À Bordeaux, plusieurs bars se sont récemment réunis pour alerter sur leur fragilité. À travers l’initiative #SauvetonBar, ils souhaitent mettre en lumière le rôle culturel et social des bars dans la ville.
Le 20 mars dernier, 25 bars de la métropole bordelaise ont pris la parole d’une seule voix sous le hashtag #SauvetonBar, pour dénoncer la fragilisation de leurs établissements. Un appel d’urgence inédit qui interpelle sur l’avenir de la scène culturelle nocturne locale et la nécessité de protéger ces espaces de liberté et de sociabilité avant qu’il ne soit trop tard.
Plus personne ne nous écoute
Bernard Labaye (gérant des Copains d’Abord)
Sous l’impulsion de Bernard Labaye, gérant des Copains d’Abord – un bar du quartier Saint-Michel menacé de fermeture administrative pour nuisances sonores – un collectif s’est formé, regroupant des lieux emblématiques de la nuit bordelaise tels que le Roadhouse, le One Percent, le Matahari ou encore le Central Do Brasil. Ils réclament un véritable dialogue avec les décideur·euses publics et une reconnaissance de leur rôle social dans la cité.

« Nous ne contestons pas les sanctions de Bordeaux Métropole, nous les acceptons », précise le collectif, « mais ce que nous interrogeons aujourd’hui, c’est l’intégrité même du système. On a le sentiment que le voisinage dispose d’un pouvoir croissant alors que plus personne ne nous écoute. » Ce sentiment d’être inaudible face à des sanctions jugées sévères fragilise un secteur déjà à bout de souffle.
Rôle social et culturel
Car au-delà de la fonction commerciale de ce type d’établissement, c’est tout le tissu culturel bordelais qui pâtit de leurs fermetures définitives ou des arrêtés restrictifs auxquels ils sont confrontés. Ces bars constituent bien souvent les premières scènes de la ville, offrant un tremplin indispensable aux artistes émergents.
Nous sommes également des lieux de partage et de culture
Bernard Labaye (gérant du bar Les Copains d’Abord)

Bernard Labaye du bar Les Copains d’Abord insiste sur la nécessité de changer de regard sur leur métier : « Il faut arrêter de nous voir comme de simples débits de boissons. Nous sommes également des lieux de partage et de culture. » Loin de se cantonner au service au bar, son établissement accueille aussi bien des concerts, que des expositions de tableaux, des cours de dessin ou des sessions de salsa. Pourtant, malgré cette richesse d’activités culturelles, ce dernier déplore un manque de considération flagrant : « On nous réduit à de simples sources de nuisances mais c’est oublier tout ce que nous apportons à la ville. »
Cette mobilisation intervient dans un climat local déjà morose, marqué par la fermeture de l’IBOAT il y a quelques semaines. En se regroupant, ces 25 acteurs espèrent provoquer un sursaut de conscience. L’initiative a d’ailleurs été relayée auprès de 150 autres établissements de la métropole, prouvant que le malaise est généralisé et ne concerne pas uniquement les bars déjà sous le coup de sanctions.
L’enjeu dépasse ainsi la survie de quelques terrasses ; il s’agit de savoir si Bordeaux saura préserver sa vitalité et son âme culturelle, ou si elle se résignera à redevenir par la force des arrêtés restrictifs, cette « Belle Endormie » figée dans le silence.
