Entretien avec plusieurs représentant·es d’organisations de la scène musicale locale et nationale, parties prenantes de la campagne « + que la musique ». Lancée en avril dernier, celle-ci entend rappeler le rôle social et culturel joué par les acteur·ices de cet écosystème.
Le 8 avril dernier, six organisations françaises et européennes des musiques actuelles (De Concert !, la FEDELIMA, La FÉLIN, Ferarock, Reset! et le Syndicat des Musiques Actuelles – SMA), ont lancé une campagne inédite : « + que la musique ». Derrière ce slogan, plus de 900 structures, salles de concerts, festivals, radios et labels, rappellent que leur disparition ne serait pas seulement synonyme d’un silence artistique, mais une rupture sociale profonde.
La campagne « + que la musique » vise à mettre en lumière le rôle de nos fédérations et de nos réseaux en faveur de l’intérêt général.
Marine Chambon
Le Type a interrogé des représentant·es de l’initiative basé·es à Bordeaux : Marine Chambon, chargée de mission et de communication à La FÉLIN, Annabel Gazzano, responsable communication, billetterie et vie associative de L’Inconnue, Thelma Sautreuil en service civique dans cette même salle de concerts, Remy Gassiat directeur du label b•records, adhérent à La FÉLIN et du SMA, ainsi que Xavier Le Boursicaud, directeur de la Ferarock. L’occasion d’évoquer avec elles et eux le rôle culturel et social joué par les acteur·ices de la musique dans l’époque actuelle.
Pourquoi avoir décidé de lancer la campagne « + que la musique » ?
Marine Chambon (La FÉLIN) : La campagne « + que la musique » vise à mettre en lumière le rôle des structures dont nous portons les voix en faveur de l’intérêt général. Nous souhaitons mettre en avant le fait que nos métiers – des labels indépendants aux salles de concerts, en passant par des festivals, radio, associatives – jouent un rôle en matière de découverte et de vitalité culturelle et musicale comme de lien social.
La campagne met l’accent sur les spectateur·ices. Ils et elles ont un pouvoir de décision, peuvent faire des pas de côté. Par exemple pour écouter des artistes qui ne passent pas sur les grandes radios ou qui ne jouent pas dans des festivals détenus par des grands groupes.
À la FÉLIN, on défend les labels et les distributeurs indépendants qui représentent 80% de la production musicale. En France, en 2025, 1100 albums sont produits par les labels indépendants. C’est une richesse qu’il faut conserver et valoriser. Les auditeur·ices, en écoutant des artistes signé·es sur des labels indépendants, font vivre tout un écosystème garant de la diversité musicale et de la création, en marge des logiques financières.
Soutenir cette démarche, c’est ramener l’humain au centre : venir voir un concert à L’Inconnue, ce n’est pas anodin.
Annabel Gazzano (L’Inconnue)

Annabel Gazzano (L’Inconnue) : L’Inconnue n’est pas un réseau, mais une scène de musiques actuelles. Nous sommes adhérent·es des réseaux à l’initiative de la campagne : la FEDELIMA et le SMA. Nous collaborons avec les autres. On reste interdépendant·es. Soutenir cette démarche, c’est ramener l’humain au centre : venir voir un concert à L’Inconnue, ce n’est pas anodin.
C’est soutenir un·e artiste émergent·e, local·e ou indépendant·e. C’est consommer local, sortir du statut de consommateur, ne pas alimenter une industrie qui ne partage pas nos valeurs. On a aussi un pôle médiation entièrement gratuit. On travaille avec La Clé des Ondes sur des projets de territoire avec des jeunes de quartier. Tout ça fait partie de l’écosystème qu’on défend. C’est bien plus que de la musique !
Rémi Gassiat (b•records) : Il y a une double nécessité. D’abord, la baisse générale des subventions : on fonctionne de manière moins marchande, on en a besoin pour survivre et rémunérer correctement tous les acteur·ices. Ensuite, la question de la découvrabilité, qui recouvre deux choses. Il y a l’émergence – on travaille avec des artistes en début de carrière, avant qu’ils signent chez les majors. Et il y a la découverte d’autres types de musiques.
99 % des artistes avec lesquels on travaille ne passeront jamais en grand public : on est sur du classique, du jazz, de l’expérimental : des genres de niche. Mais ces musiques ont une valeur énorme. Elles enrichissent le regard, elles permettent une diversité d’écoute, et plus largement, elles disent quelque chose d’autre sur la vie.

