Né au Pays basque fin 2019, REFLEXION est porté par une équipe bénévole désireuse de proposer un événement ancré sur son territoire, à rebours de certains modèles en cours dans le paysage musical hexagonal. Face au constat d’un « manque cruel » d’espaces de fêtes alternatifs, « RFX » entend proposer avec une approche « DIY » une première édition ambitieuse d’un festival défendant des valeurs d’autonomie, d’indépendance et de solidarités avec l’écosystème local. À quelques jours de l’événement qui se tiendra du 29 au 31 mai à Saint-Martin-d’Arberoue, Le Type s’est entretenu avec son équipe.
Le Type : Quelles spécificités y-a-t-il à organiser un festival à Saint-Martin-d’Arberoue dans le Pays basque ?
REFLEXION : À notre connaissance, il n’existe pas de festival de musique électronique dans les basses montagnes basques, à proximité de la côte. Si la beauté du cadre paraît évidente et constitue le moteur de notre motivation, ce n’est pas non plus donné à tout le monde. En effet, cela demande une sacrée organisation : la montagne est nue et peut se montrer hostile, il faut donc penser à toute la logistique qui va avec pour assurer la technique et accueillir l’ensemble des participant·es et artistes dans les meilleures conditions.
Nous n’aurions pas pu nous lancer dans le projet si l’on avait pas six ans d’expérience derrière.
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Aussi, il n’y a pas d’arrivée d’électricité donc on fait avec différents groupes électrogènes. Ce qui, sur le plan technique, complique pas mal de choses. En interne, on croirait organiser une free ! Heureusement on a beaucoup de bénévoles passionné·es et compétent·es en technique et en construction de structures. Une chose est certaine, nous n’aurions pas pu nous lancer dans le projet si l’on avait pas six ans d’expérience derrière.

Si notre festival permet de tisser des liens entre personnes de milieux différents à travers l’écoute et la découverte d’une musique électronique alternative, la réussite sera totale.
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En tant qu’association bayonnaise, on n’arrive pas avec nos grands sabots sur place non plus. On a pas mal de contacts dans les terres ce qui nous aide à ancrer le festival localement. Nous prenons la peine d’aller rencontrer les habitant·es et la mairie pour leur expliquer qui on est, ce qu’on fait. On est super heureux·ses de voir l’enthousiasme que ça procure chez les locaux. Si notre festival permet de tisser des liens entre personnes de milieux différents à travers l’écoute et la découverte d’une musique électronique alternative, la réussite sera totale.
Justement, quels liens tissez-vous avec l’écosystème culturel régional à travers le festival ?
Notre association n’a jamais réussi à obtenir de subvention de l’État – et certainement pas pour organiser le festival. Donc on s’entraide avec les actrices et acteurs locaux. On collabore, on se rend service : ça fonctionne de cette manière. C’est très important pour nous de tisser ces liens de proximité dans le Pays basque, la solidarité y prend vraiment tout son sens.
Nous invitons un maximum d’artistes régionaux à venir jouer au festival. Ils et elles constituent la grande majorité de notre programmation.
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Nous collaborons avec les mairies locales, ainsi qu’avec des entités qui mettent la main à la patte avec lesquels on partage les mêmes valeurs. Il peut s’agir des graphistes de chez Donibanekopi qui construisent notre identité visuelle, nos affiches, ou encore des établissements et associations avec qui on partage du matériel et des compétences depuis plusieurs années comme Le Tube, le Toaster, Kinka Hifi, Distrikt40, Crossover Link… qu’on remercie chaleureusement !
Enfin, nous invitons au maximum d’artistes régionaux à venir jouer au festival. Ils et elles constituent la grande majorité de notre programmation. Nous les mettons en avant sur nos réseaux et notre newsletter en créant des « focus artistes ».
Nous traduisons aussi notre communication en euskara ce qui nous permet de toucher beaucoup plus de monde, surtout dans les terres. Un certain nombre de nos bénévoles aussi parlent le basque. Et, bien entendu l’ensemble des prestataires à qui on fait appel pour produire ce festival sont de la région !

