2026 vu par la scène électronique bordelaise

La scène électronique bordelaise ne cesse de se développer. De nouveaux collectifs émergent, des lieux s’installent, d’autres se réinventent, des labels se lancent. Dans ce contexte de mouvement permanent et alors que démarre 2026, nous avons demandé à certain·es acteurs et actrices de cet écosystème de quoi l’année serait faite à Bordeaux. Leur vision, entre projections, intuitions et réalités du terrain, est à découvrir dans cet article.

Crédit photo : Adrénaline (L’Orangeade)

Assonances (festival)

« Le collectif Les Assonances ne présente pas que des musiques électroniques, car plutôt porté sur les dynamiques du live, mais cela nous assure toujours des closings explosifs, surtout à Bordeaux où on sent une véritable adhésion du public. On s’inspire beaucoup de nos collègues spécialisés dans le domaine. Sur la partie professionnelle, on sent que la tendance se porte de plus en plus à la collaboration entre les structures, avec une véritable reconnaissance de la scène bordelaise, notamment à Paris. Parallèlement, c’est de plus en plus dur de trouver des financements et d’articuler nos projets avec les valeurs d’inclusivité (tarif bas) et de pluralité artistique (notion financière souvent présente avant la question artistique), normalement indissociable de la question culturelle. »

Bordeaux Open Air. Crédit photo : Cameron Joslin.

Bordeaux Open Air (festival)

« La presse, le public, les lieux, les artistes, l’escalade toujours plus rapide des réseaux sociaux : bon nombre de nuages noirs volent au dessus de nos espaces festifs… Pour 2026 on ne peut que souhaiter plus de légèreté ! Alors on espère et on imagine une scène qui s’affranchit des modes, qui retrouve son innocence, qui s’émancipe et qui suscite émotions, curiosité et liberté. »

Une scène en pleine transition.

Broken District

Broken District (label)

« En 2026, on rêve d’une scène électronique bordelaise plus affirmée, qui prend le temps, qui valorise les esthétiques hybrides, les formats longs et l’écoute attentive. C’est une scène en pleine transition, où des collectifs emblématiques comme SUPER Daronne tournent une page, où certains lieux ferment comme Blonde Venus pendant que d’autres émergent, à l’image de Bien Public. Face à l’accélération des usages, la montée de l’IA et des logiques algorithmiques, un contexte global ultra anxiogène, la culture électronique locale pourrait – on l’espère – redevenir un espace de résistance, de récit, de lien réel et de réconfort. »

Carlouchina

Carlouchina (DJ)

« Je vois et j’espère 2026 comme l’année qui voit émerger de nouveaux collectifs et événements de musiques électroniques moins club, plus expérimentales. Des sons plus introspectifs et immersifs, des installations plus confortables et des scénographies qui appellent à la rêverie. »

L’année 2026 est portée par une volonté de se réapproprier la scène électronique bordelaise, en retissant des liens entre les entités existantes et en faisant émerger de nouvelles dynamiques.

Clara (Pelles Melles)

Clara aka Claronnn, DJ, fondatrice Pelles Melles (communauté)

« 2026, selon moi, démarre très fort ! Elle est portée par une volonté largement partagée de se réapproprier la scène électronique bordelaise, en retissant des liens entre les entités existantes et en faisant émerger de nouvelles dynamiques. 2026, c’est davantage d’explorations musicales et de rencontres, la volonté de tendre la main aux artistes émergent·es, et un engagement affirmé en faveur d’une meilleure égalité des genres dans les programmations. C’est aussi l’envie profonde de redonner à la musique le sens d’une fête plus raisonnée, plus sincère et plus harmonieuse. »

Crédits photo : Edouard Piccardino

Club Jour (collectif)

« 2026 pour nous, c’est un point de départ. Club Jour naît cette année, porté par l’envie de redonner à la fête un sens plus libre, plus lumineux, plus conscient, sans jamais la priver de plaisir. L’équipe se lance avec beaucoup d’enthousiasme et une énergie collective forte, toutes et tous convaincu·es que danser, écouter et se retrouver en plein jour peut ouvrir de nouveaux espaces de lien et de culture. En 2026, Club Jour se pense comme un terrain d’expérimentation joyeux : des formats qui évoluent, des lieux qui se transforment, des publics qui se croisent. Une fête qui se réinvente à chaque rendez-vous, et qui commence ici, maintenant. »

On espère que davantage de lieux oseront proposer des soirées électroniques pour faire vivre l’énergie locale.

