carrément moins.

Pendant un moment j’ai cessé d’aller en soirée techno et il y a 8 ans j’ai connu les soirées du Manège Déjanté qui proposait des choses plus variées, plus folles, tant au niveau du son que de la déco. Ça m’a permis d’avoir de nouvelles idées dans mes productions musicales. Aujourd’hui, je fais parti des Alchimystik et membre fondateur du collectif P22 depuis 3 ans, avec qui nous organisons aussi des Free Party.

Comment en es-tu venu à jouer en live ?

Ça a commencé assez tôt, quand je commençais à mixer. J’ai débuté sur de petites scènes dans des festivals etc, mais j’avais tendance à me lasser assez vite et je ne trouvais pas forcément mes marques. Puis j’ai fait la connaissance de mon voisin (maintenant ancien) qui m’entendait jouer, et qui avait une asso, AKM, qui organisait des soirées ! Il m’a proposé alors de jouer au BT59, c’était il y a 5 ans et là ça correspondait vraiment plus à ce que je voulais jouer devant des gens qui étaient plus réceptifs, et le public a commencé à me suivre. Ça m’a donné envie de travailler encore plus sérieusement.

Peux tu nous parler de SOUNDRISING le label qui te produit ?

C’est avant tout une histoire de potes, on s’est rencontré en soirée. Le label à commencé en 2013 à Bordeaux, moi j’étais encore chez AKM . J’ai adoré ce qu’ils faisaient même si c’était un peu plus bass music. Par la suite ils m’ont proposé de sortir mon premier EP avec eux, Black Empire en 2015.

Tu reviens désormais cette année avec Split, ton premier album. Ça marque un changement ainsi qu’une évolution dans ta production ?

Oui, car entre temps j’ai fait d’autres morceaux, j’ai été influencé par mes écoutes et cet album est réellement différent de Black Empire. C’est plus electro et ça tape vraiment car c’est ce que j’aime, et on est clairement dans de l’acid techno. Le morceau « Split » est légèrement différent du reste de l’album car je voulais faire quelque chose de plus « fou », comme on peut le voir dans le clip, qui est visible sur Youtube. J’ai beaucoup plus travaillé dessus que sur mon premier EP. Victor Newman qui est un compositeur de malade et qui m’impressionne beaucoup m’a aidé à enregistrer et à faire les arrangements, puis il y a eu l’étape du mixage avec DISKAL. J’ai beaucoup appris de choses avec eux.

 


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Le nom Split, c’est un clin d’œil au film de Night Shyamalan ?

Ahah oui, c’est ça l’idée ! En fait j’ai vu le film, et la folie des gens me fascine. Autant quand je suis en soirée avec mes potes et que l’on délire, que quand je me dis: « wow il y a vraiment des gens qui sont réellement tarés et schizos ». Quand nous avons fait le clip du titre « Split », c’est cette image-là qui est retranscrite, le titre est moins linéaire que les autres, il est construit différemment.

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Comment tu appréhende ta Release Party aux Vivres de l’Art ?

J’adore ce lieu, c’est là où j’ai pu faire de supers rencontres dans mes débuts avec des artistes comme Les Frères Coulures, Les Chattes du Cimetière (LCDC) et d’autres qui m’ont permis d’y jouer dans le passé, je m’y sens vraiment bien. Là ce qui est différent c’est que j’organise – avec SoundRising et l’asso 303 – donc j’ai quand même la pression et surtout l’envie de donner le meilleur de moi-même. Les personnes que j’ai choisi pour jouer comme pour faire le mapping, les expos, ou la déco, ce ne sont que des tueurs qui bossent, il n’y aura que des bons ce soir là !

Si tu devais nous citer un morceau qui n’est pas du tout techno mais que tu affectionne particulièrement ?

Alors je dirais sûrement Nirvana, car ouais, je suis un gros fan du groupe, et je dirais le titre « Heart Shaped Box » que j’aime énormément.

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Rencontre avec Samuel Benchetrit : un grand moment

dans DIVAGATIONS LOCALES/ÉVÉNEMENTS
Samuel Benchetrit FIFIB

Samuel Benchetrit, c’est ce mec qu’on retrouve un peu partout : dans notre cinémathèque, notre bibliothèque, au théâtre… Bref, un artiste aux multiples talents qui nous surprend, nous fait rire, nous émeut, et bien plus encore. C’est pourquoi le Type a décidé de profiter du FIFIB 2017 pour le rencontrer. Nous avons ainsi eu le plaisir de nous entretenir avec un artiste à l’écoute, sensible et touchant. Lire plus

Rencontre avec le merveilleux Michel Ocelot

dans ÉVÉNEMENTS

À l’occasion du FIFIB 2017, Le Type a eu l’opportunité d’interviewer le réalisateur de Kirikou, Azur et Asmar ou encore Les contes de la nuit : Michel Ocelot. L’occasion de découvrir un philanthrope emprunt de bienveillance, un homme à l’image de ses films d’animation. Une merveilleuse rencontre.

