Rencontre avec le duo Lucena composé des deux artistes Nolwenn et Lenny – aka Tiny Mess et Lenny de Feo – autour de la sortie récente de Colorblind, leur premier EP. Un projet artistiquement stimulant, mêlant esprit club, chant et écriture quasi orchestrale.
Fruit de la rencontre entre deux univers différents, le projet Colorblind de Lucena lève le voile sur une collaboration complète et complémentaire. Mélangeant diverses esthétiques électroniques, du chant ou encore des instruments acoustiques comme la flûte traversière, c’est un riche panel musical et une histoire de passage de l’ombre à la lumière qui s’écoule tout le long de cinq titres singuliers. Pour en savoir plus, Le Type est allé à la rencontre du duo.
Le Type : Quel est votre parcours artistique individuel ?
Tinymess : Bonjour Le Type, moi c’est Nolwenn alias Tiny Mess, projet que j’ai lancé en 2019. Je suis originaire de la Rochelle et j’ai fait des études de musique classique. J’ai débuté au conservatoire à mes 9 ans, j’y ai commencé la flûte traversière et puis par la suite ce fût le piano et d’autres instruments comme la harpe ou le violon.
J’ai vraiment eu une éducation musicale très classique jusqu’au bac, puis je suis partie en Irlande pendant deux ans et cela à clairement influencé ma musique. Là-bas j’ai passé beaucoup de temps à travailler seule. J’utilisais ce temps pour écrire des chansons plutôt que travailler mon répertoire classique. J’étais aussi influencée par d’autres genres musicaux comme le jazz et la pop et autres styles que j’écoutais, ce qui a petit à petit a donné la base de mon projet solo.
À mon retour en France, c’est surtout avec le pandémie et en me retrouvant coincée chez moi que je me suis mis à faire le tri dans mon ordi, de toutes les choses que j’avais enregistrées. Puis j’ai organisé ces différentes ébauches en plusieurs projets qui ont donné naissance à mes premiers EP
C’est là que j’ai préparé trois premiers épisodes : Islands en 2019, enregistré avec un ami irlandais, Exile en 2021 puis A Place en 2022 en collaboration avec deux autres artistes – un projet plutôt pop. J’ai également sorti Silent Battles en 2025. Tout est disponible sur Bandcamp !
Lenny de Feo : Moi c’est Lenny alias Lenny de Feo, originaire de la Charente, du côté de Montendre. De mon côté, je n’ai pas du tout fait d’études de musique. Mon père est musicien et notamment guitariste. J’ai entendu et écouté énormément de musique depuis que je suis petit. Il m’a fait prendre un peu des cours de batterie et de guitare, mais je n’étais pas très discipliné. J’ai finalement tout appris en autodidacte et je me suis mis au piano vers mes 18 ans. J’ai été très lent car je n’ai pas eu de formation spécifique et en parallèle je me suis beaucoup intéressé au rap et au hip-hop.
Cette période est passée très vite et je suis ensuite tombé amoureux de la musique électronique, ça ne m’a toujours pas quitté à l’heure d’aujourd’hui. J’avais le grand frère d’un ami qui était DJ, il a été comme un mentor et m’a permis de réaliser mes premières productions. En sortie de lycée je suis allé à la fac et avec deux gars j’ai monté le groupe Pampa qui s’est vite essoufflé avec la pandémie.
J’ai fait mes premières scènes en tant que DJ grâce à un ami. C’était parfois en off et aussi au Free Music Festival qui à lieu à Montendre, puis des dates à Paris par exemple. Tout ça m’a donné envie de continuer mais surtout de produire avec des instruments, je voulais vraiment me perfectionner et j’ai toujours voulu composer. Par la suite je suis parti sur Bordeaux pour faire mes études d’audiovisuel.

Je me suis questionnée car lui venait d’un univers plutôt club et moi du songwriting : comment faire pour réunir nos deux univers ?
Tony Mess (Lucena)
Comment s’est faite votre rencontre ?
Lenny de Feo : C’était en septembre 2024 lors du festival Boire la Tasse en Charente sur l’île de Ré, organisé par Titouan L.C.S, un ami en commun. On bossait tous les deux en production, on installait des loges artistes, organisait les feuilles de route…
Tiny Mess : A cette période-là, je cherchais – et cherche toujours – à faire des collaborations avec des artistes de différents styles. Et c’est là que j’ai rencontré Lenny. Le lendemain du festival on en a parlé sur le parking sous la pluie (rires) et je lui ai proposé une collaboration. Je me suis questionnée car lui venait d’un univers plutôt club et moi du songwriting : comment faire pour réunir nos deux univers ?

