Après l’annonce de la fermeture de l’IBOAT en février dernier, l’équipe de Le Type rend hommage à ce lieu ayant joué un rôle majeur pour la scène culturelle locale et dans l’histoire de notre média – l’IBOAT et Le Type sont tous les deux nés en 2011. Après une première analyse sur l’impact de l’arrêt de ses activités, nous donnons la parole aux publics qui ont foulé son dancefloor pour partager dix souvenirs et anecdotes sur la bateau bordelais.
« L’IBOAT, c’était plus qu’un club : un refuge, un point de ralliement » – Djpops
« Ayant grandi à Bordeaux, j’y ai laissé des heures de sommeil, de mes 16 ans à aujourd’hui. Ce bateau, je l’ai vu changer de visage, se refaire une beauté, évoluer au fil des années. Et ce pendant que, discrètement, il me voyait grandir aussi. J’y ai soufflé des bougies, rencontré des ami·es devenu·es indispensables à ma vie, attendu des regards, fui d’autres, et danser pendant des nuits entières.
C’est là que j’ai appris à écouter la musique – vraiment l’écouter – au milieu d’une cale noire où la mélodie prenait toute la place. Des artistes, des nuits trop courtes, des matins trop clairs, des peines de cœur et des histoires d’une nuit qui paraissent éternelles. J’y ai aussi vu travailler des visages familiers, croisé des sourires rassurants. L’IBOAT, c’était plus qu’un club : un refuge, un point de ralliement. Merci pour ces années de bonheur, de rires et de musique 💛. »

« Pour l’anniversaire de mes 10 ans, ma mère m’avait fait la surprise de fêter mon anniversaire à l’IBOAT. Pas juste un petit aller-retour : elle avait loué l’IBOAT » – Elikia
« En fait, genre, là j’ai 19 ans. Mais pour l’anniversaire de mes 10 ans, ma mère m’avait fait la surprise de fêter mon anniversaire à l’IBOAT. Pas juste un petit aller-retour : elle avait loué l’IBOAT ! Il y avait un DJ, littéralement pour mon anniversaire. Et quand tu as 10 ans et que, dans la cour de l’école, tu dis à tes potes qu’ils sont invité·es pour fêter un anniversaire dans un bateau avec un DJ… Bah c’est trop un flex – genre série américaine. C’était vraiment un anniversaire de zinzin, je m’en souviens, j’en revenais grave pas. Depuis, j’y suis retourné plusieurs fois et c’était trop bien à chaque fois ! Je suis grave triste :( mais merci maman lol. »

« C’est le premier lieu où je me suis sentie à l’aise de sortir seule » – Ilona
« J’ai passé de nombreuses soirées à l’IBOAT : pour son public accueillant et bienveillant ; pour différent·es DJs de rap, shatta, baile funk, techno, house ; pour des concerts… J’y suis allé avec et sans mes ami·es, avec qui on a toutes et tous un souvenir lié à cet endroit.
Pour eux, ça va être une chute dans l’escalier après avoir un peu trop commandé au bar, ou le premier bisou de mon couple de meilleur ami… Pour ma part, c’est le premier lieu où je me suis sentie à l’aise de sortir seule. J’étais en pleine rupture, je suis fan de musique, et l’IBOAT était l’endroit où je m’amusais le plus. J’ai passé les meilleures soirées de ma vie ! Merci à l’IBOAT ❤️. »

« J’ai validé mon master grâce à un stage effectué là-bas » – Laurrine
« Un cadre unique, un lieu haut en couleur et en diversité, l’IBOAT était une référence culturelle. J’ai validé mon master grâce à un stage effectué là-bas, je n’oublierais jamais les nombreux moments passés dans la cale à danser comme dans les bureaux. ❤️ »

« J’y ai découvert tellement d’artistes et collectifs » – Lucie
« Cela fait maintenant 10 ans que je suis arrivée a Bordeaux pour mes études. 10 ans que je connais l’IBOAT. J’y ai découvert tellement d’artistes et collectifs (Amour Social Club, Amplitudes, Helix, Ava Mind et tant d’autres <3). J’y ai aussi découvert des équipes exceptionnelles, ils et elles sont devenu·es des ami·es et collègues puisque j’ai eu la chance de pouvoir m’épanouir là-bas en tant que barmaid quelques temps. Je me souviendrai longtemps d’un dimanche après midi, sous 40 degrés, en open boat avec mes copines en train de danser sur le pont sup <3 Je me souviens des premiers de l’an, des anniversaires. L’IBOAT c’était bien plus qu’un club. »