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Le Type : Bonjour Monsieur Ocelot. Nous nous présentons, nous sommes rédactrices pour Le Type, un webzine bordelais constitué de rédacteurs, bénévoles, passionnés de culture.

Michel Ocelot : Ces énergies partout, je suis émerveillé. Vous faîtes partie de mon émerveillement. La France est un pays qui tient à la culture, et cela permet à des gens comme moi d’exister. Et ça, partout : dans les grandes villes et les petits hameaux… c’est étonnant !

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Vous dîtes que vous étiez embêté d’avoir l’étiquette « enfants » sur le front, et que vous réalisiez aussi pour les adultes. Vos films d’animation ont-ils pour but de faire appel à l’enfant qui sommeille en chaque adulte ?

Non, non, non ! Je ne fais pas appel à l’enfant qui sommeille dans les adultes. Quand j’étais enfant, j’étais content d’être enfant. Aujourd’hui je suis adulte et je suis content d’être adulte. On peut être adulte et gentil, innocent, pur, et tout et tout. Et il ne faut pas être désespéré d’être un adulte. Quand je fais mes films, ce qui m’intéresse c’est de parler à tout le monde. Et je ne demande pas aux adultes de devenir enfants. Euh… bon, peut être qu’il y a quelque chose là-dedans ; je leur demande aussi d’être peut-être innocents et gentils, et de croire aux grands sentiments. Mais à l’intérieur, tout le monde est innocent et croît aux grands sentiments. C’est clair. Et mes films, que certains pensent être des films pour les enfants, ça touche plus les adultes que les enfants. Donc, pour résumer : je ne suis pas assez intelligent pour faire des films avec une cible. J’essaye de faire le meilleur film possible, et des films qui intéressent tout le monde. Dont moi aujourd’hui. Et puis c’est tout. Aime qui peut (rires). Mais je n’ai pas peur d’être innocent et sensible.

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Nous sentons que l’immigration est un sujet qui vous tient à cœur, notamment au travers d’Azur et Asmar, sur lequel vous avez passé 5 années. C’est un sujet très actuel. Est-ce qu’il y aurait un message que vous aimeriez faire passer sur ce dernier ?

Azur et Asmar en est plein. Quand j’ai pensé à ce film, je me suis donné une mission : un film qui soit ici et maintenant. Est ce qu’on peut s’entendre ? C’est vraiment ce que j’ai dit : je fais ça. Et puis, petit à petit, j’ai trouvé des histoires. Mais là, je m’applique à montrer des gens différents. Toutes les différences : hommes/femmes, vieux/jeunes, riches/pauvres, installés/immigrés, et pour dire les choses clairement : chrétiens et musulmans. Est-ce qu’on peut s’entendre ?

Donc je mets toutes ces différences ensemble et je fais un petit peu bouillir. À certains moments, j’échange les rôles pour que l’immigré soit riche et que le riche découvre qu’il est immigré et rejeté. Et petit à petit, ces gens s’aiment parce qu’ils sont aimables. Et  j’insiste : ce n’est pas utopique. S’apprécier entre gens différents c’est très facile. La différence, c’est plutôt un petit piment qui permet de relever la sauce. Et ça pousse plutôt. Alors, ça marche très bien entre individus, entre groupes c’est beaucoup plus difficile. Mais entre individus, je garantis que c’est plus facile de bien s’aimer en étant différents, et même au contraire, c’est quelques fois plus facile.

On me dit souvent « C’est bien, vous faîtes des films en faveur de la tolérance ». Non, non : je roule pour le plaisir de la vie et pas pour la tolérance. Et les gens, à la fin d’Azur et Asmar, qui dansent ensemble, ce n’est pas parce qu’ils sont tolérants : c’est parce qu’ils s’aiment bien. C’est encore autre chose. Et quand Azur trouve Jenane belle c’est parce qu’elle est belle, que grâce à son travail elle s’est achetée de très beaux bijoux, elle est fort bien habillée et il dit qu’elle est belle parce qu’elle belle, pas parce qu’il est tolérant. Quand il se régale avec des cornes de gazelles, il ne se régale pas parce qu’il est tolérant : c’est parce que c’est bon (rires). Et c’est plutôt de ce côté que je vais. Bien sûr, on a besoin de tolérance. Mais je pense plutôt au plaisir d’être vivant et d’être sur cette planète. Il faut voir ce dont on dispose et en jouir.

