Comme chaque mois, on vous propose une sélection de sorties musicales récentes venues de Bordeaux et de la région. De pop poétique, à tecnho hypnotique en passant par du surf rock, cette playlist Eclectype réunit des univers variés, sans frontière de genre ni de format. Pour cette rentrée, découvrez les artistes qui ont rythmé ce mois de septembre et replongez dans une scène locale plus créative et foisonnante que jamais.
Rédaction : Marie Botsilahy
Apollone — L’Amour etc.
Né à Biarritz en 2024, le trio Apollone fait dialoguer pop, disco-funk et programmation électronique pour forger son propre langage. Sorti le 18 septembre, « L’Amour etc. » précède de peu son premier EP, SAAWAÏ. Le titre s’ouvre comme une cassette lancée dans un vieux baladeur, sur un ton de récit théâtral, avant de basculer dans un groove disco résolument solaire. Français et italien s’y répondent, et la voix des protagonistes se jouent l’une de l’autre, tandis que les synthétiseurs gagnent l’espace à mesure que le refrain s’incante. De cette conversation à demi-mots surgit un défilé de souvenirs, nuits brûlantes et vacances alanguies, où l’on se laisse volontiers égarer. Une escapade italo-pop pleine de fantaisie, dont le charme tient autant à l’incompréhension qu’à la séduction.
Bleuæ — Voyant
Auteure-compositrice bordelaise, Bleuæ signe une pop poétique chantée en français, à l’écriture intime et aux productions aériennes. Extrait de son album Dansantes, sorti le 28 septembre, « Voyant » puise dans ses années de pratique du bouddhisme tibétain pour interroger la voyance, l’angoisse et la perte. Sur une guitare douce et une voix légère, elle s’adresse d’abord à quelqu’un avant de basculer dans un récit très personnel, mêlant confidences et bons augures pour elle-même, à la manière d’une ballade. Le mantra qui l’ouvre trouve son prolongement dans la conclusion : un violon intense et un piano élèvent l’atmosphère pour une première prière, puis les instruments s’effacent un à un, laissant à la chanteuse une dernière parole, dite plus que chantée.
Blondy Club — Get Dawn
Blondy Club, groupe de psyché-pop bordelais, continue de cultiver univers solaire et introspectif. Sur « Get Dawn », premier titre de l’EP Mescalito, cette esthétique prend la forme d’une lente montée en intensité : un instrument à vent léger dessine une mélodie obsédante, simple et cinématographique, comme la bande-son d’une longue marche dans un film d’aventure. Puis les guitares arrivent, apportant du rythme et de la chaleur. Le refrain, répétitif, scande « Get Dawn » comme un mantra, avant une fin en suspens qui laisse l’auditeur en attente d’aube.
Changeline — OMGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGG
Autodidacte originaire de Grenoble, Changeline croise hip-hop, trap, electro et hyperpop avec une énergie punk, dans des textes crus qui prônent l’acceptation de soi et la résilience. « OMG » est le deuxième single de l’EP AWARD.WINNING.SHORT.FILM, qui annonce un album prévu pour 2027. Dès les premières secondes, un flow nonchalant, puissant et sûr de lui installe le ton, sur une production rebondissante aux sonorités mécaniques, portée par une basse massive. Entre anglais et espagnol, les rimes tranchent net, et le cri « oh my god » revient en boucle, teinté d’ironie et de provocation. L’ensemble prend les airs d’un ego-trip parfaitement assumé, où l’assurance, la sensualité et l’humour font front commun. Un changement de rythme final vient relancer la machine.
Costello — Excess
DJ et producteur bordelais aux plus de vingt-cinq ans de platines, Costello signe sur Ellum Audio, le label de Maceo Plex, un EP du même nom, sorti le 18 septembre. Le morceau démarre sur une rythmique sèche, vite percée par une unique bourrasque de basse. Une mélodie grave et lancinante s’installe, sombre, presque hypnotique, tandis qu’un tintement obstiné, fin comme un fil tendu, fait grimper la pression jusqu’au drop. Tout se libère alors dans un groove rebondissant, machinal et grisé, avant que le calme ne revienne et ne laisse, seul, le rythme du début.
