La radio FIP s’installe à Darwin le vendredi 29 mai pour une soirée Fip 360. Au programme : un live de Dylan Dylan et des DJ sets de Chlär, Mac Declos et Belaria. Et, surtout : un dispositif sonore et scénique immersif à 360 degrés. Le directeur de FIP et co-programmateur des soirées Fip 360, Ruddy Aboab, ainsi que l’ingénieur son de Radio France à l’origine du système son 360 Hervé Déjardin reviennent sur ces événements et l’importance de repenser de tels espaces de fête.
Crédit photo : Christophe Abramowitz
FIP sera à Bordeaux le vendredi 29 mai pour une soirée électronique avec un système son immersif à 360 degrés. Pouvez-vous présenter ce dispositif ?
Ruddy Aboab : Les soirées Fip 360 ont été inventés il y a plusieurs années par FIP et Radio France. Depuis quatre ans, le projet a pris une autre dimension : ce ne sont plus « seulement » des sessions d’écoute de musique électronique en son immersif, mais de véritables fêtes où l’on vit les musiques électroniques différemment. On les écoute autrement et on les danse aussi autrement.
Aujourd’hui, on crée des programmations, on amène notre système son, et on essaie de faire voyager les Fip 360 un peu partout en France. On est sur un rythme d’environ quatre à cinq dates par an, avec une forme de quasi-résidence à la Monnaie de Paris chaque année.
Pour lancer cette nouvelle saison, on a choisi Bordeaux, notamment parce qu’on n’y était encore jamais venus. La ville nous semble être une scène culturelle en pleine effervescence, importante, et qui a aussi une histoire avec FIP puisque la radio y possède une fréquence. On a choisi Darwin parce que ce lieu nous ressemble : alternatif, créatif, engagé.
Nous voulons sortir la musique électronique des clubs pour l’amener ailleurs.
Ruddy Aboab
On va un peu changer les codes de la fête à Darwin. Plutôt que d’installer notre sound system immersif sur la place centrale extérieure, on a choisi le grand hall pour accueillir le dispositif. On s’est dit que cet espace était l’écrin parfait pour permettre au système son de prendre toute sa dimension.


C’est donc un projet lancé il y a plusieurs années et qui propose une autre manière de vivre la musique, la fête et les musiques électroniques. Il ne s’agit pas seulement d’écouter, mais aussi de participer physiquement. À la différence d’une soirée classique, il n’y a pas de scène frontale : l’expérience est circulaire, avec les artistes qui jouent au milieu du public. Et puis, on essaie systématiquement de choisir des lieux atypiques. L’idée, c’est de sortir la musique électronique des clubs pour l’amener ailleurs.
L’idée des Fip 360 est d’ouvrir une nouvelle manière d’écouter et de ressentir la musique.
Hervé Déjardin
Comment fonctionne ce dispositif technique ?
Hervé Déjardin : Au-delà de la technique elle-même – qui, pour nous, n’est qu’un outil au service de la narration et de l’émotion – l’idée est vraiment de travailler sur l’immersion. La musique est, par essence, un vecteur d’immersion : on s’y plonge, on s’y baigne presque. C’est ce que nous appelons une immersion narrative, au même titre qu’on peut se plonger dans un texte ou dans une histoire.
La musique entretient un rapport émotionnel très particulier. Et au-delà de cette immersion narrative, nous cherchons à ajouter ce qu’on appelle une immersion perceptive : donner la sensation d’être à l’intérieur de la musique, dans un véritable univers musical.
Autrement dit, on ajoute une dimension physique à cette projection mentale qui existe déjà quand on écoute de la musique chez soi, même avec un simple haut-parleur posé dans une salle de bain. Avec les Fip 360, l’idée est vraiment d’ouvrir une nouvelle manière d’écouter et de ressentir la musique.

