Nastyjoe à Pagaille : « C’était fou de jouer sur cette place »

L’histoire retiendra que le premier groupe à avoir fait résonner les enceintes du festival Pagaille est bordelais. Vendredi 28 août, Nastyjoe a ouvert la première édition du nouveau festival local qui a réuni 45 000 personnes. Fort d’un récent album rock garage percutant, le quatuor bordelais ne s’est pas laissé impressionné par une place des Quinconces bien remplie dès les premières heures du lancement de l’événement. Le Type a pu questionner les membres du groupe juste après leur descente de scène. L’occasion d’évoquer avec eux cette performance au goût unique, l’état de l’écosystème culturel local et leur tournée européenne à venir.

Le Type : On vient de vous voir performer sur scène dans le cadre du festival Pagaille. Qu’est-ce que vous retenez à chaud de ce concert ?

Nastyjoe : C’était assez fou de jouer sur cette place. Il y a quelque chose d’un peu irréel à avoir un festival aux Quinconces, juste à côté de chez nous. On habite juste à côté. En plus de ça, jouer à la maison avec des groupes aussi cool, rien que sur le papier, c’était top. Et puis là, avec tout le monde qu’il y avait, ça fait un petit truc en plus.

C’est hyper agréable de jouer à la maison. C’était aussi très surprenant d’avoir autant de monde dès l’ouverture du festival.

Nastyjoe

Les dernières dates qu’on faisait, c’était des choses un peu moins grandes. Et là, petite claque, on est sur une grande scène. C’est hyper agréable de faire ça à la maison. C’était aussi très surprenant d’avoir autant de monde dès l’ouverture du festival. On ne savait pas trop à quoi s’attendre au départ. C’est super de pouvoir faire du son sur une scène aussi grande.

Jouer en plein air, sur cette place, avec ce public : qu’est-ce qui s’est vraiment passé sur scène, à quoi vous ne vous attendiez pas ?

Déjà, il y a la symbolique, clairement : le fait que ce soit à la maison, sur la place des Quinconces, là où Pink Floyd a joué en 1994… Pour nous, c’était fou. Il s’est aussi passé un truc entre nous, quand on a joué.

On est copains depuis très longtemps, et du coup, juste avec des regards, on sait que tout le monde est content et satisfait. On sait, sans se parler, que c’est trop bien ce qu’on partage à ce moment-là. Là, voilà, on n’a qu’à se regarder, et on s’est pris une claque. En plus, le fait que ce soit à la maison, ça rend le moment magique.

Il y a aussi l’ampleur qui a marqué, la place et le monde ; surtout en centre-ville, c’est souvent très difficile de pouvoir organiser des festivals avec une telle ampleur. Ça rend le moment encore plus symbolique. On est assez fiers aussi de savoir qu’il y a deux groupes bordelais dans toute l’affiche, et d’en faire partie. C’est une petite confirmation pour nous aussi. C’est vrai que ça nous légitime pas mal, donc c’est vraiment très agréable.

Nastyjoe à Pagaille. Crédit : Lou Bet.

Vous avez ouvert la scène avant The Cure, un groupe que l’on cite pas mal pour vous décrire. Qu’est ce que ça représente pour vous ?

Ouais, complètement. Bien sûr, si ça avait été Daddy Yankee en tête d’affiche, ça n’aurait pas été le même sentiment. On aurait été contents, on est fans de Daddy Yankee aussi, mais The Cure, c’est… C’est un groupe qui nous a donné envie de faire de la musique. Ça fait partie des influences qu’on avait sur l’album, c’est un des groupes qu’on cite.

À Bordeaux, c’est assez compliqué pour les groupes émergents, parce qu’il n’y a pas d’entre-deux entre des caves et une SMAC.

Nastyjoe

Avec Pagaille, Bordeaux a-t-il enfin son « gros » festival ? Comment vous percevez l’état des salles de concerts et des festivals à Bordeaux ?