Itw Michel Ocelot

Vous avez refusé beaucoup de projets dans votre carrière (des projets de BD, pour la télé,…), quitte à ne pas vivre dans l’aisance. C’est primordial pour vous d’être un homme libre de choisir ?

C’est relativement monstrueux : je n’ai fait toute ma vie que ce que je voulais. Tous les films que j’ai fait, c’est moi qui les ai décidés. Ce n’est jamais une commande. Donc ma vie, c’est faire ce que je veux.

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Pourquoi « monstrueux » ?

Parce que je ne connais personne qui y soit arrivé (rires).

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C’est merveilleux plutôt, non ?

Oui. Alors le prix que j’ai payé c’est que dans ma vie, avant Kirikou, j’en ai bavé et je n’ai pas eu une bonne vie. J’ai été chômeur longue durée et c’est abominable. Et j’ai quand même perdu mon temps. Au lieu d’être chômeur longue durée j’aurais dû faire des films. Donc je n’ai pas eu une vie tout à fait parfaite. Mais il est vrai que je n’ai fait que ce que je voulais. Et quand des gens me disaient ou m’ordonnaient « tu dois faire ça », et que ça ne me plaisait pas, je ne le faisais pas. Et je n’ai jamais écouté la moindre chose qui ne me plaisait pas.

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Ces refus, vous les expliquez notamment parce qu’il était essentiel de faire des choses que vous considériez comme belles. Vous avez d’ailleurs déclaré lors d’une interview à Abus de ciné « J’essaye simplement de faire du beau ». C’est l’essence de tous vos projets, la beauté ?

J’ai le pouvoir de faire de la beauté, j’en profite.

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Pour parler un peu de vos projets, dans une interview en 2013 vous aviez parlé de faire un film d’animation sur Paris dans les années 1900. C’est un film que vous allez effectivement faire ?

Ce n’est plus un projet ! L’image est terminée et on va travailler le son jusqu’à janvier prochain. Mais en gros il est terminé. Mais il faudra attendre le 10 octobre 2018 pour le voir, parce qu’on essaye de le sortir au meilleur moment. Il est fait, et de temps en temps j’en suis content.

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Dans vos films, on retrouve souvent ces personnages qui sont mis à part, rejetés par les autres, moqués… pourquoi ?

Les gens originaux, les gens à part ne sont souvent pas très bien reçus. Donc je traite souvent de ce sujet. C’est aussi pour encourager les gens qui ne sont pas encouragés : si, si, on va y arriver ! C’est quand même aussi ma vie. Pendant longtemps, on pensait que je n’étais pas bon. Bah oui, j’ai mis tellement de temps à avoir une carrière ! C’est quand même mon histoire, le vilain petit canard dont on ne veut pas et qui finalement y arrive.

On remarque que les femmes ont une place prépondérante dans vos films : la princesse dans La princesse insensible , la sorcière Karaba, la nourrice et la princesse dans Azur et Asmar… C’est important pour vous que les femmes aient cette place dans vos films ?

Je n’aime pas les imbéciles et je n’aime pas les salauds. Et les traitements des femmes et des fillettes par les hommes mauvais, c’est stupide, ça fait du mal à tout le monde, y compris à eux. Ça me met hors de moi. Je suis aussi très conscient, de plus en plus, de toutes les horreurs qu’on fait aux femmes dans le monde entier, mais en France aussi. Moi, il me semble que la condition féminine recule en France et je veux en parler. Et je n’ai jamais compris que les hommes veuillent piétiner les femmes. Moi, dès mon enfance, j’avais deux femmes automatiquement dans ma vie : ma mère et ma sœur. Je ne me suis jamais senti supérieur à ces personnes sensationnelles. C’est une évidence, et je ne comprends pas. Et dans mon prochain film, alors là, je fonce dedans.

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Dans vos films, il y a cette magie qui fait que chaque personnage a le pouvoir de créer à partir de rien et de faire de belles choses : les prétendants dans La princesse insensible, la sorcière Karaba, Les contes de la nuit… C’est un fantasme pour vous, de pouvoir créer en un claquement de doigts ?

Ce n’est pas un fantasme, c’est ma réalité tous les jours (rires). C’est un peu mon métier. Rien n’existe. Et au bout de quelques années, quelque chose existe.

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Vous avez fait de ce fantasme une réalité en fin de compte.

