Acteur important de la scène électronique bordelaise, le collectif Les Viatiques souffle ses dix bougies les 17 et 18 avril prochains. L’occasion de mettre de côté les platines le temps d’un entretien pour Romain, Benoît et Éric, membres de l’association. Retour sur une aventure humaine et bénévole qui a su se renouveler sans jamais trahir son exigence musicale.
Quel a été le point de départ pour créer le collectif Les Viatiques ?
Les Viatiques : Le déclic a été de faire des projets hors les murs, pour faire des fêtes à notre image. En 2016, il n’y avait pas beaucoup d’évènements de ce type-là à Bordeaux, hormis template, qui est devenu tplt, Ciao! et Bordeaux Open Air qui fêtent aussi leurs 10 ans.
En dix ans, on a toujours essayé de travailler en bonne entente avec tout le monde. Et faire en sorte de ne pas organiser nos événements le même jour que d’autres collectif, pour que tout le monde s’en sorte.
On a toujours gardé en tête l’idée de faire ces événements en marge de nos métiers respectifs
Les Viatiques
Quel regard portez-vous sur ces dix années d’existence du collectif Les Viatiques ?
C’est un peu inespéré d’avoir fait tout ce parcours. En 2016, on a commencé au Marco Polo avec une fête qui a bien marché et nous a permis de mettre de l’argent de côté. Ça nous a permis d’en organiser une deuxième, puis une troisième… On s’en sortait pas trop mal et ça nous passionnait. On est tous bénévoles au sein du collectif, nous n’avons jamais organisé ces fêtes pour des raisons financières, contrairement à d’autres associations qui s’inscrivent par exemple dans la saison culturelle à Bordeaux.
On a toujours gardé en tête l’idée de faire ces événements en marge de nos métiers respectifs – d’où ce côté inespéré. C’est du temps qu’on prend en marge de notre vie professionnelle. Mais ça reste énergivore, contrairement à d’autres qui ont le luxe de pouvoir travailler sur ce genre de projets tout au long de la semaine. De ce fait, notre équipe a été beaucoup renouvelée. C’est un équilibre un peu instable mais on s’en sort quand même.

L’identité visuelle du collectif est singulière ; quelle place occupe-t-elle dans l’ADN du projet ?
Tous les collectifs font en sorte de sortir du lot avec une communication propre à leurs univers afin de guider en quelque sorte le public pour qu’il s’y reconnaisse et nous suivent. De notre côté, on est restés fidèle à notre illustratrice Camille Bertagna durant toutes ces années. Sa patte artistique nous correspond bien, avec un côté à la fois humoristique et léger.
Il y a aussi un côté bienveillant, édulcoré, fête et rêve qui colle bien avec les événements qu’on propose, avec ce style minimal house. Elle réalise des illustrations qui appellent à la rêverie et la fantaisie en soi.
C’est un peu ça l’expérience des Viatiques : un voyage qui se vit tout le long de la soirée.
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Quelle a été l’évolution musicale et le fil conducteur artistique des Viatiques sur ces dix dernières années ?
Au début, la scène roumaine est celle qu’on a le plus invitée. On est restés fidèle à cette esthétique car elle a été marquante pour beaucoup de membres du collectif. Il y avait dans cette scène les artistes les plus demandés du moment, c’était une petite révolution à l’époque dans la musique house. Or, à Bordeaux, personne n’invitait ces artiste. On a donc pris ce créneau.
Cette année pour nos 10 ans, on invite encore Raresh par exemple. Il était déjà là aussi pour notre anniversaire des 7 ans. Le fait de le réinviter, c’est aussi une forme de fidélité à nos débuts musicaux. Bien sûr, on a grandi depuis, on a évolué. Et on a nos résidents qui ont des goûts différents.
C’est une musique qui a un côté dansant mais à la fois réservé. C’est un peu ça l’expérience des Viatiques : il n’y a pas de gros drops, on ne va pas dépasser les 130 bpm. C’est plutôt un voyage qui se vit tout le long de la soirée. C’est pour ça qu’on aime bien les afters ! On est plutôt sur la longueur, tout en gardant un fil conducteur.

Certains lieux ont marqué la vie de votre collectif, comme le récent hangar que vous avez récemment quitté ; pourquoi avoir voulu vous ancrer dans un espace en particulier ?
Ce choix répondait à un besoin matériel : on a décidé de devenir plus autonomes sur le plan technique. On a en effet acheté du matériel, et il fallait le stocker. On a donc décidé d’allier l’utile à l’agréable en choisissant un lieu qui pourrait aussi servir à faire la fête à la marge.
Le lieu était à Blanquefort, nous y sommes allés progressivement. Puis on a rencontré notre voisin Éric après notre première fête, c’était le locataire du lieu. On a commencé à faire la fête chez lui et on a proposé une alternance entre notre spot et son restaurant. Nous étions très libres là-bas, on a pu y organiser des événements mémorables !
Bordeaux est une ville qui a une ADN de collectif très forte. Il y a peut-être 40 collectifs au niveau local. C’est vraiment quelque chose qui fait partie de l’identité de la ville.
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Comment observez-vous l’évolution de la scène électronique bordelaise en dix ans ?
Il y a plusieurs étapes. Une période avant Covid-19 ; une période de 2021 jusqu’à 2023, et celle actuelle. Avant 2020, il n’y avait pas tant que ça d’acteurs. La scène était assez restreinte, sans trop d’événements. Pendant que le confinement, il y a beaucoup de gens et de jeunes qui ont voulu se lancer et ont démarré des collectifs.
Depuis, je trouve que Bordeaux est une ville qui a une ADN de collectif très forte. Il y a peut-être 40 collectifs au niveau local. C’est vraiment quelque chose qui fait partie de l’identité de la ville. Pour autant, ces dernières années, il semble y avoir un ralentissement.
De notre côté, en 10 ans, on a réussi à fédérer des gens autour de nous, notamment avec le lieu de Blanquefort.

Pour fêter justement vos 10 ans, vous proposez un week-end de fête sur 2 jours du 17 au 18 avril. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C’est un format qu’on a vécu 4 fois au Square Dom Bedos c’est-à-dire un double open air avec des afters. Le vendredi et le samedi, le format se déploie de 18h00 à minuit, avec deux guests qui sont pour nous des légendes. D’un côté Mathew Johnson qui a 30 ans de circuit avec des prods phares et qui fait un live. Puis samedi avec Raresh, chef de file de la scène roumaine qu’on a adulé pendant des années. Là, il revient cette année pour nous : c’est un peu une madeleine de Proust.
Côté afters, le vendredi soir se déroulera à Bien Public avec Borja S, DJ basque espagnol. Pour samedi soir, le lieu est tenu secret pour le moment.
D’autres projets sont à venir ?
On va faire une grosse fête de la musique, nous l’annoncerons bientôt. On revient aussi à Dom Bedos cet été pour la date classique de l’anniversaire pour la partie 2 des 10 ans – parce qu’on le fait en deux fois cette année ! On renoue également en octobre avec la cinquième édition de notre festival le Viatica Espirit qui a lieu dans le Lot-et-Garonne – c’est déjà sold out !
