Artiste, autrice-compositrice et danseuse, Zélie s’est confiée à Le Type sur son parcours allant de la danse à la musique, de la place du corps dans l’expression des émotions et de son écriture à la fois percutante et intimiste. Elle sera sur la scène de la Rock School Barbey le 19 novembre 2026.
Crédit photo : Loana Duron
Le Type : Tu as commencé par la danse avant de te tourner vers la musique. À quel moment tu as compris que la musique allait finalement devenir ton moyen d’expression principal ?
Zélie : C’est venu assez doucement. Quand je faisais de la danse de manière intensive, vers mes 16-17 ans, on arrivait à un moment de la formation où il fallait commencer à chorégraphier, à trouver son identité dans la danse. Et moi, c’était un exercice que je ne comprenais pas vraiment. Mes professeurs me reprochaient souvent de ne pas avoir ma propre identité dans ma danse, de ne pas lâcher prise et de ne pas utiliser la danse comme un moyen d’expression, mais plutôt comme un moyen de performance.
Et c’est vrai que j’aimais vraiment danser pour cet aspect-là : comme un sport, comme un moyen de me défouler et de performer, mais pas forcément comme un moyen de m’exprimer ou de m’émouvoir. A cette période-là, je vivais donc assez mal la danse et je ne comprenais pas vraiment ce qu’on attendait de moi.
Ça m’a permis de découvrir une nouvelle manière de m’exprimer et, surtout, de trouver une façon d’être vraiment moi.
Zélie
Naturellement, en rentrant chez moi, j’avais de moins en moins envie de danser. Je me suis alors davantage tournée vers mon piano, puis vers l’ordinateur de mes parents, où j’ai découvert des logiciels pour créer de la musique comme GarageBand. J’ai commencé à gratter quelques chansons, assez naturellement. Je me suis rendu compte que les mots me semblaient finalement beaucoup plus logiques pour m’exprimer que la danse.
Cette année-là, j’ai aussi découvert Videoclub et Angèle, qui sont devenu·es des modèles pour moi dans l’écriture de chansons. Ça m’a permis de découvrir une nouvelle manière de m’exprimer et, surtout, de trouver une façon d’être vraiment moi.
Quelles sont les artistes, les univers ou les influences qui t’ont accompagnée dans ton parcours et qui ont participé à construire l’artiste que tu es aujourd’hui ?
Videoclub, notamment, m’a beaucoup influencée en termes de production et de sonorités. Il y avait des sonorités un peu vintage qu’on pouvait retrouver dans les logiciels, même dans les versions gratuites. J’adorais essayer de reproduire leurs prods, sans évidemment arriver à faire aussi bien qu’eux.
Dans la musique francophone, j’ai aussi beaucoup écouté Angèle et Stromae, et j’adorais Vendredi sur Mer. C’était des choses assez nostalgiques, avec beaucoup de texte. Mais depuis longtemps, j’écoutais aussi énormément de Coldplay et de London Grammar. En fait, j’écoutais beaucoup de choses tristes, donc au début je faisais moi-même des morceaux très nostalgiques.
Dans LE CŒUR ET SA DICTATURE., tu abordes des sujets assez personnels : les relations amoureuses, la famille, le rapport à soi, au corps… Est-ce que parler de choses aussi intimes a été une forme de libération ou plutôt une difficulté ?
Je dirais que ça a vraiment été une forme de libération. Je ne me suis pas trop posé de questions. Le fait que ce soit encore plus intime que le premier album reflète aussi mon évolution personnelle, même en dehors de la musique. En grandissant, je pense que je creuse davantage les sujets et que je vais plus loin dans ce que je ressens.
Entre-temps, j’ai commencé à voir une psy, et je pense que ça a quand même pas mal joué sur l’album. Avec elle, je suis allée dans des sujets qui me touchaient et sur lesquels je n’avais pas forcément encore mis le doigt. Ça m’a permis d’être plus honnête avec moi-même au cours de la dernière année, et ça a donné un album encore plus direct.
Globalement, ces chansons n’ont pas été compliquées à écrire. Il y en a quand même deux qui ont pris plus de temps : « CE CORPS » et « OUI MAIS ? ». C’était lié au temps de process, aux sujets abordés et à la manière dont j’avais envie d’en parler.
« CE CORPS. » est probablement l’un des morceaux les plus intimes de l’album. Qu’est-ce que tu avais besoin de dire à travers cette chanson que tu n’avais peut-être jamais réussi à formuler avant ?
