Après l’annonce de la fermeture de l’IBOAT en février dernier, l’équipe de Le Type rend hommage à ce lieu ayant joué un rôle majeur pour la scène culturelle locale et dans l’histoire de notre média – l’IBOAT et Le Type sont tous les deux nés en 2011. Après une première analyse sur l’impact de l’arrêt de ses activités, puis une première vague de témoignages de ses publics, nous donnons ici la parole à des artistes et collectifs ayant pu jouer sur la scène du bateau bordelais.
Crédits photos : Jacob Khrist
« J’y ai passé sans conteste mes meilleures nuits bordelaises » – Corbeau
« J’ai eu mes premiers gigs en club à l’IBOAT en 2011 ou 2012. Faire la teuf dans une cale de bateau était vraiment spécial avec le sol et le plafond qui vibrait. Y jouer était sacré. L’ambiance était cool, mais très sérieuse à la fois, tout était fait pour qu’on puisse vraiment faire la fête de manière professionnelle. On sentait la patte de passionné·es qui régissait ce lieu. J’y ai passé sans conteste mes meilleures nuits bordelaises.
Ce qui était génial avec ce club c’est que tu pouvais t’y rendre sans avoir regardé le line up, tu pouvais être sûr d’écouter des artistes de qualité. Les 10 premières années étaient folles avec les Hors Bord, les formats hors les murs, la Base sous marine… Très triste que l’aventure s’arrête ainsi mais très heureux d’y avoir contribué. Une pensée à François, Romain, Mathieu et Carmen… <3 »

« Et je crois que c’est ce soir-là, que je me suis sentie artiste pour la première fois » – EmmaFleurs
« IBOAT… En s’inspirant des block parties, ils lançaient un nouveau format : les Block Boat. Première édition. Première tentative. Premier grand saut, piloté par Diboujone ce soir-là. Et moi, j’étais là-dedans. Mais mon histoire avec l’IBOAT commence encore avant cette première Block Party. J’étais dans la queue du club à 23h59. J’avais 17 ans. À minuit, on était enfin le 5 juillet. J’ai montré ma carte d’identité avec une fierté immense. Je suis entrée.
Cette nuit-là, j’étais juste une lycéenne qui voulait absolument aller en club. Quelques années plus tard, pour la première édition des Block Party, je montais sur scène. Ma première vraie scène. Celle où je me suis pris la tête pendant des jours à choisir une tenue, à construire une set list cohérente, à imaginer un univers. Je voulais que tout fasse sens. Je voulais être à la hauteur de ce moment. Je n’avais même pas encore ma guitare électro-acoustique. On a dû sonoriser avec un micro. On était beaucoup trop nombreux sur scène. C’était le bazar. Ça buvait des coups. Rien ne se passait comme prévu. Techniquement, c’était presque la cata.
Et pourtant… C’était magique. Indiscipliné. Irrévérencieux. Vivant. On partageait le plateau avec : MOKABOKA, DKDIZZY, FURB, GRIMINAL, HUNTER IS BLUE, ION, JEUNE CEMEUR, JOUVENCE, MANAST LL’, NATTY, SIZ-S, TIBAO, et aux platines DIBOUJONE, DU VEX, HUGO B, LIL MAURICE. Ce n’était pas parfait. C’était mieux que parfait. C’était fondateur. Et je crois que c’est ce soir-là, que je me suis sentie artiste pour la première fois. Jiji ! »
« L’IBOAT a été un lieu fondateur pour moi » – Gray
« L’IBOAT a été un lieu fondateur pour moi : c’est là que j’ai découvert la scène électronique, avant d’avoir la chance de passer de l’autre côté du booth quelques années plus tard. Y jouer m’a permis de prendre confiance et de mieux comprendre ce que je voulais construire artistiquement. Je garderai toujours le souvenir d’un lieu qui m’a ouvert des portes et donné envie d’aller plus loin. »

« L’Iboat nous a donné l’élan et l’envie de créer notre collectif » – HÉLIX
La fermeture de l’Iboat ne pouvait que remuer quelque chose en nous. Nous y avons tous travaillé à un moment de notre parcours. Pour beaucoup d’entre nous, c’est aussi là que nous nous sommes rencontrés. Sans vraiment nous en rendre compte, c’est là que tant de choses ont commencé. Ce lieu a été un véritable point d’ancrage dans notre évolution, humaine, artistique, musicale. Un espace où nous avons appris, grandi, douté parfois, mais surtout où nous nous sommes construits. C’est là que s’est affirmée notre vision de la culture club, ce que nous voulions défendre et faire vivre. L’Iboat nous a donné l’élan et l’envie de créer notre collectif : prolonger cette énergie, continuer à faire vibrer une scène qui nous ressemble, porter à notre tour une vision sincère et engagée.
« J’ai joué dans toutes les salles de Bordeaux et l’IBOAT c’est spécial à mes yeux » – Jeebs
« Première partie de Sheldon, co-plateau avec Saboteurs Records (Ratus et Esso) ; j’ai joué dans toutes les salles de Bordeaux et l’IBOAT c’est spécial à mes yeux. La proximité entre artistes en loge, faire tanguer le bateau sur les pogos et surtout la qualité du son ces dernières années. C’était un vrai confort d’être sur scène. Des ambiances toujours ultra énervées ! »
« L’IBOAT était un rêve de gamin pour nous » – La Maskarade
« L’IBOAT était un rêve de gamin pour nous… Nous avons été bercé et encouragé en grande partie grâce à leurs événements. On se rappelle encore de notre premier mini club en décembre 2024 ! »