Collectif Dérive

Dérive (collectif)

« En 2026, on voit la scène électronique bordelaise continuer à grandir, avec de plus en plus de nouveaux talents et de collectifs qui émergent. On espère que davantage de lieux oseront proposer des soirées électroniques pour faire vivre cette énergie locale. On sent aussi apparaître une vraie séparation entre les styles : pendant que la hard techno se popularise fortement sur les réseaux auprès d’un public jeune, la trance s’affirme comme une alternative plus singulière et authentique. Avec elle, on souhaite surtout préserver l’esprit de bienveillance et de partage qui fait l’âme de cette culture. Une année qui s’annonce riche en mouvements et en contrastes. »

DJ Koyla (DJ)

« Avec la mise en avant croissante des métiers artistiques, notamment dans le domaine musical, je pense que la scène électronique va continuer à se structurer et à s’élargir. On observe déjà une véritable montée en puissance des DJs et des collectifs, une dynamique qui, je l’espère, favorisera l’émergence de nouveaux évènements originaux à Bordeaux. Sur le plan musical, la techno devrait rester le style prédominant , mais peut être que de nouveaux artistes viendront à leur tour enrichir la scène en proposant une palette de styles plus variée. »

Festival Isulia. Crédits photo : Lucie Robert

2026 s’annonce comme une année de résistance créative.

Isulia

Isulia (festival)

« Après une année 2025 marquée par les fragilités du secteur culturel et un contexte politique et social tendu, 2026 s’annonce comme une année de résistance créative. À Bordeaux, la scène électronique continue de se structurer autour d’initiatives multiples, plus conscientes, plus inclusives, avec une vraie attention portée aux espaces de fête safe et ouverts à toutes et tous. La fête reste un lieu essentiel de lien, de découverte et surtout de respiration face au réel. Pour 2026, l’enjeu est clair : ne rien lâcher, continuer à rassembler, à se questionner et à créer, même quand tout tient à un fil, parce que ça en vaut profondément la peine. »

Grape City Records (label)

« L’année 2026 se profile comme une période d’élan et de prise de risques, où les manières d’écouter, de partager et de vivre la musique se réinventent. Les frontières entre les genres s’estompent, laissant place à l’inattendu. Bordeaux peut devenir à la fois un terrain d’expérimentation sonore et de rencontre d’un nouveau genre. Une scène en mutation est avant tout une invitation à inventer de nouvelles façons de transmettre notre passion. »

Une recherche d’authenticité qui se manifeste par un retour à des supports tangibles et une esthétique plus DIY.

Halftones Records

Halftones Records (label)

« Quand on parle avec nos publics, on a l’impression de davantage de recherche d’authenticité, que l’on suppose en réaction à l’omniprésence de l’IA et des réseaux. Cette recherche semble se manifester par un retour à des supports tangibles et une esthétique plus DIY. Également, on remarque de plus en plus une division entre les organismes qui s’engagent réellement pour porter la culture avec des valeurs plus éthiques et ceux qui fonctionnent sur un modèle purement capitaliste qui ignorent des problématiques importantes. Et enfin, on remarque avec plaisir que de plus en plus de gens s’intéressent à la bass music, notamment la drum and bass, et c’est une très bonne chose si on suppose que les collectifs qui portent ce mouvement utilisent leur plateforme pour éduquer les publics sur les origines et les valeurs de ce mouvement. »

Crédits photo : @hugo__pht

Laroze (producteur et DJ)