Oui. Et puis c’est un peu ce que j’ai fait toute ma vie et y compris en étant enfant, m’activant tout le temps et faisant des petites choses avec des bouts de papiers, des choses comme ça. Et je continue et je trouve que c’est intéressant de transmuter le plan en or. Ça me plaît. Transformer l’or en or je trouve ça vulgaire. Et arriver à faire quelque chose de bien avec peu, c’est bien. C’est magique.

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Vous êtes passés du découpage de papier, aux ombres, pour finalement faire du numérique aujourd’hui. Avez-vous une préférence pour l’une de ces techniques ?

Non, en gros, j’aime tout. Et aujourd’hui, on a un peu de mal à faire un long métrage sans ordinateur. Mais je regrette beaucoup le temps où je faisais des choses en bricolant avec mes dix doigts. L’ordinateur, quand même, c’est une frustration : on ne touche rien. Et aujourd’hui, la 3D est très compliquée et très lourde, et il y a des corps de métier différents à mesure qu’on avance dans le tournage, et les corps de métier savent faire une chose et pas l’autre. Et quand on arrive à ce stade là, qu’on s’aperçoit qu’ici il y a un truc qu’il faudrait changer, on te dit « Ah non, c’est trop tard ! Revenir en arrière ça coûte trop cher ! ». Alors que quand on faisait avec des bouts de ficelles, on se débrouillait, on le faisait sans avoir à appeler un corps de métier spécial. Sans se demander si c’était prévu dans le devis. Mais bon, le prochain que je suis en train de terminer il est tout numérique, 3D et 2D.

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Quelles sont vos inspirations ?

Tout. Je suis content de vivre au XXème et XXIème siècles où on a accès à tout – surtout au XXIème siècle avec internet. Toute la planète m’intéresse, à peu près toutes les civilisations m’intéressent. Je suis bien conscient de ne rien faire d’original puisque tout m’inspire, mais c’est quand même moi qui raconte. Je sais que j’utilise des matériaux venus de tous côtés mais c’est moi qui raconte et je n’ai pas vraiment un auteur qui m’inspire et je voudrais être tel auteur, non. Je suis moi et je grappille partout.

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Auriez vous des conseils à donner à quelqu’un qui débuterait dans les films d’animation ?

Le conseil que je peux donner c’est de filmer, filmer, filmer. Maintenant, avec le numérique, l’image, soit vue réelle, soit vue de l’animation, est quasiment à la portée de tout le monde et il faut filmer, filmer filmer. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Alors, filmez, filmez, filmez, filmez, et puis essayez petit à petit d’être de plus en plus sincère, de plus en plus honnête pour toucher les gens. Je pense que les gens sentent quand vous êtes complètement innocent et honnête et que vous ne vous foutez pas de leur tête.

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Un immense merci à vous, Michel Ocelot.

Crédits photos : Chloé Gingast

Interview : La Prune, un groupe west-coast qui transpire le rap sudiste !

dans DIVAGATIONS LOCALES/MUSIQUE

On vous avez prévenu, La Prune est un groupe de rap à suivre en 2017 ! À peine 6 mois après la sortie d’un premier EP éponyme, Krab, Endé et l’Epicier sont de retour avec Reine Claude, un nouveau cru à consommer sans modération. Pour l’occasion, le Type a rencontré ces trois druides pour une délicieuse interview.

 

La Prune est un groupe tout récent aux yeux du public – le premier morceau est sorti en septembre 2016 – mais il est composé de trois membres aux parcours déjà riche dans l’underground

S’il y a bien une chose qu’on a tous les trois en commun, c’est l’amour de l’inconnu. On a tous arpenté pas mal d’ambiances à travers la musique. L’Epicier, c’était le genre de mec à quitter Toulouse pour s’installer à Londres par amour de la grime. Krab, un touche-à-tout de longue date. Rap, beatmaking, ça sonnait south, dirty south, comme la plupart des vinyles de L’Epicier. Endé, lui c’est le mec un peu plus street qui est tombé sur une mixtape rap us spécial Miami à côté de sa compilation de la Scred. On a mélangé tout ce bordel pendant dix bonnes années, et ça donne un joli petit mélange qu’on a décidé d’appeler La Prune. Quitte à régulièrement se croiser dans l’underground bordelais, autant faire les choses ensemble.

 

C’est comme ça que vous avez formé le groupe ?

On ne s’en rendait pas compte mais la prune, on la buvait déjà ensemble bien avant que le projet naisse. On a pas mal collaboré à travers nos différents projets individuels et il y a une espèce d’esprit famille qui s’est installé. On ne s’en est pas vraiment rendu compte mais on a un peu officialisé cette fraternité un soir autour d’une eau de vie de prune millésimée.