« L’iBOAT était bien plus qu’un club : un vrai repère, une source d’inspiration » – Lascar Capac
L’iBOAT était bien plus qu’un club : un vrai repère, une source d’inspiration. C’est là que j’ai grandi musicalement, que j’ai écouté mes premiers sets, joué les miens… et probablement l’endroit où j’ai le plus mixé, même plus que sur le Lascar Capac. Cette fermeture doit aussi nous servir de rappel : soutenez vos scènes locales, vos collectifs, soyez curieux des nouveaux artistes. C’est la seule façon de faire vivre ces lieux dans un contexte où tout tend à s’uniformiser. Grosse pensée à toutes les personnes, de près ou de loin, qui vont être touchées par cette liquidation. Au-delà de Bordeaux, c’est tout un écosystème qui vacille. Merci pour tout
« Si je devais retenir un seul moment précis au bateau, c’est certainement le jour où j’ai pu discuter en tête-à-tête avec Laurent Garnier durant 30 minutes » – Larroze
Si je devais retenir un seul moment précis au bateau, c’est certainement le jour où j’ai pu discuter en tête-à-tête avec Laurent Garnier durant 30 minutes, dans le cadre d’une interview pour Seeksicksound. Ses réponses à mes questions résonnent encore dans ma tête 10 ans plus tard, tant elles étaient engagées, passionnées, et justes. J’ai encore l’enregistrement audio de cette interview, et je la garde précieusement.
Je me souviens aussi du jour où nous avions invité Jeff Mills à jouer à l’IBOAT en 2014. Il avait déroulé un set magistral sur 4 platines (sur CDs) et une TR-909. Tout le monde était fou, et Jeff ne voulait pas s’arrêter, mais il avait un avion à prendre quelques heures plus tard et nous avait quittés avec regrets. Enfin, je me souviens aussi d’une nuit incroyable avec MCDE en 2012, qui jouait pour la première fois à Bordeaux et avait retourné la cale avec un set disco et house d’anthologie, pendant qu’il tombait 10cm de neige sur les quais des Bassins à Flots.

« J’ai retrouvé une famille sur ce bateau et ça a été un de mes premiers repères sur Bordeaux » – Salomée (résidente IBOAT)
« J’ai commencé à produire et à mixer en public en arrivant à Bordeaux mais c’est l’IBOAT qui m’a permis de vraiment structurer mon projet et de me connaître moi-même en tant qu’artiste. Quand j’ai obtenu ma résidence en 2021, j’étais repartie à l’île Maurice, mon pays d’origine pour 1 an et je savais que j’allais revenir en Europe, mais pas forcément à Bordeaux. La résidence m’a influencé dans ma décision de revenir à bordeaux.
Ça a été une des meilleurs décisions que j’ai pu prendre car ça m’a tellement appris, j’ai pu prendre confiance en moi en tant qu’artiste et apprendre à développer mes projets. J’ai eu mes premiers gigs internationaux grâce au bateau, j’ai pu inviter des artistes avec qui j’ai énormément connecté, ce qui m’a aidé à me développer sur la scène européenne, mais également mes signatures sur des labels. En allant plus loin que ça c’est grâce à l’IBOAT que j’ai vraiment eu un sentiment d’appartenance à Bordeaux, quand j’ai quitté le pays dans lequel j’habitais et que j’ai quitté ma famille. J’ai retrouvé une famille sur ce bateau et ça a été un de mes premiers repères sur Bordeaux. »
« Partager les platines avec autant de DJ a été très formateur pour moi » – Yougo
« Pas mal de souvenirs à l’IBOAT : taper la cloche sur le pont supérieur, parler FRANGLAIS avec des artistes venu·es du monde entier, ou encore se brosser les dents dans les toilettes dix minutes avant l’ouverture du club parce qu’on n’a pas eu le temps de rentrer à la maison la veille.
Partager les platines avec autant de DJ a été très formateur pour moi. Bordeaux perd un super club. C’est bien dommage que cela finisse comme ça… Pour une ville de cette taille, c’est presque une honte cette nouvelle fermeture : on n’a quasiment plus rien pour sortir. Courage, et merci à toute l’équipe de l’IBOAT pour toutes ces belles années. »