On a commencé à jouer à Bordeaux il y a environ 10 ans. À ce moment il y avait plein de lieux au centre-ville, plein de bars où on a joué, notamment à Saint-Michel ou place Fernand-Lafargue aussi. Beaucoup de ces lieux du centre-ville ont fermé. C’est assez compliqué pour les groupes émergents, parce qu’il n’y a pas d’entre-deux entre des caves et une SMAC.

C’est vrai que les caves, les bars, ça a été hyper bien. Il y avait pas mal d’assos aussi qui faisaient jouer des groupes. On sent que ça devient un peu plus compliqué d’avoir ces créneaux d’entre-deux avant de passer vraiment à la salle labellisée. On a beaucoup joué dans des bars et des caves, et c’est en partie grâce à ça qu’on a la chance d’être là aujourd’hui. C’est vrai que pour les groupes qui commencent à Bordeaux en ce moment, c’est vachement plus compliqué.

Il n’y a quasiment plus de caves à Bordeaux. Pour le rock, c’est assez compliqué.

Nastyjoe

C’est une thématique assez compliquée, notamment avec les problèmes avec les riverains, parce que pour nous, à partir du moment où tu fais le choix de vivre en ville, tu es conscient de ces choses-là – sinon tu vas à la campagne. On vient de la campagne, donc on est conscients de ce que c’est.

Heureusement qu’il y a des assos, je pense à No Tears par exemple, à L’Astrodøme, à Allez les Filles aussi. Elles permettent de faire jouer les groupes. Et pour les SMAC, on a quand même une ville où il y en a quatre. Mais c’est vrai qu’il n’y a quasiment plus de caves et ce genre de lieux. Pour le rock, c’est assez compliqué.

Mentionnons aussi Bordeaux Rock, qui envoie beaucoup de groupes au premier plan avec le système du Rock en Ville. C’est génial parce que ça permet de découvrir plein de groupes locaux très rapidement sur Bordeaux, même si tu ne connais pas la ville. Il y a un vrai vivier d’artistes ici, mais ça manque un peu de salles de 300, 400 places. Cette jauge-là manque en centre-ville.

Est-ce qu’il y a un lieu qui a marqué le début de Nastyjoe ?

Il y en a eu plusieurs. Notamment la Rock School Barbey, dont on connaît beaucoup l’équipe. Ils nous ont beaucoup accompagnés depuis le début du projet. C’est là qu’on avait fait la sortie de notre album à Bordeaux. On peut mentionner aussi le Krakatoa qui nous on beaucoup aidé on a été accompagné par eux.

Après, il y a eu plein de caves : on avait joué au Starfish par exemple, un peu dans toutes les caves qu’il y avait sur Bordeaux.

Ce concert ici à Pagaille amorce une grosse tournée pour vous avec des dates européennes à venir : comment vous l’appréhendez ?

C’est vrai qu’une date comme ça, ça met aussi en confiance. Faire ça à la maison, avoir autant de gens et une réception aussi cool, ça fait du bien. D’autant plus qu’on part bientôt en Allemagne, on va jouer au Reeperbahn Festival le 17 septembre prochain. On va aussi jouer à Bruxelles et à Auxerre. Après ces dates, on va se remettre au travail et repartir s’enfermer, refaire des morceaux et sortir quelque chose en début d’année.

Quels sont vos projets pour 2027, justement ?

On prépare un EP, sûrement 6 titres. On est encore en cours d’écriture, on enregistre ça en fin d’année pour une sortie en début d’année. En termes de couleurs, c’est un peu un mélange de ce qu’on a digéré sur l’album et de ce qu’on avait pu faire avant aussi.

On va sans doute repartir vers des choses un peu plus énervées que ce qu’on a sorti sur l’album, parce que les temps sont durs, et là on est plutôt dans une période comme ça, donc ça influence forcément les morceaux qu’on écrit.

Un mot, une image, un son que vous gardez de ce Pagaille 2026 ?

Gravillon, poussière. Punk, quoi.