Comment se construit votre programmation ?
Nous avons construit une programmation variée : notre association a tenu jusqu’à aujourd’hui car nous avons constitué un public qui revient d’événements en événements pour écouter les artistes que nous invitons. Les programmations sont toujours différentes, toujours variées. On privilégie l’éclectisme à un seul style de musique qu’on passerait en boucle. Sinon on se lasse. Pour cela on invite des artistes aux styles variés, qu’on trouve cohérents sur une même line-up, avec bien entendu un style particulier pour chaque moment de la journée et une évolution qui a du sens.
Nous nous sommes aussi adaptés au lieu : en pleine montagne, ce serait dommage de ne pas profiter de la vue, de la lumière changeante selon les heures de la journée… Nous avons donc privilégié des horaires de jour – de 16h00 à 3h00 le vendredi ; midi à 4h00 le samedi ; midi à 20h00 le dimanche. Il a donc fallu sélectionner des artistes pouvant jouer des sets plus doux, plus évolutifs : de l’ambient à la deep house, en passant par la dub, downtempo le jour, de la prog house à la transe en passant par l’EBM et la techno la nuit.
On aurait bien aimé inviter un ou une artiste confirmé·e de renommée internationale afin de marquer le coup. Ceci dit, il s’agit de notre première édition et notre budget est limité. C’est toujours pénible de dépenser une grosse somme en VHR (acronyme désignant les dépenses liées au Voyage, à l’Hôtel et à la Restauration, ndlr) pour une petite association. On préfère que cette somme revienne directement dans la poche de l’artiste.
On sait aussi que c’est important de faire découvrir des nouveaux artistes à notre public afin de ne pas tourner en rond avec les mêmes artistes de la scène locale. On a trouvé notre compte en allant chercher des artistes talentueux·ses majoritairement du Sud-Ouest, de Pau, du Pays basque, des Landes, Bordeaux, Toulouse… Avec quelques exceptions : quelques artistes arriveront de Paris et Lyon.
On fonctionne à rebours de l’industrie musicale et culturelle. On n’a pas les mêmes objectifs. On est moins libres et plus libres à la fois. On veut donner de la valeur aux propositions artistiques authentiques.
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L’indépendance que vous mentionnez à plusieurs reprises passe-t-elle par la liberté de ces choix artistiques ?
Le Larousse définit l’indépendance comme l’état de quelqu’un qui n’est tributaire de personne sur le plan matériel, moral, intellectuel.
Matériellement, nous faisons avec nos ressources : on ne délègue rien à un prestataire car nous avons notre matériel de sonorisation, nos lumières, nos technicien·nes son et lumière, nos constructeur·ices de scène, nos informaticien·nes… Toutes et tous bénévoles et simplement motivé·es par un projet collectif. On a aussi mis nous-même en place des solutions web qui garantissent davantage la protection des données personnelles de notre public et de nos bénévoles, comme un programme de gestion des adhérent·es, un logiciel de communication et de stockage de fichiers 100% auto-hébergé…
La dernière fois que nous avons fait appel à un prestataire c’était pour la soirée de lancement de l’association en 2019. Cette fois-ci pour le festival nous n’avons pas le choix que de faire appel à des prestataires également : il faut bien une sécurité, des toilettes, un camion de transport 20m³, de quoi abriter le public et un générateur 10kVA ! Tout le reste est fait maison.
Et effectivement, dans une dimension plus morale, on fonctionne à rebours de l’industrie musicale et culturelle. On n’a pas les mêmes objectifs, nos choix diffèrent donc. L’aspect financier compte moins. On est moins libres et plus libres à la fois. On veut donner de la valeur aux propositions artistiques authentiques, à mettre en avant des artistes venus de tous horizons. Nous pensons que l’expérience artistique et sensitive en sortira plus belle et inspirera peut-être d’autres personnes dans cette voie.

Votre sound system est fait maison ?
Pendant plusieurs années nous avons sonorisé nos événements avec un système “LEM Cyclop” composé de deux subs en 15” et quatre satellites en 8” (acheté au prestataire de notre soirée de lancement). C’est un sound system correct qui permet de couvrir des petits espaces et de rentrer dans l’univers de la sonorisation, du stockage, de la maintenance… C’est un système actif facile « plug’n’play ».
