À l’Utopia, le cycle La classe ouvrière c’est pas du cinéma revient cette année pour sa 22ᵉ édition, du 2 au 7 février 2026, autour du thème « Décoloniser les regards ». Cette semaine de projections, tables-rondes et débats explore les façons dont le cinéma interroge les représentations de l’histoire, du travail et des rapports sociaux. Pour l’occasion, Le Type liste six films à ne pas manquer, qui permettent d’aborder le festival à travers différentes formes et écritures cinématographiques.
Orwell 2+2=5 (Raoul Peck, 2025 )
Dans Orwell 2+2=5, Raoul Peck revient sur l’œuvre 1984 de Georges Orwell pour mieux saisir notre présent, entre dérives totalitaires et capitalisme de surveillance. À travers un montage mêlant textes, correspondances et images contemporaines, le film relie la vie d’Orwell à la réalité des régimes autoritaires contemporains, rappelant que la manipulation du langage est toujours une arme politique. Plus qu’une biographie, c’est un appel à la lucidité et à la « décence ordinaire » que l’écrivain défendait : comprendre l’histoire, dénoncer les mensonges et résister aux nouvelles formes d’oppression.
Une projection qui inaugure le festival, suivie d’un débat avec l’équipe du festival pour une ouverture puissante.
- À voir le lundi 2 février à 20h00, au Cinéma Utopia
De la conquête (Franssou Prenant, 2022)
Franssou Prenant nous plonge avec De la conquête aux origines de la colonisation française en Algérie, bien avant la guerre d’indépendance. Par un montage de textes d’époque, militaires, administrateurs, intellectuels célèbres ou anonymes et d’images de la vie quotidienne actuelle. Le film confronte la brutalité du projet colonial à la résistance tranquille de la vie algérienne. Chaque plan, chaque voix, fait résonner l’histoire dans le présent et rappelle que derrière les discours officiels se cachent des violences et spoliations toujours palpables aujourd’hui.
Un documentaire nécessaire, à la fois mémorial et sous forme de leçon d’histoire, qui donne à voir ce que l’on a longtemps cherché à oublier. Une projection suivie d’une discussion avec l’historien Alain Ruscio.
- À voir le mercredi 4 février à 14h00, au Cinéma Utopia
La Révolte des femmes de chambre (Thibault Férié, 2022)
Pendant vingt-deux mois, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles ont fait entendre leur voix, bravant la pluie et les regards invisibles pour dénoncer la sous-traitance, les cadences épuisantes et les salaires indécents. De juillet 2019 à mai 2021, leur lutte est devenue emblématique, portée par Rachel Keke, figure de cette résistance ouvrière.
Le documentaire La Révolte des femmes de chambre de Thibault Férié suit ce combat avec sensibilité et détermination, donnant à voir ces travailleuses longtemps ignorées et leur capacité à transformer la colère en action collective. Une projection suivie d’un débat pour faire écho à cette lutte toujours actuelle.
- À voir le jeudi 5 février à 14h00, au Cinéma Utopia
On n’est pas nos parents (Matteo Severi, 2024)
À l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois, la lutte ouvrière traverse les générations. Trente ans après la première grève de 1982, une nouvelle génération d’ouvriers reprend le flambeau, faisant resurgir une mémoire sociale souvent effacée.
Le film On n’est pas nos parents explore la transmission des combats, les héritages familiaux et politiques, et questionne la manière dont ces récits façonnent notre regard sur l’histoire contemporaine de la France. Une projection suivie d’un débat avec Matteo Severi et Madeleine Guédiguian.
- À voir le jeudi 5 février à 20h00, au Cinéma Utopia
Au nom du père, du fils et des esprits (Emmanuel Desbouiges, Dorothée Tromparent, 2017)
Plonger dans l’histoire récente de la Nouvelle-Calédonie avec le documentaire Au nom du père, du fils et des esprits, c’est se confronter à la violence du colonialisme et à ses cicatrices encore vives. À travers le regard d’Emmanuel Tjibaou, fils du leader indépendantiste assassiné, le film retrace les événements tragiques de 1988 et les accords de Matignon, tout en donnant la parole à ceux qui ont vécu ces tensions de l’intérieur.
Entre archives, témoignages et souvenirs d’enfance, le récit tisse une fresque à la fois politique et intime, offrant un point de vue essentiel pour comprendre les enjeux de ce territoire et la force de ses peuples. Après le film, un échange avec la réalisatrice et des experts permettra de creuser encore davantage ces récits et leurs enjeux, en lien avec la thématique du cycle La classe ouvrière c’est pas du cinéma.
- À voir le vendredi 6 février à 14h00, au Cinéma Utopia
Restituer ? L’Afrique en quête de ses chefs-d’œuvre (Nora Philippe, 2021 )
Dans Restituer ? L’Afrique en quête de ses chefs-d’œuvre, Nora Philippe nous entraîne dans un voyage à travers le destin des œuvres d’art africaines, arrachées à leur continent pour peupler les musées européens. Entre pillages coloniaux et débats contemporains, le film interroge le rôle des institutions muséales et la légitimité de la restitution. Plus qu’une simple chronique historique, c’est une réflexion sur la mémoire, la justice culturelle et le dialogue entre continents.
La projection, suivie d’un débat avec des spécialistes de l’anthropologie et des musées, promet d’éclairer ces débats essentiels et encore largement inachevés.
- À voir le samedi 7 février à 14h00, au Cinéma Utopia
