Interview : design graphique et typographie avec Faakpaat

Une fois n’est pas coutume, c’est de design graphique et de typographie dont on parle sur le webzine. C’est dans une optique d’élargissement du prisme culturel qu’il nous semble à la fois évident et intéressant d’interroger des acteurs de ce champ artistique. Ces derniers, de par leur pratique, portent un regard forcément singulier sur les formes culturelles et, surtout, sur la ville. Travaillant sur de multiples projets, notamment celui d’une plateforme participative de typographie (26type) ou encore sur une collaboration récente avec le Café du CAPC à Bordeaux, le studio de design graphique Faakpaat fait partie de ces acteurs. Particulièrement intéressée par les espaces d’expérimentations offerts par les projets culturels, son équipe, composée de Jules, Benoît et Julien, aborde les problématiques de design graphique sous un angle réflexif stimulant, avec une volonté de comprendre parfaitement ses clients et de donner une forme visuelle à la culture contemporaine. On a donc interrogé les membres du studio sur leur conception de leur travail, sur leurs différents projets et sur leur vision de Bordeaux, vue sous un angle graphique ou même typographique.

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Le Type : Hello l’équipe ! C’est quoi Faakpaat Studio, et c’est qui ?

Faakpaat : Bonjour Le Type, Faakpaat est un studio de design graphique qui investit les champs du design graphique et du digital. On peut dire que l’on a créé le studio en 2014 à Bordeaux d’une volonté commune d’établir un groupement de compétences et de les organiser dans une entité commune. C’est donc trois personnes d’horizons complètement différents, et un réseau qui nous permet d’intervenir sur un panel de sujets assez large.

Vous semblez travailler sur de nombreux projets, pouvez-vous nous parler de quelques-uns que vous avez mené avec le studio ?

Nous avons récemment été appelé pour un travail d’identité visuelle et de conception de site pour le Café du Musée (CAPC— à l’origine Café Putman) qui avait fermé il y a 4 ans et qui, dans un nouvel élan de dynamisme de cet espace, voit ses portes ré-ouvrir. Comme nous avons l’habitude de le dire : « les beaux projets se font souvent grâce aux bons clients ». C’est à dire que nous ne travaillons pas POUR quelqu’un mais AVEC (c’est ce que nous aimons dire). La moitié du travail passe par le dialogue avec le client, l’adoption d’une attitude didactique et surtout la réceptivité de celui-ci, et donc, la collaboration. Ce projet éminemment culturel s’est laissé porté par des échanges concluants et s’est nourri de l’histoire même de ce Musée et plus particulièrement de ce lieu exceptionnel. En ce sens, le process de développement de ce projet ne pouvait mieux se dérouler. Nous nous sommes plongés au cœur de l’histoire du bâtiment ainsi que dans la nouvelle identité visuelle qu’ils sont en train de mettre en place, réalisée par le studio Londonien ZakGroup que nous avons pu apercevoir en conférences pendant le projet.

Travailler pour des projets culturels ou des institutions comme le CAPC vous intéresse particulièrement ? En quoi c’est différent – si différence il y a – que de travailler pour une entreprise plus « classique » ?

Oui, clairement, travailler pour des institutions et/ou des événements culturels nous intéresse d’autant plus que cela nous permet de lier des espaces d’expérimentation à l’intérieur du projet. En soit aujourd’hui nous ne trouvons pas spécialement qu’il y ait une différence dans le process de travail car la notion de branding est devenue presque universelle : aujourd’hui, un musée se brand presque comme une marque. C’est l’objectif qui est différent, car le but ici n’est pas forcément de vanter les bienfaits de tel ou tel produit mais de rendre lisible et de donner une forme visuelle à de la culture contemporaine. Ce sont donc souvent des projets hyper enrichissants car chargés contextuellement, historiquement et qui se veulent bien souvent en phase avec le design graphique contemporain car il n’y pas (ou moins) la barrière de la cible qui vient « nuire » à la forme visuelle.

On est tombé sur un autre de vos projets qui nous a semblé très intéressant – et dont le nom nous plaît bien, 26type. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de cette plateforme et expliquer à nos lecteurs son objectif ?

Pour l’anecdote, cette idée nous est venu d’une typographie que nous avons sorti il y a maintenant 3 ans, La « Délicate » qui a connu un franc succès (inattendu) à l’international. Amateur de typographie et développant pas mal de caractères, cela nous à motivé à lancer notre propre fonderie. De fil en aiguille, le projet s’est étoffé et nous voulions aller plus loin dans la démarche participative et avons poussé le concept jusqu’a devenir une véritable plateforme dédiée. Cette plateforme souhaite promouvoir l’interaction des communautés typographiques entre amateurs et/ou professionnel car, dans ce milieu de niche, il est assez difficile de trouver des moyens d’échanger rapidement.
Il est donc possible de se créer un compte User très facilement, possible d’échanger via message privé, de suivre l’activité des autres membres, de commenter, liker et télécharger les typographies, et surtout de pouvoir déposer ses propres créations de manière gratuite ou payante. C’est ce désir de partage et d’échange typographique accessible à tous et pour tous qui à fait naître le projet 26type.
Elle a pour objectif de devenir un véritable lieu d’échange, nous avons encore beaucoup de travail et d’évolutions en tête pour accroitre ce modèle participatif et nous avons besoin de plus de collaborateurs afin de propulser la plateforme.
Un des enjeux pour la discipline est sa transmission et permettre de pouvoir créer de la recherche accessible pour tous. 26type n’a pas la prétention de se définir comme l’acteur de cela mais souhaite y participer.

