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Entretien avec le russe aux 8000 disques : Andrey Pushkarev

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Figure respectée de la scène électronique mondiale, le russe Andrey Pushkarev est de passage à Bordeaux le vendredi 20 septembre. Invité par le collectif Hill Billy, il a accepté de répondre à nos questions juste avant sa date à l’Iboat. En tant qu’artiste bien ancré dans le milieu dans lequel il évolue depuis une vingtaine d’années, il évoque avec nous l’évolution du circuit, sa collection de plus de 8000 disques (!) et nous parle de la scène russe, ses spécificités et les acteurs qui la composent. Du fait du contexte géopolitique, on ne s’est pas non plus interdit de lui poser quelques questions sur les liens entre son pays et les scènes de Kyiv ou de Tbilissi. L’entretien est à lire en anglais plus bas. ENGLISH VERSION BELOW !
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Le Type : Salut Andrey, merci beaucoup de prendre le temps de répondre à nos questions. On est ravis de te voir venir jouer à Bordeaux. Au-delà de Paris, tu as déjà été invité dans un autre club ou festival en France ?

Andrey Pushkarev : Salut Le Type, merci pour vos questions ! J’ai déjà joué à Marseille, Lyon et souvent à Nice, au FACE Music & Art où j’ai toujours eu de belles expériences et de grosses ambiances. D’ailleurs la plupart du temps je partageais les platines et le line up avec des collègues DJ que j’affectionne autant sur le plan pro que perso.

Tu as la réputation de détenir une collection impressionnante de vinyles, avec pas moins de 6000 disques. C’est bien ça ? Tu te trimballes toujours avec certains d’entre eux ou tu emportes aussi tes clés USB quand tu joues ici ou là ?

La collection atteint maintenant entre 8000 et 9000 disques ! Pour un set, disons, classique, j’embarque environ 70 disques. Et le double lorsqu’il s’agit d’un all night long. Et j’ai toujours aussi des clés USB en cas de pépin technique avec les platines, et aussi histoire de pouvoir jouer des promos que je n’ai qu’en digital.

Tu évolues dans le milieu depuis maintenant un bon bout de temps, avec ta carrière qui a démarré à tes 15 ans et une résidence que tu as eu dès 2006 pour DeepMix. À l’époque, la culture et la musique techno était réservées à des cercles retreints plutôt « undergound ». Qu’est-ce qui selon toi a changé dans ce milieu entre temps ?

Beaucoup de choses ont évolué, sur pas mal d’aspects. Quand j’ai commencé, la figure du DJ était perçue comme un animateur de soirées dont le seul but était de faire passer du bon temps aux gens afin qu’ils puissent socialiser. Au fil des années, la musique club est devenu une forme de divertissement, avec ses codes propres et son industrie. Le simple nom de tel ou tel DJ suffit désormais pour ramener des gens lors d’une soirée, en club ou en festival. Ce rôle a donc changé, et est passé de « créateur d’ambiance et d’atmosphère » à celui de d’animateur de soirées qui « sous les projecteurs ». Les attentes du public ont également évoluées et, du point de vue professionnel, le job a aussi changé. Les DJ sont maintenant sollicités pour construire une identité numérique et maintenir ce profil en ligne, créer leur propre musique, cultiver des relations avec d’autres acteurs de l’industrie et se tenir au curant des évolutions technologiques. Là où, auparavant, la seule chose qui comptait c’était de digger de la musique, la partager avec un public tout en développant son style, en passant des  disques.

Peux-tu nous parler un peu de la scène électronique en Russie, en particulier de Moscou ? Quels sont les clubs, labels, disquaires ou médias spécialisés dans cette culture là-bas ?

La Russie est un vaste pays où la musique électronique a émergé au sein de micro-scènes indépendantes. Il n’y a pas vraiment de sentiment fort d’une scène unifiée. C’est peut-être dû au retard de développement et de professionnalisation du circuit ici ou au fait d’être excentrés, à la faiblesse des moyens de promotion, ou même à la langue et son alphabet qui rendent la musique russe pas si facile d’accès. La jeune génération d’artistes de musique électronique travaille relativement indépendemment les uns des autres. Chacun a ses propres intérêts et c’est sans doute la raison qui fait qu’il est si difficile de définir une cohésion au sein de la scène musicale. Ce qui n’est pas forcément un frein ; cela ralenti simplement peut-être la reconnaissance de la musique contemporaine russe sur le plan international.

