À Bordeaux, une Académie de l’artivisme pour « passer à l’action »

Entretien avec Julie de l’association Le Bruit Qui Court, qui lance une Académie de l’artivisme à Bordeaux. Organisée en janvier et en mars, cette formation incite à « passer à l’action », par la force du collectif et de la joie.

Crédits photos : Clara Lamoure, Rémy El Sibaïe

Co-fondé par sept ami·es activistes ayant une fibre créative, Le Bruit Qui Court est un collectif qui entend « remettre l’art et la joie au cœur de l’engagement ». Au sein de l’association, Jules, Mag et Julie travaillent plus particulièrement sur l’« Académie de l’artivisme » : un projet utilisant la force du médium artistique pour mobiliser dans les luttes sociales et écologiques contemporaines.

C’est à Bordeaux que se déploiera la première édition de cette Académie, entre le 23 janvier 2026 et le 27 mars 2026, dans divers lieux. Pour en savoir plus sur l’initiative, on a rencontré Julie, originaire de Dordogne et installée dans la ville depuis septembre dernier. « Activiste à temps plein pendant 4 ans », elle s’est engagée sur des questions d’écologie, de justice sociale et de féminisme et a co-fondé Le Bruit Qui Court. Elle revient ici sur la genèse du collectif et sur les raisons qui ont conduit l’association à lancer cette Académie de l’artivisme, en dehors de Paris.

Le Type : Vous lancez à partir du 24 janvier avec Le Bruit Qui Court l’Académie de l’artivisme à Bordeaux. En quoi consiste ce programme ?

Julie Pasquet (Le Bruit Qui Court) : C’est un programme qui se fait sur trois mois, jusqu’à mars. Il commence le samedi 24 janvier, toute la journée. Puis, une deuxième journée aura lieu le samedi 7 mars. Il y aura ensuite quatre soirées qui seront éparpillées entre le mois de février et de mars, en format afterwork.

Le programme se base sur l’histoire de l’activisme et sur tous ces gens qui ont utilisé des méthodes créatives pour faire passer des messages politiques. Ensuite, il y a une présentation du Bruit Qui Court détaillant notre stratégie, avec ce qu’on a théorisé, et surtout nos projets avec des actions concrètes pour inspirer les gens. Il y aura une troisième partie sur la réflexion autour des sujets à potentiellement traiter à Bordeaux ou dans la région.

On aura des ateliers thématiques et plusieurs soirées. Il y aura la projection d’un documentaire qu’on a fait avec Le Bruit Qui Court, un atelier de création d’affiches en papier découpé et une soirée de clôture pour célébrer la formation. On amène des choses qui sont assez différentes. Les gens ne vont pas venir simplement s’asseoir nous écouter.

Crédit photo : Rémy El Sibaïe

Quelle est l’idée derrière la démarche d’artivisme du Bruit Qui Court à Bordeaux ?

Notre envie, c’est de dire : comment est-ce que, déjà, on sort de Paris. On est en effet une asso qui est assez parisienne. On s’est demandé comment permettre à l’artivisme d’être plus connu, et faire en sorte que les gens utilisent cette méthode d’action pour faire passer leurs idées. Et l’un des meilleurs moyens, c’est de rassembler des gens, de les former pour qu’ils et elles créent du lien, pour ensuite faire des actions ensemble.

On n’a pas envie que les gens repartent chez eux à la fin, en disant simplement « bon, c’était cool ». Non, on a envie qu’à la fin, ces gens-là fassent des choses ensemble. Donc, en plus de les former à l’artivisme, on a aussi envie qu’ils et elles deviennent « ami·es ». De créer un vrai collectif, qui a envie de faire des choses sur Bordeaux.

Comment former une promotion d’activistes avec, potentiellement, des convictions différentes ?

Je suis assez convaincue que pour s’engager il faut partir de sujets qui nous parlent et nous touchent. En faisant plein de formations, je me rends compte qu’en général dans des groupes il y a toujours des personnes qui se rejoignent sur des sujets précis.