Annabel Gazzano (L’Inconnue) : Ces musiques expérimentales, c’est aussi la petite graine qui peut faire germer un nouveau genre, un nouveau style. On les retrouve parfois chez des artistes bien plus connu·es. Si personne ne fait ce travail de planter la graine, on perd la diversité, on perd les aspérités qui rendent l’art intéressant.
On ne veut pas interdire les grands groupes, on veut juste qu’il y ait une place pour nous aussi.
Xavier Le Boursicaud (Ferarock)
Xavier Le Boursicaud (Ferarock) : En plus de ma casquette Ferarock, je fais aussi partie du Conseil national du Syndicat des Musiques Actuelles. Et je trouve intéressant d’entendre vos témoignages depuis l’endroit où vous êtes et dans les reconnaissances qui sont entre vous ici à Bordeaux. Parce que c’est ça qu’on veut raconter partout autour.
On cherche bien la même chose, on cherche à être curieux·ses, à ne pas se satisfaire de ce qu’on nous propose d’écouter, d’aller chercher des nouvelles choses. On est convaincu·es au sein des labels indés, dans des lieux et dans des radios, que des artistes qui ne vont pas être disques d’or ni remplir un stade, ont une place et qu’ils doivent exister quelque part.
Et que c’est collectivement qu’on arrive à faire ce genre de choses. On pourrait dire que les acteur·ices du 100% économique font la même chose. C’est-à-dire que les grosses radios commerciales, les grands labels et les arénas, ils bossent super bien ensemble, ils se mettent autour de la table comme on le fait là aussi.

Sauf que leur philosophie, c’est un angle uniquement marchand, quitte à faire des compromis qu’on ne comprend plus : des plateformes qui préfèrent l’IA à la musique enregistrée, des lieux avec des billetteries dynamiques à des centaines d’euros, des radios qui passent le même titre quinze fois par jour pour garder l’audience. Notre ligne rouge est ailleurs.
Ce qu’on a en commun, c’est d’être ce tiers secteur – ni service public, ni tout-marchand. Quelque part entre les deux. On ne veut pas interdire les grands groupes, on veut juste qu’il y ait une place pour nous aussi.
La musique est un véritable écosystème. Si un maillon tombe, c’est l’ensemble qui s’effondre, petit à petit.
Annabel Gazzano (L’Inconnue)
Comment mesurer la perte que représente la fermeture de lieux ou l’arrêt d’un projet culturel indépendant ?
Annabel Gazzano (L’Inconnue) : C’est toute la filière qui peut être impactée. Si une SMAC (Scène de musiques actuelles, ndlr) comme L’Inconnue ferme, il y aura par exemple moins d’accompagnement à la création. Plus de lieu non plus pour diffuser le travail des artistes. Par conséquent, les tourneurs, qui font jouer les musicien·nes, auront une salle de moins dans leur catalogue. La musique est un véritable écosystème. C’est moins d’emplois directs d’artistes et de techniciens, moins de distribution de nos affiches et programmes, moins de médiation dans les écoles, les Ehpad, moins de cours de musique pour petits et grands, moins de disques vendus dans les disquaires, moins d’hôtellerie, de restauration, de bar…
Il y a donc aussi un impact sur la vie des citoyen·nes. L’Inconnue est implantée dans un quartier politique de la ville. On a le café le moins cher de tout le quartier. Nous jouons un rôle social en étant un lieu de vie, au-delà des cercles musicaux. Ce serait tous ces liens qui seraient menacés avec la fermeture d’un projet culturel comme celui de L’Inconnue.

On est tous interconnecté·es, les réactions en chaîne peuvent se faire assez vite. Si les baisses de subventions continuent, ça peut provoquer une réaction dévastatrice dans le secteur.
Rémi Gassiat (b•records)
Rémi Gassiat (b•records) : En tant que label, nous sommes à un endroit d’interconnexion très important : nous dépendons absolument de l’ensemble des autres acteur·ices du système non marchand. On travaille constamment en partenariat avec des artistes, des salles de concert, des festivals, des orchestres, qui sont souvent subventionnés.
Nous avons des subventions plutôt « professionnelles », du CNM (Centre National de la Musique, ndlr) ou SCPP (Société civile des producteurs phonographiques, ndlr), qui dépendent moins directement de la décision politique. En revanche, dans les Pays de la Loire, ils ont récemment diminué de plus de 60% les subventions au niveau régional.