En ce qui concerne les labels, je mentionnerai Gost Zvuk, basé à Moscou qui fait de la lo-fi. Ils développent leur propre identité avec une ligne assez claire et une esthétique singulière, en ne signant que des artistes russes. Il y a aussi des labels ambient ou de dub techno tels que Space of Variants ou Slow Beauty de Martin Schulte. Je constate d’ailleurs que la scène mondiale scrute avec attention les sorties russes par rapport à avant, ce qui prouve que la scène électronique russe est bien active.

Au cours des dernières années, il y a eu davantage d’événements, de clubs, de sous-scènes, de diversité dans le public et, par conséquent, plus d’impact. Il y a des lieux tels que Propaganda à Moscou qui est ouvert depuis 20 ans, ou encore Gazgolder, Rodnya ou Stackenschneider à Saint-Pétersbourg. J’aimerais également mentionner le Synthposium Festival à Moscou, qui rassemble des artistes russes de différentes disciplines artistiques, mélangeant musiques électroniques et technologies. En dehors de la capitale il existe aussi une scène avec le Sklad club à Nijni Novgorod ainsi qu’avec le Studio, à Perm, qui invite principalement des artistes russes. A Moscou je bosse souvent avec le collectif Slowdance ; cette année ils ont lancé le MAP festival pour promouvoir un line up diversifié, composé d’artistes internationaux et de locaux. Aussi, je souhaite souligner que le nombre de médias russes qui s’intéresse aux musiques électroniques est relativement faible. Calvert Journal et INRUSSIA font du bon taff en se focalisant sur l’actuelle génération d’artistes et de producteurs, dans toutes les disciplines, même si les promoteurs locaux n’ont pas l’air d’y prêter une grande attention. Bien qu’il y ait de l’enthousiasme qui permet de faire évoluer les choses, dans les régions en dehors de Moscou ou Saint-Pétersbourg, la scène est très peu développée…

Au-delà de Moscou, il y a donc également Saint-Pétersbourg qui a l’air aussi d’être très active et dynamique sur le plan des musiques électroniques, avec des festivals comme le Gamma, la radio TEST FM… Comment expliquer que cette ville soit un tel terrain de jeu pour les artistes et les autres acteurs du game ?

Saint-Pétersbourg a toujours été – et l’est encore – la plus européenne des villes russes. C’est donc très probablement pour cette raison qu’elle attire la nouvelle génération d’artistes, qui peuvent s’exprimer de manière plus libre. Il faut aussi garder en tête que le premier club techno russe, Tunnel, a ouvert à Saint-Pétersbourg ! Les premières platines Technics ont été importées et conçues à Saint-Pétersbourg. La ville a sa propre histoire de relation avec la culture rave.

La capitale de l’Ukraine, Kyiv, a également une scène rave très active, avec notamment les teufs de Cxema. As-tu déjà joué en Ukraine et entretiens-tu des connexions spécifiques avec cette scène ? Est-ce que la scène russe (Moscou notamment) est connectée avec la scène de Kyiv malgré les tensions politiques entre les deux pays ?

J’ai joué plusieurs fois à Closer, l’un des clubs de la ville. Pour ma dernière date là-bas en mars, j’ai eu des soucis à l’aéroport de Kyiv. On m’a refusé le droit de passer la frontière parce que je détenais un passeport russe… Et cela malgré toutes les efforts du promoteur pour expliquer aux autorités que j’étais invité pour une performance musicale à leur événement. C’est la seule fois où j’ai eu un problème à cause des tensions entre deux pays. Mais ça ne signifie certainement pas que je n’y retournerai pas pour jouer !
Kyiv © Dmytro Prutkin

La question peut se poser aussi pour Tbilissi, la capitale de la Géorgie (que nous avons avec Le Type récemment mis en avant lors du lancement de notre projet Scene city qui explore certaines scènes européennes, dont Tbilissi et Moscou d’ailleurs !). Là-bas la scène est très active avec les clubs Bassiani, Khidi, le disquaire Vodkast Records… Il y a eu des tensions en juin dernier entre Tbilissi et Moscou au niveau politique (plus d’infos ici). Quelle est ta vision de Tbilissi et est-ce que les DJ russes soutiennent la scène électronique de Tbilissi ?