Par rapport à l’intérêt que Faakpaat studio porte à la typographie ; vous devez sûrement connaître la web-série d’Arte Creative, Safari Typo, qui explore « l’identité typographique » de différentes villes telles que Berlin, Paris, Barcelone, Amsterdam… Pensez-vous que Bordeaux soit une ville intéressante de ce point de vue-là ? Aurait-on pu réaliser un épisode « Safari Typo ! Bordeaux » ?

Oui en effet nous avons regardé cette web-série passionnante et sommes ravis de ce genre d’initiatives. Elle est excellente est fait intervenir des pionniers de la typographie, créateurs emblématique de chaque ville. Il est assez difficile à Bordeaux de définir une identité typographique précise propre à la ville. Cependant, de par son aspect « prestige » et son rayonnement international dans l’univers viticole ainsi que par son histoire, on peut constater une certaine redondance dans l’utilisation de caractères à empattements de diverses catégories, que ce soit des Didonnes (comme la très célèbre libraire Mollat, l’hôtel de Ville) des Mécanes imposantes (Colonne des Girondins Place des Quinconces) ou des Réales/Garaldes qui incarnent cette rationalité de l’esprit, marquante du siècle des Lumières (les plaques de rues, des places, le portique de l’ancienne école d’équitation etc…). Ces typographies « classiques » liées à l’histoire de la ville contrastent avec les nouvelles institutions naissantes qui privilégient bien souvent l’utilisation de typographies contemporaines (Linéales) mais qui gardent un dessein fin et restent dans ces notions de prestiges (Cité du Vin). On peut souligner cependant le plan d’urbanisation qui réglemente la signalétique des boutiques/restaurants et encourage (dans le centre ville de Bordeaux) les enseignes peintes à la main pour préserver ce lien. Pour conclure, je n’ai pas la prétention d’avoir pu vous éclairer sur le sujet de l’identité typographique de la ville de Bordeaux, mais je pense que oui, nous pourrions très bien faire un Safari Typo sur – attention je vais citer un cliché car lié à ce qui a été dit plus haut – « la belle endormie » qui tente de préserver son esthétisme et sa quiétude.

Au-delà de la typographie, Bordeaux est-elle une ville intéressante et active sur la question du design graphisme ?

Le paysage du design graphique bordelais est pluriel. C’est est une ville en pleine mutation pour les raisons que l’on connait tous, et je pense que la place du design graphique est lui aussi en train d’évoluer de manière significative. Des bons studios et de bonnes agences, il en existe, là n’est pas la question, la ville manque d’événements culturels dédiés au design graphique, cela dit on en trouve peu en France même si ces dernières années de réels progrès ont été accompli et on observe une multiplication d’acteurs qui investissent des terrains différents pour pouvoir donner à voir, sensibiliser et apprendre au plus grand nombre ce qu’il représente.
Cette activité Bordelaise est nuancée, car on a la chance de pouvoir assister à de plus en plus de conférences de personnalité avec des initiatives portées par les Beaux Arts (EBABX), le CAPC ou encore le musée des Arts Déco, Arc en rêve aussi. Le centre d’architecture présente occasionnellement du graphisme & la Galerie 90 Degrés (qui entre 1996 et 1999 comptait parmi les lieux pionniers en France de la diffusion du design graphique). Des expositions itinérantes viennent également prendre place parfois dans la ville, des conversations, des journées d’échanges, des workshops, des initiatives de studio (comme countach-studio). Les formats sont variés dira-t-on, et les initiatives nombreuses, mais ne portent que très rarement sur des acteurs locaux, sauf exceptions. Donc oui, tout de même, Bordeaux est intéressante sur le plan du design graphique : moins que d’autres, c’est certains, mais elle se défend.
De toute manière, aujourd’hui et depuis toujours, sur un territoire national (presque international) le graphisme n’a pas de frontière d’autant plus avec la digitalisation du métier, en ce sens, je pense que l’on privilégie la représentation d’une culture national.

Avec quels acteurs Faakpaat a l’intention de travailler à l’avenir ? Quels sont les projets à venir pour le studio ?

On a pas vraiment d’acteurs fétiches pour le moment, on veut pouvoir travailler avec tout types de structures, et c’est ce qui fait aussi que notre travail est varié. Quand nous réussissons à pouvoir sensibiliser un client sur les détails de la création graphique de son projet, on est déjà satisfait. Ce qu’on dit toujours, un bon projet c’est d’abord un bon client, et cela se vérifie ! On espère pouvoir prendre le temps de développer 26types, continuer à créer de nouvelles typographies et explorer de nouveaux champs du design graphique, mais surtout trouver un moyen de matérialiser plus souvent nos travaux, on verra avec le futur !

Merci Faakpaat, et bonne continuation dans vos projets !

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