 

Quand on écoute ce que vous faisiez avant, on a l’impression que La Prune marque un tournant musical pour vous, comme une renaissance.

Pour nous, ça reste dans la continuité. En fait, c’est pas qu’on a changé notre musique, on était tous les trois dans des perspectives individuelles avant La Prune. Même si on faisait déjà des morceaux ensembles, on n’a jamais été une seule entité, ça ne donnait pas ce qui a fait La Prune. C’est vraiment le mélange de nos trois univers, et cet héritage commun, nos premiers amours, le dirty south, Memphis, le crunk et la west. Ça fait 10 ans qu’on explore la musique rap et La Prune c’est la consécration de tout ça. Tout ce qu’on a su faire et aime faire, on le met dans un seul produit La Prune.

 

L’EP La Prune, se démarquait déjà par son aspect mature et original. Avec Reine Claude, c’est la qualité du son qui passe un cap. Il est plus homogène, plus “propre”. Qu’est-ce que vous avez changé ?

Sur La Prune, on a exposé ce qu’on savait faire et sur Reine Claude, on a voulu poussé le concept plus loin. La Prune, c’est trois individualités assez fortes dont les univers se rejoignent mais avec beaucoup de différences aussi. On ne savait pas exactement comme ça allait se passer mais l’alchimie qu’on a eue, a permis de faire ressortir l’identité d’un groupe. Maintenant, il n’y a plus de Krab, L’épicier et Endé, c’est La Prune. Sur le premier EP, on est arrivé à trois sur le terrain sans forcément jouer ensemble mais autant dire que pour la deuxième saison on est là pour jouer en équipe. Avec Reine Claude, il y a ce fil rouge qui se dessine et ce fil conducteur amènera encore plus d’homogénéité sur les prochains projets.

 

C’est le son du sud qui vous a réuni ?

La Prune, ça pue le sud. Memphis, Houston, la Three 6 Mafia, Pimp C, DJ Screw… ça fait partie de notre culture, de nos influences.

 

Le rap français a surtout été influencé par le son de New-York au début…

On vit dans un pays où c’est dur de se reconnaître dans une culture country. Parce que c’est bien de country rap dont on parle depuis tout à l’heure. Et en France, surtout à Paris, c’est logique que culturellement on se rapproche de New York.

 

Est-ce que le fait d’être originaire du Sud-Ouest vous a plus rapproché du rap sudiste ?

Oui, c’est une question de message. Là où d’autres se reconnaissent dans le rap new-yorkais, nous pas du tout. Si t’écoutes nos textes, tu remarqueras qu’à aucun moment on se plaint. Ce qu’on a aimé dans ce rap du sud et aussi de la west, c’est l’aspect un peu plus léger, plus chill et beaucoup plus musical. On se reconnaissait moins dans le côté mélancolique ou énervé. Nous, on cherche plus à s’évader.

 

Dans votre rap, il y a quand même cet aspect kickage dans l’esprit boombap. Sur l’EP La Prune, on sent comme une compétition de punchline entre Endé et L’Epicier. Et il y a ces deux vannes sur Maître Gims et PNL.

C’est des blagues, c’est toujours que de l’amour. Pour faire peser les mots faut toujours des images fortes. Quand on est arrivé à trois on était déjà dans une espèce de confrontation entre nous-même, avec ce côté subversif et compétition. Alors que sur Reine Claude, y’a une espèce de sérénité et plus besoin de se comparer.

 

Et ce qui ressort aussi, c’est votre amour pour les jeux de mots et les références improbables.

Les références sorties de nulle part, elles nous tiennent tellement à cœur. On adore ça.

Le morceau « Courcel » par exemple, en référence au cognac…

C’est pas du cognac Courcel, c’est du Courcel ! C’est un morceau qu’on a fait parce qu’on aime bien cette boisson. Quand on a enregistré Reine Claude, on buvait que ça. Courcel, canada dry et citron vert.

 

C’est buvable ?

C’est délicieux ! On a un cocktail par EP. On déjà a trouvé le nouveau pour le prochain projet et il est incroyable : Gin, ginger beer et citron vert.

 

Et vous buvez toujours de la prune ?

C’est pour les grandes occasions ! Pour le mariage de L’Epicier, on a bu de la prune. C’est quelque chose qui nous rapproche.

 

Et vous ne regrettez pas le choix de ce nom de groupe pour le référencement sur Google ?

