Du 24 au 29 mars 2026, Bordeaux accueille la première édition du festival Printemps décolonial. Une semaine de rencontres, projections, performances et débats consacrée à une question centrale : comment comprendre les héritages coloniaux pour mieux agir face au racisme aujourd’hui. Pour l’occasion, plusieurs lieux de la ville, comme les Halles des Douves, Bien Public ou encore le Pas de Lune, accueilleront l’événement.
La création du Printemps Décolonial de Bordeaux intervient dans un climat national marqué par des tensions autour des questions de racisme, d’identité et de mémoire. Dans une période électorale marquée par des scrutins importants (élections municipales de 2026 et présidentielle de 2027), ces questions sont souvent abordées de manière controversée dans l’arène publique. Malheureusement, les échanges sont souvent entachés de simplifications, d’incompréhensions et d’un manque de compréhension, rendant difficiles les conversations sur des thèmes comme le racisme ou l’héritage colonial.
C’est dans ce contexte que le Printemps Décolonial de Bordeaux propose un temps de réflexion collective dans le but de comprendre les mécanismes historiques et sociaux de la colonialité. Une façon de mieux lutter contre les discriminations au niveau local.

Bordeaux, une ville marquée par un passé esclavagiste et colonial
Bordeaux occupe une place particulière dans l’histoire coloniale française, avec son rôle de port de la traite négrière et du commerce transatlantique. C’est pour interroger ce passif que l’initiative du Printemps Décolonial est lancée par l’association Guide du Bordeaux colonial, le laboratoire Les Afriques dans le Monde et l’Institut des Afriques, en collaboration avec un vaste réseau d’artistes et d’organisations culturelles et communautaires locales.
Ce mouvement du Printemps Décolonial émerge ainsi pour répondre à un besoin urgent : raconter des histoires et examiner le passé. Ensemble, toutes les structures engagées dans le projet croisent leurs approches entre recherche, création artistique et engagement citoyen.
Des récits pluriels pour « comprendre la colonialité et mieux agir »
Le festival du Printemps Décolonial se distingue non seulement par la diversité des histoires qu’il met en évidence, mais aussi par la richesse de sa programmation. Films, spectacles, conférences et discussions s’enchaînent, explorant les terres et les expériences marquées par la colonialité française ou européenne.
Alors que les discussions publiques sur le racisme et le colonialisme sont souvent empreintes de tension, mépris et déni, ces rencontres ouvrent la porte au dialogue, mais surtout à l’écoute. Les évènements antiracistes et la commémoration de l’esclavage, les récits africains et les réalités contemporaines de Kanaky ou de Palestine mettent en évidence des points de vue souvent absents de l’opinion publique. Ces différentes perspectives soulignent que l’histoire coloniale ne se limite pas à un seul territoire ou à une seule communauté, mais qu’elle a plutôt façonné des trajectoires multiples.
Repenser la ville à travers des événements marquants et décoloniaux
La semaine s’ouvrira le 24 mars aux Halles des Douves avec la performance Fragments d’humanités, une proposition artistique qui pose les bases du festival : mémoire, récits oubliés et humanité partagée. Le mercredi 25 mars sera consacrée à des projections et discussions autour de la colonialité en Palestine. Y sera abordé les continuités entre héritages coloniaux et réalités politiques actuelles, notamment lors d’un échange avec Salah Hamouri autour de la question palestinienne.
Bien Public accueillera pour sa part le 26 mars un format entre poésie, théâtre et musique autour de la mémoire coloniale, avec la lecture musicale Ambatomanga, le silence et la douleur et la pièce Lieu de mémoire, consacrée à l’histoire de la traite négrière à Bordeaux. Pour questionner les symboles coloniaux dans l’espace public, des discussions autour des Guides des villes coloniales et un débat intitulé « Déboulonnons Bugeaud ! » sera proposé pour interroger la présence de figures coloniales dans les rues, monuments et récits historiques.
Le samedi 28 mars, des perspectives croisées entre Afrique, Kanaky et migrations seront explorées à travers une conférence performée sur Miriam Makeba en Guinée, ainsi qu’un atelier de contre-cartographie et chorale ; Le cri du peuple. Le festival s’achèvera le 29 mars par plusieurs déambulations décoloniales dans la ville de Bordeaux. Ces parcours guidés offrent une lecture renouvelée sur l’histoire de la ville en mettant en évidence les indices de son passé esclavagiste et colonial, tels que l’architecture, les plaques de rues ou le rôle des femmes, en l’occurrence afro-descendantes, elles aussi ignorées.