Deux ensembles avec lesquels on travaillait ont fermé. Ça fait autant de projets en moins, parce que notre capacité de production dépend de celle de nos partenaires, qui eux sont subventionnés directement. On est tous interconnecté·es, les réactions en chaîne peuvent se faire assez vite. Si les baisses de subventions continuent, ça peut provoquer une réaction dévastatrice dans le secteur.


Annabel Gazzano (L’Inconnue) : Nous, on commence à penser à faire moins de concerts. Comme beaucoup, nous avons eu des baisses de subventions cette année. On a un modèle économique qui est fragile, mais c’est aussi pour ça qu’on reste aussi indépendant et aussi libre dans notre programmation.
C’est parce qu’on a des aides publiques qu’on peut continuer à assumer cette curiosité sur scène.
Annabel Gazzano (L’Inconnue)
Mais ça veut dire que si on a ces financements publics, c’est aussi qu’on en fait un service public. On incarne, à un moment ou à un autre, un service public. Ce sont des choix politiques, mais qui font qu’à un moment, nous, on commence à se dire : « De toute façon, tous nos concerts sont déficitaires. On a une salle qui est trop petite pour rentrer dans nos frais » À un moment, on sait qu’on est déficitaire. Donc c’est parce qu’on a des aides publiques qu’on peut continuer à assumer cette curiosité sur scène.
Ça fait des années qu’on est tout le temps en train de se battre, de devoir se justifier, réexpliquer, monter au créneau. Ça prend énormément d’énergie
Xavier Le Boursicaud (Ferarock)
Xavier Le Boursicaud (Ferarock) : On oublie parfois que dans toutes ces luttes, on veut avoir un discours positif, qui rallie nos publics à nos causes. Mais ce dont on parle là, depuis quelques minutes, c’est que ça fait des années qu’on est tout le temps en train de se battre, de devoir se justifier, réexpliquer, monter au créneau. Ça prend énormément d’énergie, et ça nous met dans une position de devoir tout le temps nous justifier.
Et en plus, tout ce qu’on fait, ce n’est même pas pour avoir mieux. C’est juste pour ne pas avoir moins. Alors qu’on n’était déjà pas dans le confort avant. Les radios associatives, par exemple, on sait maintenant faire des propositions d’amendements, tellement on se fait taper dessus. On sait répondre de façon « parlementaire ». C’est pas normal qu’on sache faire ça, on n’aurait jamais dû avoir à l’apprendre.
Rémi Gassiat (b•records) : Pour aller dans un sens, malheureusement, un peu moins optimiste : je parlais il y a une ou deux semaines avec un programmateur d’une autre région, qui avait fait le calcul depuis 20 ans. Il avait perdu 40% de subvention directe et 40% de budget, parce qu’en plus il était dans un organisme en régie directe. Il avait discuté avec son élu, lui avait donné ce chiffre. Et l’élu lui avait répondu : « Ah, mais c’est marrant, pourtant vous faites toujours autant de concerts. »
Même quand on a moins de moyens, on se débrouille pour maintenir une activité par le système D, par la débrouille, par la coopération aussi.
Rémi Gassiat (b•records)
Il y a un truc là qui rejoint ce que tu disais : on se bat pour conserver ce qu’on a, mais on se bat aussi pour maintenir l’activité. Même quand on a moins de moyens, on se débrouille pour maintenir une activité par le système D, par la débrouille, par la coopération aussi. Ça amène pas mal de coopération. Mais il y a un truc où, indirectement, à vouloir absolument maintenir, on se tire peut-être une balle dans le pied : les subventionneurs publics se disent « Bon, s’ils se débrouillent avec ce qu’on leur donne, autant donner moins. »
Annabel Gazzano (L’Inconnue) : Je pense que ça vient de l’ADN d’une grosse partie de nos structures : on est issu du monde associatif. On a cet esprit associatif, bénévole. Bien sûr qu’il y a des salarié·es, encadré·es par le droit du travail. Mais on a aussi toute cette vie bénévole et associative que les Majors et les acteurs de la concentration qu’on vit aujourd’hui n’ont pas. Ça influence le fait qu’on ne baisse pas trop les bras. Dans tous les cas, on a envie de continuer.
Marine Chambon (La FÉLIN) : Je rejoins ce que vous dites : l’ADN des structures qu’on représente, c’est vraiment l’adaptabilité. C’est lié à la motivation première : on parlait tout à l’heure de logique financière, mais nos structures, elles ne sont pas motivées essentiellement par la logique financière, plutôt par l’accompagnement des artistes – je parle là notamment des labels indépendants.
