Comme chaque mois, Le Type vous propose une sélection de sorties musicales récentes venues de Bordeaux et de la région. De rap bouncy à l’électro club, en passant par du desert rock, du jazz latino ou de la pop mélancolique, cette playlist Eclectype réunit des univers variés, sans frontière de genre ni de format. Pour ce mois d’octobre, découvrez les artistes qui ont fait vibrer la scène locale et plongez dans une effervescence créative toujours aussi foisonnante.
Döner 2 le Son – Medzoi
Duo bordelais qui marie rock, cold wave, dub et musiques électroniques, Döner 2 le Son, formé de Rico da Halvarez et Milos Asian, sort le 23 octobre son premier album, First Lesson, sur Sea of Flames Records. « Medzoi » démarre comme un signal capté par hasard sur une station de radio, puis une batterie acoustique et une guitare s’installent, et une voix grave, puissante, surgit. En fond, une guitare acide répète son motif et teinte le morceau de mystère. Le chant se retire, l’instrumental prend le relais, puis tout s’éteint peu à peu jusqu’au silence. Un titre envoûtant, sans leçon à donner : ici, c’est le son qui parle.
Elmi – les vagues
Installée à Bordeaux, Elmi lance son projet solo avec « AS IS THE SEA MARVELOUS », paru le 25 septembre, avant de dévoiler le 23 octobre un second single, « les vagues ». Sur une guitare légère à l’allure interrogative, une voix fluette s’élève, soutenue par de petits chœurs qui finissent par se fondre dans des vocalises enchanteresses. Peu à peu, la guitare se réduit à des arpèges, un saxophone discret affleure et les harmonies s’amplifient, enveloppant l’auditeur sans jamais le brusquer. Une promenade au bord de l’eau, douce et sans hâte, où tout s’écoule comme le ressac.
Emilie Moutet – You Don’t Wanna Talk
Chanteuse-compositrice française, Emilie Moutet, ancienne Willows, dévoile « You Don’t Wanna Talk », extrait de son album Happy End of the World. Portée par un piano acoustique sans fioriture et une voix légère qui s’émeut au moment du drop, cette ballade déroule une structure maîtrisée avant une outro qui nous emporte. Des mots sincères sur ceux qui sourient, laissent couler et n’ont plus envie de parler.
Jr Mountain – Dunce Cap
Chanteur et batteur né en 1961, Jr Mountain cultive une pop-rock alternative teintée d’électro et de sonorités 80’s, où l’ironie le dispute à l’absurde. Sorti le 18 septembre 2026, « Dunce Cap » s’attaque à l’intelligence artificielle et aux fausses images qui brouillent le vrai du faux. Un bourdonnement de mouche et une guitare branchée sur ampli ouvrent le titre, bientôt rejoints par une voix mûre, une ligne de basse légère et de lourds éléments électroniques. Le chant bascule ensuite en français, dans des paroles volontairement décousues, à l’image d’un accompagnement qui part dans tous les sens. Une cacophonie maîtrisée, drôle et débridée, qui se joue des codes.
Juliette Magnevasoa – Agnès
Franco-malgache élevée au Pays basque, Juliette Magnevasoa a entamé en 2025 une carrière solo après dix ans de duo avec Pauline & Juliette. Elle dévoile le 29 octobre son deuxième EP, Le cœur au bout des doigts, tourné vers le lien et l’amour comme refuge. « Agnès », chanson d’un sentiment qui a besoin de temps pour éclore, s’ouvre sur une guitare classique chaleureuse, bientôt rejointe par une voix menue et un violoncelle. Les silences laissent chaque phrase respirer, avant une ritournelle de vocalises à la cadence simple et fédératrice. Une tendresse bucolique, qui prend son temps comme les sentiments qu’elle chante.
LASNARE – Fun
LASNARE est un producteur dont l’univers puise dans les sonorités primaires, entre force des percussions et énergie brute de la batterie, son premier amour. Avec « Fun », il lance une rythmique club adossée à un motif groovy, avant que la voix ne s’installe et que la tension grimpe, portée par une basse électronique et des sons qui s’accélèrent. Le morceau s’adoucit ensuite, laissant filtrer une mélodie lointaine tandis que le chant bascule en français, puis retrouve le groove et l’anglais dans un pré-refrain qui s’emballe. Le refrain revient, voilé par cet air étouffé, et ne cesse de réclamer « du fun encore et encore ». Un titre à la fois planant et dansant, qui ne demande qu’à faire bouger.
Léa Colette – 210 KM/H
Auteure-compositrice-interprète et journaliste installée à Bordeaux, Léa Colette dévoile « 210 KM/H », premier épisode de son projet Là où les filles tombent, une série de chansons sur ces histoires qui dérapent, les rapports de pouvoir et l’emprise. Après une intro planante en vocalises, la guitare s’invite et son rythme nous entraîne dans un récit aux métaphores imagées, porté par une voix douce au timbre légèrement cassé. Les harmonies se multiplient jusqu’à une outro pleine d’émotion, avant un refrain final qui s’achève en suspens.
