Eclectype #111 : La playlist néo-aquitaine (juin 2026)

Comme chaque mois, on vous propose une sélection de sorties musicales récentes venues de Bordeaux et de la région. Du rap à la pop, du rock aux musiques électroniques, cette playlist Eclectype rassemble des univers variés, sans distinction de genre ni de format. L’occasion de découvrir les artistes qui ont marqué ce mois de juin et de mettre en lumière la richesse d’une scène locale toujours aussi créative et foisonnante.

Rédaction : Alexis Faucher et Nael Lahraoui

ALT BLAQ x Claire – Rien n’est impossible

Sur « Rien n’est impossible », ALT BLAQ et Claire rendent un hommage moderne au R&B des années 1990. Porté par des mélodies chaleureuses, des harmonies soignées et un refrain qui reste en tête, le morceau séduit dès la première écoute. Entre groove, optimisme et refrains fédérateurs, le duo livre un titre lumineux qui rappelle pourquoi le R&B de cette époque continue de marquer les générations.

banal mart – Fire and Flood

Extrait de l’EP From Root To Bloom And Moon To Earth, « Fire And Blood » nous plonge dans l’univers singulier de banal mart et de sa Super Sad Happy Folk. Le trio bordelais y déploie une composition à la fois délicate et maîtrisée, portée par une écriture profondément mélancolique et une interprétation chargée d’émotion.

À travers ce titre, le groupe explore les thèmes de l’épuisement, des rêves étouffés et de cette nécessité parfois salvatrice de tout remettre en question pour avancer. Une composition sincère et habitée qui illustre parfaitement la sensibilité du trio bordelais. Et pour prolonger l’expérience, difficile de ne pas recommander la Live Session du groupe, disponible sur YouTube.

Barb0ssax – U

Originaire de Bordeaux, Barb0ssax fait parler sa technique sur « U » avec un flow précis qui découpe l’instrumentale sans jamais forcer. Porté par une production douce et aérienne signée Ocel Beats, le morceau trouve un équilibre intéressant entre maîtrise du rap et atmosphère chill. L’artiste évolue avec aisance sur cette instrumental feutrée, laissant respirer les mélodies tout en conservant une présence affirmée.

Late 4 Summer – Blame Yourself

Sorti le 19 juin, « Bittersweet Youth » nous plonge dans l’énergie du pop-punk nouvelle génération. Inspiré par des artistes comme MGK, jxdn ou KennyHoopla, le morceau de Late 4 Summer conjugue guitares nerveuses et refrains entraînants avec une efficacité redoutable. Un titre intense et fédérateur, taillé pour être chanté à pleins poumons.

Blue Jay – SHOOT

Nouvelle dose de fraîcheur pour Blue Jay ! Avec « SHOOT », premier titre de son EP i just wanna make you proud, l’artiste toulousaine – signée sur le label bordelais Banzaï Lab – nous plonge immédiatement dans son univers, entre influences baile funk et sonorités brésiliennes. Un morceau taillé pour l’été, débordant d’énergie et d’efficacité.

Vocaux accrocheurs, production soignée, rythmiques irrésistibles : tous les ingrédients sont réunis pour faire mouche. Forte de son expérience sur les premières parties de Noga Erez, la musicienne affirme un peu plus sa personnalité artistique avec ce titre aussi singulier qu’addictif. Du très haut niveau.

Changeline – The.Elevator

Avec « The.Elevator », Changeline signe un morceau captivant à la croisée de l’alternative hip-hop, de l’alt-pop et de la soul. Dès les premières mesures, l’artiste installe une atmosphère singulière, portée par des flows habités et une interprétation intense. Certains passages pourront même évoquer l’approche émotionnelle et hypnotique du groupe américain $uicideboy$, tout en conservant une identité résolument personnelle.