Je me suis retrouvé à Tbilissi en juin pour le Tbilisi Open Air Festival C’était au même moment que des manifestations liées aux événements dont tu parles. J’ai eu quelques ennuis au début mais les gens dans le public sur le dancefloor m’ont très bien accueilli, très chaleureusement. J’y ai joué mes disques préférés et tout le monde a passé un excellent moment. Même si ça peut sonner cliché dis comme ça : la musique et la culture club ont été et doivent rester des espaces de partage, des moments collectifs. Tout est histoire de communauté et des gens qui la compose ; il n’y a que ça qui compte !
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ENGLISH VERSION

Le Type : Hi Andrey. Thanks a lot for answering Le Type’s questions. We’re glad you’re coming in our beloved city Bordeaux. Besides Paris, have you ever been playing in any other French cities? If yes, where was it and how was it?

Andrey Pushkarev : Hello, thanks for your questions :) I played in Marseille, Cesarhof, Lyon and several times in Nice, for FACE Music & Art – I always had a very positive experience there. Warm audience and I mostly shared the decks and line up with DJ colleagues I enjoy the company the most professionally and at personal level.

You have the reputation to have a huge collection of vinyles/music. 6000 records, right? At an age where everything is digitalised, how is it to find yourself surrounded by your discs? Do you still bring some of them to play at your gigs or do you use USB keys?

The collection now counts between 8000 and 9000 records. For a regular gig (3 hours set) I carry approximately 70 records. For the All Night Long tour it will be twice as much. I do take with me USB sticks too to get things going in case of technical issues with turntables and to play digital promos.

You’ve been evolving in the electronic music field from a long time now, starting your career at the age of 15 and having a residence in 2006 for DeepMix. At that time, techno was mainly played in underground circles. What has changed the most in the electronic music world according to you?

 There have been changes on many fronts. When I started, DJing was a back-ground figure whose main job was to make sure people could spend a good night while socializing with their peers. Over the years club music became a form of entertainment itself with an industry backing it off. DJs became the main reason why people would show up in a club, or at a festival. Their role changed from “creators of moods and atmosphere” into entertainers under the spotlight. The expectations of the audience have changed and, from a professional perspective, the job itself too – DJs are now required to develop and maintain a profile online, make their own music, cultivate relationships with all the other players in the industry and keep up with technology trends. Back then the only thing they had to take care of was digging music, share them with the audience and develop a style in mixing tracks together.

Can you tell us about Russia and electronic music and about Moscow? What are the main club, record labels, record shops and electronic music media there?

 Russia is a big country and electronic music mostly emerged within independent micro-scenes. In Russia there is not yet a strong sense of united scene. Perhaps because of the late growth and professionalization, the remote provenience, the means of its promotion, the language and alphabet have always made Russian music not so easy to access. 
The young generation of electronic artists works quite independently from each other. They have their own interests and probably that’s the reason why it is hard to define a cohesive internal music scene. I don’t see this as a limit but perhaps this aspect slowed down the process of getting the contemporary Russian music identity recognized internationally.

In terms of record labels I would mention the lo-fi label Gost Zvuk from Moscow. They are doing their own thing with a clear idea and aesthetic releasing only Russian artists. There are also ambient and dub techno labels like Space of Variants as well as Martin Schulte’s Slow Beauty. Overall I see that the international music scene is paying more attention to Russian artists compared to the past and this proves that the Russian electronic music scene is alive.  In the last years there have been more events, clubs, sub-scenes, diversity in the audience and overall more impact.

