Entretien avec arøne, artiste et compositrice, qui revient sur son dernier projet Drama, son univers musical éclectique et sa manière d’assumer pleinement sa sensibilité. Sensible, engagée et sincère, elle transforme ses émotions en morceaux introspectifs et dansants. Elle investira la scène du Rocher de Palmer samedi 14 mars.
Le Type : Tu as sorti ton projet Drama en fin d’année dernière. Peux-tu revenir sur la conception de cet album et sur ce que tu avais envie d’exprimer à travers ce projet ?
arøne : Je dirais que c’était un projet un peu bazar, dans lequel je me suis vraiment amusée. J’avais envie de sortir de ma zone de confort et de tester de nouvelles choses. C’est le premier projet où je participe vraiment à la composition et où je touche davantage à tout. C’était un peu un projet d’expérimentation, plus éclectique.
Être sensible, c’est une force. Au contraire, on peut en faire quelque chose de beau, quelque chose qui fait du bien aux gens et à soi-même
arøne
Le message derrière Drama, c’était d’abord d’arrêter de s’excuser de ressentir des choses. Il y a aussi ce côté un peu sarcastique autour de l’expression « les femmes sont des drama queen », qu’on entend souvent dès qu’on exprime quelque chose un peu fort. Comme je ressens les choses très intensément, j’avais envie de faire passer ce message : être sensible, c’est une force. Au contraire, on peut en faire quelque chose de beau, quelque chose qui fait du bien aux gens et à soi-même. Dans le projet, j’avais aussi envie de parler de moi, de ce que je ressens et des épreuves par lesquelles je passe. Des choses assez personnelles, mais qui restent aussi assez universelles pour une jeune fille de 23 ans.

Tu mélanges plusieurs influences, entre pop, électro et rap, tout en gardant une identité assez reconnaissable. Comment as-tu construit cet univers au fil de tes projets ?
Depuis le début, j’aime beaucoup mélanger les genres musicaux, mais pour ce projet je pense l’avoir fait de manière beaucoup plus consciente. J’ai vraiment réfléchi à la manière dont on utilise les plateformes de streaming et les playlists aujourd’hui. On a accès à tellement de choses depuis qu’on est petits, beaucoup plus facilement que les générations d’avant.
Drama, c’est un peu une playlist, ma playlist : un peu de rock, un peu de rap, un peu de pop, du R&B…
arøne
Du coup, on peut aller piocher dans des albums, découvrir des artistes très différents et grandir avec plein de styles de musique à portée de main. Et ça, je trouve que c’est une vraie force de notre génération. Quand j’en ai pris conscience l’année dernière, je me suis dit qu’il fallait que je joue avec ça. Drama, c’est un peu une playlist, ma playlist : un peu de rock, un peu de rap, un peu de pop, du R&B…
Quelles sont les influences artistiques qui ont nourri ton univers musical ?
Ce qui est cool, c’est que ça change assez souvent, parce que je grandis en même temps que le projet et mes influences évoluent aussi. Mais pour Drama, je dirais plutôt des artistes comme Lady Gaga ou encore Mylène Farmer.
Quel regard portes-tu sur la scène musicale actuelle, notamment en tant qu’artiste féminine qui y évolue ?
Franchement, je suis hyper fière et hyper heureuse de voir qu’il y a de plus en plus de femmes qui prennent leur place en tant qu’artistes. Les réseaux sociaux, notamment, ont rendu la musique beaucoup plus accessible. Aujourd’hui, on peut faire un titre avec une simple application sur son téléphone et des écouteurs filaires : on peut s’enregistrer, créer quelque chose et le partager. Ça permet à plein de personnes de s’exprimer, de partager leur art et leur vision. Et je pense que ça fait du bien à beaucoup de gens, parce que c’est bien plus accessible qu’avant.
Concernant les femmes, avec des artistes comme Théodora, Marguerite, Miki ou Iliona, j’ai l’impression que ça inspire aussi davantage. Elles peuvent paraître plus accessibles, et du coup d’autres femmes se disent que c’est atteignable, que c’est possible pour elles aussi. Et donc elles prennent plus de place.
Quand on regarde les pourcentages d’hommes mis en avant dans les playlists ou dans les festivals, par rapport aux femmes, c’est assez choquant
arøne
Je trouve ça incroyable. Après, je pense qu’on n’y est pas encore du tout : il y a encore une énorme marge de progression par rapport aux hommes. Quand on regarde les pourcentages d’hommes mis en avant dans les playlists ou dans les festivals, par rapport aux femmes, c’est assez choquant. Mais je pense que ça ne peut que s’améliorer. Plus les femmes prendront de la place et s’assumeront, plus ça créera, je pense, un cercle vertueux.

On te voit aussi prendre part à certaines initiatives, comme la Tournée Municipale organisée par Grünt contre l’extrême droite, et tu t’exprimes aussi sur des sujets comme les violences sexistes et sexuelles. Quelle place occupe l’engagement dans ton parcours d’artiste ?
Sincèrement, pour moi, dès qu’on a une voix – et j’ai la chance d’avoir, à mon échelle, ma petite audience – je ne peux pas ne pas prendre la parole, surtout sur des sujets qui me concernent. Que ce soit les VSS ou la montée de l’extrême droite, j’ai des opinions assez tranchées, c’est donc naturel pour moi d’en parler.
Faire de la musique sans être engagé, c’est compliqué.
arøne
Même par rapport à ce qu’on disait tout à l’heure sur les femmes, je pense que plus on sera capable d’ouvrir la parole et de briser le silence autour de ces sujets, mieux ce sera. Pour moi, c’est hyper important dans ma musique. Comme j’ai grandi avec le rap, ça fait partie de mon éducation artistique : faire de la musique sans être engagé, c’est compliqué.
En 2024, tu avais déjà joué au Rocher de Palmer en première partie d’Houdi. Qu’est-ce que ça te fait de revenir sur cette scène samedi 14 mars, en tête d’affiche pour ton propre concert ?
Franchement, ça me rend vraiment très fière, parce que ça montre concrètement que j’évolue. Je ne connaissais pas du tout Bordeaux, et je pense que les gens ne me connaissaient pas vraiment non plus. Mais j’avais tellement aimé le public lors de la première partie d’Houdi. Alors pouvoir revenir à Bordeaux cette fois pour mon propre concert, j’en suis trop fière. Je pense aussi que faire la première partie d’Houdi m’a beaucoup apporté. Je vois le chemin qui se dessine et qui évolue dans le bon sens pour moi, donc c’est surtout de la fierté.