L’instrumentale, parfaitement produite, accompagne avec finesse les vocalises et les harmonies de la chanteuse. Les textures, les nuances de la production et le soin apporté aux arrangements offrent un terrain d’expression idéal à son univers, plus affirmé. Premier extrait d’un EP attendu cet automne, « The.Elevator » porte un message d’espoir, de résilience et d’émancipation. Un titre prometteur qui confirme le potentiel de Changeline et que l’on aura l’occasion de découvrir sur scène à la Maroquinerie en fin d’année.

Duchesse Bleue – Les Mains

Avec « Les Mains », Duchesse Bleue livre une composition indie pop délicate et profondément personnelle. À travers ce titre, l’artiste bordelaise aborde avec sensibilité la question de la visibilité lesbienne, en racontant à la fois la fierté ressentie lorsqu’elle tient la main d’une femme dans l’espace public et les hésitations, les peurs ou les regards qui peuvent encore accompagner ce geste en apparence si simple.

Porté par des mélodies élégantes et sincères, le morceau nous invite dans un univers intime où l’émotion se déploie avec justesse. Entre chant et slam, Duchesse Bleue pose sa voix sur une production aérienne et envoûtante, trouvant un équilibre subtil entre fragilité et affirmation de soi. Voilà un titre, à la fois engagé et profondément humain, qui apporte une bouffée de fraîcheur et de sensibilité au cœur de l’été.

FC Kabagar – Furacao 2000 Fan Service

Condensé explosif de techno, de hard bounce et de latin tek, FC Kabagar signe un retour aussi efficace qu’imparable avec un morceau taillé pour les heures les plus intenses du dancefloor. Le duo bordelais, membre du collectif TAPE, démontre une nouvelle fois sa maîtrise des codes des musiques de club en livrant un titre direct, sans détour, pensé pour faire bouger les foules.

La recette est parfaitement dosée : gros kicks percutants, ligne de basse hypnotique, chops vocaux savamment placés et synthétiseurs aux accents latins qui apportent toute la personnalité du morceau. Le tout porté par un BPM soutenu qui ne laisse aucun répit et maintient la tension du début à la fin. Mention spéciale au passage jersey à 1″53, qui injecte une dose bienvenue de fraîcheur et de surprise avant de replonger dans l’efficacité redoutable du titre. Un banger sans fioritures, fidèle à l’ADN du FC Kabagar.

Fedalcontrol – On ne sait jamais

Avec « On ne sait jamais », Fedalcontrol signe un premier single à la fois élégant et désabusé. Produit par Mark Daumail (Cocoon), le morceau mêle songwriting pop, textures modernes et regard lucide sur le monde contemporain. Entre mélancolie maîtrisée et énergie lumineuse, l’artiste abandonne toute nostalgie pour mieux observer son époque, construisant un univers personnel qui navigue entre chanson française et pop alternative. Un titre accrocheur qui marque une nouvelle étape dans le parcours de Guillaume Fédou.

Grzesiak – No Name

Dès les premières secondes de « No Name », Grzesiak impose son univers : une techno intense, hypnotique et traversée d’une énergie brute qui ne laisse aucun répit. L’artiste bordelaise construit ici un morceau sous haute tension, où l’adrénaline reste constamment à son maximum et où chaque élément semble pensé pour maintenir l’auditeur en apnée.

Effets sonores, glitchs, risers, touches de synthétiseurs disséminées avec précision et rythmiques effrénées se superposent pour façonner une atmosphère dense et immersive. Derrière cette architecture sonore minutieuse se dessine une identité forte, à la fois sombre et captivante. Avec ses accents presque post-apocalyptiques, « No Name » évoque ces derniers instants d’un set où l’énergie atteint son point de rupture. Une décharge de techno obscure et puissante, taillée pour emporter une foule une ultime fois avant la fin de la nuit.

Matt Demon – Being Dimension

De retour avec la compilation Various – Deep Connections 2, le label royannais Tustance confirme un peu plus sa place parmi les acteurs incontournables de la scène électronique néo-aquitaine. À travers sept titres et autant d’univers singuliers, cette nouvelle sortie met en lumière les artistes qui façonnent son identité sonore.