There are venues like Propaganda (Moscow) which has been open for over twenty years, Gazgolder (Moscow), Rodnya (Moscow), Stackenschneider (St. Petersburg). I would also mention Synthposium Festival (Moscow) which brings together Russian artists in interdisciplinary forms of arts blending electronic music and technology. There is also a scene outside of the main capitals with Sklad club (Nizhny Novgorod) and Studio (Perm), which mostly invite Russian artists. In Moscow I work often with the Slowdance crew – this year they launched MAP festival showcasing an eclectic line up of international acts and local artists. I would emphasize that the amount of Russia-based online music media writing also in English is still small. Calvert Journal and INRUSSIA are doing a good job in focusing on the current generation of artists (from every fields) and producers too but this still seems to escape the ears of too many local promoters. Although there are some enthusiasts who have tried to change the situation, in the regions outside Moscow and Saint Petersburg the music scene is still unexplored.

Beyond Moscow, St Petersbourg seems to also have a very active and dynamic scenes with actors such as GAMMA Festival, TEST FM… How can you explain that this city is such a playground for artists and other actors?

St. Petersburg has always been and remains the most European city in Russia. It’s probably for this reason that it attracts the new generation of artists, allowing them to express themselves more freely. We should recall that the first Russian techno club “Tunnel” was opened in St. Petersburg. The first Technics turntables were brought and settled in St. Petersburg. The city has its own rave history.

Kyiv has also a very strong rave scene with Cxema parties for example. Have you already played in Ukraine and are you connected with the scene there? Are the Russian scene and the Kyiv scene well connected despite political tensions between both countries?

I played several times at Closer. For my last gig there in March I had issues at Kiev’s airport passport control – I was denied to cross the border because holding a Russian passport despite all the efforts of the promoter’s team to explain the officer that I was invited to perform at their event. This was the only time I had an issue due to political tension between countries. It doesn’t mean that I would stop going if I am invited to play.

Same for Tbilisi. The scene is very active with Bassiani, KHIDI, Vodkast Records etc… There have been some troubles between Russia and Georgia last June. What’s your vision on Tbilisi and how are Russian dj’s supporting (or not) the electronic music scene of Tbilisi?

I landed in Tbilisi in June for my set at Tbilisi Open Air Festival. It was around the same time when one of those political demonstrations around that subject took place. I had some concerns at start but the people on the dance floor greeted me so warmly … I played my favorite records and we all enjoyed together. It will sound cliché but music and club culture has been and should remain a place for sharing a life-moment together. It’s about all communities. It’s about the people. 

Rencontre avec Vanupië, de Bordeaux à Tbilissi

dans ART ET CRÉATION

Ayant déjà parcouru un bon nombre de kilomètres avec son objectif et son boîtier, Vanupië documente les territoires qu’elle traverse avec beaucoup de sensibilité et un regard rafraîchissant. Kirghizistan, Philippines, Nouvelle-Zélande, Israël, Jordanie, Chine, Mongolie, Russie Sri Lanka ou Iran ; c’est souvent des zones géographiques aux histoires riches que la photographe traverse. Elle en ressort à chaque fois avec des portraits et des récits humains. C’est le cas avec la Géorgie et Tbilissi, ville qu’elle a visité en mai 2018. Hasard des choses, c’est au même moment que le club de techno Bassiani subit un raid de la police géorgienne, conduisant une frange de la jeunesse de la capitale à manifester devant le parlement national. Deux platines et des enceintes plus tard : une rave à ciel ouvert s’y organise, poussant derrière le gouvernement à reculer. C’est cette histoire et son voyage en Géorgie que Vanupië exposera exceptionnellement le samedi 7 septembre aux Vivres de l’Art dans le cadre d’un événement que Le Type consacre à la scène artistique de Tbilissi.

Crédit photo : Vanupië

Le Type : Salut Vanupië ! Peux-tu commencer par te présenter ?

Vanupië : Je suis à la fois une fille du bassin, un hibou vagabond et une voyageuse aux pieds-nus.

Comment tu t’es mis à la photographie ?