« J’y ai plus tard emmené mon fils « en version diurne » et quel plaisir de lui faire découvrir l’existence d’un lieu synonyme d’expression de soi, de liberté, de décloisonnement » – Marie
« Trop de souvenirs pour n’en citer qu’un seul, mais plutôt la sensation d’avoir vécu une histoire. Je suis venue à l’IBOAT pour ressentir, vibrer, exister, me perdre, j’y suis tombée amoureuse, j’y ai pleuré de joie, de tristesse parfois, j’y ai fait tellement de rencontres et partagé tant de discussions. C’est surtout ce sentiment d’appartenance que j’en retiens : autour d’un moment, à l’écoute d’artistes inconnu·es, au sein d’une foule : je pense que c’est ça qui nous manquera. Appartenir à quelque chose de plus grand, plus fort qu’une individualité.
J’y ai plus tard emmené mon fils « en version diurne » et quel plaisir de lui faire découvrir l’existence d’un lieu synonyme d’expression de soi, de liberté, de décloisonnement. Au travers des musiques qui étaient jouées mais aussi de l’équipe qui lui expliquait ce qu’on trouvait ici (les yeux brillants et écarquillés du drôle en disaient long..!). Ce n’est pas un lieu qui part, c’est un univers tout entier, un lien invisible entre non pas une communauté qui peut sembler sectaire mais des êtres à la recherche de quelque chose qui nous échappait souvent, mais qu’on trouvait toujours au sein du bateau. So long my love. »

« Je me revois sur la terrasse du bateau. La Garonne en contrebas, imperturbable. Ce que je garde surtout en mémoire, c’est la lumière. Cette lumière d’après-midi un peu dorée qui traverse le métal et les corps encore marqués par la nuit précédente. On n’est plus dans la frénésie du club, mais dans quelque chose de suspendu, presque contemplatif » — Matthis aka Saint-Bernard
« Ode à l’IBOAT. Pachanga Boys, « Time » et le temps qui passe. Septembre 2014. Trois ans de l’IBOAT. Je ne le savais pas encore, mais ce souvenir allait devenir une capsule temporelle. C’était la rentrée universitaire. Cette période un peu étrange où tout semble possible, où l’on revient avec des résolutions floues, des envies nouvelles, une énergie encore fragile. La ville se remet en mouvement. Moi aussi. La veille, j’avais déjà tout donné à l’IBOAT. Motor City Drum Ensemble jouait dans la partie club du bateau, et la soirée était sold out. Salle moite, regards vitreux, cette sensation grisante de faire partie de quelque chose qui dépasse Bordeaux.
J’étais jeune, un peu arrogant, très fatigué. J’écrivais pour Le Type, Laurent était rédac’ chef, j’avais mes petites invitations. À l’époque, ça paraissait presque normal. Avec le recul, ça ne l’est pas du tout. Le dimanche arrive avec sa gueule de bois, légère mais bien réelle. L’IBOAT avait décidé de condenser une année entière de programmation sur une semaine pour célébrer ses trois ans. Concerts, workshops, club, débats. Une vraie déclaration d’amour à la culture. Pour clôturer, Pachanga Boys en live.
Je me revois sur la terrasse du bateau. Un verre à la main. Une cigarette. La Garonne en contrebas, imperturbable. Ce que je garde surtout en mémoire, c’est la lumière. Cette lumière d’après-midi un peu dorée qui traverse le métal et les corps encore marqués par la nuit précédente. On n’est plus dans la frénésie du club, mais dans quelque chose de suspendu, presque contemplatif. Puis le live commence. Une électronique organique. Une montée lente. Et là, « Time ». Quinze minutes. Une odyssée. Une progression qui avance comme une route droite au milieu de nulle part.
Ce morceau est long – c’est presque déraisonnable dans un monde où tout s’enchaîne vite. Justement, on n’a pas envie de le passer. On n’a pas envie d’appuyer sur suivant. On veut l’écouter de A à Z. Se laisser porter. Laisser le temps faire son travail. « Time goes by« . La phrase est simple. Presque évidente. Mais dans ces quinze minutes, le temps semble à la fois avancer et se suspendre. Il y a quelque chose de galvanisant dans cette montée lente, et en même temps d’apaisant. Comme si le morceau créait une parenthèse. Un espace où tout ralentit sans jamais s’arrêter.
Ce jour-là, sur le bateau, j’ai ressenti exactement cela. Une sensation de pause au milieu du mouvement. Une transition douce entre deux nuits, entre deux saisons, entre deux versions de moi-même. Je ne les ai pas rencontrés. Je ne leur ai pas parlé. Mais je les ai vus, dans ce contexte précis, et cela a suffi pour que quelque chose s’imprime durablement. « Time » est devenu un repère. Une balise intime. Je l’ai réécouté l’an dernier, en 2025, en Afrique du Sud. Nous revenions d’un festival, encore portés par l’énergie du week-end. La route était immense, les paysages spectaculaires, presque irréels. Les fenêtres ouvertes, la lumière qui tombait doucement. Le morceau a commencé, et je l’ai laissé dérouler entièrement. Impossible de l’interrompre. Quinze minutes qui étirent l’instant. Et sans prévenir, je me suis retrouvé à nouveau sur la terrasse de l’IBOAT en 2014. Douze ans plus tard, le lien était intact.
Depuis, c’est un morceau que j’écoute régulièrement. Il fait partie de mon présent autant que de mon passé. Comme si le temps qui passe ne faisait que lui donner plus de relief. C’est peut-être ça, la force d’un concert. Un moment précis qui continue de vivre longtemps après avoir eu lieu. Une performance qui dépasse son cadre pour devenir un point de bascule personnel. C’est ça, un lieu. Pas seulement un club. Un accélérateur. À l’époque, Bordeaux ne comptait pas mille endroits capables de faire venir cette crème européenne et parfois bien au-delà. L’IBOAT m’a exposé à des artistes que je ne connaissais pas. Il m’a donné envie de comprendre les structures des sets, les textures, les transitions. Il m’a probablement poussé, sans que je le réalise immédiatement, vers l’idée de devenir DJ.
Il y a eu des recalages aussi. Des soirées où je ne suis pas entré. Des frustrations. Des attentes trop longues. Des lendemains compliqués. Mais cela fait partie du récit. Cela fait partie de l’apprentissage. L’IBOAT correspond à mes années d’études. Mes années de découverte. Mes années de formation, musicale surtout, mais pas uniquement. C’est là que j’ai vu des artistes qui m’ont marqué. C’est là que j’ai compris que je voulais aller plus loin. C’est là qu’une trajectoire a commencé à prendre forme.
Aujourd’hui, savoir que l’IBOAT ferme donne une densité particulière à ces souvenirs. Un lieu comme l’IBOAT ne se résume pas à une programmation. C’est une matrice. Un espace où des trajectoires se croisent, où des vocations naissent sans bruit. Même aujourd’hui, en vivant à Hong Kong, je ne suis pas totalement détaché de ce qui se passe à Bordeaux. Parce que ce bateau fait partie de ma construction. Parce qu’il appartient à une période fondatrice de ma vie. Un chapitre se ferme. C’est inévitable. J’espère simplement qu’un autre lieu, sous une autre forme, avec une autre énergie, saura reprendre le relais. Bordeaux a besoin de ces espaces-là. Pas identiques. Mais vivants. Curieux. Audacieux. Septembre 2014 ne reviendra pas. Mais le temps continue d’avancer. Et « Time » continue de tourner en repeat.

