5 choses à savoir sur Rammellzee

Passage en revue de 5 choses à savoir sur Rammellzee, figure emblématique de la contre-culture hip-hop new-yorkaise. L’artiste pluridisciplinaire est mis à l’honneur dans le cadre de l’exposition Rammellzee Alphabeta Sigma (Face B) à Bordeaux au Capc jusqu’au 19 avril 2026.

Crédit photos : Arthur Pequin

Après une première occurrence au Palais de Tokyo de février à septembre 2025, Rammellzee Alphabeta Sigma (Face B) qui se tient au Capc est le second volet d’une exposition consacrée à l’artiste Rammellzee. À l’image d’un vinyle, elle se laisse découvrir en deux temps. La première face nous immerge dans le New-York des années 1980, contextualisant l’environnement de la production artistique de Rammellzee. Quant à la deuxième partie, elle met en dialogue les œuvres de l’artiste, pionnier de la scène hip-hop, avec une sélection de vidéos d’archives. Pour l’occasion, on se penche sur le profil de cet artiste pluridisciplinaire iconique.

1) Une figure emblématique de la contre-culture hip-hop new-yorkaise

Né en 1960 à Far Rockaway, dans le quartier Queens de New York, au terminus de la ligne A, Rammellzee grandit au plus près des rames de métro. Celles-ci deviendront un véritable terrain de jeu artistique : il y appose son nom, sous forme de tags : une manière d’affirmer son identité, de (se) libérer. Son approche, déjà politique – il utilise les mots comme des armes de revendications – forge son image dans une capitale étasunienne qui voit émerger dans les années 1980 la culture du graffiti et une galaxie d’artistes qui s’emparent alors d’un tel médium. Proche de Jean-Michel Basquiat, rappant aux côtés de K-Rob, il côtoiera une génération d’acteurs emblématiques de la contre-culture new-yorkaise dont il deviendra plus tard l’une des figures.

2) Une identité pensée comme une équation

Rammellzee ne considère pas son nom comme un simple pseudonyme, mais comme un concept. Il l’adopte en 1979 grâce à Jammel-Z, alors membre de Five-Percent Nation, organisation afro-américaine qui s’est constituée dans la foulée de la Nation of Islam. Le mouvement, selon Le Monde, « inculque la fierté noire et prêche la fin de la domination des élites blanches », et ce par l’enseignement des « mathématiques suprêmes » et de l’« alphabet suprême », clés de compréhension de l’univers. Le courant est alors particulièrement prégnant dans la scène hip hop étasunienne. L’artiste mis à l’honneur au Capc en sera imprégné ; son nom en découle, il le décrit lui-même comme comme une « équation vers l’élévation, le détail, la perspective ». Son identité devient ainsi indissociable de son œuvre, et présente un moyen de résister aux logiques de simplification et de catégorisation de la société.

3) Le Gothic Futurism, une quête contre le langage normé

À seulement 19 ans, grâce à des recherches qu’il mène en autodidacte, Rammellzee développe le Gothic Futurism. Selon lui, enluminure et graffiti partagent un objectif commun : protéger la lettre de son usage militaire et normatif par le langage commun. Son art s’envisage alors comme une entreprise de guerre. Ses armes, les lettres qu’il agrège d’accessoires deviennent pour lui des vaisseaux spatiaux. Son terrain, c’est l’espace public, l’espace cosmique, mais aussi les murs des galeries d’art et des musées, toute opération prenant d’abord sa source au sein de sa base ou la Battle Station (aussi bien atelier que refuge et salle d’armes). Pour expliciter son approche, il créera un manifeste autour de ce courant du « futurisme gothique », avec un alphabet dédié, pour « libérer le langage et l’affranchir du pouvoir oppressif des puissants, en le codant. »

4) Un art pluridisciplinaire

Au début des années 1980, Rammellzee élargit son champ artistique et investit le dessin, la peinture, la sculpture, la performance et la musique. Il développe un langage visuel et sonore singulier, nourri par la vitesse du métro new-yorkais, la science-fiction, la technologie aérospatiale, la mécanique quantique, le futurisme italien et la culture mecha japonaise (thème de SF au Japon mettant en scène des personnages aux armures robotisées). Pour explorer son art de manière totale, il utilise divers matériaux : peinture aérosol, résine époxy, jouets, la moquette ou encore des coupures de presse, pour construire un univers dense, immersif et radical.

5) Une influence artistique durable

Rammellzee est un artiste à part. Il marque profondément la scène hip-hop et culturelle de son époque. Longtemps resté en marge des institutions, retiré dans sa Battle Station – sorte de laboratoire maison propices à ses expérimentations artistiques –, il meurt en 2010 dans une profonde indifférence du milieu artistique de son temps. Son nom, dont lui seul aurait la réponse, qui permettrait d’atteindre un nouvel état de conscience. Il a d’ailleurs scellé la réponse dans une capsule, afin qu’à sa mort, personne ne puisse l’ouvrir. Son œuvre connaît depuis une reconnaissance posthume majeure, exposée dans les grandes institutions internationales et aujourd’hui considérée comme l’une des plus singulières de l’art contemporain. L’hommage que lui rendent le Capc et le Palais de Tokyo en témoigne.