Parmi les sept morceaux, « Being Dimension » de Mattdemon – fondateur du label – propose une immersion rythmique hypnotique, entre grooves tribaux et textures finement ciselées. Une montée en tension maîtrisée, une énergie contagieuse : tous les ingrédients réunis pour faire vibrer les dancefloors estivaux. À écouter sans modération.

Muddy Shores – Angel’s Face

Le quatuor bordelais Muddy Shores revient avec « Angel’s Face », un single qui évoque un amour devenu lumière, une présence que l’on aimerait retrouver à chaque réveil. Un thème universel porté avec sincérité et élégance.

Côté musique, difficile de ne pas succomber au charme de ce morceau rock’n’roll aux guitares envoûtantes, à la batterie parfaitement en place et à une voix qui se fond brillamment avec l’instrumentale. Un morceau qui révèle toute sa force aussi bien chez soi qu’en live, et une nouvelle réussite 100 % bordelaise.

 Not In Your Circle – Blue Garden

Extrait de l’EP Triptych, paru le 19 juin, « Blue Garden » démontre que les musiques alternatives et ambient occupent toujours une place singulière dans le paysage sonore bordelais. Pendant plus de 5 minutes, Not In Your Circle propose une longue traversée contemplative où se mêlent guitares aériennes, nappes synthétiques subtilement disséminées et sa fidèle flûte enregistrée maison, devenue probablement l’une de ses signatures.

À la fois apaisant et enveloppant, ce morceau se déploie avec une douceur rare, invitant à ralentir le rythme et à se laisser porter. Une parenthèse suspendue, idéale pour accompagner les premières heures de la journée.

Pakun Jaran – Rival Schools

Avec « Rival Schools », Pakun Jaran dévoile une véritable fusion d’influences, entre jungle, drum’n’bass, sonorités rave et cultures électroniques underground. Le mystérieux artiste bordelais démontre toute sa maîtrise technique à travers ce titre de plus de trois minutes, aux frontières du leftfield, ce courant électronique expérimental et avant-gardiste qui s’affranchit des formats traditionnels.

L’audace du producteur semble sans limite : changements de rythmiques constants, basses saturées, textures mouvantes et mélodies imprévisibles s’enchaînent pour créer une expérience sonore riche et déroutante. Chaque élément trouve sa place dans une construction proche du collage, où les ruptures et les contrastes deviennent une véritable force artistique.

Entre énergie brute et recherche sonore, Pakun Jaran revendique une approche libre, nourrie par des références (hypothétiques) comme G Jones, Eprom ou encore Alix Perez, tout en développant un univers qui lui est propre. Un morceau qui confirme la vitalité des scènes électroniques alternatives bordelaises – et ça fait plaisir à entendre.

RGRD Vol. 3

Le retour ! Pour sa troisième édition, RGRDpour Rive Gauche Rive Droite – confirme la pertinence d’un projet devenu incontournable dans le paysage rap bordelais. Portée par la Rock School Barbey en collaboration avec les jeunes des quartiers de Bordeaux et de sa métropole, cette nouvelle compilation rassemble 19 titres qui témoignent d’un véritable savoir-faire artistique et technique.

Drill, trap, afro : les influences se croisent et se complètent au fil des morceaux, portées par des productions soignées, des textes incisifs, des mélodies accrocheuses et des traitements vocaux parfaitement maîtrisés. Du choix des instrumentales au travail du mixage, en passant par les performances des rappeurs, chaque détail contribue à donner à l’ensemble une qualité qui n’a rien à envier aux standards des plateformes de streaming ou des grandes radios.

Quelques morceaux ont particulièrement retenu notre attention : « Comptant » de Resfa, « Nia » de Pashpash et « Les Braconniers » de Hiné, trois titres qui illustrent parfaitement la diversité et la richesse de cette troisième édition.