« J’ai le sentiment que le public se lasse progressivement des sonorités « maximisées » (hard techno, uptempo, etc) et ont peut-être besoin de revenir à des sonorités plus profondes, plus authentiques. La nouvelle génération de ravers (ceux arrivés après l’épidémie de COVID-19) pourrait atteindre bientôt une certaine maturité, ce qui lui donnerait envie de revenir aux sources de la musique électronique. Nous avons déjà observé cela en 2011, lorsque les enfants de la génération Electroclash dont je faisais partie ont plongé dans la vague techno/house initiée en France par Concrète. »

Pour 2026, on espère une scène électronique bordelaise plus unie face à la concentration et à la marchandisation croissante du secteur.

L’Orangeade
Adrénaline, L’Orangeade

L’Orangeade (collectif)

« Pour 2026, on espère une scène électronique bordelaise plus unie face à la concentration et à la marchandisation croissante du secteur. L’avenir se jouera dans la solidarité entre collectifs et lieux indépendants, et dans la défense d’une culture accessible à toutes et tous. Une culture vivante, libre, respectueuse, qui continue de porter du sens ! »

Owlshake Music (collectif)

« Pour 2026, nous voyons bien émerger des sonorités plus douces, solaires et dansantes, avec un retour de genres comme la disco et la classic house, qui avaient le vent en poupe il y a 10 ans. À l’instar de la mode et du revival des tendances de 2016, on peut s’attendre à ce que la musique emprunte un chemin similaire, et fasse resurgir ces sonorités avec des artistes phares de cette période tels que Danilo Plessow (MCDE), Jeremy Underground ou encore Kerri Chandler. La radicalisation de la techno des dernières années peut, en ce sens, réveiller certain·es danseur·euses et curieux·ses plus avides de cet univers, favorisant un ralentissement des bpm au profit d’une fête au « ralenti », de jour et peut être plus sobre. »

Owlshake Music

WILD (collectif)

« 2026 s’ouvre sur une scène électronique sous tension : précarité généralisée, coûts en hausse, public plus volatil et concurrence accrue dans une industrie et une musique toujours plus mondialisées et formatées. Les initiatives, artistes et collectifs se multiplient, mais le manque de lieux d’expression freine ces élans, laissant peu d’espace aux formes indépendantes face aux grosses productions. Dans un contexte où la visibilité et le nombre de followers prennent souvent le pas sur le fond, on sent pourtant émerger un besoin fort de collectif, d’inclusion, de collaborations sincères, d’hybridation des formats et de recherche de nouveaux sons, de nouveaux genres. Pour 2026, on espère une scène électronique qui crée ses propres espaces, choisit l’entraide, l’indépendance et l’authenticité dans ce milieu difficile mais passionnant, en assumant que la culture, la musique et la fête sont politiques : chacun peut agir à son échelle. »

Les Viatiques (collectif)

« D’une manière générale : le sentiment que j’ai pour cette année est que l’agenda culturel électronique auquel on prend part depuis plusieurs années maintenant, s’est globalement stabilisé après plusieurs années de fort dynamisme où beaucoup de collectifs se sont crées et ont fait presque craquer la proposition évènementielle : depuis 18 mois, plusieurs collectifs ont été plus discrets, certains ont même arrêté en 2025. Il y a bien quelques nouveaux entrants mais la préparation de la saison culturelle 2026 fait état de la reconduite des projets existants : « on prend les mêmes et on recommence ». Les historiques sont là et plusieurs collectifs « post Covid » se sont essoufflés. Ensuite : il faut forcément parler des grosses prod : Initial n’aura pas lieu en 2026, mais Madame Loyale et Sonora reconduisent, Brunch Electronik aussi et un nouveau festival porté par l’agence de prod Bleu Citron Pagailles voit aussi le jour. Cela continue à contribuer à réduire le nombre de week-end où le tissu local peut s’exprimer : c’est frustrant mais c’est hélas la tendance dans l’univers de la musique qui est souvent perçu – parfois à tord – comme la poule aux œufs d’or. »