Si on devait se poser ces questions, on aurait pleins de choses à regretter. Mais heureusement, c’est des questions qu’on ne se pose pas au moment de la production. Et puis il y a certainement beaucoup de gens qui en cherchant de la prune vont tomber sur notre musique et ça c’est un délice ! Mais il faut avouer que c’est un nom qui sort du commun.

 

Avec Reine Claude, vous restez sur le même champ lexical, c’est une variété de prune !

Alors Reine Claude, c’est aussi parce qu’un nom féminin était parfait pour cet EP qui parle beaucoup d’amour et de femmes.

 

Quand vous parlez de femmes, vous parlez de votre femme. C’est un discours assez original dans le rap.

En dix ans de rap, tu fais le tour, plus besoin de parler de putes. Tu peux aussi parler de ta femme, sans faire l’amoureux. Le morceau « FIB », c’était une facette. Bien sûr, tu grossis les traits. C’est des choses qu’on assume. On essaye de donner de la valeur aux choses sans être dans la surenchère. Et c’est plus sincère.

 

Il y a deux autres thèmes qui reviennent dans vos morceaux l’alcool et la ride. C’est le reflet de votre mode de vie ?

C’est totalement ça. On n’est pas là pour revendiquer. On ne fait pas des trucs de dingue. On raconte ce qu’on vie, les choses simples de la vie. On est assez à l’aise avec ce qu’on est et notre mode de vie, ça ressent dans notre musique. On essaye d’apporter du kiff. L’alcool, ça fait partie de la vie. On est des bons vivants, on aime la charcuterie fine, on aime bien boire un coup. On n’est pas trop William Peel, plutôt bonne bouteille de vin. Le côté gourmet de la chose quoi.

 

C’est quoi votre définition de la ride ?

On a découvert la ride avec un pote, Mimosa, qui faisait partie du collectif Réservoir Dogues. Il nous a initié à la ride, il y a des années. Tu peux rider à pied, tu peux rider ton canapé. C’est comme l’expression west, t’es dans une west, c’est être dans un truc cool. Rider, c’est un bon moment où tu ne penses pas à ce que tu vas faire après. La ride, le chill, le sud pour nous c’est les bonnes vibes.

 

Quels sont vos projets pour la suite ?

Ce qu’on peut te dire, c’est qu’on écoute déjà le prochain EP.

 

Vous êtes partis pour sortir des projets tous les 6 mois ?

On est sur une ride un peu vive. Mais sincèrement, ça nous a paru super long ces 6 mois !

 

La Prune en concert, c’est pour bientôt ?

On commence à avoir pas mal de morceaux, si on a des opportunités de scènes intéressantes on les saisira. Aujourd’hui, on veut construire quelque chose de solide. L’envie et la volonté sont là. En attendant, on va continuer à pousser notre concept de vidéo live session.

 

Les créatures hybrides empreintes de poésie de Clarisse Billard

dans ART ET CRÉATION/DIVAGATIONS LOCALES

Lorsque Le Type a découvert le travail de Clarisse Billard sur le marché de noël de l’IBoat, il a tout de suite voulu en savoir plus. L’occasion de rencontrer une artiste singulière aux inspirations éclectiques. Illustrations dont les personnages mi-enfants mi-animaux aux costumes empreints de féerie et de poésie rappellent les contes de notre enfance : bienvenue dans le monde de Clarisse Billard.

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Le chemin vers l’illustration

Clarisse Billard a commencé par l’école du Louvre où elle a étudié pendant 4 ans l’histoire de l’art. À la fin de ses études, elle a travaillé comme documentaliste multimédia sur des productions de CD-ROM culturels. C’est ensuite qu’elle partira à Londres où elle prendra des cours de graphisme et se tournera vers le web, en continuité de son expérience avec les CD-ROM où elle travaillait avec des graphistes. Ce job l’attirait puisqu’il lui permettait d’allier son amour pour le dessin et ses compétences organisationnelles. Elle a ensuite travaillé sur des petits programmes avec pour mission l’organisation de contenus: rédaction de textes, la création graphique des interfaces modules, images (a notamment travaillé pour J.L Étienne pour qui elle a fait les sites)… In fine, elle a fini par se mettre à son compte en tant que graphiste (web designeuse).

Mais petit à petit, Clarisse est revenue vers son premier amour, c’est à dire le dessin. L’élément déclencheur a notamment été des faire-parts qu’elle a réalisés pour des amis. Car, oui, Clarisse a toujours dessiné. Avant l’école du Louvre, elle avait d’ailleurs pour projet de s’orienter vers des études de stylisme. L’artiste avait pour habitude de dessiner des costumes, des silhouettes… Habitude qu’elle n’a d’ailleurs pas perdu au vu de l’omniprésence des costumes dans la plupart de ses illustrations. Elle a gardé secrets ses dessins pendant de longues années, jusqu’à ce qu’une de ses amies la pousse à présenter son travail sur le marché de noël de l’IBoat dont elle connaissait l’organisatrice. Pour l’occasion elle avait alors fait toute une série de dessins en noir et blanc.