Naturellement et un peu par hasard. Ce sont mes yeux qui font tout le travail, plus que mes mains… Jusque-là, toute la partie technique m’intéressait peu et j’ai récemment compris que tout ce que je rechignais à apprendre depuis des années allait devenir un frein dans mes projets si je ne m’y mettais pas un peu plus sérieusement. Pour mon anniversaire, j’ai promis à ma copine Barbara que j’allais me montrer un peu plus persévérante pour ne plus me sentir comme un petit imposteur, quand quelqu’un veut me parler de réglages. Là, on pourra vraiment dire que je me serai mis à la photographie !

Quel matériel utilises-tu quand tu es en vadrouille ?

Que je sors d’ailleurs uniquement quand je suis en vadrouille ! Toujours le même depuis des années, un CANON 700D et son objectif de base 18x55mm offert par mon papa. Et depuis peu j’utilise aussi, un 55mm prêté indéfiniment par une petite pousse hollandaise après quelques jours passés ensemble sur un joli toit Sri Lankais.

Tu as pas mal bourlingué à travers le globe, comment tu t’y prends pour voyager autant ?

Je voyage en pointillés… Depuis la fin de mes études, j’alterne entre plusieurs mois à l’étranger et la petite cabane à huitres (entre autres) dans laquelle je travaille, sur le port de la Teste. Et sinon, quand mes économies ne suffisent pas, j’ai un découvert autorisé qui dépasse l’entendement (dieu bénisse) ! Je profite de cette saison pour me remettre à flots, combler tout ça et repartir sereinement dès décembre prochain. En attendant, je trépigne avec impatience !

Peux-tu nous parler de certains voyages qui t’ont particulièrement marqué ?

Un peu après mes 19 ans, je suis partie toute seule en Islande sur un coup de tête et je crois que c’est là que tout a commencé. Depuis il y a eu le Kirghizistan, la Russie, la Mongolie (via le Transsibérien), l’Israël, le Liban et tant de coins du monde qui viennent appuyer plus encore mon goût pour les pays d’Asie Centrale et du Moyen Orient. En novembre dernier, je suis partie en Éthiopie avec ma petite sœur et je me suis laissée séduire tout doucement par l’Afrique, rudimentaire, vibrante, humaine. Quand on commence à voyager, on n’est jamais rassasiée de rien, on a toujours cette envie furieuse de découvrir et de rencontrer encore et encore ; la Namibie et l’Ouganda commence d’ailleurs à sérieusement me faire de l’œil.

Tu as des anecdotes marquantes liées à ta pratique photographique et tes voyages ?

Un copain m’a dit très justement qu’il faudrait mille vies pour raconter la mienne… Je suis naïve, obstinée, maladroite, abonnée aux petites galères. Un accident de scooter et un tatouage fait par une dame de 102 ans qui s’infecte et manque de me coûter une jambe aux Philippines, un passage de frontière digne d’un croisement entre Pablo Escobar et Gérard Majax en quittant la Serbie, des kilomètres en stop ponctués de rencontres magnifiques et surprenantes. J’aimante aussi bien les catastrophes aussi que les belles âmes. En fait, je crois que mes plus jolis souvenirs de voyage sont souvent assortis d’une grosse galère ; au Kirghizistan, on s’est retrouvées à marcher pendant des heures, au milieu de la toundra, sans eau parce qu’on a douté des conseils d’un couple de Tchèques revenus nous sauver, à la nuit tombée, inquiets de ne pas nous voir arriver alors qu’on allait poser notre tente dans un lit de rivière. Le soir même, je me souviens avoir vu le plus beau ciel étoilé du monde et bu du vin rouge de piètre qualité à la chaleur d’une cheminée. C’est toutes ces anecdotes, ces visages, ces histoires que je retrouve indirectement à travers mes photos.

Venons-en à ton voyage en Géorgie. Comment tu t’es retrouvé là-bas et comment s’y est passé ton séjour, à Tbilissi et aux alentours ? Qu’est-ce qui t’a marqué lors de ce voyage ?

