« À Bordeaux, j’ai toujours été assez solitaire » : conversation avec Costello

Entretien avec le DJ et producteur bordelais Costello. Figure discrète de la scène électronique locale, l’artiste collabore régulièrement avec des grands noms de l’écosystème musical, de Laurent Garnier à Chloé en passant par Maceo Plex ou Boys Noize. Au cours de cet échange, il livre à Le Type sa vision de l’évolution des tendances à l’œuvre dans la musique, de la façon dont les nuits à Bordeaux se sont transformées et raconte sa propre pratique artistique. Cette conversation est à retrouver en français ci-dessous et en anglais sur Ransom Note, dans le cadre d’un partenariat entre les deux médias pour promouvoir la scène musicale bordelaise.

La version anglaise de l’entretien avec Costello sera bientôt disponible sur le média anglais Ransom Note.

Crédit photo : Anthony Plas

Costello est un producteur et DJ bordelais actif depuis la fin des années 2000. D’abord associé à des esthétiques situées entre house et techno, il a progressivement élargi sa musique vers des formes plus mélodiques, atmosphériques et hybrides, sans abandonner son rapport physique au club. Son parcours l’a mené des scènes et réseaux bordelais à des labels et dancefloors internationaux, tout en conservant Bordeaux comme point d’ancrage et lieu de création.

Après près de vingt ans de production, Costello – de son vrai nom Rémi Fivet – incarne ainsi une génération d’artistes électroniques qui ont dû évoluer avec les transformations du secteur : accélération des tendances, poids des plateformes, nouvelles technologies, circulation internationale de la musique et recherche d’indépendance, notamment à travers son propre label Costello Recordings.

Costello. Crédit photo : Pixelle.

Le Type : Ton dernier EP est sorti à le 18 septembre dernier chez Ellum Audio, après plusieurs sorties chez COD3 QR, Diynamic ou Lumière Noire. Comment sélectionnes-tu les labels avec lesquels tu travailles ?

Costello : Cela dépend vraiment des labels. Certains sont dirigés par des gens que je connais directement : ils ou elles ont repéré mon travail, je suivais le leur, puis nous nous sommes croisé·es en soirée ou en festival, par exemple. Nous avons échangé nos contacts sans forcément travailler immédiatement ensemble. Nos chemins artistiques peuvent se croiser ponctuellement.

Les relations avec les labels (de Chloé, Boys Noize, Laurent Garnier, Solomun…) commencent d’abord autour de la musique, puis certaines deviennent plus personnelles.

Costello

Je pense notamment à Solomun. Je ne le connais pas personnellement, mais j’ai sorti chez lui un titre qui a beaucoup marché et dont on me parle encore, trois ou quatre ans plus tard. Chloé, en revanche, est quelqu’un que je connais depuis plus de quinze ans. Pour Boys Noize, c’est pareil, et j’échange avec Laurent Garnier depuis une dizaine d’années. Les relations commencent d’abord autour de la musique, puis certaines deviennent plus personnelles.

Pour Maceo Plex, le contact s’est fait par l’intermédiaire d’Alex Mendes, un artiste portugais de COD3 QR. Il avait entendu les démos que je publie régulièrement sur Instagram et m’a suggéré de les envoyer absolument à Maceo Plex. Je ne le connaissais pas et nous n’avions jamais vraiment échangé. Alex m’a transmis son contact, puis j’ai envoyé les morceaux. Parfois, l’alignement se fait immédiatement ; Et on ne trouve pas forcément le moyen de travailler tout de suite ensemble. Et des fois, c’est des années après qu’on a l’alignement des planètes qui fait qu’on a le bon moment, la bonne musique, le bon EP à sortir sur tel ou tel label.

En créant Costello Recordings je voulais disposer d’un espace où tenter des choses que je n’enverrais pas forcément ailleurs. Le label me sert de laboratoire.

Costello

Après ces signatures, tu as également créé ton propre label, Costello Recordings. À quel moment as-tu ressenti le besoin de te structurer toi-même ?

J’ai lancé Costello Recordings juste avant le Covid. Le premier EP est sorti en 2019. Ma musique commençait à bénéficier d’une certaine visibilité et je voulais vivre l’expérience complète d’une production de A à Z : fabriquer la musique, mixer, masteriser, programmer et distribuer une sortie, concevoir les visuels et organiser la promotion.

J’avais déjà acquis de l’expérience avec d’autres labels, mais je voulais disposer d’un espace où tenter des choses que je n’enverrais pas forcément ailleurs. Je n’y sors pas nécessairement les morceaux les plus immédiatement efficaces : j’essaie plutôt d’y proposer des projets plus personnels.