« C’est là que j’ai vécu mes premiers concerts solo ! » – Valentine
« La fermeture de l’IBOAT me rend nostalgique parce que c’est là que j’ai vécu mes premiers concerts solo ! Le fait que la salle soit petite, conviviale… Il y avait une vraie proximité, autant avec les artistes, le public ou l’équipe du lieu. Chaque concert que j’ai pu faire (Tuerie, Arma Jackson, Edge….) devenait une expérience à part entière. Le souvenir qui m’a le plus marqué c’est quand Mehdi Maïzi est venu pour le Mousecast. L’échange était VIVANT et PASSIONNANT !!! Merci pour tout l’IBOAT ⚓️❤️🩹. »

« Je me souviens encore de la soirée d’ouverture avec le concert de Baxter Dury dans la cale et des coupures de courant ! » – William (membre Le Type)
« J’ai découvert l’IBOAT en 2011, tout juste après la fermeture du 4 Sans (qui était alors mon premier club techno / musiques électroniques). Je me souviens encore de la soirée d’ouverture avec le concert de Baxter Dury dans la cale et des coupures de courant ! À l’époque, j’habitais tout près des Vivres de l’Art, cela faisait vraiment partie des lieux que je fréquentais régulièrement.
Je suis devenu par la suite rédacteur pour le magazine Feather en 2014 et j’ai rejoins Le Type de 2018 jusqu’à aujourd’hui. J’ai donc pu rencontrer énormément d’artistes de la scène locale et nationale – et au-delà – et documenter ces évènements, à travers des articles ou des photographies. Parmi mes meilleurs souvenirs : le Hors Bord Festival avec le set de Dj Koze et mon interview d’Isaac Delusion, les concerts dans la cale de Nabihah Iqbal, Aline, Muddy Monk ou Doctor Flake… J’ai aussi pu shooter Terrence Parker durant un format Santo Domingo (juste avant la pandémie). J’avais alors voulu lui serrer la main et il m’a fait une super accolade, j’étais super ému ! Je terminerais avec une bière partagée avec Johan Papaconstantino et avoir pu danser avec lui sur le dancefloor après son concert. L’IBOAT restera à tout jamais mon bateau préféré. Merci pour tout. »

« J’ai grandi avec ce club, sa fermeture marque un tournant dans ma vie ; le passage de l’adolescence à l’âge adulte » – Témoignage anonyme
« Je vais à l’IBOAT depuis que j’ai 17 ans. J’en ai 27 aujourd’hui. J’ai grandi avec ce club, sa fermeture marque un tournant dans ma vie ; le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je ne manquais aucune soirée trap le jeudi soir. J’ai eu la chance de voir Josman à ses débuts dans la cale de l’IBOAT, aujourd’hui il passe à l’Arena. Ce lieu m’a accompagné durant 10 ans de ma vie : mes premières cuites, amours, soirées. Beaucoup de souvenirs que je n’oublierai jamais ! »