Des sources d’inspirations éclectiques

Les sources d’inspiration de cette illustratrice sont très nombreuses, notamment grâce à sa formation qui lui a permis d’étudier l’art de ses débuts à nos jours. Entre autres, elle me citera Jérôme Bosch (XVème), Béatrix Potter et Lewis Caroll, Fred (la bande dessinée « Philemon »)-plutôt pour le monde dans lequel il nous transporte que pour ses dessins : un monde imaginaire et absurde… Le dadaïsme et Miyazaki font également parti de ses inspirations tout comme le sont Adrienne Ségur ou Delphine Vaute.

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Les outils dans sa mallette à créa…

Pour ses illustrations, Clarisse utilise un à crayon mine sèche pour la précision. Ensuite, elle repasse en général sur ses dessins avec des feutres aux pointes fines. Pour la mise en couleur, les POSCA et comme elle aime les mélanges de textiles et de motifs (s’inspire beaucoup d’Haeckel), il lui arrive de scanner des textures en aquarelle et de retravailler ses dessins à partir de ces dernières.

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Les supports

À ses débuts, l’artiste avait fait des coussins et des totes-bags sur lesquels nous pouvions retrouver ses illustrations. Vous pouvez d’ailleurs toujours les retrouver sur sa boutique Etsy. Mais aujourd’hui, elle veut se cantonner à l’illustration, à l’aspect d' »artiste » et non pas de « créatrice ». Un de ses objectifs à long terme serait d’écrire un livre pour enfants et, pourquoi pas, travailler en collaboration pour pouvoir réaliser des illustrations dédiées aux livres pour enfants.

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Et sinon, des expos ?

Pour l’instant, nous ne pouvons pas retrouver les œuvres de Clarisse dans des expositions. En revanche, vous pourrez la retrouver sur le Super Marché de Printemps de l’IBoat les 13 et 14 mai 2017.

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Clarisse Billard définit son travail comme…

… Des dessins au trait fin et précis, en noir et blanc ou servis par une palette vive et franche. Un univers enfantin et poétique, à mi chemin entre le rêve et l’absurde, une sorte de cadavre exquis dans lequel se promènent des créatures hybrides mi enfants mi animaux.

Où retrouver ses œuvres ?

On peut retrouver ses œuvres sur Facebook, Instagram et sur son site (plus dédié à son métier de graphiste). Vous pouvez également faire un tour sur sa boutique Etsy. On note par ailleurs qu’elle a pour projet la création d’un site dédié à ses illustrations.

Interview du producteur Nude (Seasons EP)

dans DIVAGATIONS LOCALES/MUSIQUE

À 24 ans, Nude sort déjà son 5ème EP chez Moose Records (Andrea, Dream Koala, Katuchat). Intitulé Seasons, ce 5 titres nous emmène en voyage sur un son électro très aérien, qui flirte avec des envolées pop, future rnb et même abstract hiphop. Le Type est allé à la rencontre de ce jeune producteur, installé depuis peu à Bordeaux, qui autour de quelques pintes est revenu sur ses débuts, son année très productive et sa passion pour la musique électronique.

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Tu as commencé la musique très jeune, avec le conservatoire, 10 ans de batterie et percussions. Comment es-tu passé de cette éducation musicale classique à la production électronique ?

Nude : En fait, ça m’a toujours attiré. Quand j’étais gamin mon père écoutait beaucoup Massive Attack, Air, ce genre de groupes. Et je me souviens, à la bibliothèque, sur 10 CDs que j’empruntais, il y en avait toujours au moins 5 d’électro. J’ai commencé à écouté Amon Tobin, Aphex Twin, puis les artistes du label ED Banger… Plus j’en écoutais, plus j’avais envie de faire cette musique, sans vraiment comprendre comment ça marchait. Au début, j’avais pas cette image de production en studio, je m’imaginais que c’était produit sur des tables de mixages (rire).

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Et tu as débuté comment ?

Nude : C’est venu après. Je faisais beaucoup de skate et j’ai rencontré un pote, Alexis qui m’a initié au logiciel Ableton Live, il m’a montré comment utiliser une boîte à rythme, etc. Petit à petit, je m’y suis mis comme ça !

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Avec du recul, est-ce que tes années de conservatoire t’ont aidé pour produire ?

