Sélection de cinq morceaux par le collectif bordelais Superlative à l’occasion de la soirée qu’il organise aux Vivres de l’Art le 10 avril prochain. Entre house, disco, funk et influences club, une plongée dans l’univers de ses membres.
Margarida – Fatnotronic
« Je commence avec Margarida de Fatnotronic, un morceau qui représente parfaitement l’énergie que j’aime défendre en DJ set et dans les soirées de La Superlative : une house solaire, groovy, profondément inspirée du disco. Ce morceau est un peu une porte d’entrée dans la soirée. Il a cette capacité rare à installer immédiatement une ambiance chaleureuse : une ligne de basse ronde, des percussions très organiques et un groove qui donne envie de sourire autant que de danser. C’est exactement le type de track que j’aime jouer en début de set, quand le public arrive et que l’espace commence doucement à se transformer en dancefloor.
Fatnotronic est un producteur brésilien qui s’est fait connaître pour sa manière très personnelle de mélanger boogie, disco brésilien et house contemporaine. Margarida est d’ailleurs construit autour d’une esthétique très inspirée de la musique brésilienne des années 70 et 80, période où la funk et la disco locales explosaient dans les clubs de Rio et São Paulo. Dans plusieurs interviews, Fatnotronic explique qu’il compose souvent en partant d’anciens grooves de basse et de rythmiques funk brésiliennes, qu’il réinterprète ensuite avec des machines modernes et des textures house. Cette approche donne à ses morceaux un côté à la fois rétro et très actuel.
Margarida est typiquement ce genre de track hybride : on sent l’héritage disco dans le groove, mais l’efficacité est totalement pensée pour le dancefloor actuel. Pour moi, c’est un morceau parfait pour lancer une soirée : il met les corps en mouvement sans brusquer, il ouvre l’espace et donne immédiatement le ton. »
John Paul Jones – Bad Child
« Ce morceau est lié à un souvenir très précis. Je l’ai découvert lors de ma deuxième participation au Dekmantel Festival en 2018. C’était le premier jour du festival, dans la Greenhouse, une scène sous verrière assez magique, au moment du coucher de soleil. À ce moment-là, John Talabot passe ce morceau et là… énorme claque. Le track s’appelle « Bad Child » de John Paul Jones. Beaucoup connaissent cet artiste comme le bassiste légendaire de Led Zeppelin, mais on oublie souvent qu’il a aussi mené une carrière solo très riche, avec des productions beaucoup plus expérimentales. Il s’est toujours intéressé à la composition, aux arrangements et aux textures électroniques, notamment après la période Led Zeppelin.
« Bad Child » » » fait partie de ces morceaux un peu à part : un groove étrange, presque tribal, une basse très organique et une atmosphère assez hypnotique. À l’époque où je l’ai entendu au festival, le morceau était quasiment introuvable. C’était le genre de track que seuls quelques DJs diggers avaient dans leurs bacs, souvent sur des pressages obscurs. Ce qui m’a marqué, c’est justement son caractère totalement inclassable. Il ne ressemble à aucun autre morceau. Et c’est aussi pour ça que je ne l’ai quasiment jamais joué en DJ set : il est très difficile à intégrer dans une narration musicale classique. Il ne suit pas les structures house ou techno habituelles.
Mais c’est précisément là que je reconnais le talent d’un DJ comme John Talabot. Dans ce contexte très particulier – la lumière du soir, la verrière, le moment suspendu du début de festival – il a réussi à faire fonctionner ce morceau de manière absolument parfaite. C’est un de ces moments de festival qui restent gravés, où le lieu, le timing et la musique s’alignent parfaitement. »
Beard In Dust – Romeo ‘N’ Juliet
« Ce morceau, « Romeo ‘n’ Juliet » de Beard In Dust , est une pépite que j’affectionne particulièrement. Pour moi, il a un peu tout : un groove incroyable, une énergie très singulière et ce côté mystérieux qu’on adore quand on creuse des disques. Je l’ai découvert grâce à mon ami Antoine. Un soir chez lui, on fouillait dans des vinyles et il a sorti une compilation assez obscure. On a posé le disque un peu par curiosité… et dès les premières secondes on s’est regardés : ce rythme est complètement irrésistible.
