Danyl : « Je vois la musique comme un « emballage » »

Entretien avec Danyl, artiste et auteur-compositeur, qui revient sur son premier album ZMIG. Entre rap et sonorités raï, il transforme son héritage musical et ses réflexions personnelles en morceaux à la fois introspectifs et entraînants. Il se produira sur scène à Bien Public le 2 avril 2026.

Crédit photo : Jean de Blignières

Le Type : Tu as sorti ton premier album ZMIG. Peux-tu revenir sur la conception de ce projet et sur ce que tu avais envie de transmettre ?

ZMIG c’est mon premier album. Ça fait longtemps que je fais de la musique, mais il m’a fallu quatre ans pour le réaliser. Je l’ai construit en parallèle de tous mes autres sons : dès qu’un morceau me semblait assez abouti pour l’album, je le mettais de côté. En fait, la plupart des morceaux de l’album ont été créés avant même certains morceaux sortis sur Khedma.

Comme c’était mon premier album, je voulais parler des bases qui fondent ma vie : mon identité, ma place en France aujourd’hui, le vivre-ensemble… Des sujets qui sont essentiels pour moi. J’ai essayé de les aborder à travers différentes chansons et différentes vibes pour les exprimer au mieux.

C’est en voyant ça que je me suis dit : je veux faire la même chose avec le raï.

Danyl

À travers des morceaux comme « Les zhommes » avec Zamdane ou encore « La voisine », tu touches à des thèmes assez forts. Quelle place accordes-tu à ce type de sujets dans ta musique ?

Franchement, c’est vraiment important pour moi. Je vois la musique comme un « emballage » qui permet de présenter un propos et de le rendre accessible à tout le monde. Des sujets sensibles comme la masculinité ou les relations entre musulmans et juifs sont difficiles à aborder directement, mais la musique permet de les évoquer, de les adoucir et de les partager plus facilement avec le public.

On voit que le rap s’inspire de plus en plus du raï et de sonorités orientales notamment avec des artistes comme TIF ou encore Zamdane. Toi, tu en as fait un élément central de ta musique. Comment ce choix s’est-il imposé à toi ?

C’est une musique que j’écoutais quand j’étais petit. C’est un patrimoine culturel très large et extrêmement riche, un puits de musicalité infini dans lequel je peux puiser pour nourrir ma propre musique.

Les artistes qui m’ont inspiré à faire ça viennent parfois d’autres cultures, comme Rosalía par exemple, qui a pris des éléments du flamenco et les a mis en avant dans une musique plus moderne. C’est en voyant ça que je me suis dit : je veux faire la même chose avec le raï.

Chaque clip, chaque cover a été pensé pour soutenir le propos musical

Danyl

Sur ZMIG, il y a aussi une identité visuelle assez marquée, que ce soit dans les visuels ou l’univers global autour du projet. Quelle importance accordes-tu à cette dimension visuelle, et comment elle vient compléter ta musique ?

Aujourd’hui, j’ai l’impression que personne n’écoute juste la musique. On ne se concentre pas uniquement sur le son : l’image devient un moyen de donner un cadre et un propos à la musique, et c’est vraiment important. Du coup, si je me prends la tête sur la musique, je dois aussi le faire sur l’image : chaque clip, chaque cover a été pensé pour soutenir le propos musical.

Crédit photo : Jean de Blignières

Tu composes toi-même une partie de tes morceaux. Quelle place ça occupe dans ton processus de création ?

Oui, je compose tout, même si parfois je collabore avec d’autres personnes. Il n’y a pas un morceau où je ne participe pas à la composition. Pour moi, la musique se conçoit dans sa globalité : je ne me verrais pas seulement écrire sans composer. Faire de la musique, c’est créer le tout en même temps, et je n’arrive pas à dissocier l’écriture de la composition.

Tu es très présent sur Twitch avec tes sessions Khedma, où tu montres ton processus de création. Comment t’est venue cette idée, et qu’est-ce que ça t’apporte dans ton rapport à la musique et à ton public ?

L’idée est venue du fait que l’on cherchait un truc à faire sur les réseaux, sans que je sois obligé de me transformer en créateur de contenu ou de produire des vidéos purement promotionnelles pour parler de ma musique. Et un ami m’a dit : « On a juste à faire comme on fait d’habitude, on fait de la musique et on allume la caméra et les gens peuvent regarder ».

On a essayé, et au final je suis tombé amoureux de l’exercice. J’ai vraiment kiffé et je n’ai pas arrêté depuis. Ça me permet de connecter avec les gens, de rencontrer un public tous les dimanches, et ça me donne un retour direct sur ma musique : je sais tout de suite si ça passe ou si je suis complètement à côté.

Pour moi, la musique se conçoit dans sa globalité : je ne me verrais pas seulement écrire sans composer

Danyl
Crédit photo : Jean de Blignières

Tu as déjà joué à Bordeaux ? Quels souvenirs tu en gardes ?

J’ai joué à l’IBOAT en 2024, et j’ai fait la Rock School Barbey en 2025. Je garde des bons souvenirs, c’est trop cool Bordeaux, ils sont en pétard ! À l’IBOAT c’était vraiment violent, c’était dans un bateau, ça tanguait de fou pendant le concert mais franchement j’ai trop kiffé, j’ai hâte de revenir.