Je voulais aller à fond dans le premier degré, parce que c’était important. Si je peux me permettre de toucher des gens en écrivant sur ce sujet, je voulais le faire à fond. On savait que ce n’était pas du tout un sujet drôle, donc je me suis beaucoup questionnée sur la manière de l’aborder. C’est aussi pour ça que « CE CORPS » et « OUI MAIS ? » ont été plus longues à écrire. Jusqu’ici, j’avais un processus d’écriture où je ne revenais jamais sur mes textes. Je les écrivais généralement en une session, sur un après-midi, quand tout me venait naturellement. Si je revenais dessus, même trois jours après, je n’étais plus la même personne, je n’étais plus dans le même état ni dans le même flow.
Pour « CE CORPS. », par exemple, le premier couplet a été écrit il y a deux ans, alors que le deuxième a été écrit un an plus tard. À un moment, je me suis dit que j’allais me repencher dessus parce que la chanson n’était pas du tout assez longue, c’était simplement une ébauche. C’était intéressant de l’écrire en deux fois, avec un an de différence, parce que j’avais acquis un recul qui était nécessaire pour continuer la chanson.
L’objectif au fond, c’était que cette chanson devienne plus collective que personnelle.
Zélie
En termes d’écriture, je voulais vraiment quelque chose de très lisible, dans lequel tout le monde puisse se reconnaître, avec différents angles. Je voulais pouvoir aborder aussi bien l’agression que le rapport aux réseaux sociaux ou au poids. J’avais envie d’avoir, entre guillemets, une chanson assez complète sur le sujet, qui puisse tout aborder, tout en étant bien écrite, avec de belles rimes.
Je voulais vraiment prendre le temps de dire les choses de manière pertinente et intelligemment amenée. Mon projet est engagé et il y a des gens dans mon public pour qui les mots sont importants. Je ne veux pas venir les trigger avec des choses maladroites ou débiles, parce que lorsqu’on écrit de manière très personnelle, on ne se rend pas forcément compte de la façon dont ça peut être reçu. L’objectif au fond, c’était que cette chanson devienne plus collective que personnelle.
Ton deuxième album est beaucoup plus sombre, parfois même dérangeant, aussi bien dans les thèmes abordés que dans son esthétique visuelle. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’aller vers cet univers, et est-ce que c’était aussi une manière de t’affranchir des codes qu’on pourrait associer à une artiste pop ?
À la base, il y avait un peu de ça. Le parcours que j’avais jusqu’ici m’a un peu frustrée, même si j’ai énormément aimé travailler sur mon premier projet avec une équipe et un label, c’était vraiment top. Mais à la fin, j’avais certaines frustrations, pas forcément musicales, mais davantage en termes d’image et de ce que j’avais envie de dégager.
Et puis, en entrant dans ma vingtaine, j’ai commencé à déconstruire certaines choses. Je me suis aussi davantage engagée politiquement dans ma vie personnelle. J’avais envie que ça se ressente, d’être quelqu’un qui dise davantage les choses et qui n’ait pas forcément besoin de lisser son image ou de plaire à tout le monde.
Je commençais aussi à avoir peur pour la suite, parce que je voyais que je prenais de la visibilité et qu’il y avait des chances pour que ça évolue bien. Mais je n’avais pas forcément envie que ça marche à un moment où je ne serais pas totalement fière de ce que je montre.

Donc, en sortant ce deuxième album, je me suis dit que j’allais essayer de faire exactement ce que je voulais. J’avais envie de proposer des choses un peu dérangeantes, parce que c’est ma came, même en danse. Quand je compose des chansons, ça m’arrive de danser, et les mouvements que je fais ne sont jamais vraiment très beaux.
Ça venait aussi des sonorités de l’album, qui ont été travaillées avec un producteur qui s’appelle Caméléon. Il a des sonorités très robotiques, très sombres, avec plein de petits détails qui me parlaient énormément. Une fois qu’on avait posé les mots sur tout ça, on s’est dit que ce serait intéressant de créer une esthétique qui montre un peu la bizarrerie humaine, tout en gardant le côté pop. J’ai vite compris qu’on allait aller vers quelque chose de dérangeant. On voulait aussi ajouter quelque chose d’un peu ovniesque, avec une touche de films d’horreur – parce que j’adore les films d’horreur. Et finalement, c’est ce qui nous semblait le plus évident.
La musique aide à comprendre qui on est, parce qu’on écrit tellement, tous les jours, toutes les semaines… À force d’écrire, on a l’impression de mieux connaître notre tête.
Zélie
La danse est aussi très présente dans tes clips. Est-ce que le mouvement permet de raconter encore plus que ce que les paroles ou la musique racontent déjà ?
C’est marrant parce que maintenant que je suis plus âgée et que je ne fais plus de formation en danse, je comprends mieux ce qu’on me disait à l’époque. Quand je me revois à 16-17 ans, je comprends pourquoi mes professeurs me disaient que je n’avais pas encore trouvé mon identité.
