Zed Yun Pavarotti : « Un miracle, c’est un coup de foudre »

Entretien avec Zed Yun Pavarotti, artiste et compositeur, à l’occasion de la sortie de son nouvel album Unmiracle, prévue le 6 novembre prochain. Il revient sur son parcours, la création de ce nouveau projet et la place essentielle du live dans sa musique. Zed Yun Pavarotti investira la scène de la Rock School Barbey le mercredi 14 octobre 2026.

Crédit photo : Milan Quadens

Le Type : Tu as commencé dans le rap avant d’évoluer vers une musique beaucoup plus pop, rock. Qu’est-ce qui a déclenché cette évolution ?

Zed Yun Pavarotti : C’est venu assez naturellement. Je n’écoutais plus vraiment de rap, donc forcément, ça réduisait grandement mon envie d’en faire. Je pense que c’est aussi un chemin assez logique dans l’apprentissage de la musique : au fil d’une carrière, tu te diriges vers davantage de composition, tu apprends ce qu’est réellement la musique. Le rap avait fini par devenir un peu limitant pour moi. J’adore écrire, mais je ne pouvais pas faire que ça.

La mélancolie et l’intime sont très présents dans ta musique. Qu’est-ce que tu cherches à transmettre à travers cet univers ?

C’est indispensable pour moi, je n’arrive pas vraiment à faire autrement. Je suis un immense fan de l’Angleterre et de sa culture, et il y a quelque chose dans cette mélancolie qui me parle énormément. C’est un drame en majeur. Je pense que c’est aussi indispensable pour les autres, d’ailleurs. Il n’y a rien qui marche mieux que « How to Save a Life ».

J’avais besoin de me dire certaines choses de manière frontale, mais aussi de les simplifier, pour qu’elles restent dans le temps et que je puisse me souvenir de ce que je vivais à ce moment-là.

Zed Yun Pavarotti
Crédit photo : Jason Destraits.

Ton univers visuel est assez singulier, notamment dans tes clips et à travers ton image. Quelles sont tes inspirations artistiques et visuelles ?

Ça change beaucoup selon les périodes. Une fois que tu as exploité un courant, c’est bien d’aller voir une autre planète. Je suis plutôt un mec froid dans mon image, et je suis un grand fan de l’esthétique coréenne et japonaise. Il y a aussi tout un imaginaire nineties, et évidemment l’Angleterre. C’est toujours l’Angleterre quelque part, même quand j’essaie de m’en éloigner un peu.

Il n’y a rien de plus fort que de voir des gens réellement incarner et présenter cette espèce de grand sport qu’est la musique.

Zed Yun Pavarotti

Ton nouvel album, Unmiracle, sort en novembre. Pourquoi ce titre et qu’est-ce que tu avais envie de raconter avec ce projet ?

C’est une espèce d’album-concept, extrêmement personnel. C’est assez rare dans ma carrière. J’avais une marche à gravir, quelque chose de beaucoup plus intime à régler avec moi-même. Je l’ai davantage fait pour moi que pour les autres. J’avais besoin de me dire certaines choses de manière frontale, mais aussi de les simplifier, pour qu’elles restent dans le temps et que je puisse me souvenir de ce que je vivais à ce moment-là.

Pour le titre, il y avait aussi une forme d’ironie. Je me suis demandé quel était le grand sens de tout ça : continuer à avoir envie de se lever, de respirer, de manger… Et, assez étrangement, je me suis dit : est-ce qu’un miracle, ce n’est pas déjà suffisant ? Est-ce que c’est mieux de vivre ou pas ? C’était la question que je me posais à ce moment-là. C’est un peu dark, forcément.

On a déjà pu découvrir « Sous ma veste », « La Nouvelle » et « Si Dieu Fume ». Qu’est-ce que ces trois singles révèlent de l’album ?

Il y a un quatrième single qui va arriver assez rapidement et qui viendra clôturer cette série. « Si Dieu Fume », c’est un gros rappel, un gros pont avec mon album précédent. L’objectif, c’est aussi d’amener doucement les gens à ce retour à un gros volume de textes, là où j’avais lâché ça depuis quelques années.

C’est aussi un morceau qui revient à des choses comme : la transcendance, l’absurde de la vie, cette espèce de tension entre le sublime et le grotesque, et finalement l’amour qui vient un peu lisser tout ça. Musicalement, il y a ce retour aux guitares saturées, avec une énergie très pop-rock et mélodique, mais avec des influences assez larges. Et puis le clip prolonge aussi cette idée d’accident, de hasard, avec cette question de savoir si c’est l’accident qui nous sauve ou s’il faut finalement nous sauver de l’accident. Ça laisse pas mal de place à l’interprétation.

« La Nouvelle », à l’inverse, est un bon moyen de conserver cet esprit archi-pop, très efficace. Et ça, c’est quelque chose qui m’importe énormément.

Est-ce que tu dirais que Unmiracle est dans la continuité de ce que tu fais ou qu’il marque un tournant ?

Il est dans la continuité des singles, à la rigueur. Il y a simplement un très gros volume de textes. Mais ce serait une erreur de parler de retour au rap : ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de texte que c’est forcément du rap. En revanche, l’axe est clairement plus textuel que mélodique. C’est assez différent de ce que j’allais chercher sur mon précédent album, où la mélodie avait une place plus importante.

Tu as beaucoup travaillé le live, avec des musiciens sur scène mais aussi plusieurs sessions sur YouTube. Quelle importance ça a pour toi de faire vivre ta musique de cette manière ?

C’est indispensable. Il faut que ce soit vivant, incarné. Je ne vois pas vraiment de meilleure manière de faire. Au fond, on fait juste de la musique, et c’est assez rare. Il n’y a rien de plus fort que de voir des gens réellement incarner et présenter cette espèce de grand sport qu’est la musique.

Pour moi, le live est indispensable. Je n’ai pas encore eu le temps de présenter cet aspect là avec cet album, mais même pour découvrir à quel point ton morceau peut être imparfait, le live est essentiel. Et c’est extrêmement frustrant parce que tu termines un album, tu fais ensuite des sessions live et tu te rends compte que tes sessions sont mille fois mieux que ton album. C’est la boucle infernale.

Sur des tournées plus conventionnelles, il y a moins de proximité, moins de souvenirs personnels. Alors que dans les clubs, il y a vraiment quelque chose.

Zed Yun Pavarotti

Tu vas notamment passer par la Rock School Barbey à Bordeaux pour une pré-tournée intimiste. Pourquoi avoir choisi de présenter le projet dans ce format ?

C’est d’abord pour se chauffer sur scène. C’est important de retrouver progressivement ce goût de la scène et d’être aligné avec ton public.

Sur des tournées plus conventionnelles, il y a moins de proximité, moins de souvenirs personnels. Alors que dans les clubs, il y a vraiment quelque chose. Sur la dernière tournée avec mes musiciens, on se souvient quasiment uniquement des clubs. Tu as l’impression que c’est une grande réunion de copains d’avant.

Tu as déjà joué à Bordeaux ? Si oui, quels souvenirs tu en gardes ?

J’ai déjà joué à la Rock School, sur la dernière tournée, dans les premières dates. J’avais vraiment kiffé, même l’histoire du lieu. Et je me souviens qu’on avait grave bien mangé aussi. Il y avait un chef, peut-être non-étoilé, mais dans mon cœur, en tout cas !