Le morceau est sorti en 2013, mais il s’inscrit clairement dans cette grande tradition des edits disco. À cette époque, beaucoup de producteurs et de DJs se sont mis à revisiter des grooves disco ou funk anciens pour les adapter au dancefloor moderne : structures plus longues, sections rythmiques mises en avant, et des arrangements pensés pour les DJs. « Romeo ‘n’ Juliet » fait partie de ces projets un peu mystérieux qui circulaient beaucoup dans les bacs des diggers et des DJs. Beard In Dust a rapidement acquis une petite réputation dans les cercles disco et house underground grâce à son groove ultra efficace et sa construction très simple mais redoutable.
Ce que j’aime particulièrement dans ce morceau, c’est qu’il fonctionne presque uniquement sur l’énergie de son rythme. Il n’a pas besoin d’en faire trop : la basse, les percussions et la boucle principale suffisent à créer une tension très addictive. C’est typiquement le genre de track qui rappelle pourquoi on aime tant les vinyles et le digging : un morceau qu’on découvre par hasard chez un ami, et qui reste ensuite longtemps dans la tête. »
Bad Boys Blue – You’re a Woman
« Un peu pour la blague ; « You’re a Woman » de Bad Boys Blue, un morceau que j’ai choisi pour une raison assez personnelle. Je fais de l’harmonica depuis longtemps et mon père m’a toujours dit, un peu en plaisantant mais pas totalement : “Tu devrais en jouer pendant tes DJ sets !” Évidemment, je lui ai toujours répondu que c’était complètement impossible. Dans un set house ou disco, sortir un harmonica au milieu du dancefloor… ça paraît compliqué.
Le morceau rassemble tous les codes de cette époque : des synthés très mélodiques, une rythmique simple mais efficace, et surtout un hook d’harmonica extrêmement reconnaissable. C’est aussi un morceau très kitsch, dans le meilleur sens du terme. Il y a quelque chose d’un peu excessif et nostalgique dans cette production 80s, mais c’est justement ce qui fait son charme. Sur un dancefloor, ce genre de morceau peut créer un moment assez magique.
Du coup, à chaque fois que j’entends ce morceau, je repense à cette blague récurrente avec mon père. Lui est persuadé que je pourrais un jour sortir un harmonica au milieu d’un set… et moi je continue de lui dire que ça n’arrivera jamais. Même si, au fond, l’idée me fait toujours un peu sourire. »
Steve Monite – Only You (Frankie Francis Disco Jam Edit)
« Je termine avec « Only You » de Steve Monite, ici dans la version edit disco de Jam Frankie Francis. C’est un morceau qui me suit depuis longtemps et que je considère vraiment comme un classique intemporel. Je l’ai joué de nombreuses fois en DJ set et il fonctionne presque à chaque fois. Il y a quelque chose de très particulier dans ce morceau : une douceur, une mélodie extrêmement accrocheuse et ce groove boogie très chaud qui traverse immédiatement le dancefloor. C’est le genre de track qui rassemble tout le monde, les diggers comme les gens qui découvrent la musique.
À l’origine, « Only You » sort en 1984 au Nigeria. L’histoire derrière ce morceau est assez incroyable : Steve Monite enregistre l’album presque par hasard, avec l’idée d’écrire un tube qui pourrait marcher dans les clubs. L’album ne connaît pourtant qu’un succès très limité à l’époque, et disparaît pendant des années. C’est bien plus tard, dans les années 2010, que des DJs et collectionneurs redécouvrent le disque. Le label Soundway Records finit par le rééditer, et « Only You » devient progressivement un véritable hymne des DJ sets disco, boogie et house à travers le monde.
La version edit de Franckie Francis permet de garder toute la magie du morceau tout en l’adaptant encore mieux au dancefloor : les sections sont allongées, le groove respire davantage, et ça devient un outil parfait pour les DJs. Pour moi, c’est typiquement le genre de morceau indémodable : peu importe l’époque ou le public, il garde toujours cette capacité à créer un moment très spécial sur un dancefloor. »