La dernière sortie officielle était Grand Opening, une collaboration avec Huel Lamor, compositrice de musique classique et de bandes originales. Nous avons mêlé musique classique et musique électronique, dans une approche techno. Sur la sortie précédente, TWR72, une figure de la techno néerlandaise, avait remixé l’un de mes titres.

Le label me sert donc de laboratoire : il me permet de créer des connexions et d’expérimenter des choses que d’autres structures ne suivraient peut-être pas. Il y a eu six ou sept sorties sur le label. Elles n’ont pas toutes été des hits, mais ce n’est pas grave : cela me permet de proposer autre chose que ce que le public attend forcément de moi.

Costello. Crédit photo : Wildo Del Pango.

Quelle place occupent les plateformes SoundCloud et Bandcamp dans ce laboratoire personnel ?

SoundCloud a pris une place importante ces dernières années. J’y reçois énormément de démos et de promotions privées, parfois avant leur sortie. Cela permet de sentir le pouls de ce qui se fait et c’est aussi une bonne plateforme de visibilité.

Bandcamp est particulièrement intéressant pour la distribution des labels indépendants. En matière de répartition des revenus, c’est clairement l’une des meilleures plateformes : les prélèvements y sont beaucoup plus faibles que sur d’autres services. Il faut la soutenir, car elle est réellement favorable aux artistes et aux labels. C’est à la fois une bourse à la musique, où l’on peut chercher de nouvelles sonorités et découvrir des artistes peu distribués, et un outil de visibilité et de vente auprès de son public.

Je me sers beaucoup de SoundCloud pour faire écouter des morceaux grâce à des liens privés. Cette semaine encore, Laurent Garnier m’en a pris un pour le tester pendant le week-end. Si le morceau fonctionne, nous discuterons peut-être d’une sortie. L’une d’elles a d’ailleurs été programmée chez COD3 QR en novembre !

Quels lieux, collectifs, disquaires ou artistes bordelais ont été déterminants dans ton parcours ?

Je viens vraiment de l’époque MySpace, avant Facebook. C’était une plateforme sur laquelle on pouvait écrire, publier des photos et surtout de la musique. Elle créait des connexions entre les musicien·nes, notamment parce que chacun·e pouvait mettre d’autres artistes en avant. J’y ai publié mes premiers morceaux, avant même mes dix-neuf ans. Mon premier contact avec un label étranger est venu de là.

Dans la foulée, j’ai remporté un concours de remix sur Beatport, ce qui m’a permis de signer sur Dust Traxx, un label house de Chicago. Les sorties se sont ensuite enchaînées en Allemagne, aux États-Unis et ailleurs.

Je suis originaire d’Agen et je suis arrivé à Bordeaux il y a une vingtaine d’années pour mes études, avec déjà quelques sorties et des mixes derrière moi. Au début, je me suis présenté dans des lieux comme le 4 Sans, le BT59 ou la Zoobizarre avec des mixes enregistrés sur CD. Je ne connaissais personne, mais on a commencé à me faire jouer. Le 4 Sans était une salle extraordinaire : j’y ai vécu de très belles soirées, comme DJ et comme spectateur. Le BT59 m’a également beaucoup programmé.

Au 4 Sans ont joué David Guetta, Justice, Carl Cox, Laurent Garnier, Kavinsky… J’arrivais à Bordeaux au moment où je commençais à sortir des disques et à jouer. L’environnement était extrêmement stimulant. J’y ai croisé beaucoup d’artistes, dont Djedjotronic.

Ce que je reproche parfois à la scène bordelaise – même si je ne la connais peut-être pas assez –, c’est de travailler en vase clos et de manquer d’ambition internationale.

Costello

D’autres personnes à Bordeaux ont joué un rôle dans ton parcours ?

À Bordeaux, j’ai toujours été assez solitaire. Je n’ai jamais vraiment appartenu à un collectif et j’ai très peu collaboré musicalement. Je m’entends avec beaucoup de monde, mais je sors peu et je choisis les lieux et les personnes que je vais voir. Ce sont donc davantage des lieux que des artistes qui m’ont marqué.

Une personne a toutefois été déterminante : Ziggy, ma manageuse pendant presque dix ans. Elle m’a beaucoup aidé et m’a appris le fonctionnement des différents métiers de la musique indépendante.