Edikt, Walass & Youyou — Tout ce que tu veux
Rappeur bordelais, Edikt s’associe au beatmaker Walass et à Youyou pour Canal 16, un EP publié par StudioBato, label installé sur une péniche. Le titre porte le nom de la fréquence VHF internationale de détresse. « Tout ce que tu veux » s’ouvre sur des charleys nerveux et une ligne de basse chaloupée, brouillés par des voix de talkie-walkie captées dans les ondes. Une voix grave et assurée vient alors trancher la prod avec aisance, et le refrain sonne comme une promesse sans détour : ils ont de quoi combler nos attentes. Les couplets s’effacent ensuite pour un long moment instrumental où la pression monte, saturé de bribes radio et d’interférences, avant de se perdre dans le grésillement.
Francesca & Limmie — Mother
Installé à Monflanquin, en Lot-et-Garonne, le duo Francesca & Limmie compose, enregistre et produit depuis son studio, à la ville comme à la scène, forts de plus de vingt ans de vie commune. « Mother » figure parmi les titres de leur EP Aspects of Love, publié sur Bandcamp. Le morceau s’ouvre dans une atmosphère feutrée, sur une batterie acoustique discrète, avant qu’une voix mélodieuse ne confie sa situation sentimentale. Piano et guitare dialoguent avec légèreté, donnant envie de danser dans l’intimité d’un salon. Un couplet sur les aléas de l’existence revient, repris en écho, puis la chanson s’achève en douceur sur des harmonies vocales, avec une promesse de veiller sur l’autre jusqu’au matin.
Franco Divine — Non Finito
Sous le nom de Franco Divine, Bardou Jacquet, passé par Aerôflôt et VvvV, trace depuis 2018 une empreinte électronique entre krautrock, EBM et brume industrielle. « Non Finito », qui annonce un EP de quatre titres, fait ployer l’air sous une basse grasse, où un grincement métallique s’enroule comme un ressort tendu. Un motif cuivré y monte par vagues, l’étau se resserre, puis un filtre étouffe la lumière avant que le thème ne revienne, plus massif encore. Le kick, sourd et saturé, se traîne alors de plus en plus lentement, et tout finit par sombrer, ne laissant que des échos qui se dissipent dans la reverb.
FunSuN — Bulldozer (feat. Pussy Miel)
Formé à Bordeaux en 2024, FunSun cultive un surf rock et un surf punk solaires, aux refrains fédérateurs et à l’insouciance revendiquée. « Bulldozer », en featuring avec Pussy Miel, figure sur leur premier EP, Youth Disillusion, paru en juillet 2026. Un riff mordant ouvre le morceau, aussitôt rejoint par une batterie déchaînée. Une voix véhémente entraîne l’auditeur dans son récit, en jouant avec les instruments tandis que des chœurs lui donnent la réplique. La tension grimpe jusqu’à une guitare plus acide, avant un retour au riff initial, puis une dernière montée en pression qui débouche sur un solo effréné.
Home Made Crumble — Silence (live session)
Fondé en 2020 dans le Sud-Ouest par Dylan Dognon et Carl Duquenoy, le duo Home Made Crumble cultive un « rock manège » facétieux, où instruments bricolés et sens de la scène se rejoignent. « Silence » prolonge leur périple musical, capté ici en session live. Une guitare chaude, empreinte de nostalgie et de blues, ouvre le morceau avant que les percussions ne s’immiscent avec retenue. Le texte pousse à prendre la route en quête d’un calme libérateur, tandis que voix et instruments dialoguent, se relaient, parfois se répondent en miroir. Après un pont, l’intensité culmine puis reflue, et l’ensemble s’éteint peu à peu, comme apaisé.