À l’époque, ce que je préférais, c’était la danse classique, mais je ne pouvais pas en faire parce que je n’avais pas le physique donc on m’a mise en contemporain. J’étais encore très bloquée sur des choses esthétiquement belles : je voulais faire du beau, je voulais que ce soit carré. Je comprends aujourd’hui que ça m’empêchait aussi de trouver ma propre manière de m’exprimer. Et aujourd’hui, je pense que la musique m’a aussi permis de prendre confiance en moi. La musique aide à comprendre qui on est, parce qu’on écrit tellement, tous les jours, toutes les semaines… À force d’écrire, on a l’impression de mieux connaître notre tête.
Du coup, la danse est devenue beaucoup plus naturelle et beaucoup moins sous pression. J’ai même parfois trouvé des mouvements en me disant que j’aurais aimé pouvoir revenir en arrière et les montrer à mes professeurs : « Regardez, c’est ça mon identité. » La danse vient apporter quelque chose que les paroles ne disent pas. Il n’y a pas forcément de mots pour ça.
Les émotions du corps viennent compléter le propos et parler pour nous.
Zélie
Je pense notamment à ma chanson « JE T’AIME! », qui est très pop et dansante, mais qui est aussi un peu déchirante puisqu’elle parle de rupture amicale. Elle a également quelque chose d’un peu dérangeant, presque vicieux, qui n’est pas forcément dit dans les paroles. C’est aussi une manière pour moi de me souvenir.
Il y a un côté un peu monstrueux, et c’est là que la danse devient nécessaire pour moi, notamment sur scène. Je lâche le micro et je me laisse tomber par terre, comme si mon corps était un peu possédé. Ce sont réellement des moments où je suis en transe, avec une expression très forte de moi et de ce que j’ai ressenti avec cette rupture amicale. C’est à ce moment-là que je me dis que la danse est au-dessus des mots : les émotions du corps viennent compléter le propos et parler pour nous.
Tu seras notamment sur la scène de la Rock School Barbey à Bordeaux en novembre. Est-ce que tu avais déjà eu l’occasion de jouer à Bordeaux ?
J’ai déjà joué à la Rock School, mais dans la petite salle ! C’est assez marrant parce qu’à la base, je devais jouer dans la grande salle, mais ce n’était pas assez rempli. Comme on avait environ 250 personnes, on m’a finalement basculée dans le Club, qui correspondait davantage à cette jauge.
Sur le papier, j’étais un peu déstabilisée, mais finalement, j’en ai gardé un excellent souvenir. Faire cette petite salle remplie à ras bord, ça donne aussi davantage l’impression d’avoir les gens proches de toi.
Tu as récemment participé à la Star Academy en tant qu’artiste. Est-ce que c’est particulier de se retrouver dans une émission que tu as peut-être connue auparavant comme spectatrice, cette fois de l’autre côté ?
Je pense que ce qui est bien, c’est que je n’ai jamais regardé la Star Academy. Je suivais les artistes qui en sortaient et j’avais vu l’impact que l’émission pouvait avoir. Comme je ne suis pas une fan, ça m’aurait peut-être mis une pression supplémentaire si ça avait été le cas.
J’y suis donc allée comme une artiste qui travaille et qui allait simplement vivre sa première grosse expérience télé. Et là-bas, les artistes sont vraiment hyper bien accueillis. Ce qui est particulier, c’est de faire une prestation qui va potentiellement changer ta vie. Sur le moment, ça dure deux minutes trente et il n’y a pas tant de public que ça.
Tu as presque l’impression de ne pas avoir fait quelque chose d’énorme. Et puis tu sors de scène et tu te dis : « Voilà, dans 30 minutes, ça va être diffusé et peut-être que ça va changer quelque chose dans ma carrière. »

Ce nouvel album marque une nouvelle étape dans ton parcours. Qu’est-ce que tu as envie d’explorer maintenant, musicalement et artistiquement, pour la suite ?
Il n’y a pas longtemps, je me suis rendu compte que je composais quand même pas mal. Et comme je compose alors que je suis en tournée, j’ai quelques frustrations en tant qu’artiste, notamment parce que les versions studio et les versions live sont très différentes.
Pour la suite, si c’est possible, j’aimerais donc faire un album plus live. Partir vraiment en répétition avec mes musiciens, leur laisser proposer des arrangements qui feraient que les morceaux s’éloignent un peu du côté studio parfait, où tout est très travaillé dans le détail. J’ai envie de voir ce que ça donnerait si on s’éclatait davantage à faire entrer le live dans les versions studio.