Les douze haut-parleurs ont été au cœur du projet dès le départ. Et ce qu’on a découvert, c’est qu’au-delà de permettre une restitution immersive du son, avec la possibilité de positionner les éléments à 360 degrés avec une très grande précision, ils ouvraient aussi d’autres perspectives.
On a développé des outils avec plusieurs partenaires. Grâce à cela, on peut non seulement disposer les sons comme on le souhaite et créer de véritables univers sonores dans lesquels le public évolue ensemble, mais aussi transformer complètement la relation entre l’artiste et le public.
Cette implantation scénique crée un lien direct : tout le monde converge vers ce point central où se trouvent l’artiste et l’ingénieur du son. Et les haut-parleurs eux-mêmes jouent un rôle important. On travaille avec des modèles très particuliers, les Syva de chez L-Acoustics, qui ont une qualité sonore extrêmement intéressante, notamment pour le mixage.
Le mixage réalisé pendant le concert est d’ailleurs celui qui génère les enregistrements ensuite diffusés. En quatre heures, on peut adapter ces captations pour la distribution. C’est aussi un enjeu essentiel pour nous : développer des chaînes de production souples et viables.
Et puis il y a l’expérience elle-même. Quand on se retrouve au milieu de ces douze haut-parleurs – qui sont assez longilignes – on a presque l’impression d’être entouré de totems. Il y a quelque chose de très tribal qui rejoint d’ailleurs l’essence même de la musique électronique : le kick en quatre temps à 120 BPM, la puissance sonore, la sensation physique du son.
Ce qui est important aujourd’hui, c’est de proposer une nouvelle manière d’écouter la musique.
Ruddy Aboab

Pourquoi vous semble-t-il important de renouveler les codes de la fête à travers un tel dispositif technique ?
Ruddy Aboab : On a vu à quel point les musiques électroniques ont connu une énorme mutation ces cinq à sept dernières années. Ma génération, il y a encore quinze ans, avait vraiment une culture du club. Aujourd’hui, on voit se développer des événements gigantesques de plusieurs milliers de personnes.
Et c’est très bien : ces événements font vivre tout un écosystème : artistes, agent·es, les technicien·nes. Mais je pense qu’il faut aussi continuer à proposer des formats plus intimes. À Darwin, le 29 mai, on espère accueillir entre 2 000 et 2 500 personnes, mais pas forcément toutes au même moment. L’idée est de proposer à la fois une expérience musicale au cœur du dispositif immersif et une soirée plus globale pensée avec Darwin.
Ce qui est important aujourd’hui, c’est de proposer une nouvelle manière d’écouter la musique. Quand Hervé parle de spatialisation, ce n’est pas abstrait : tous les artistes programmé·es ce soir-là vont travailler spécifiquement pour cette configuration.
Il y aura trois DJ sets et un live : celui de Dylan Dylan. Ce live sera quasiment unique. Depuis l’annonce de sa programmation, elle travaille avec Hervé pour repenser complètement son set. Chaque piste est séparée, retravaillée, afin que la spatialisation puisse être exploitée au maximum. Quelques jours avant la date, il y aura une répétition à Radio France, puis le live sera joué et spatialisé en direct pendant la soirée.
C’est le rôle de FIP et de Radio France, en tant que service public : accompagner les artistes dans de nouvelles manières de créer.
Ruddy Aboab

