Amandine : « Faire par soi-même, sans barrières »

Entretien avec Amandine, artiste et compositrice bordelaise qui revient sur son dernier single « Eau Qui ». Entre pop et musiques électroniques, elle décrit sa musique comme du « bricolage assumé », du hand made, autant musicalement qu’artistiquement. Sa musique, traversée de textures, se veut profondément intime. Avec ce nouveau titre, elle livre une œuvre encore plus personnelle, dans lequel elle explore son enfance, son rapport à la tristesse et les émotions liées à sa famille.

Crédit photos : liz.zyyy__

Le Type : Cela fait maintenant quelques jours que ton nouveau single « Eau qui » est sorti ; pourquoi arrive-t-il maintenant ? Est-ce qu’il annonce la suite, peut-être un projet ou un album ?

Amandine : En vrai, c’est une date un peu random. J’adore être organisée, mais j’ai du mal à mettre en place des rétroplannings sur plusieurs mois à l’avance. C’est ce que j’ai dû faire pour mon premier EP, mais j’ai voulu me détacher de ça, parce que la préparation a été très intense. J’avais envie de revenir à quelque chose de plus simple, de plus chill.

Là, j’explore de nouvelles sonorités, je vois où est-ce que j’ai envie d’aller, je m’émancipe de ce premier EP. Ça tend forcément vers un nouveau projet. Mais, pour l’instant, ce premier son, je le sors un peu comme ça, parce que j’avais envie de voir quel impact il allait avoir après mon premier EP.

Quand on regarde tes réseaux, on voit que tu es très attachée à différentes formes d’art (dessin, peinture, photographie…). Est-ce une autre manière pour toi de t’exprimer, en parallèle de la musique ?

Oui. C’est beaucoup ça, dans le sens où mon premier EP a marqué le début de la création d’un univers. J’ai tellement aimé créer une extension de mes chansons. L’interprétation est propre à chacun·e, et le fait de pouvoir offrir encore une autre lecture, c’est trop chouette.

Je trouve cela hyper gratifiant de faire par soi-même, pour les autres, de transmettre sans barrières.

Amandine

Lors de mes concerts, il y a un moment où j’incite les gens à s’imaginer eux-mêmes dans leur maison… Je trouve ça trop cool de se laisser aller dans un univers, tout en étant guidé par un univers artistique. J’adore faire des choses à la main. Je pense que je n’ai pas vraiment « choisi » ma direction artistique, c’est venu assez naturellement. Notamment parce que je fais beaucoup de bricolage dans mon appartement – et au final, ça me sert aussi pour ma promo.

J’ai juste fait plein de trucs que j’aimais, et ça a créé un univers que j’apprécie. J’ai prévu de continuer, notamment pour le merchandising. Je trouve cela hyper gratifiant de faire par soi-même, pour les autres, de transmettre sans barrière.

J’ai vraiment envie de créer un petit cocon, une safe place, où on peut s’élever ensemble.

Amandine

Justement, tu es aussi très entourée, notamment avec Jeanne sur scène ou Mathilde sur la direction artistique de ton dernier single. Quel est ton lien avec la scène bordelaise aujourd’hui ?

Il est en train de s’ancrer. Pour moi, c’était important de faire quelque chose de vraiment local, le plus humain possible. Notamment pour mon EP. J’ai fait presser mes CD dans une entreprise du territoire, Reverberation – ce n’est pas directement à Bordeaux, mais l’entreprise qui gère ça est basée ici.

Travailler avec des copines qui, elles aussi, se lancent dans leur art… J’ai vraiment envie de créer un petit cocon, une safe place, où on peut s’élever ensemble. Travailler et évoluer toutes ensemble, c’est trop bien. Et je dis toutes parce que c’est beaucoup de femmes, et c’est aussi un choix.

Je pense que c’est nécessaire, pour évoluer et grandir en tant qu’artiste, d’évoluer dans sa ville. On peut s’ancrer dans son territoire et se créer un public là où on vit.

L’indépendance, c’est à la fois beaucoup de liberté et de puissance, mais aussi une forme d’invisibilité.

Amandine

Tu fais partie des artistes indépendantes de cette scène bordelaise : concrètement, ça représente quoi pour toi au quotidien ?

En vrai, mine de rien, c’est beaucoup de liberté. Je fais ce que je veux, quand je veux, et c’est génial. Ça me fait me sentir puissante. Même si je collabore avec des gens, j’ai toujours le fin mot de l’histoire. Au quotidien, ça reste quand même stressant. J’ai la chance d’être bien entourée, mais on apprend toutes. C’est une force, mais on peut aussi patauger – on a toujours envie de bien faire.

