10 rappeuses de la région à suivre

dans ART ET CRÉATION/SÉLECTA

Genre musical qui affole les compteurs et qui s’est imposé au sein de l’industrie musicale, le rap ne cesse d’évoluer et d’influencer les nouvelles (et parfois anciennes) générations. Cependant, lorsque l’on parle de cette culture musicale, ce sont très majoritairement des artistes masculins qui viennent en tête, qu’ils soient des symboles du rap français ou américain. Pourtant, il existe de nombreuses rappeuses à travers le monde qui s’émancipent à travers ce style de musique et qui restent néanmoins encore trop souvent dans l’ombre. C’est pourquoi est née cette volonté de proposer une sélection de 10 rappeuses repérées en Nouvelle-Aquitaine, afin de contribuer à un certain rééquilibrage de la balance, du moins à l’échelle locale. Un clin d’œil au rap, et aux femmes.

Almä Mango (Bordeaux)

D’origine parisienne et désormais installée sur Bordeaux depuis deux ans, la talentueuse Almä Mango a commencé à écrire ses textes il y a une dizaine d’années. Inspirée et admirative de symboles du rap et du hip-hop US féminin comme Nicki Minaj, Cardi B ou Beyoncé, elle commence à rapper avec ses amis pour se divertir. Après y avoir pris goût, elle travaille sa voix, prend des cours puis finit par mêler le chant avec le rap. Ses influences musicales marquent l’univers pop/rap tropical et afro de l’artiste. N’étant pas musicienne, le rap était avant tout pour elle le moyen le plus simple pour s’exprimer, notamment sur la condition des femmes et des difficultés qu’elles peuvent rencontrer, comme par exemple dans son morceau « Elle danse » qui pour elle « résume bien ce que je pense des difficultés de la femme dans le monde d’aujourd’hui. Je me suis imprégnée de textes de Christiane Taubira pour écrire. Grande inspiration ! »

09 Peas (Angoulême)

Cette rappeuse de 18 ans basée à Angoulême est réalisatrice et interprète. Suite à sa première expérience des instru’ sur FL Studio à 11 ans, elle se lance d’abord dans le beatmaking. Après avoir commencé la réalisation au lycée et collaboré avec des artistes de sa ville, 09 Peas s’enregistre et pose sa voix seule depuis un an. Elle aime raconter des histoires dans ses sons quelle qualifie de « cloud rap ». C’est finalement dans la trap qu’elle se sent la plus à l’aise et elle se nourrit d’influences et d’artistes comme Unotheactivist, SoFaygo ou Atl Smook Yound Nudy qui l’inspirent dans ses créations. Selon elle, le rap évolue et il est en train de prendre un tournant quant à la place de la femme en son sein. Comme elle nous l’explique ; « Je pense qu’il y a beaucoup de progrès sur la vision des filles dans le rap aujourd’hui, et je trouve ça bon que de plus en plus d’artistes féminines s’affirment dans le rap. »

Thaïma (Périgueux)

Elle s’appelle Thaïma, elle a 22 ans et elle vient de Périgueux. Passionnée d’écriture depuis toujours grâce à son père qui l’initie au rap français dès son plus jeune âge, elle finit par développer un intérêt viscéral pour ce genre musical qui représente aujourd’hui son mode de vie. Elle se crée une identité artistique marquée par des influences telles que Nekfeu, Lonepsi, Freeze Corleone, ZKR ou encore Nahir. Son rap est à la fois conscient et poétique et c’est dans cet art qu’elle exprime son amour pour la littérature, et sa vision du monde et des gens en général. Pour elle, c’est une manière de raconter les choses en les embellissant, comme elle l’indique : « J’aime aussi me servir de l’art pour fixer le merveilleux et le rendre encore plus magnifique. »

Houreskova (Bordeaux)

Houreskova est une bordelaise de 30 ans qui baigne dans le monde du rap depuis son adolescence. Ayant toujours prôné l’indépendance, autant en tant que femme que artistiquement, elle intègre le collectif bordelais C.A.R.D.I.A.K dans les années 2000, groupe exclusivement composé d’hommes. Pour autant, elle s’est toujours sentie à sa place dans ce milieu réputé pour être sectaire et s’est très vite affirmée devant le micro. Bercée par des sons hip-hop, old school et soul, elle s’oriente finalement vers la trap et la drill tout en gardant l’authenticité de sa plume et de ses premières influences. Ses sons, elle les caractérise par son vécu et son caractère passionné qui font d’elle une artiste impliquée dans son travail et surtout débordante de créativité. « Ce qui m’a poussé à faire du rap plus que du chant, c’est ma rage. »

BAD4NA (Bordeaux)

BAD4NA a toujours vécu sur Bordeaux. Joe Dassin, Patricia Kaas, Era, Dolly Parton, Alpha Blondy ; elle grandit à travers la variété française grâce à ses parents et découvre petit à petit tous les styles de musique : du rap au rock, en passant par le classique et le zouk. Au début des années 2010, elle traîne sur YouTube et s’identifie à des rappeuses comme Leslie ou Diam’s car elle désire secrètement prendre le même chemin qu’elles. Après une enfance et une adolescence marquée par le harcèlement scolaire, elle se forge une carapace artistique qui lui permettra par la suite de se construire et d’anticiper les difficultés rencontrées dans le monde du rap. C’est finalement sur scène que la jeune femme se sent le plus à l’aise. Elle finit par se lancer totalement dans les sons, multiplie les rencontres, les compétitions et en 2020, elle croise le chemin de l’artiste Saymo qui lui permet de participer à un concours de chant uniquement féminin. À partir de cet instant, la chanteuse publie ses sons sur les réseaux et se forme une communauté autour d’elle. Dans son dernier single « Gova » qui a une signification très particulière pour elle, l’artiste BAD4NA nous dévoile son univers et son histoire. Un nouveau projet qui envoie déjà du lourd, et le début d’une longue série, on l’espère. « C’est petit à petit que j’ai commencé à écouter du rap féminin. Je me suis obligée à me créer des playlist uniquement avec des femmes. »