Hervé Déjardin : Ce qui est passionnant avec la musique électronique, c’est qu’elle possède une capacité d’évolution immense. Venant moi-même de la musique électroacoustique, je suis convaincu que le son est un matériau qui permet toutes les couleurs possibles.
Ce qui est très intéressant avec les Fip 360, c’est le travail avec les artistes. Ça leur demande énormément de préparation en amont, mais l’expérience est souvent extrêmement forte pour eux.
Hervé Déjardin
Aujourd’hui, avec ces outils immersifs, on dispose d’une véritable toile à 360 degrés dans laquelle on peut faire vivre les sons, les faire fusionner, les déplacer, les opposer. Cela permet de renforcer les mouvements musicaux, les contrastes, les émotions.
Et ce qui est très intéressant avec les Fip 360, c’est le travail avec les artistes. Ça leur demande énormément de préparation en amont, mais l’expérience est souvent extrêmement forte pour eux. Pendant les répétitions, on a parfois du mal à s’arrêter tellement ils prennent plaisir à jouer dans cet environnement.
Ruddy Aboab : Et c’est aussi le rôle de FIP et de Radio France, en tant que service public : accompagner les artistes dans de nouvelles manières de créer. Pour nous, ingénieurs du son, c’est également passionnant parce qu’on doit sans cesse réinventer notre approche selon les univers musicaux. On peut être très force de proposition ou simplement accompagner les intentions de l’artiste.
Parfois, ces collaborations se prolongent au-delà des Fip 360. On avait notamment invité l’artiste techno Traumer à la Monnaie de Paris il y a deux ans. La rencontre avec Hervé a été exceptionnelle, et aujourd’hui ils continuent d’échanger et de réfléchir ensemble sur de futures compositions.
Hervé Déjardin : Et il y a un autre enjeu important : l’Europe a été pionnière dans l’histoire de la spatialisation sonore. Les Français, les Allemands, les Italiens ou les Anglais ont énormément travaillé sur ces technologies depuis les années 1950. Aujourd’hui pourtant, ce sont surtout les grandes plateformes américaines (Apple, Amazon, Tidal…) qui récupèrent cette innovation via les outils de distribution.
Donc il y a aussi une réflexion industrielle derrière tout ça : comment faire en sorte que la France et l’Europe continuent à jouer un rôle majeur dans ces nouveaux formats sonores. On travaille d’ailleurs avec certaines SMAC et avec le ministère de la Culture pour imaginer des lieux équipés permettant aux artistes de venir créer et expérimenter ces formats immersifs.

Comment se construit la programmation d’un événement Fip 360 ?
Ruddy Aboab : Je coprogramme les soirées avec Benjamin Charvet, cofondateur du média Dure Vie. La programmation commence toujours par le live. C’est la pièce centrale de la soirée. Une fois celui-ci choisi, on construit le reste du line-up autour.
On essaie systématiquement d’avoir au minimum la parité, et parfois même des plateaux entièrement féminins. À Bordeaux, il y aura Belaria en ouverture, puis deux artistes majeurs de la scène techno actuelle : Chlär et Mac Declos.
Est-ce qu’il vous arrive de travailler avec des collectifs ou des médias locaux pour programmer des artistes des villes où ont lieu les Fip 360 ? Il n’y a par exemple pas d’artistes Bordelais·es sur cette édition.
Ruddy Aboab : Oui, évidemment. Aujourd’hui, on ne fait pas encore autant de Fip 360 qu’on le souhaiterait, mais l’objectif serait d’arriver à une dizaine de dates par an partout en France. Et forcément, on reste attentifs aux scènes locales, aux collectifs, aux artistes émergent·es.
La programmation musicale de FIP est entièrement réalisée par des humains. Il n’y a aucun algorithme entre le moment où un·e programmateur·ice construit sa sélection et sa diffusion à l’antenne.
Ruddy Aboab
Ces prescripteurs locaux – webradios, médias, blogs… – peuvent-ils aussi nourrir votre programmation musicale sur les antennes de FIP ?
Ruddy Aboab : Constamment. La programmation musicale de FIP est entièrement réalisée par des humains. Il n’y a aucun algorithme entre le moment où un·e programmateur·ice construit sa sélection et sa diffusion à l’antenne.
Et chaque jour, on recommence à zéro. On ne diffuse jamais deux fois le même titre dans une journée. C’est totalement atypique pour une radio musicale aujourd’hui. Notre ambition, c’est de raconter chaque jour une nouvelle histoire musicale, la plus vaste, curieuse et éclectique possible.
Donc tous les moyens sont bons pour découvrir de la musique : les blogs, les films, les séries, Bandcamp, les collectifs locaux, les recommandations internes à Radio France… On reçoit aussi énormément de remontées de nos délégués régionaux, qui nous signalent régulièrement de nouveaux artistes encore totalement inconnus. Notre mission, c’est autant de faire découvrir des artistes que de raconter une histoire musicale différente chaque jour.