Plus qu’une simple compilation, RGRD Vol. 3 incarne une initiative culturelle forte, capable de créer des ponts entre les quartiers, de favoriser les échanges entre artistes et de contribuer, à son échelle, à renforcer les liens entre les jeunesses de la métropole bordelaise. Une nouvelle réussite pour un projet qui continue de faire grandir la scène locale.

Shayane – Le bon moment

Entre nappes analogiques chaleureuses et sonorités hypnotiques, Shayane dévoile « Le bon moment », son premier single en français. Entre french pop et influences électroniques, la chanteuse originaire de Biarritz explore avec finesse les sentiments qui persistent lorsque l’on peine à tourner la page, même lorsque la raison nous invite à avancer.

Accompagnée par le talentueux Alex Layan à la production, l’artiste trouve un équilibre subtil entre douceur et intensité. Porté par une rythmique épurée mais efficace, des mélodies délicates et un texte tendre aux images évocatrices, le morceau déploie une atmosphère à la fois intime et lumineuse.

Shayane captive dès les premières mesures grâce à sa voix cristalline, ses harmonies soignées et son sens du phrasé, qui donnent toute leur profondeur à cette composition. Voilà une belle envolée, sensible et élégante, qui confirme un talent à suivre de près.

Solitone – Le Champ des possibles

Nouvel EP en vue pour le quatuor bordelais Solitone ! Paru le 19 juin, ce premier morceau – qui porte le même nom que le projet – donne immédiatement le ton. Entre screamo, hardcore et post-hardcore, le groupe déploie une énergie brute et communicative qui ne laisse aucun répit.

Rythmiques effrénées, guitares incisives et intensité permanente : tout est réuni pour offrir un titre frontal, dense et sans concession. Un premier aperçu particulièrement prometteur de cet EP à découvrir sans tarder.

Splenius – Ten Reasons To Panic

Avec « Ten Reasons To Panic », Splenius signe un premier album aussi puissant qu’efficace. Le groupe bordelais puise dans les codes du punk mélodique et du post-grunge pour livrer douze titres portés par des thématiques universelles : l’amour, le besoin de créer du lien, la quête de sens ou encore la paternité.

Dès les premières notes, l’album déploie une énergie brute et communicative, flirtant constamment avec l’euphorie. Riffs de guitare accrocheurs, batterie percutante et chant habité se répondent avec une redoutable efficacité, dans une formule taillée pour embraser les scènes. Mention spéciale à « My Eternel Disguide », condensé parfait de l’identité du groupe et véritable décharge d’adrénaline.

Sroka – DISTANCE.S

Quand l’image et le son avancent main dans la main, l’expérience prend une toute autre dimension. Avec « Distance.S », Sroka, artiste néo-calédonien installé à Bordeaux, livre une proposition aussi immersive que maîtrisée, où la force du visuel vient sublimer une composition électronique d’une grande précision.

Entre synthétiseurs foisonnants, textures mouvantes et rythmiques brutes à l’efficacité redoutable, le morceau puise dans les codes de l’electronica tout en affirmant une identité singulière. Les influences de Four Tet, Bicep ou encore Bonobo résonnent en filigrane, sans jamais éclipser la personnalité de l’artiste. Avec ce titre, Sroka confirme une maturité artistique remarquable et s’impose comme l’un des talents électroniques les plus prometteurs de la scène bordelaise. Un nom à suivre de très, très près.

Venicia – Show your heart a little

Autrice, compositrice et interprète bordelaise, Venicia dévoile avec « Show Your Heart a Little », sorti le 5 juin, un premier single particulièrement prometteur. À la croisée du rock, de la folk et d’une pop élégante, l’artiste affirme déjà une identité artistique forte et singulière.

Porté par une écriture sensible et une production raffinée, le morceau met en lumière une voix capable d’alterner entre des graves profonds et des envolées plus éthérées : un savoureux mélange de puissance et de délicatesse. Une entrée en matière maîtrisée qui nous plonge avec naturel dans l’univers déjà bien dessiné de Venicia.