Ceci dit, les amplificateurs à l’intérieur des caissons sont tombés en panne et ils n’étaient pas réparables. Il a fallu bricoler pour convertir le système en passif. À partir de ce moment, on a commencé à mettre le nez plus en profondeur sur comment fonctionne réellement un système de sonorisation. De la prise électrique au mouvement du haut-parleur. On a donc dû faire de longues recherches pour comprendre comment fonctionne un système, quel ampli pour quel caisson, comment fonctionne un DSP, le câblage, la soudure, les connectiques, tout mettre dans un flight case en rack, gérer la phase, l’impédance, le RMS/peak… bref, c’est un tout petit système qui nous a fait la main !

Ceci dit ce petit système n’était pas à la hauteur du ressenti qu’on voulait avoir sur l’écoute de certains styles de musique ! Avec le LEM on perd vite en ressenti dès qu’on s’éloigne d’une dizaine de mètres (surtout en extérieur) où qu’un groupe de personnes est collé aux caissons. On voulait un son avec plus de ressenti, plus impactant ! On a tout d’abord récupéré deux JBL4512 de la part de Kinka Hifi puisqu’ils s’en débarrassaient. Ensuite il a fallu les équiper. Coup de bol, un bénévole a récupéré deux haut-parleurs en 15” B&C 15PE40 d’un théâtre qui lui aussi allait s’en débarrasser. Le caisson JBL4512 est conçu pour accueillir un haut parleur en 12” mais il est possible de le modifier pour qu’il puisse être accordé à 45hz et aussi accueillir un HP en 15”. On a donc dû les modifier pour y faire rentrer nos HP en 15”. C’est ainsi qu’on a réalisé nos “kick” gratuitement ! Ils jouent de 120hz à 500hz environ.
Concernant les subs, on savait qu’on voulait les construire nous même mais on ne savait pas encore quel plan choisir. On voulait des doubles 18” avec un gros rendement, facile à construire, pas trop encombrant, avec des haut-parleurs qu’on peut trouver facilement et donc grossièrement, et un bon rapport qualité prix. On est tombé sur une vidéo de soundagency41 qui présentait le MN246, et ça cochait toutes les cases ! Avec un bénévole charpentier qui avait déjà construit des caissons et l’appui d’un collègue menuisier, les caissons ont été construits assez rapidement dès lors qu’on avait les planches en bois de bouleau ! Puis on les a équipés de deux RCF LF18G401, peints en noir, et nous avons ajouté des poignets et la connectique.
Ensuite nous nous sommes tourné·es du côté de MondeMeilleur (qui est une boite française à Rennes) pour amplifier les MN246. On est très contents du rendement ! Pour les kicks on utilise le même Crown qu’il y a sur notre système LEM, il fait double emploi en fonction du système qu’on déploie, ce qui est assez rare et puis ça permet de faire des économies aussi ! On filtre le tout avec un DSP très précis de chez dB-MARK.


Finalement, le combo MN246 et JBL4512 (en 15”) sonne très bien. Le MN246 ne descend pas aussi bas que des scoops qu’on peut retrouver en dub, on doit descendre autour de 35hz mais on a une grosse pression acoustique dynamique et précise ! Le JBL4512 apporte l’impact nécessaire pour les kicks. On remercie aussi un autre bénévole qui sait parfaitement caler les systèmes de sonorisation à l’aide d’empreintes sonores en utilisant le logiciel SMART. C’est le calage qui fait aussi grandement la différence !
Notre système à un nom : RonFleX !