J’ai toujours regardé vers la scène nationale et internationale. J’ai suivi ce qui se passait localement, mais je me suis peu rapproché des artistes bordelais·es. Je suis allé directement vers Boys Noize, Laurent Garnier et les artistes que j’admirais adolescent, dont j’avais les posters dans ma chambre. Aujourd’hui, je travaille avec eux : c’était l’objectif.

Ce que je reproche parfois à la scène bordelaise – même si je ne la connais peut-être pas assez –, c’est de travailler en vase clos et de manquer d’ambition internationale. Avec Internet, tout est possible : une musique peut rapidement rayonner au-delà de Bordeaux.

Costello. Crédit photo : Apla.

Ta première signature à Chicago t’a immédiatement montré que cette ouverture internationale était possible ?

Oui. Cela change tout de suite l’état d’esprit : on comprend que c’est possible. Tout s’est fait à distance. J’étais dans ma chambre d’étudiant de douze mètres carrés et j’échangeais avec des gens à Chicago, Paris, au Canada, en Allemagne ou à Londres.

Je ne les ai rencontrés que plus tard, quand j’ai commencé à tourner et à jouer dans différentes villes. MySpace et Internet ont permis à la musique de voyager beaucoup plus vite et beaucoup plus loin. Je viens de cette génération qui découvrait la puissance d’Internet : si ta musique tient la route, elle peut rayonner bien au-delà de ta ville.

Depuis n’importe quelle ville, des personnes très éloignées peuvent donc découvrir ton travail facilement…

Exactement. Des artistes de la région bordelaise, comme Anetha, ont ensuite réussi à rayonner nationalement et internationalement. Mais pendant une dizaine d’années, la scène est surtout restée organisée autour de collectifs composés de très bons DJs, qui n’ont peut-être pas voulu – ou pas osé – viser plus loin.

Quel regard portes-tu sur l’évolution de la scène électronique bordelaise au cours des dix ou quinze dernières années ?

Il y a d’abord eu une période, entre 2007 et 2011, avec Strip Steve, Bobmo et Boxon Records. C’était une forme de French Touch 2.0, dans le sillage de Surkin, Para One et de toute cette scène. Bordeaux avait des représentants importants, dont certains sont ensuite partis à Paris ou à Berlin.

Il y a ensuite eu une période plus electroclash, notamment avec The Bloody Beetroots, tandis que je me dirigeais vers des choses plus techno. Pendant une bonne dizaine d’années, jusqu’au Covid, je n’ai pas eu l’impression que beaucoup de projets bordelais rayonnaient fortement. De mon côté, je tournais beaucoup et j’étais un peu dans un tunnel.

Après le Covid, les cartes ont été rebattues. En ressortant, on a découvert que la majorité des jeunes voulait écouter en club une hard techno très rapide, autour de 150 BPM. C’est un courant légitime, qui a toujours existé, mais il occupe aujourd’hui une place beaucoup plus importante. Je ne m’inscris pas directement là-dedans, même si je le respecte.

En vingt ans, j’ai navigué entre house, techno, downtempo, minimale et d’autres formes de musique électronique. On ne peut pas produire exactement la même musique pendant deux décennies. On finit par s’ennuyer et l’on s’imprègne forcément de l’époque. C’est cohérent avec le métier de DJ : on dig, on reste attentif à ce qui se fait, puis on mélange ces influences à ce que l’on aime profondément pour les faire ressortir dans ses productions.

De ton côté tu as tenté d’autres expériences dans la musique ?

Après le Covid, j’ai tenté différentes expériences, notamment de l’habillage sonore pour la publicité. J’hésitais à revenir au clubbing, car je me demandais si les personnes de vingt ans avaient encore envie d’écouter ma musique.

Laurent Garnier et Solomun m’ont remis le pied à l’étrier, surtout Laurent. Il m’a encouragé à continuer à lui envoyer de la musique. À l’époque, il travaillait encore avec Scan X, une autre figure importante de la techno française. Depuis, nous avons sorti plusieurs morceaux qui ont bien fonctionné. Dream Operator, par exemple, a énormément circulé. Laurent Garnier m’a remotivé à produire de manière soutenue la musique que j’aime, qui trouve toujours son public malgré la place occupée aujourd’hui par une techno plus « agressive ».

Comment expliques-tu cet engouement pour la hard techno à Bordeaux et ailleurs ?

À Paris, il y a aussi de la hard techno, mais l’offre reste beaucoup plus variée : hard groove, house, minimale, bass music, UK garage… À Bordeaux, et même dans le Sud-Ouest en général, la programmation est très concentrée sur la hard techno.