Ma sœur m’a parlé des montagnes qu’elle espérait y trouver. Un ami israélien a vaguement évoqué des petits kayaks de pain rempli de fromage. A eux deux, ils ont eus assez d’arguments pour me convaincre d’y aller faire un tour ! Après près de 50h de bus (et de contorsions) depuis Téhéran, j’ai finalement atteint la Géorgie, dont j’ai tout adoré. Des rues de Tbilissi aux montagnes de Borjomi, à la ville fantôme de Tskaltubo. La simplicité rurale, le naturel des gens, l’architecture si particulière des bâtiments soviétique et le hasard des choses. On s’est retrouvées à boire des coups et lever des toasts avec le chef de l’armée Azerbaidjo-Armenio-Georgienne (?) et le lendemain, comme l’aurait fait Élise Lucet, on est parties ravitailler les bases d’altitude, avec une troupe militaire, en hélicoptère. Incroyable ! Mon carnet de route sera bientôt en ligne sur le blog, pour survoler toutes ces aventures-là.

Dans la nuit du 11 au 12 mai 2018, la police géorgienne effectue un raid au sein du club techno Bassiani et arrête une soixantaine de clubbeurs. Le lendemain, la jeunesse de la ville manifeste devant le Parlement du pays, pose un système son et organise une rave géante pendant plusieurs jours. Tu y étais, comment c’était ?

Hallucinant ! Je suis arrivée à Tbilissi avec la ferme intention de boire du vin (un mois d’abstinence en Iran) et d’écouter de la techno… Le jour de mon arrivée, après m’être penchée sur la programmation, j’apprends malgré moi que le Bassiani a fermé… Le lendemain, après avoir copieusement célébré nos retrouvailles avec ma meilleure copine, un petit son lointain est venu nous caresser les oreilles. Ce qu’on croyait être un simple rassemblement politique a finalement tissé le lien avec la fermeture évoquée la veille. Du matin au soir, trois jours durant, on a pu assisté à quelque chose d’extraordinaire, une effervescence humaine, pacifique, pure qui, bien au-delà d’une simple protestation contre la fermeture d’un club s’est transformé (sur fond de techno et de messages d’amour) en un vrai mouvement commun pour défendre les libertés individuelles. C’était surréaliste de voir tout ce monde réuni face au Parlement et je pense pas me tromper en disant que même la police semblait supporter la jeunesse géorgienne dans ces revendications !

Peux-tu nous en dire plus sur l’exposition et la sélection de photos que tu présenteras le 7 septembre aux Vivres de l’Art dans le cadre du lancement de Scene city ?

Avec « Georgia On My Mind », j’aimerai offrir une petite rétrospective de mon voyage en Géorgie avec l’espoir que mes clichés, en plus de tous les intervenants présents pour ce lancement, puissent provoquer chez les petits yeux curieux l’envie d’aller visiter ce si petit pays aux multiples facettes. En parallèle des manifestations, toujours par hasard, on est entrées dans une galerie qui à sa manière à bien inspirée notre itinéraire. Je souhaite montrer à travers cette sélection, l’énergie incroyable qui se développe à Tbilissi et de manière plus induite, inviter les gens à découvrir ce que la Géorgie à de plus authentique, son folklore traditionnel, danses, chants, la richesse de sa gastronomie, son histoire, son architecture typique, les vestiges du passé et la beauté de ses habitants, d’une simplicité sans pareille. Bref, ça va être chouette, alors venez !
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Scene city : explorer les scènes locales européennes

dans DIVAGATIONS LOCALES/ÉVÉNEMENTS/MÉDIAS

L’équipe de Le Type lance une nouvelle plateforme : Scene city. A travers celle-ci, on se lance dans l’exploration d’autres scènes locales européennes, de Moscou à Tbilissi en passant par Kyiv, Bristol, Belgrade, Leipzig et d’autres villes. Grâce à une collaboration entre 10 structures culturelles locales (1 dans chacune des villes sélectionnées), un référencement d’artistes émergents permettra à tout un chacun de découvrir ces territoires culturellement fascinant. Dans le même temps, une série d’événements entend relier ces villes en permettant à leurs artistes de se rencontrer et de créer des connexions artistiques. Le premier épisode se tiendra à Bordeaux le samedi 7 septembre aux Vivres de l’Art avec un focus sur la capitale de la Géorgie, Tbilissi.