C’est chouette, mais on ne peut pas négliger les questions financières, par exemple, avec toute la complexité de financer des projets. Même si aujourd’hui, il existe de super aides, comme la SACEM, qui peuvent soutenir. C’est à la fois beaucoup de liberté et de puissance, mais aussi une forme d’invisibilité. On se bat corps et âme pour soi et pour son projet. Il y a plein de moments où je trouve ça dur, mais ça me fait tellement vibrer que je continue à construire mon public et à donner vie à mon projet.

En vérité, c’est comme dans tous les métiers artistiques : à partir du moment où tu vis de ta passion, il y a beaucoup de comparaisons, la question de comment se démarquer… Mais ça reste extrêmement gratifiant.

Le cœur de mon inspiration, ça reste ma chambre.

Amandine

Et dans cette scène justement, est-ce qu’il y a des lieux ou des scènes qui t’inspirent particulièrement à Bordeaux ?

Ce qui est marrant, c’est qu’il y a plein de choses qui m’inspirent, mais le cœur de mon inspiration, ça reste ma chambre. C’est très rare que je compose ailleurs. En revanche, j’aime beaucoup les jardins. À Bordeaux, il y a celui des Beaux-Arts, il donne vraiment la sensation de se couper de la ville, de reposer son cerveau et de laisser aller sa créativité.

Pour les scènes, je dirais surtout tous les concerts de meufs. Il y a quand même pas mal d’endroits où tu peux diversifier tes écoutes. Il y a aussi des musées hyper intéressants, comme le CAPC, qui permet de mixer plein de pratiques artistiques.

Et puis, aller voir des concerts en solo, être dans le public… c’est hyper inspirant. Tu observes les gens : comment ils ou elles dansent, s’ils ont les yeux fermés, s’ils s’ouvrent, s’ils pleurent, s’ils sourient…

En lien avec ça, est-ce que tu ressens une vraie solidarité entre les artistes ici, ou c’est encore quelque chose à construire ?

Je dirais que c’est un entre-deux. Je n’ai pas vraiment de point de comparaison avec d’autres villes, mais c’est vrai que notre société nous met constamment en concurrence. Cela dit, les expériences que j’ai eues, notamment en tremplins ou en rencontrant d’autres artistes, ont toujours été hyper bienveillantes.

On s’encourage, on a envie de faire des choses ensemble, il y a quelque chose qui se crée. Il faut réussir à aller à l’encontre de ce que la musique et l’industrie essaient de nous mettre dans la tête.

Être artiste en 2026, ce n’est pas toujours simple : comment vis-tu tous les enjeux autour de la santé mentale, de la rémunération, ou même de la reconnaissance ?

C’est à la fois génial et compliqué. Il y a plein de moyens de se mettre en lumière aujourd’hui, plein de dispositifs qui te soutiennent, mais il y a toujours cette idée de comparaison. C’est un travail constant… sans vraie constance, parce que tout bouge tout le temps. Je n’aime pas trop quand on dit que, pour percer, il faut savoir s’entourer. Je trouve que ça ne veut rien dire : comment tu t’entoures, concrètement ?

J’étais dans une phase où je voulais tout faire toute seule. Pour moi, c’était ça, être une artiste complète. Mais en vrai, c’est hyper important de collaborer, parce que ça t’ouvre des pistes de réflexion et ça enrichit ton art. C’était un peu la conclusion de mon EP.

Au niveau de la rémunération, je trouve que j’ai de la chance. Je vais être intermittente et j’arrive à être payée en cachets sur la plupart de mes dates. Après, si tout le monde pouvait payer, tout le monde paierait… mais c’est aussi un système : il n’y a pas beaucoup d’argent dans ces milieux-là. Heureusement, il existe de super dispositifs, comme l’intermittence ou la SACEM, qui permettent de se sentir soutenue.

C’est quoi la suite pour toi ? Est-ce qu’il y a des dates, des projets, un clip, un album ou des concerts à venir ?

On va bientôt jouer à Luxey pour les Plateaux de Musicalarue, c’est un peu comme une présélection pour le festival Musicalarue. Il y a aussi un événement au Pulp avec l’association Poche, le 9 mai, pour venir en aide à SOS Méditerranée. 

Et sinon, il y a pas mal de dates qui arrivent, par exemple au Pas de Lune à Bordeaux le 30 avril, pendant les concerts aux Balcons le 21 mai ou encore lors de la marche des fiertés d’Avignon le 30 mai et également d’autres dates à l’avenir…