J’ai une théorie très personnelle : pendant le Covid, beaucoup de jeunes ont continué à sortir dans des free parties, dans les bois ou dans les Landes. Ils ont formé leur oreille et leurs goûts dans les seuls lieux qui diffusaient encore de la musique. Pour eux, sortir en soirée s’est donc associé à cette esthétique.

Sur l’IA et la création ; je ne vois pas l’intérêt de demander à un outil de générer directement un morceau fini. Pour moi, la musique doit rester agréable à fabriquer.

Costello

Comment ta manière de produire a-t-elle évolué au fil des années ? Utilises-tu davantage de machines, de synthétiseurs ou de logiciels qu’à tes débuts ? Et quelle place l’intelligence artificielle occupe-t-elle dans ta création ?

J’ai commencé très jeune, vers treize ou quatorze ans, avec FL Studio, qui s’appelait encore FruityLoops. J’ai ensuite testé Ableton et d’autres logiciels. Au départ, je travaillais uniquement sur ordinateur, car je ne savais pas utiliser les machines et je n’avais accès qu’à leurs émulations. Toutes mes premières productions étaient entièrement numériques. Les machines m’intimidaient et coûtaient cher.

Aujourd’hui, j’ai un setup réduit, mais très efficace. Je n’ai pas de recette fixe : certains morceaux sont entièrement numériques, d’autres comportent 50, 60 ou 70 % d’analogique. Tout dépend de la manière dont l’idée arrive. La musique doit rester ludique. Si j’ai envie d’allumer une machine et de jammer pendant une ou deux heures, j’enregistre, puis je dérushe le résultat comme au montage vidéo. Je garde ce qui est exploitable et je construis autour avec d’autres machines ou des outils numériques.

Mes productions sont donc hybrides. Avec l’expérience, on va plus vite à l’essentiel et l’on peut se concentrer sur les détails qui font la différence : les harmoniques, de petites distorsions ou des dégradations du son qui donnent une signature plus personnelle.

J’ai aussi testé plusieurs usages de l’IA. Sur un morceau sorti chez Diynamic, j’ai utilisé de la synthèse vocale. Ce n’était pas un outil chargé d’écrire les paroles, mais du text-to-speech, un principe ancien devenu très performant. J’ai également testé la génération de matière audio avec Udio. Pour le moment, c’est très aléatoire : les paramètres permettent de donner de grandes orientations, mais on maîtrise peu le résultat. Il faut ensuite chercher ce qui peut être utile. Honnêtement, deux heures de jam me donnent davantage de matière exploitable qu’une journée sur Udio.

Plus généralement sur l’IA et la création, je ne vois pas l’intérêt de demander à un outil de générer directement un morceau fini. Pour moi, la musique doit rester agréable à fabriquer. Écrire une consigne et recevoir un morceau terminé ne me procure aucun plaisir.

Certains utilisent ces outils pour générer des voix, extraire des a cappella ou séparer des stems. Pour l’instant, les voix se ressemblent souvent et l’usage me paraît surtout adapté à des contenus humoristiques ou à l’illustration de vidéos.

Ma musique appartient aujourd’hui à une niche. Elle fonctionne, mais elle ne vise pas des dizaines de millions d’auditeur·ices. Plus de vingt ans après mes débuts, je considère comme une chance de pouvoir encore faire ce que j’aime et sortir ma musique sur des labels incroyables. L’IA peut aider ponctuellement, mais je ne vais pas faire reposer ma production entière dessus.

Les algorithmes occupent désormais une place beaucoup plus importante dans les pratiques d’écoute. On est peut-être moins dans le bouche-à-oreille, la visite chez le disquaire ou la recherche manuelle. Comment t’en saisis-tu comme producteur et comme DJ ? Cherches-tu à les contrer ou à jouer avec eux ?

En vingt ans, on n’a jamais autant écouté de musique, partout et tout le temps. Il n’y en a donc jamais eu autant de fabriquée, produite et distribuée. La masse à trier est gigantesque. Comme je travaille dans un créneau qui n’est pas particulièrement à la mode, je dois écouter énormément de choses avant de trouver ce qui m’intéresse réellement.

Les algorithmes peuvent aider le grand public à découvrir de nouveaux morceaux et artistes. Apple propose parfois de très bonnes suggestions. YouTube permet aussi de naviguer de lien en lien et d’arriver sur des contenus très obscurs. Cet accès élargi à la musique est formidable.

