Malcolm : « Le rap, pour moi, c’est un outil »

Artiste membre du collectif Maison Quasar, Malcolm construit depuis plusieurs années un univers à la croisée du rap, des musiques afro-caribéennes et électroniques. Originaire de Guadeloupe et passé par Bordeaux, il revendique une musique « afro-digitale », hybride et instinctive. À l’occasion de sa performance lors de l’événement Cuisine 33 du vendredi 15 mai au Vivres de l’art, il revient pour Le Type sur son parcours, son identité musicale et son envie d’indépendance.

Le Type : Tu es d’origine guadeloupéenne et tu as grandi en partie à Bordeaux. Comment ces deux cultures ont-elles construit ton identité artistique ?

Forcément, quand tu grandis dans la culture antillaise, il y a beaucoup de codes musicaux qui restent avec toi. On a une culture où le zouk, par exemple, a rayonné partout : en Afrique, dans les pays européens… Donc ça m’a énormément nourri au niveau des rythmes et des sonorités.

J’ai grandi d’abord à Paris puis à Bordeaux, avec beaucoup de rap et de musique électronique. Tout ça fait que j’ai une culture assez hybride. Ma musique me ressemble : elle est à la fois entre le rap, les musiques caribéennes, africaines et électroniques. Et puis, à Bordeaux, il y a une vraie culture électronique. Forcément, ça m’a aussi beaucoup influencé.

Tu définis ta musique comme de « l’afro-digitale ». Comment définirais-tu ce genre ?

C’est surtout ma manière de définir ma musique. Je ne prétends pas inventer un genre musical. Si je fais du bouyon, je fais du bouyon ; si je fais de la batida, je fais de la batida.

L’afro-digitale, c’est la rencontre entre les musiques afro-électroniques, caribéennes ou africaines, avec des nappes électroniques et une base rap. C’est juste une manière de raconter comment ma musique me ressemble.

Quand j’ai commencé à mélanger ces rythmes-là il y a plusieurs années, ce n’était pas encore aussi courant de mélanger les influences afro avec la new wave ou l’électronique. Aujourd’hui, c’est devenu beaucoup plus naturel – et tant mieux.

Le rap, pour moi, ce n’est pas un genre musical, c’est un outil.

Malcolm

Y-a-t-il une volonté chez toi de casser certaines frontières musicales ?

C’est même pas une volonté. C’est assez naturel chez moi. J’ai toujours expérimenté. Et surtout, pour moi, le rap, ce n’est pas un genre musical, c’est un outil. Tu peux rapper sur tout. Ce n’est pas parce que tu rappes sur du zouk que ça devient un nouveau genre musical. Moi, le rap, c’est juste la manière avec laquelle j’ai commencé à faire de la musique.

Parfois, je chante parce que certaines mélodies me viennent naturellement, mais je ne réfléchis pas forcément en termes de frontières. Je fais juste de la musique qui me ressemble.

Malcolm

Quelles sont les influences qui ont le plus marqué ta musique ?

C’est très large. Plus jeune, j’écoutais beaucoup Diam’s, Kalash, mais aussi énormément de musique électronique comme Justice ou toute la scène du label Ed Banger. Ensuite, j’ai beaucoup écouté de batida, de bouyon, de soca… Toutes ces musiques caribéennes et afro qui ont fini par se mélanger dans ma musique.

Je fais aussi partie de cette première génération « new wave ». À l’époque, il y avait peu d’artistes qui faisaient des choses comme ça. J’étais notamment sur La Tape, un projet du collectif de beatmakers parisiens Le Blaze, où il y avait aussi des artistes de la new wave comme La Fève ou encore Rounhaa. Toute cette culture-là nous a énormément influencés.

Malcolm

Avec Maison Quasar, on a créé un vrai lieu artistique, un espace de travail, de rencontres et de développement créatif. L’idée reste la même : faire de la musique ensemble et aider les gens autour de nous à avancer.

Malcolm

Que représente Maison Quasar pour toi ?

Maison Quasar, à la base, c’était surtout une bande de potes qui voulaient faire du son ensemble et partager leurs expériences. Le collectif a été créé à Paris mais avec des connexions très fortes à Bordeaux. On avait déjà cette culture du collectif depuis longtemps.

Petit à petit, on a créé un vrai lieu artistique, un espace de travail, de rencontres et de développement créatif. Maintenant, ça devient plus professionnel, mais l’idée reste la même : faire de la musique ensemble et aider les gens autour de nous à avancer.

Bordeaux a beaucoup changé. Avant, il y avait très peu de modèles dans le rap au niveau local. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il y a plein de petits collectifs, plein de choses qui se passent.

Malcolm

Tu as vécu à Bordeaux il y a quelques années. Quel regard portes-tu sur la scène artistique de la ville aujourd’hui ?

Ça a énormément changé depuis que je suis parti. Avant, il y avait très peu de modèles dans le rap bordelais. Plus récemment, on a quand même eu quelques succès comme BabySolo33 ou encore Khali. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il y a plein de petits collectifs, plein de choses qui se passent. Je pense qu’il manque encore une vraie unité bordelaise, mais il y a une énergie qui commence à se construire.

Tu vas jouer ce vendredi 15 mai pour l’événement Cuisine 33 aux Vivres de l’Art. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Ça fait vraiment plaisir de revenir à Bordeaux après avoir fait de plus grosses scènes et évolué ailleurs. Pour moi, Bordeaux, c’est là où j’ai fait mes armes. Même si je suis parti depuis longtemps, quand tu viens de Bordeaux, tu gardes toujours un lien avec la ville.

Cuisine 33, c’est un peu un retour à la maison. On revient avec Maison Quasar, avec des artistes de Paris, avec toute cette énergie-là. Et ça fait du bien.

Malcolm

Quel rapport entretiens-tu avec la scène aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je suis dans une musique beaucoup plus club, beaucoup plus tournée vers la fête et l’énergie. Avant, mes lives étaient plus centrés sur la performance vocale. Maintenant, il y a quelque chose de beaucoup plus physique, beaucoup plus connecté à la danse.

Je vois ce qui fonctionne avec le public, je vois les connexions se créer. Et franchement, je m’amuse énormément sur scène.

À quoi s’attendre quand on vient voir Malcolm en live ?

À la fête. À l’énergie. À la danse. C’est un mélange entre culture rap et culture caribéenne. Pour moi, ce sont deux cultures qui font bouger les gens et qui rayonnent énormément. L’idée, c’est de partager ça avec le public.

J’ai envie de continuer de construire cette double culture dans ma musique.

Malcolm

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Je sors d’une période de deux ans en label chez Epic Records. Aujourd’hui, je suis plus dans une dynamique de singles et on voit où ça nous mène plutôt que de sortir des projets complets. J’ai envie de retrouver quelque chose de plus spontané, de continuer à construire cette double culture dans ma musique et de voir où ça nous mène. Il y a un nouveau single qui arrive bientôt avec Joha Wallas.

Tu es redevenu indépendant récemment ?

Oui. Ces dernières années, j’ai eu l’impression qu’on me voyait parfois plus comme un produit marketing que comme l’artiste que je suis vraiment. Le label m’a appris beaucoup de choses, mais je me suis rendu compte que je pouvais aussi avancer seul avec mon équipe. J’avais besoin de revenir à quelque chose de plus libre, plus proche de moi.