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Pour le festival on va se faire prêter deux autres MN246 par un collectif du coin, on en aura 4 au total. Notre seul amplificateur MondeMeilleur permet d’assurer la charge pour ces quatre caissons. C’est fou comment l’électronique dans l’amplification a évolué. La bête fait seulement une unité et 12 kilos et elle permet de faire vibrer à fond au total 8 haut-parleurs 18” ! Bref, on va pouvoir tester ce rendu avec quatre MN246 et c’est cool puisqu’on aimerait en construire deux autres. Mais avant ça, on aimerait aussi construire des têtes puisque actuellement on utilise encore nos LEM pour le haut du spectre ce qui est un peu juste (ceci dit on se fait prêter par Distrikt40 des ÉOS Audio Design pour le festival). On aime bien les JMOD Multiple Entry Horn, Turbosound TA-890H ou Flashlight 780, la X-Tro… affaire à suivre ! D’ailleurs notre système à un nom : RonFleX !

Chose assez rare pour le souligner, vous nous avez envoyé votre dossier de presse via un lien NextCloud, témoignant d’une sensibilité à utiliser des outils plus éthiques que ce que proposent les outils numériques qu’on a l’habitude d’utiliser… Pourquoi ce choix ?
Dans l’association, chacun·e est libre de mettre à disposition ses compétences pour l’association ! Nous n’avons aucun·e salarié·e. Nous toutes et tous avons un travail à plein temps à côté, et plutôt que de mettre à disposition nos compétences seulement pour des entreprises externes, c’est un immense plaisir d’avoir la liberté de pouvoir les utiliser pour le bien d’une association !
On préfère soutenir le monde de l’open source plutôt que de financer des grands groupes.
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D’ailleurs nous n’hésitons pas à débloquer un budget si un bénévole souhaite se lancer dans un projet pour le bien de l’association… L’exemple le plus parlant est la construction du système son mais il en est de même pour la décoration, la scénographie, la lumière, tous les outils de maintenance… et donc aussi l’informatique.
NextCloud est une solution cloud open-source et auto-hébergée. Étant donné que nous sommes une trentaine de bénévoles avec beaucoup de fichiers, de photos d’événements et d’archives, nous n’avions aucune offre intéressante sur le marché. La plupart des offres demandent de payer un siège mensuellement ce qui aurait chiffré à plusieurs milliers d’euros par an pour trente personnes. Par soucis de budget et dans la continuité de notre philosophie DIY nous avons préféré nous rediriger vers une solution open source et auto-hébergée. On a monté un petit serveur avec un ordinateur qu’on a récupéré gratuitement, on y a collé plusieurs disques durs et ainsi on y a déployé plusieurs solutions dont NextCloud. On préfère soutenir le monde de l’open source plutôt que de financer des grands groupes.
Le gros avantage en effet est que l’on est tributaire de nos données, on peut facilement faire des sauvegardes, les transférer, upgrade… mais aussi les perdre si c’est mal administré ! Puisqu’on héberge le serveur chez un bénévole, une simple coupure de courant peut suffire pour mettre à l’arrêt l’association pendant plusieurs jours. Le bénévole qui nous met ces outils à disposition est en dehors des GAFAM, il essaye ainsi de pousser l’association vers ces pratiques éthiques.
Soutenir un festival, c’est se renseigner et prendre sa place dès qu’on sait qu’on y va. Consommer un festival, c’est attendre la veille pour prendre sa place parce que la météo sera bonne.
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Comment voyez vous l’évolution du festival sur les 5 prochaines années ?
En quelques années, le monde des musiques électroniques a pris un immense essor et il y a beaucoup d’offres. De tout et n’importe quoi. Les habitudes changent aussi. On observe qu’une grande partie du public consomme nos événements sans particulièrement nous soutenir et ça, c’est assez frustrant.
Par exemple, soutenir un festival, c’est se renseigner et prendre sa place dès qu’on sait qu’on y va. Consommer un festival, c’est attendre la veille pour prendre sa place parce que la météo sera bonne. Il existe plein d’exemples comme celui-ci.
On espère donc à terme créer une véritable communauté de festivaliers. Nous aimerions obtenir une reconnaissance des pouvoirs publics, et à travers eux une plus grande aisance financière pour minimiser les risques financiers que l’on prend. Mais ça, c’est utopique. Avec ou sans eux, on continuera nos projets. On évoluera aussi nécessairement sur la programmation. Pour autant, on souhaite garder le festival « intimiste » et notre esprit DIY.