Dey Ef (Niort)

Alice aka Dey Ef vient de Niort. Elle a 30 ans et elle fait du rap depuis la moitié de sa vie. Récemment, elle a sorti son dernier EP intitulé État d’âme qui regroupe 7 morceaux à l’image de l’artiste : authentiques et francs. Elle s’identifie elle-même dans un style de musique trap, old school et noir. Niveau inspirations, elle écoute du Saez à Scylla en passant par Phil Collins, La Brigade ou bien encore Lef. Ce qu’elle aime dans la musique et plus particulièrement dans le rap, c’est la sincérité et la rage de vaincre que peuvent donner certains artistes. « C’est comme si ce style musical m’évoquait l’image d’un discours, d’un débit, qu’on ne retrouve pas dans un autre style. (…)  De plus en plus de rappeuses émergent notamment grâce au fait que l’on soit bien plus mises en avant qu’il y a quelques années, et aussi du fait que le rap vive un véritable effet de mode.  »

Dadlyma (Bordeaux)

Dadlyma, de son vrai nom Myriam, est une jeune artiste de 19 ans d’origine nantaise. Elle commence la musique très jeune, d’abord par admiration pour ses grands-frères, également dans le monde du rap à l’époque. Au fil de temps se développe chez elle une envie de partager et de rassembler, ce qui la pousse à se lancer dans le chant et dans l’écriture. C’est une adolescence marquée par des épreuves difficiles qui lui donnent l’inspiration et l’envie de s’impliquer totalement dans la musique. Après des années dans l’ombre, elle décide un jour de sortir son premier son et de s’affirmer dans sa passion. Son identité musicale se veut hétéroclyte et elle tient à ne pas s’embrigader dans une case ou dans un style de musique prédéfini. Le rap, c’est sa manière à elle d’expliquer son quotidien, sa vision des choses et son amour pour les mots. « Le rap à mes yeux, c’est de la poésie. Une poésie qui dénonce, qui partage ses idées, qui fait sourire, qui donne espoir et qui se bat pour défendre des causes qui nous affectent tous plus ou moins. »

Big Tiff (Angoulême)

La rappeuse belge Big Tiff a 28 ans et s’est installée à Angoulême il y a quelques années. Elle commence d’abord la musique en tant que backeuse dans un groupe de punk et emprunte finalement la voie du rap. C’est principalement l’écriture qui l’attire et l’impact des textes qui lui donnent l’envie de se lancer, comme par exemple avec le morceau  « Note pour trop tard » de Orelsan. Plus jeune, elle se réfère à des artistes comme Diam’s, Sinik, Grand Corps Malade ou plus récemment les Casseurs Flowters, Kenny Arkana et Eddy Depretto qui influent sur le style de la jeune femme. Le morceau qu’elle affectionne le plus est « Frontière » (qui sort ce mois-ci), qui reflète son univers à la fois old school, rock, OVNI et hétéroclyte dans lequel elle s’identifie parfaitement. « Je trouve que l’on est en minorité et c’est un fait. Il y a beaucoup plus d’hommes dans le rap. A l’heure actuelle, il est très difficile de se faire une place dans le rap féminin. »

 Babysolo33 (Bordeaux)

C’est l’une des rappeuses phare de la région : Babysolo33. Née à Vitry et ayant passé toute son enfance à Biarritz, elle décide de changer d’air et débarque à Bordeaux il y a 5 ans. Après avoir commencé des études de cinéma tout en pratiquant la musique en parallèle, elle se lance finalement totalement dans ce qu’elle aime le plus : produire des sons. Elle commence a faire sa promo sur les réseaux sociaux puis la machine s’enclenche avec son premier morceau « CoeurBleu » sorti en 2019. Elle ne se considère pourtant pas comme une chanteuse ou comme une rappeuse mais simplement comme une fille qui veut raconter sa vie. Sa place dans le rap, elle ne l’a pas gagnée mais s’est battue pour l’avoir et admet avoir rencontré de nombreux obstacles dans cet univers masculin. Considérée comme une artiste à part entière de la scène bordelaise, elle s’identifie aujourd’hui dans une musique planante et imagée qui nous mène tout droit dans son trip. « Je regretterai jamais d’être une fille et de faire ce que je fais. On est plus fortes que ça et on a plus qu’à le prouver. »

Héro Écho (Poitiers)

Le 13 décembre 2020, la rappeuse poitevine Héro Echo a sorti le clip choc de son morceau féministe « Amazones ». La volonté de l’artiste dans ce clip qu’elle qualifie “d’anarchoqueer” est d’abattre le patriarcat en ne mettant en valeurs que des personnes en marge de la société, des personnalités féminines fortes et qui s’assument, des Amazones. La vidéo a premièrement été retirée de la plateforme selon la volonté de Héro Echo après la réception de centaines de commentaires injurieux, puis finalement re-postée. Une raison de plus pour elle d’appuyer et d’affirmer son identité en tant que rappeuse ainsi que sur la place du féminisme dans ses chansons et dans le message qu’elle souhaite partager. Et c’est une raison pour nous de la soutenir dans son combat en mettant en valeur cette artiste et ce titre. « Je vais bien, mais le harcèlement tue. Le fascisme tue. Tuons le fascisme. »

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