Luxie – Neverland (Piaconcept remix)
Luxie a sorti le 9 octobre « weightless remixes », un EP où six producteurs de la scène club (Swooh, Laze, bdstf, Hyas, Stresshead et Piaconcept) revisitent ses titres, de la rave à l’ambient. Sur « neverland », Piaconcept installe d’emblée une atmosphère dense qui occupe tout le casque, que viennent griffer de petits motifs électroniques et une rythmique cassante. Des bribes de voix s’élèvent en arrière-plan, tandis qu’un synthé massif laisse ses traces. Un clavier plus aérien suspend un instant cette pesanteur, avant que la basse et les percussions ne reprennent leurs droits. Un remix sombre et hypnotique, où la légèreté n’est qu’une parenthèse.
M.J. — Yak
M.J. ouvre son EP Mr. You Already Know, sorti le 29 mai, avec « Yak », dont le clip réalisé par r4ym0nd33 file de Paris à Bordeaux, de la tour Eiffel de nuit à la place de la Bourse. Entre rap, trap et ambiance toronto, teintée du nouveau son de Floride, le morceau s’installe d’emblée dans un groove nonchalant, avant que des basses insistantes ne lancent la machine. Le flow, assuré, mêle français et anglais et s’enchaîne en barz appuyées, puis bascule dans des passages plus chantés qui impriment les mots dans la tête. Derrière l’assurance perce une ambition sans détour : aller plus loin, quitte à tout donner. Un titre confiant et déterminé, qui annonce la couleur dès les premières secondes.
Marge – Is it bad?
Productrice et DJ issue d’une scène où les femmes ont su s’imposer, Marge puise dans les percussions de l’underground brésilien, les rythmiques de club hybrides et les textures sensibles. Elle publie le 21 octobre « Is it bad? / Who? », double single sorti sur Nowadays Records. Dès l’ouverture, une rythmique entraînante monte en pression avant de retomber dans une cadence parsemée d’effets familiers de la scène voguing. Des samples de voix saccadés, retravaillés, prennent alors le lead et évoquent un commentateur de ball. Un break les laisse un instant seuls, la cadence se calme puis la tension remonte jusqu’au retour du motif initial, qui referme seul le morceau. Un titre instinctif et survolté, taillé pour la piste.
Margo – Jours sans feat. Angélie
Ancien Bordelais, Margo mêle pop française et disco pop, avec un humour assumé et une musique prise au sérieux. Il signe avec « Jours sans » sa première collaboration avec Angélie, accompagnée d’un clip disponible sur YouTube. Un riser électronique au parfum vintage nous happe, puis un rythme dansant, des accords plaqués de synthés et une ambiance nostalgique portent un refrain anglais à la mélodie entêtante. Le contraste est rafraîchissant : le texte, franc et teinté d’humour, raconte sa lutte avec la santé mentale sur un son chaleureux. Le morceau s’achève sur des vocalises, un piano aigu et une reverb qui enveloppe.
Milos Asian – Spoil and Break
Artiste franco-péruvien installé à Bordeaux, Milos Asian mêle indie rock, rythmes afro-latins et héritages folk sud-américains. Il dévoile « Spoil and Break », titre éponyme de son EP sorti le 11 octobre 2026 chez Sea of Flames Records, court, brut et minimaliste, né du combat pour une planète que l’on abîme avant qu’il ne soit trop tard. Des percussions et une guitare à la fois nostalgique et chaleureuse ouvrent le morceau, rejointes par de légères vocalises où l’espoir grandit peu à peu. Les paroles reviennent en canon sur une rythmique simple, presque hypnotique. Bref comme une incantation, le titre se referme alors que son envoûtement aurait pu nous porter encore longtemps.
Moloch Monolyth – Eksigaar
Moloch Monolyth nous ouvre les portes d’ « Eksigaar », cité imaginaire où les souvenirs patientent jusqu’à ce qu’on vienne les consulter. Entre indie rock façon Pavement ou Grandaddy et envolée post-rock finale, le titre laisse les émotions déborder la musique. Une voix suave, une guitare et une batterie installent une nostalgie pleine d’espoir, bientôt rejointes par une voix féminine. Un pont suspendu au piano précède un final épique, où tous les instruments reviennent sur le dernier mot avant le silence. Un tourbillon de souvenirs qui s’éteint d’un coup.
NEOOO – 26SESSION
Rappeur bordelais, NEOOO fête dix ans de carrière avec « 26SESSION », une live session brute filmée au cinéma Utopia, sur des productions de Burpy. « BALB » et « Pas du genre à mâcher mes mots » s’appuient sur un piano tenace et des récits ciselés, avant que « Hiéroglyphe » nous offre un groove dansant, où le flow glisse avec légèreté. « Averse » referme la session dans un souffle apaisé : flow posé, prod sans drums et voix échantillonnée aérienne, pour des mots toujours sincères. Ce parcours dessine un univers solaire et sans fard : NEOOO y regarde sa décennie avec lucidité, remercie ceux qui l’ont porté et aborde la suite avec confiance.