Par exemple sur les questions de féminisme, on peut créer des groupes de travail. Puis on met en place des temps de discussions et de réflexions sur ce type de thématique plus précise. Et on alterne entre ces moments réunissant des groupes de valeurs avec d’autres plus collectifs et abordant des thèmes plus généraux.

La joie est un des piliers du Bruit Qui Court

Julie Pasquet (Le Bruit Qui Court)

Qu’entendez-vous par « militer dans la joie » ? Est-ce un moyen d’alléger la gravité de ce pourquoi vous militez ? 

Pour moi, c’est un des piliers du Bruit Qui Court, la joie. C’est un truc sur lequel on insiste beaucoup. Parce que si je parle de militantisme – ou si en général je parle aux gens d’activisme – personne ne me dit « joie ». Les gens disent : « violence, peur, angoisse » ; ça ne donne pas envie.

Et nous, dans notre imaginaire, on aimerait qu’être artiviste devienne quelque chose de stylé. Que ça devienne joyeux, même kiffant, voire drôle. Tous les projets qu’on mène ont vocation à amener de la joie aux participant·es. Ça ne veut pas dire que les sujets qu’on traite sont forcément joyeux. Cependant, dans la manière dont nous travaillons avec nos bénévoles ou dont nous organisons cette académie, la joie est partout.

Au vu de la gravité des sujets abordés, il faut voir ce projet comme un marathon plutôt qu’un sprint. Et si on veut tenir sur un marathon, il faut de la joie et du kiff. Sinon, personne ne continue à s’engager. C’est assez fondamental.

Le but reste-t-il d’actionner ou de sensibiliser ?

On sait que les gens qui vont nous rejoindre sont quand même plutôt sensibles à certaines questions. On n’a pas besoin que les gens soient expert·es. En revanche, en effet, nous, on a plus besoin de l’activer. On ne cherche pas des gens qui sont spécialistes des sujets du tout. Mais en effet, les gens qu’on touche sont globalement déjà sensibilisés.  Nous, on fait le passage à l’action : on les fait agir pour ces sujets.

Qui peut rejoindre le mouvement et qui peut rejoindre l’Académie ?

L’Académie est ouverte à tout le monde. Si un sujet vous parle, vous êtes les bienvenu·es. Il reste des places dans le parcours. Rejoindre le collectif Le Bruit Qui Court est une option, qui peut ou non découler de la participation à l’Académie. Au passage, cette Académie de l’artivisme à Bordeaux est la toute première organisée par notre organisation.

Avez-vous des allié·es ou des partenaires à Bordeaux avec lesquel·les vous allez travailler ?

Pour l’instant, pas énormément parce qu’on débarque un peu à Bordeaux. L’un des gros sujets pour nous est de trouver des lieux pour organiser ces formations, sachant que les prix d’inscription varient. La formation en tant que telle est gratuite. On demande juste un petit montant aux gens qui s’inscrivent pour pouvoir acheter le matériel créatif, notamment pour l’atelier d’affiche ou les goûters.

Comment envisagez-vous l’avenir de l’Académie de l’artivisme ?

Pour l’Académie, on est trop excité·es, on a trop hâte de voir ce que ça va donner à Bordeaux. J’aimerais à terme qu’elle puisse se diffuser ailleurs en France. À Bordeaux, j’aimerais idéalement deux académies par an, avec deux promotions formées. J’aimerais beaucoup que les gens, quand ils ou elles pensent au militantisme, puissent penser à l’artivisme et avoir un autre regard dessus.

Au-delà, pour Le Bruit Qui Court, on a plein de projets en cours parce qu’il y a les élections municipales qui arrivent. Là on organise une Académie de l’artivisme en Sicile parce que le projet devient aussi européen. On va monter aussi des projets dans d’autres pays européens avec des associations ailleurs ; on a plein de projets chouettes pour l’année sur la partie formation.