La FÉLIN représente les labels TPE, les plus petits. Ce sont des structures hyper différentes les unes des autres : ça peut être des associations, des entreprises, voire même du bénévolat, il y a différents modèles. On a des directeur·ices de labels qui ont d’autres emplois. On représente aussi des labels beaucoup plus installés, depuis 20, 30 ans, structurés avec une équipe. C’est hyper diversifié.
Ce qui les lie, c’est vraiment la volonté d’accompagner des artistes sur le long terme, pour produire des projets parce qu’à la base, il y a eu un coup de cœur artistique, une envie de produire le projet, loin des logiques financières. Et pour cela, il est nécessaire de faire preuve d’adaptabilité et de créativité.
Dans un monde dominé par les plateformes de streamings, qu’est-ce qu’apporte encore l’expérience physique des projets culturels indépendants que vous représentez ?
Annabel Gazzano (L’Inconnue) : C’est la musique incarnée. Si on enlève l’humain de l’équation, c’est d’un coup vachement moins intéressant. Chez nous, la salle est très petite. On est tout près de l’humain.
C’est la question du vivre-ensemble qui est posée. C’est ce qu’on défend toutes et tous, ce qu’on peut incarner. On va au-delà de la musique : c’est l’incarnation, et la façon dont on la vit ensemble. Une foule qui écoute de la musique, ce n’est pas la même chose qu’une personne seule.
Xavier Le Boursicaud (Ferarock) : À la base, les plateformes, c’était du catalogue : tu cliquais, tu consommais. Puis des algorithmes de suggestion sont arrivés. Aujourd’hui ils sont de plus en plus travaillés, un peu éditorialisés par endroits, avec des choix humains qui se mêlent aux systèmes algorithmiques.
Mais sur ces plateformes, on se retrouve vite enfermé dans sa zone de confort. Une fois qu’elles ont capté les albums ou les musiques qu’on aime, elles proposent toujours quelque chose qui va te faire rester, et qui ne va jamais perturber ton oreille.
Aller chercher autre chose, ça passe par une radio associative, par la confiance dans le travail collectif de tous ces bénévoles qui sont allé·es chercher pour toi. C’est retrouver quelque chose que tu n’aurais pas rencontré seul, qui va peut-être t’amener à découvrir autre chose – ou pas. Mais au moins tu sauras que tu n’aimes pas ce truc-là. Tu ne l’aurais jamais découvert sans ça.
C’est le même travail que font les lieux de musiques actuelles, comme L’Inconnue ou d’autres : donner confiance pour que le public allume la radio, vienne écouter, vienne voir un artiste qu’il ne connaît pas, découvre en première partie quelque chose qui l’ouvre sur autre chose encore.
C’est l’inverse de la zone de confort des plateformes et réseaux sociaux, dont l’objectif est de te garder le plus longtemps possible. Nous, on est dans une forme de générosité : tu rentres, et tu sors.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui met le plus en danger vos structures ?
Marine Chambon (La FÉLIN) : L’idée de cette campagne + que la musique, c’est d’aborder de manière positive la contribution de nos structures pour le milieu culturel, avec les arguments qu’on vient d’évoquer : la découverte, tout ce que ça peut apporter au public de fréquenter nos lieux et d’écouter nos labels.
Mais effectivement, elle prend place dans un contexte économique très compliqué, avec la baisse des subventions qui vient d’être évoquée, et aussi l’extrême concentration du marché par quelques gros opérateurs.
À ce sujet, le SMA a justement publié une cartographie sur les gros groupes qui concentrent billetteries, salles de concerts… Tous les maillons de la chaîne culturelle sont menacés ! Il existe la même carte au niveau européen, sur laquelle le SMA a aussi travaillé, avec le réseau Reset! et Live DMA, parties prenantes de l’opération.

Le but de la campagne + que la musique, c’est de rappeler que la culture est un bien commun.
Xavier Le Boursicaud (Ferarock)
Xavier Le Boursicaud (Ferarock) : Je voulais rebondir sur la question des baisses de subventions. Le problème, c’est que ce n’est peut-être qu’une étape. Le problème est beaucoup plus large : c’est la conséquence de notre vision du commun, et de la culture qu’on y met.
Ce sont des arbitrages, des décisions politiques – des conséquences ultralibérales. Le Ministère de la Culture est pensé depuis plusieurs années par des ministres libéraux·ales, avec une vision d’excellence du service public d’un côté, et du marché entièrement libre de l’autre. C’est entre les deux que nous, on revendique quelque chose qu’ils ont du mal à entendre. C’est la même logique qu’on entend au niveau macro : on baisse les impôts des riches, et derrière, il n’y a plus d’argent pour l’hôpital public. Encore une fois, c’est une question de choix.