Comment avez-vous trouvé vos marques et décidé du projet Lucena ?
Tiny Mess : Pour moi, c’était surtout l’idée de la collaboration, quelque chose qui t’emmène à des endroits où tu ne serais pas allée toute seule ni sans savoir comment. En l’occurrence, c’est ce que je disais tout à l’heure avec les esthétiques vers lesquelles je me suis tournée.
Ce que l’on a fait avec Lenny, j’ai l’impression que c’est comme si j’avais eu accès à une partie de moi qui dormait depuis longtemps, sortir de ma zone de confort, aller vers des choses que j’avais envie de faire depuis longtemps mais que je ne savais pas faire toute seule. Je ne sais pas proder, il y a plein de codes que je n’ai pas et que lui possède, c’était donc comme une forme d’évidence.
Lenny de Feo : J’avais déjà l’habitude de bosser avec des chanteur·euses et musicien·nes. Ils ou elles venaient souvent chercher chez moi cette production plus électronique. Ça m’aidait également à me dépasser, aller au bout et donner une direction et du sens aux morceaux. Tout est ensuite allé très vite, on a commencé directement à composer Colorblind, qui allait devenir le premier titre de l’EP.
Comment à débuté la production ?
Lenny de Feo : Nolwenn était à Paris à ce moment là, c’était en octobre 2024, seulement quelques jours après notre rencontre. Je lui envoyais des démos quasiment tous les jours et je me suis dit que ça serait très cool de faire un morceau qui soit très club et très rythmique. Quelque chose avec beaucoup de drums, de bass et de synthé et qui soit coupé par un passage piano / voix très sobre et épuré. Faire une sorte de parallèle pour revenir en suite vers la partie club très rythmée puis tout lier.
C’est en me promenant un jour dans la nature en Charente que d’un coup j’ai pensé à un concept pour l’EP, qui serait une sorte de passage de l’obscurité vers la lumière.
Lenny de Feo (Lucena)
Tiny Mess : J’ai envoyé ma première prise piano / voix est c’est exactement celle que l’on peut entendre sur le morceau, on a quasiment rien changé. C’est complètement la genèse du projet et c’est assez rare de pouvoir garder les prises originales quand on débute. J’ai reçu ses démos, j’ai écris le texte sans même qu’il puisse le lire à l’avance et j’ai su directement vers quoi j’allais pour Colorblind, en essayant de suivre la proposition qu’il avait faite de ce qu’il imaginait du morceau.
Lenny de Feo : Pour ce qui est de l’EP, c’était en me promenant un jour dans la nature en Charente que d’un coup j’ai pensé à un concept qui serait une sorte de passage de l’obscurité vers la lumière. Un dégradé qui part de quelque chose d’assez sombre, noir et blanc et mélancolique vers quelque chose de très coloré et euphorique. Le cheminement de l’EP, c’est de commencer par Colordblind et terminer avec le titre « Colorful » !
Tiny Mess : J’étais super emballée par ce premier morceau. Mais il fallait pouvoir écrire et trouver les autres titres pour suivre ce cheminement. Mettre des mots là-dessus.
Lenny de Feo : Par exemple, sur le second morceau de l’EP, « Can’t deal with this », il y a une boucle UK que j’ai composé, avec un arpège au piano de Nolwenn ainsi que sa voix. Ce morceau parle du fait d’être totalement saturé·e d’informations, via nos téléphones notamment. D’où l’intégration de sonneries ou encore de la voix de Siri qui va répondre aux couplets.
Si on peut résumer l’idée de ce projet, c’est avant tout que l’on se rejoint sur une intention de mélanger le club et l’écriture. (…) Inviter les gens à découvrir cette musique par deux entrées : celle du club, pour danser, et celle de l’introspection, pour se retrouver.
Tiny Mess (Lucena)

Tiny Mess : Si on peut résumer l’idée de ce projet, c’est avant tout que l’on se rejoint sur une intention de mélanger le club et l’écriture. C’est d’apporter ce songwriting qui peut être très introspectif, de joindre ces deux mondes non pas uniquement en terme d’esthétique et de lier ces émotions qui peuvent être parfois paradoxales. Inviter les gens à découvrir cette musique par deux entrées : celle du club, pour danser, et celle de l’introspection, pour se retrouver.
Notre live session est pour pour moi l’aboutissement ultime de cette EP.
Lenny De Feo (Lucena)
Lenny De Feo : Pour finir, on peut parler de la live session car c’est pour pour moi l’aboutissement ultime de cette EP. Nous avons entièrement tourné cette live session en plan séquence de 20 minutes sur laquelle on joue les 4 premiers morceaux, de « Colorblind » à « Find A Way ».
C’est filmé chez Dircks, un atelier d’architecte à Bordeaux. Au milieu d’un des morceaux, Nolwenn chante et se déplace dans une autre pièce pour finir sur une atmosphère totalement différente. On est supers fier·es du résultat !
Notre EP Colorblind sera uniquement disponible sur Bandcamp. On a décidé de ne pas offrir notre musique à d’autres plateformes de streaming classiques car elles ont des politiques qui favorisent la musique produite par IA, ou rémunèrent très mal les artistes.
Tiny Mess (Lucena)
Tiny Mess : On précise aussi que notre EP Colorblind sera uniquement disponible sur Bandcamp, c’est une plateforme en ligne pour les artistes indépendant·es qui permet de mettre la musique en vente en format numérique. On a décidé de ne pas offrir notre musique à d’autres plateformes de streaming classiques – même si cela nous coûte en visibilité – et que certaines ont des politiques qui favorisent par exemple la musique produite par IA, ou rémunèrent très mal les artistes.
C’est gratuit pour nous et cela permet d’acheter la musique des artistes que l’on veut écouter et soutenir. On peut ensuite la télécharger et l’écouter via tous les lecteurs habituels !