Lisa Stervinou — Pas normale
Formée à l’orchestre et au cor d’harmonie dans le Lot-et-Garonne avant de gagner Bordeaux puis Paris, Lisa Stervinou façonne une pop sensible où sonorités électroniques, rock et couleurs orchestrales se répondent. Avec « Pas normale », sorti le 25 septembre, elle ausculte sa singularité dans un texte d’une grande franchise. Le morceau naît dans une atmosphère aérienne, portée par une voix ample, puis s’embrase dans un refrain aux nappes de synthétiseurs empreintes de nostalgie. Ce souffle contraste avec la vulnérabilité des mots et transforme la fêlure en élan. L’aveu de différence se referme en célébration de soi, presque triomphale.
LOUKAÏ — Bad Boy
Auteure, compositrice et interprète, LOUKAÏ signe une pop française aux accents alternatifs qu’elle compose au piano et à la guitare en plus de les produire elle-même. « Bad Boy » ouvre son premier EP, Sleepy Hollow. Guitare acoustique, voix presque chuchotée et piano de plus en plus intense installent un suspense qui mène au drop. Le refrain « j’en ai marre des bad boys » revient comme un motif, et les couplets racontent, comme une histoire, une plainte lucide sur les comportements masculins. Porté par des instruments acoustiques, le morceau a des airs de prestation live. Il se clôt en grande pompe, chœurs et harmonies scandant la phrase une dernière fois.
Marnie – Leather Jacket
Récemment installée à Bordeaux, Marnie développe depuis 2024 une pop alternative anglophone, entre indie et électro, dans le sillage de The Japanese House ou d’Oklou. « Leather Jacket », son nouveau single, s’accompagne d’un clip tourné autour d’Hossegor, où le surfskate donne le ton. Le morceau s’ouvre sur une batterie tonique, héritière des tubes des années 80, avant que n’entre une voix diaphane. La production, aérienne et lumineuse, épouse le récit d’un coup de cœur qui libère le corps et affranchit du regard des autres. Ce refrain enjoué s’écoute comme une amourette d’été, avec la chaleur du soleil sur la peau.
Maxwell BDX – Ma destination
Maxwell BDX, rappeur bordelais au flow introspectif, livre avec « Ma Destination » un morceau à l’ambiance mélancolique et traversé d’une lueur d’espoir. L’intro au piano, marquée par un léger décalage d’effet dans le motif, installe une intimité brute. Le flow, solennel et imagé, raconte son passé et son état actuel, soutenu par une production épurée qui met la voix en avant. Le refrain, court et chanté, s’accroche facilement et répète ce questionnement lancinant : « Où est-ce que j’étais tout ce temps ? ».
Oo KiDo — Neptune
Artiste et compositeur français, Oo KiDo façonne une musique électronique cinématique, faite de contrastes entre ombre et lumière, euphorie et mélancolie. Sixième single d’Odyssey, « Neptune » est consacré à l’eau et prend la forme d’une ritournelle hypnotique, tour à tour fluide et bouillonnante. Le titre s’ouvre en suspension, sur un motif de synthé aigu, à la fois épique et empreint d’une tristesse pleine d’espoir, que des textures vaporeuses viennent envelopper. Un clavier plus grave et moins artificiel rompt cet équilibre pour amorcer la tension, puis le thème revient, transformé, doublé et porté par une basse ample, jusqu’à un sommet qui laisse en suspens. Tout s’interrompt alors : ne subsistent que la pluie et une note unique, qui s’y dissout.
Opaline — Pierre Feuille Ciseaux
Figure de la scène bordelaise, Opaline confie ses failles dans une pop alternative en français, à la sensibilité douce et à la plume ciselée. « Pierre Feuille Ciseaux », composé avec Adrian Giordano, annonce son EP LEITMOTIV, attendu le 6 novembre. Dès la première seconde, une voix murmure tout près de l’oreille, rejointe peu à peu par un synthé voilé et une batterie discrète. Le refrain ne cherche pas à s’emballer : il s’élargit et laisse la tension respirer. Les images qu’elle dessine racontent un amour où la rivalité et la tendresse se disputent la partie, sans jamais désigner de gagnant.