Le but de la campagne + que la musique, c’est de rappeler que la culture est un bien commun. Nos associations, sur nos territoires, ce sont des endroits où on peut se rendre en tant que public, où on peut participer en tant que bénévole, occasionnellement ou durablement. Il faut que tout le monde en prenne conscience.
Ce qu’on souhaite, c’est que les bénévoles, les artistes et les publics s’emparent de ce message, et aillent défendre eux-mêmes ce qui est en train de se passer. Parce que cette baisse de subventions a un impact direct sur nos emplois. Mais le plus important, ce n’est pas notre emploi à nous : c’est toute cette offre qui va disparaître, tous ces lieux, toute cette diversité qui existe. C’est aussi montrer qu’il y a une vision qui existe, qu’on croit en quelque chose de commun. La subvention, ce n’est jamais qu’un arbitrage.
Nous, ça fait deux ans qu’on a des baisses incroyables sur les radios associatives, partout en France. On monte au créneau, et on arrive à les faire annuler à chaque fois. Ça montre que c’est possible.
Quelle est la situation à Bordeaux ? Les collectivités locales sont-elles à l’écoute de ces problématiques ?
Annabel Gazzano (L’Inconnue) : Nous, on a tous les partenaires du territoire, de l’État jusqu’à la ville de Talence. On a la chance que nos partenaires nous fassent confiance dans le cadre de la gouvernance partagée, ce qui permet un dialogue riche autour du projet.
Aujourd’hui, la Gironde est en grande difficulté. C’est d’autant plus compliqué que c’est un des partenaires avec qui on fait le plus de projets de médiation. On est très liés. Malgré tout, on a de la chance que l’ensemble de nos partenaires voient L’Inconnue comme un lieu culturel précieux.
Comment peut-on soutenir et amplifier la campagne + que la musique ? Quelles sont les prochaines étapes ?
Marine Chambon (La FÉLIN) : On a besoin du soutien du public, de partage sur les réseaux sociaux, mais surtout d’actions concrètes : soutenir les labels, les artistes signé·es sur ces labels. Ne pas hésiter à être curieux·ses. Se dire que le festival organisé à côté de chez soi, c’est l’occasion de découvrir son nouveau titre préféré. Aller voir un concert dans une grande salle, très bien – mais c’est aussi chouette d’aller découvrir d’autres musiques, d’autres esthétiques, d’autres artistes émergent·es ou plus indépendant·es.
Pour les prochaines étapes de la campagne : comme elle rassemble toutes les parties prenantes, avec leurs activités spécifiques, on a établi un calendrier qui court jusqu’à la fin d’année, avec des périodes de rebond qui correspondent aux temps forts de chacun·e.
On a communiqué sur les festivals, puisque c’est la saison. Les salles, ce sera plutôt à la rentrée, en septembre. Pour les labels, ce sera plutôt en octobre car la rentrée de septembre est trop chargée en actualités.
À La FÉLIN, on a aussi une opération de visibilité pour les labels et distributeurs indépendants, qui s’appelle Indies First, que nous allons rattacher à la campagne + que la musique.
Quelle forme cette articulation prendra ?
Marine Chambon (La FÉLIN) : On va travailler, chacun, chacune, sur des rebonds spécifiques, autour de deux volets. Le premier, très informatif : on a commencé à livrer des chiffres, des cartographies. C’est cet accent-là qui sera développé pour sensibiliser, en transmettant un contexte concret via des données.
Le deuxième, plutôt témoignage et mobilisation, avec la parole d’artistes : pourquoi sont-ils ou elles indépendant·es ? Pourquoi jouent-ils dans un petit festival plutôt qu’un gros ? Pourquoi préfèrent-ils ou elles telle ou telle salle ? Et pourquoi sont-ils ou elles signé·es chez un label indé ?
On a aussi prévu des micro-trottoirs auprès du public, premier concerné par cette campagne. L’idée, c’est qu’il puisse incarner sa propre campagne : nous donner ses astuces pour découvrir des artistes, nous dire quelle expérience il ou elle aime vivre en festival ou en salle.
On a plein de compétences. À nous toutes et tous, on est capables de faire beaucoup de choses. L’envie, c’est que toutes les parties prenantes, tous nos adhérent·es, se saisissent de la campagne, pour qu’on puisse la relayer auprès du grand public. Et qu’à son tour, le grand public la prenne en main, et clame haut et fort les couleurs de + que la musique.