Identité visuelle : Bureau Nuits

Fondé en 2011, Le Type s’efforce depuis ses débuts à soutenir et valoriser toutes les initiatives des acteurs culturels de la région bordelaise. Festivals, lieux, jeunes médias, labels, disquaires, promoteurs et artistes ont ainsi toujours pu compter sur nous pour bénéficier d’un relais sur notre site et nos différents supports de communication (réseaux sociaux, etc.). Dans ce cadre, la nécessité d’appuyer particulièrement les artistes émergents de notre ville et de la région est vite apparue essentielle, à travers entretiens, événements ou sélections musicales. Meilleurs ambassadeurs pour défendre les couleurs de Bordeaux en France ou à l’étranger ; ce sont eux qui sont les plus à-même de faire rayonner notre territoire sur un plan artistique.

De Bordeaux à Moscou : explorer les scènes artistique locales en Europe

Toujours soucieux de promouvoir cette scène locale, Le Type se lance donc aujourd’hui dans la création d’un nouvel « objet » qui va lui permettre de renforcer cette dimension : Scene city. Ce nouveau média prendra d’abord la forme d’un site internet sur lequel chacun pourra découvrir d’autres scènes locales européennes, à travers un référencement d’artistes (qu’il sera possible d’écouter directement sur le site) pour chacune de ces villes. La première version du site se concentrera sur des artistes musiciens (groupes, DJ, collectifs…) sans contraintes de styles, genres ou esthétiques mais avec un prisme de sélection : l’émergence.

Scene city: documenting & showcasing European scenes / Scene city : documenter et promouvoir les scènes européennes

Pour démarrer, cette « V1 » de Scene city comptera 10 villes. Au-delà de Bordeaux, on pourra y découvrir Belgrade (capitale de la Serbie), Bristol, Kyiv en Ukraine, Leipzig (à quelques kilomètre de la capitale allemande), Lyon, Lisbonne, Moscou, Vilnius en Lituanie et Tbilissi, la captivante capitale de la Géorgie. Si d’autres métropoles telles que Londres, Berlin ou Barcelone peuvent apparaître au premier abord plus développées et actives en matière festive et culturelle, notre choix s’est porté sciemment vers des territoires qui constituent de véritables alternatives aux capitales un peu trop « évidentes » que peuvent être celles évoquées précédemment.

Un réseau de structures culturelles locales européennes

Toutes ces villes ont ainsi été choisies pour la qualité de leur scène artistique locale. Ce travail a été permis par la connexion avec d’autres structures qui, à l’instar de Le Type, œuvrent au soutien ou au développement de leur scène. Disquaires, webradios, magazines, festivals ou même clubs : ce sont 10 partenaires qui se retrouvent embarqués dans le projet et qui, depuis leurs villes respectives, permettent d’identifier des artistes pertinents en vue de les référencer sur Scene city.

En plus de Le Type qui sera la structure référente pour Bordeaux, on compte notamment 3 webradios qui représenteront 3 villes différentes ; Noods Radio à Bristol, véritable référence en Angleterre et dans toute l’Europe, ainsi que la jeune et DIY Palanga Street Radio à Vilnius et la très qualitative Rádio Quântica qui, depuis 2015, s’est érigé un véritable repère pour les activistes de la scène lisboète et autres artistes émergents de la capitale portugaise. Un magazine dédié aux cultures alternatives est également présent pour Kyiv : TIGHT Magazine, piloté par 3 ambassadrices de la capitale ukrainienne et de sa scène underground. Pour Leipzig, en Allemagne, c’est un festival un peu particulier qui a intégré le projet : Seanaps. Celui-ci a en effet la particularité de se développer autour de la technologie blockchain qui encadre les paiements des festivaliers et permet ainsi une transparence sur son budget.

