Entretien avec Théo Bidou et Swann de la Mancha, membres de Tapage Culturel, à l’occasion de l’open air de son collectif à la Guinguette Chez Alriq et à Bien Public le 5 avril. Ils reviennent sur l’évolution du projet, de lieu à collectif, et partage son regard sur une scène électronique bordelaise dynamique mais fragilisée.
Le Type : Tapage est récemment devenu « Tapage culturel » ; pourquoi ce changement ?
Nous voulions marquer le changement entre le lieu et le collectif, et clarifier l’intention de ce nom. Il pouvait avoir mauvaise connotation : il n’a jamais fait référence au tapage sonore, mais toujours au tapage culturel, être actif et venir frapper un coup dans ce milieu.
Tapage était avant tout un lieu ; comment s’est faite l’évolution entre la gestion d’un projet de lieu et celui d’un collectif-promoteur d’événements ?
Ne pouvant plus rien proposer à notre communauté, changer pour devenir un collectif s’est fait tout naturellement. Si nous n’avons plus de lieu pour faire vivre la culture bordelaise, nous viendrons proposer nos idées à des établissements qui veulent bien les recevoir. Gérer un bar, c’est être fixe, avec une régularité et des contraintes quotidiennes. En tant que collectif nous sommes plus libres, mais plus incertains aussi. Nous avions aussi la chance d’avoir une forte communauté sur les réseaux sociaux du bar ce qui a aidé dès les premiers instants de ce changement.
Il y a énormément d’artistes et de collectifs talentueux en ville, mais trop peu de lieux pour les accueillir
Théo Bidou & Swann de la Mancha (Tapage)

Le lieu a fermé début 2025. Il y a quelques jours, plusieurs bars bordelais ont poussé un cri d’alarme pour alerter sur leur situation et l’état de la scène culturelle nocturne locale. Quel regard portez-vous sur cette vie nocturne bordelaise et son évolution depuis votre fermeture ?
La situation est effectivement compliquée, sans même parler des tensions avec le voisinage, qui est un débat sans fin… Pour les bars, au-delà de la crise actuelle et des changements générationnels, il devient difficile de se démarquer. Et pour survivre, il faut une identité forte. Il y a énormément d’artistes et de collectifs talentueux en ville, mais trop peu de lieux pour les accueillir. Et encore il y a une ouverture réelle sur la musique électronique
Organiser un événement aujourd’hui représente un vrai défi, surtout pour un collectif indépendant
Théo Bidou & Swann de la Mancha (Tapage)
Aujourd’hui, en club, il n’y a que très peu de lieu pour proposer une vraie programmation. Certains bars permettent de faire des DJ sets mais cela reste des événements gratuit. On retrouve de moins en moins de lieux alternatifs et hybrides dans lesquelles les collectifs peuvent pleinement s’exprimer Avec en plus la fermeture de l’IBOAT, la scène nocturne et culturelle bordelaise a, selon moi, pris du retard par rapport à d’autres villes similaires.

Quels sont les défis que vous rencontrez aujourd’hui dans l’organisation de vos événements, au-delà de la raréfaction des lieux ?
Organiser un événement aujourd’hui représente un vrai défi, surtout pour un collectif indépendant. Entre des démarches administratives de plus en plus strictes, des coûts en hausse, l’équilibre est fragile. S’ajoutent des enjeux importants comme le respect de l’environnement, la gestion des nuisances sonores et les relations avec les riverains. Dans un contexte où l’offre d’événements est très présente, il faut aussi réussir à se démarquer en proposant une véritable expérience, au-delà de la programmation artistique. Mais tout cela nous pousse à être plus créatifs, responsables et exigeants dans la manière de les concevoir.
Vous êtes aujourd’hui constitué en tant que collectif ; il y en a beaucoup à Bordeaux. Y-a-t-il un esprit de coopération entre les différents collectifs de musiques électroniques bordelais ? Si oui, comment s’incarne-t-il ?
Oui, évidemment. Nous savons tous que la période est compliquée pour le milieu culturel, et la scène bordelaise s’entraide. Cet esprit de coopération se traduit par des événements co-organisés, des collaborations artistiques, et un planning partagé afin que personne ne se marche dessus. Même s’il existe une « concurrence », elle est saine. Nous échangeons contacts, conseils, du matériel parfois, et surtout un objectif commun, faire vivre la scène culturelle locale.
On cherche toujours à proposer des expériences nouvelles à notre communauté
Théo Bidou & Swann de la Mancha (Tapage)
Comment voyez-vous évoluer Tapage Culturel dans les mois à venir ? Quels sont vos projets pour 2026 ?
De beaux projets sont à venir dans les mois prochains : nous préparons un open air en début d’été en collaboration avec la mairie de Bordeaux, ainsi qu’un autre événement un peu plus tôt, en dehors de la ville. Les annonces arriveront bientôt ! Notre objectif pour 2026 est de continuer à faire évoluer le collectif en explorant de nouveaux formats et en investissant des lieux différents. On cherche toujours à proposer des expériences nouvelles à notre communauté.
Pouvez-vous nous parler de l’événement double format du 5 avril ?
Nous sortons notre plus gros format de l’année 2026, avec un double évènement ce dimanche. La première partie se déroulera chez Alriq, de midi à minuit, avec un DJ set de Telepopmusik et nos DJ résidents. Le tout accompagné de stand d’artistes locaux, de plateaux d’échecs mis à disposition et du soleil on l’espère. La seconde partie est un format club qui se déroulera à Bien Public de 23h à 6h : pour l’occasion nous recevons Didi Han, DJ et productrice coréenne, Lilith et DJ Koyla pour leur premier B2B et notre résident Swann de la Mancha avec El Gordito, membre du collectif Nacre. Pour l’occasion on aura une scénographie un peu spéciale, on vous conseille de venir la voir par vous-même :)