Opera Sierra — Sin Comer (Marge Remix)
Extrait de l’EP Drill, Baby, Drill, qui sonde l’emprise et l’épuisement des relations toxiques, « Sin Comer » passe ici entre les mains de la DJ bordelaise Marge, qui lui insuffle une sensibilité plus club, nourrie de dub et de percussions. L’atmosphère monte à pas feutrés, énigmatique, puis une voix apparaît, lointaine, avant de s’avancer au premier plan. Sur une rythmique chaloupée, des sonorités électriques et des échos dub se frottent, et le résultat surprend. Entre deux plages instrumentales, on danse lentement, d’un corps alangui, dans une transe que le dub vient fendre. Rien ne s’emballe : le morceau tourne sur lui-même, comme une emprise dont on ne cherche plus à sortir.
Saint Loric — Trophée
Artiste pluridisciplinaire issu de la scène Bordelaise, Saint Loric fait dialoguer trap, pop et synthwave dans un « réalisme magique » aux accents druidiques. Composé avec Vladigital, « Trophée » est sorti le 28 août et annonce l’album Hieros Gamos, attendu le 24 novembre. Le morceau naît dans une atmosphère flottante, où une voix altérée semble surgir de très loin avant que le drop ne l’emporte. Sur un kick puissant mais feutré, qui imprime une cadence dansante, une nappe mélodique enveloppe l’ensemble et porte un refrain aérien, la voix s’élevant en plein envol. Dans les couplets, mêlant mysticisme et ironie, il évoque une rupture, la blessure qui se referme et le refus de n’être qu’une prise de plus au tableau de chasse de l’autre.
SUNBATHER – Midnight Euphoria Calls
Duo formé entre Limoges et Bordeaux, SUNBATHER pratique un hardcore électronique décalé. « Midnight Euphoria Calls » est le deuxième extrait de son premier album, Last Greetings from a Lovely World, attendu le 10 octobre. Le morceau démarre sans préambule, porté par un kick massif et une note de synthé répétée à vive allure. Un chant hurlé, étouffé par les effets, vient s’y greffer et se cale sur le motif des machines, comme un dysfonctionnement maîtrisé. Une brève accalmie suspend le tout avant que la cadence ne reprenne, fiévreuse, irrésistible. Il ne reste finalement que le motif initial, seul, dénudé.
TïaSsaïa, RoseIndigo — Void
Graphiste, tatoueuse et plasticienne, TïaSsaïa apporte à la musique l’univers sombre et onirique qui traverse toute sa création. « Void » est extrait de son premier EP, Under & Above, sorti le 1er septembre sous l’égide du collectif bordelais Pyaar, aux côtés de RoseIndigo. Le morceau émerge d’une nuit peuplée de stridulations, bientôt rejointe par un piano et une voix à la personnalité marquée, puis par une batterie alanguie et une basse discrète. Sur ce tempo hypnotique, un flow sinueux épouse les méandres du titre pour dénoncer l’aliénation d’une société qui uniformise, isole et pousse à s’oublier, tout en appelant à retrouver son âme. Une brusque accélération techno vient déchirer cette torpeur, et la voix s’élève, comme libérée du vide.
Pretty Inside – Ever Gonna Heal (live session)
Mené par Alexis Deux-Seize, le groupe bordelais Pretty Inside, remarqué en 2021 avec Grow Up!, écrit depuis des pop songs douces-amères au garage rock nerveux. Filmée au Café Pompier le 30 avril 2026, cette session en quatre titres dépouille son troisième album, Ever Gonna Heal, de sa fureur électrique. Les instruments se jouent en confidence, sans jamais empiéter les uns sur les autres, comme des musiciens qui se parlent à voix basse. Au centre de ce cercle, la voix et les mots se retrouvent à nu, et la fêlure devient presque tangible.