Crédit photo : Dmytro Prutkin – Kyiv, l’une des villes référencée sur Scene city

Un club relativement intriguant représentera pour sa part la scène très active de Belgrade en Serbie ; le Drugstore. Localisé dans un ancien abattoir, ce lieu de fête a déjà hébergé une Boiler Room et fait office de haut lieu des cultures électroniques indépendantes dans toute la région en accueillant régulièrement des pointures internationales. Enfin, à cette liste s’ajoute des disquaires qui, via leur présence au sein de leur ville, sont des lieux idéals pour fédérer les artistes locaux. A Lyon, on compte ainsi Chez Emile Records, qui joue un rôle clé dans le développement de la scène lyonnaise et dans son identification comme bastion des cultures électroniques. La capitale géorgienne, Tbilissi, sera quant à elle représentée par Vodkast Records, un disquaire de référence qui fait notamment le pont avec d’autres territoires.

Ce réseau s’accompagnera toujours d’un travail avec d’autres acteurs de chacune des villes en vue de concevoir les différents événements. Pour la création de l’identité visuelle du projet, un studio de design bordelais a par exemple été sollicité en vue de concevoir les différents éléments constitutifs de l’ADN graphique de Scene city : Bureau Nuits. Les mêmes qui ont conçus l’identité visuelle de l’événement de lancement de la plateforme qui aura lieu le samedi 7 septembre à Bordeaux aux Vivres de l’Art.

Design : Bureau Nuits

Une série d’événements et un premier épisode à Bordeaux autour de Tbilissi le 7 septembre

Au-delà du référencement d’artistes accessible en ligne, l’objectif de Scene city est bien d’encourager les connexions entre les différentes scènes locales grâce à une série d’événements. Ces derniers auront pour but de favoriser les interactions entre deux villes afin d’améliorer les connaissances respectives de leur scènes en créant des ponts artistiques et des échanges culturels entre celles-ci. Une sorte de jumelage 2.0 porté par la culture et les arts. En plus de la musique, l’ambition du projet est de permettre d’appréhender chacune des villes sous d’autres angles.

Une sorte de jumelage 2.0 entre les villes porté par la culture et les arts.

Le premier événement de cette série s’inscrit dans cette logique. Le samedi 7 septembre aux Vivres de l’Art, celui-ci mettra en avant la scène artistique de Tbilissi et celle de Bordeaux, avec deux DJ de la capitale géorgienne invités à faire découvrir leur univers et deux collectifs locaux ; tplt et Birouette. Les deux artistes de Tbilissi sont bien représentatifs de l’effervescence à l’œuvre dans leur ville puisque Ninasupsa joue très souvent au Bassiani, l’un des clubs iconiques de la capitale qui a été au cœur de tourmentes socio-politiques l’an dernier. Suite à un raid de la police en son sein, une frange importante de la jeunesse de la capitale s’était en effet retrouvé à organiser en mai 2018 une fête géante devant le Parlement national, poussant le gouvernement à reculer et illustrant le fait que la club culture peut encore rimer avec résistances dans certains territoires européens. Le deuxième artiste, Parna, est quant à lui booker d’un autre club géorgien renommé : le Mktvarze qui accueille régulièrement des pointures du circuit électronique (le français Zaltan, PLO Man, Huerco S…).

Crédit photo : Vanupië – Manifestations devant le Parlement géorgien suite à la fermeture du Bassiani en mai 2018. Exposition à découvrir le 7 septembre aux Vivres de l’Art.

L’événement sera agrémenté d’un débat diffusé en direct sur notre partenaire Ola Radio durant lequel sera évoqué l’état de la scène artistique de Tbilissi en compagnie des deux artistes géorgiens. Une exposition photo d’une photographe de la région bordelaise, Vanupië, sera aussi mise à l’honneur. Celle-ci était en effet présente à Tbilissi lors des heurts liés à la fermeture du Bassiani. Son travail rend compte avec beaucoup de sensibilité de ces épisodes troubles. Enfin, une offre de restauration sera proposée afin de découvrir les délices de la gastronomie géorgienne trop peu connue dans l’hexagone.
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