Nude : Pas assez, je trouve… ça m’a beaucoup servi pour tout ce qui est rythmique, limite c’est ce que je crée en premier. Mais là où ça m’aide pas vraiment, c’est pour tout ce qui est accord et mélodie. Si j’avais fait du piano, ça m’aurait servi beaucoup plus. Concrètement au début, j’assemblais parfois trois pistes pour composer un même accord. Bienvenue dans la musique électronique ! (rire)

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On est vraiment dans l’expérimentation… (rire)

Nude : Complètement, et le pire dans tout ça, c’est que les morceaux que je préfère dans ce que j’ai composé, c’est des bugs. Des erreurs, des effets que j’ai triturés dans tous les sens jusqu’à ce que j’obtienne un son qui me plaise. Sur le dernier EP, il y a la moitié des morceaux que je n’arriverais surement pas à reproduire. Et c’est ça que je trouve génial !

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Avant d’être Nude, tu as commencé la production sous le pseudo Weshokids en 2012. Tu as sorti des morceaux chez Château Bruyant avec un son très Trap, assez différent de ce que tu produis maintenant.

Nude : J’avais de l’énergie à revendre. J’allais beaucoup en teuf, j’écoutais de la trance, de la hardtek. Je voulais faire de la turbine, envoyer du son qui tabasse. Mais pour faire ses armes, c’est pas ce qu’il y a de plus facile. Par exemple, la gestion de la basse est hyper importante pour ce genre de son. Ce qui fait que je m’en suis éloigné, je me suis rendu compte que ça ne me correspondait plus.

Et donc en mars 2015, tu renais sous le nom Nude et tu sors ton premier EP chez Moose Records ; No Air. Ça marque un tournant musicale dans ta production.

Nude : Oui, en fait c’est parti de la rencontre avec le producteur Andrea (cofondateur de Moose Records), toujours via des connexions au skate (Katuchat qui est également chez Moose Records). Il me connaissait en tant que Weshokids mais m’a poussé à me dépasser et quand je lui ai fait écouter le morceau « No Air », il m’a dit : « C’est bon, t’as le premier morceau ton premier EP. Il faut que tu continues dans cette direction. » Et c’est comme ça que j’ai commencé à produire chez Moose Records.

Au fil des EP on sent que le son très brut du début est devenu plus sensible et subtile.

Nude : J’ai cherché à faire un son plus féminin, à apporter plus de volupté dans mes morceaux.

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Début septembre, tu as sorti ton cinquième projet, Seasons. Comment l’as-tu composé ?

Nude : D’habitude je travaille beaucoup en studio, mais celui-là je l’ai composé quasiment entièrement dans le train. Entre Tours, Paris et Bordeaux. Du coup, la façon dont je l’ai produit est vraiment différente des autres EP. J’étais à la fois au calme et en même temps toujours interrompu.

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C’est la raison pour laquelle, les morceaux sont si variés ?

Nude : Exactement, je commençais un morceau mais dès que j’étais interrompu j’avais envie de partir dans une autre direction. Alors que sur l’EP Faces par exemple, j’ai vraiment créé un projet homogène.

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Ce qui est étonnant, c’est que Seasons est plutôt dansant au début avec un son presque pop, pour finir par un morceau très mélancolique.

Nude : Ça résume un peu cette période un peu troublée où je l’ai composé, où je suis passé par différentes humeurs et émotions. Et c’est pour ça que je l’ai appelé Seasons.

© Geoffrey Jousselin
© Geoffrey Jousselin

Tu as collaboré avec deux chanteurs sur cet EP. Le chant c’est un élément important de ta musique ?

Nude : Je suis triste quand il n’y en a pas. Mon rêve, ce serait de pouvoir avoir les chanteurs sur mes lives, comme Bonobo le fait. Il a trois chanteuses et elles sont là sur scène à chaque fois.  

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Avec quels artistes aimerais-tu collaborer ?

Nude : En production, le top ce serait Kaytranada. Pour le chant, il y a Alina Baraz qui a une voix incroyable, j’adorerais collaborer avec elle. D’ailleurs, son manager m’avait contacté mais ça ne s’est pas fait malheureusement.

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Quelle est la suite ?

Nude : J’ai déjà enregistré le prochain EP (rire) ! J’ai passé 3 jours à Hossegor pour me couper de tout parasitage et me concentrer sur la musique. Je suis vraiment content du résultat. Je ne sais pas encore quand il va sortir.
Il y a aussi un clip en préparation. J’ai été contacté par des étudiants étrangers qui sont en école de cinéma. Ils vont venir à Bordeaux pour clipper le morceau « Rooftop » !

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