J’ai commencé à mixer sur vinyle. Il fallait se déplacer jusqu’à une boutique, attendre son ouverture, espérer que le disque recherché ne soit pas déjà dans les mains de quelqu’un d’autre et l’écouter rapidement parce que des personnes attendaient derrière. Aujourd’hui, on allume son téléphone et toute la musique mondiale est disponible. C’est un progrès considérable. Le risque, en revanche, est de rester enfermé dans les mêmes recommandations lorsque l’on ne cherche pas activement à aller plus loin.

Comment analyses-tu l’évolution de la vie nocturne bordelaise, notamment après la fermeture de lieux emblématiques au fil des années, tels le 4 Sans ou l’IBOAT ?

Je n’ai pas un avis très positif sur l’offre actuelle de musique électronique à Bordeaux. Elle est limitée en raison d’un ensemble de paramètres : décisions préfectorales, aménagement du territoire, législation et effets accélérateurs du Covid.

Bien Public est, à mes yeux, le dernier véritable club qui ait ouvert récemment à Bordeaux. Sa programmation cherche encore son identité, ce qui est normal pour un lieu aussi récent, mais l’endroit est vivant.

Un club doit aussi permettre de rencontrer des gens et de découvrir des artistes venu·es du monde entier. J’ai l’impression que Bordeaux a perdu une partie de cette dimension et s’est un peu refermée sur elle-même.

Costello

Ouvrir un nouveau club à Bordeaux, est-ce possible uniquement de ce côté là de la Garonne ?

Il est censé moins gêner le voisinage, même si la terrasse semble parfois poser problème. C’est en tout cas le dernier vrai club local. Il existe aussi des espaces de type entrepôt, mais j’ai connu à Bordeaux des clubs avec des bars, des vestiaires, du chauffage, une scénographie et de vraies lumières. Un club ne devrait pas se limiter à un espace sommaire, avec un son mal réglé et aucune scénographie, où l’on reste uniquement devant les enceintes.

Un club doit aussi permettre de se poser, de rencontrer des gens et de découvrir des artistes venu·es du monde entier. J’ai l’impression que Bordeaux a perdu une partie de cette dimension et s’est un peu refermée sur elle-même.

Au-delà de Bordeaux, quelles évolutions des pratiques te semblent les plus marquantes dans la scène électronique et club actuelle ? Quelle place occupent par exemple les réseaux sociaux dans la promotion de ta musique ?

Quand j’étais plus jeune, je pensais que la musique se vendait toute seule et qu’il n’était pas très noble de faire du marketing, de parler de ses morceaux ou de montrer son visage. J’ai changé d’avis. Pour qu’une musique rayonne, il faut la soutenir et exister ailleurs que sur les seules plateformes ou les supports physiques et numériques.

Le défi consiste à trouver un équilibre entre l’image que l’on veut représenter et sa musique. Je ne suis pas un influenceur, mais j’ai moins peur de m’exposer. J’essaie de le faire proprement, dans mes limites, sans inonder les personnes qui me suivent. Elles sont peu nombreuses, mais très engagées. J’échange beaucoup en privé, notamment par l’intermédiaire des stories, avec des gens du monde entier qui aiment ma musique. C’est l’un des grands aspects positifs des réseaux sociaux.

J’utilise surtout SoundCloud et Instagram, même si je suis présent presque partout. À chaque sortie, j’essaie de réfléchir à ce qu’il est possible de faire pour que la musique existe autrement : réseaux sociaux, collaborations avec des plateformes, vidéos ou contenus spécifiques. Pour la prochaine sortie, nous avons enregistré de petites mises en scène. En revanche, je ne vais pas faire des danses TikTok sans rapport avec ma musique. La promotion doit avoir du sens pour le projet.

J’évolue dans un milieu indépendant, où ce type de choix est observé. Il serait incohérent d’adopter n’importe quelle tendance uniquement pour gagner de l’exposition.

Quels sont tes projets à venir, au-delà de l’EP sorti en septembre ?

Continuer de jouer dans des festivals indépendants. Il faut soutenir ce type d’événement. Les grands festivals sont aujourd’hui très verrouillés par de gros acteurs et les mêmes vendeurs de plateaux, alors que les festivals indépendants proposent souvent des programmations plus variées et plus exigeantes.

J’ai un nouveau titre programmé chez COD3 QR en novembre, avec une édition vinyle. Nous travaillons par ailleurs avec un label anglais lié à Fabric, à Londres, ainsi que sur de nouvelles sorties chez COD3 QR avec Laurent Garnier.

La version anglaise de l’entretien avec Costello sera bientôt disponible sur le média anglais Ransom Note.