Not In Your Circle – Along (Ambient)
Producteur indépendant français, Not In Your Circle puise dans le post-rock, l’ambient et la musique de film. Avec « Along (Ambient) », sorti de façon discrète et spontanée, il marque un tournant : s’éloigner du DAW au profit de machines analogiques, et glisser vers un ambient répétitif et atmosphérique. Sur une base synthétique, deux samples de flûte se transforment peu à peu, dans une boucle enveloppante qui occupe tout l’espace du casque. Le motif revient encore et encore, comme une méditation, avant de se dissoudre dans l’écho, le morceau semblant s’éloigner de lui-même. Un interlude hypnotique et apaisant, qui invite à lâcher prise.
Oo KiDo – Made of Stone
Oo KiDo dévoile « Made of Stone », septième extrait de son album conceptuel Odyssey, dédié à l’élément Terre. Ce morceau électronique aux textures saturées, construit sur une mélodie en miroir, épouse la course effrénée d’un monde qui en veut toujours plus. Des motifs envoûtants s’enchaînent, un pouls sourd s’installe et la tension gonfle jusqu’à une cadence digne d’un film d’action, brusquement suspendue dans un souffle. Un titre cinématographique et haletant, qui ne laisse aucun répit.
RougeGorgeRouge – Late Summer
Réunis en juin 2024, les Bordelais de RougeGorgeRouge, trio formé en 2011, préparent leur cinquième album pour le 6 novembre chez Day Off Records. « Late Summer » en offre un avant-goût : un pad électronique égrène un motif, rejoint par la guitare puis une batterie au rock classique, sous une voix rauque qui scande « the wind ». Un solo vient déformer peu à peu la mélodie initiale, la tension monte, et l’explosion attendue n’arrive jamais : le morceau se referme en légèreté sur le pad du début. Un titre ni joyeux ni mélancolique, tout en suspension, qui laisse planer le doute.
Stabnee – 2 Bandz feat. HAADE$!
Installé à Bordeaux, Stabnee signe « 2 Bandz », single paru le 1er octobre et coproduit avec HAADE$!, deux ans après leur premier titre commun, « PREF ». À la croisée du R&B, de la West Coast et de la trap, le morceau avance sur une instrumentation épurée et mélodique, soutenue par une basse généreuse. Dès l’intro, le ton est donné : une rythmique feutrée annonce un ego trip assumé, nourri de références anglo-saxonnes. L’autotune prend ensuite le relais et ouvre la voie à un refrain d’une efficacité immédiate. Solaire et fédérateur, le titre a tout du tube de fin d’été, taillé pour les routes du retour de plage et les écoutes en boucle.
The Twin Stoners – Wolf Witch
Power trio desert rock originaire de Capbreton, The Twin Stoners dévoile « Wolf Witch », premier extrait de son deuxième album Capricornia, attendu le 10 avril 2027. Écrit en mémoire d’Héléna Cazetien, le titre explore les frontières entre désirs et peurs, liberté et conditionnement, entre poésie obscure et visions psychédéliques. Un lancement de cassette et un crépitement ouvrent le morceau, aussitôt balayé par une guitare effrénée, une voix puissante et une batterie qui s’emballe. Les couplets et refrains s’enchaînent sur la même énergie, jusqu’à un cri libérateur, avant que tout s’interrompe dans le silence, et que la cassette soit retirée. Un titre brut et frénétique, où le stoner se mêle à une fièvre presque rituelle.
Tom the Explorer – Sahara
Tom the Explorer signe « Sahara », un morceau taillé pour le club qui puise dans l’énergie brute de l’afro-house et y glisse des nappes électroniques conçues pour l’évasion mentale. Dès l’ouverture, un cri se perd dans l’écho avant qu’une rythmique dansante ne prenne le relais, vite rejointe par des percussions organiques et une voix aux accents orientaux. Le tempo ne faiblit jamais, des claquements de doigts s’ajoutent, et un clavier discret distille un parfum de mystère. Puis tout s’efface peu à peu, jusqu’à ne laisser que des échos. Un titre hypnotique et voyageur, comme une traversée du désert.
Urracas – Urracas
Trio formé du saxophoniste et flûtiste colombien Luis Fernando Herrera, du guitariste argentin Facundo Marti et du batteur français Thomas Darthiail, Urracas fait dialoguer jazz et folklore latino-américain, entre musiques populaires et savantes. Leur titre éponyme s’ouvre sur un joyeux désordre, où chaque instrument cherche sa place avant que la batterie ne pose un cadre. Puis la flûte voltige, le saxophone s’éclaircit la voix, la guitare s’échappe, jusqu’à ce qu’une cohérence s’installe, presque à l’insu de l’auditeur. Le morceau s’achève sur une chute lente et semi soudaine. Une balade en ville où chaque détail du paysage aurait sa signature sonore : on flâne, on se perd un peu, et l’on se laisse mener avec le sourire.
