Les Furtifs : nouveau programme de résidence d’artistes du CAPC

dans ART ET CRÉATION

Le CAPC, musée et centre d’art contemporain de Bordeaux, présente un tout nouveau programme de résidence baptisé « les Furtifs ». Avec un titre tiré du roman éponyme d’Alain Damasio, ce projet est pensé par la directrice Sandra Patron et sur invitation de la commissaire d’exposition Marion Vasseur Raluy. Il accueillera quatre artistes au cours de l’année 2021. Clémence de La Tour du Pin, Louise Siffert, Kengné Téguia et Mona Varichon sont ainsi invités à produire un projet autour d’un programme sur-mesure et, pour la première fois, au sein même du musée.

Sur-mesure et sur place

Si l’accès aux espaces d’expositions et plus globalement à la culture est remis en question depuis la fin du mois d’octobre 2020, les acteur.ices du secteur maintiennent néanmoins leurs activités et se démènent pour la survie de la création artistique. Le CAPC s’y engage en créant un programme de résidence inédit autour de l’idée des « Furtifs », êtres surnaturels capables de métamorphoses, inspirés du roman de science-fiction d’Alain Damasio

Le musée ayant déjà accueilli d’autres formats de résidence par le passé, Sandra Patron, sa directrice, a désiré cette fois-ci pousser l’expérience immersive à un degré supérieur en permettant aux artistes de se plonger au cœur de l’Entrepôt Lainée. Le bureau de l’ancien directeur a subi des transformations afin d’être reconverti en appartement pour les artistes invité.es. Ils ou elles sont ainsi intégré.es directement à la structure, au plus près des équipes du CAPC. 

Le souhait du Capc est d’offrir un lieu de travail où les artistes seront libres d’imaginer ce qu’ils souhaitent

Marion Vasseur Raluy

Si les programmes de résidence demandent généralement aux artistes un projet en amont, l’intérêt savant de celui-ci réside dans l’invitation des artistes à créer dans une liberté totale, en fonction de leur thématique de travail actuel et au plus proche de leurs convictions. En analogie avec les êtres libres du roman d’Alain Damasio, capables de prendre la forme d’objets les entourant, les artistes sont invité.es à capter leur environnement, à s’imprégner de celui-ci. L’intérêt est d’imaginer un projet artistique représentant leur expérience au sein de la résidence. La volonté de Sandra Patron et de Marion Vasseur Raluy est d’inviter ces artistes à établir un dialogue avec cette idée de métamorphose libre et de façonner de nouveaux concepts. Comme l’indique cette dernière ; « Le souhait du Capc est d’offrir un lieu de travail où les artistes seront libres d’imaginer ce qu’ils souhaitent ». L’intérêt est d’abord porté sur les artistes et leur capacité à s’épanouir au sein des espaces.

Un dialogue entre les artistes et la commissaire 

La sélection des artistes repose sur la nature même de leur travail respectif et de leur démarche. On observera un croisement de cette idée de polymorphie à travers l’utilisation de plusieurs médiums tels que la vidéo, le son, l’installation ou encore la performance. La commissaire d’exposition a ainsi souhaité mettre en avant l’importance de présenter un panel d’artistes mixtes et issus de différentes communautés – un parti pris cher au CAPC.

Les artistes sélectionné.es travaillent ainsi, chacun.e à partir de démarches remettant en question les constructions sociales actuelles, proches des sens et des émotions. 

Kengné Téguia : Let’s talk about it
Les Furtifs : Kengné Téguia, Let’s talk about… (2021) 

À travers un cycle de vidéos déjà publiées et disponibles sur le site du musée, le CAPC dévoile un aperçu des travaux et des projets entrepris par des artistes pour la résidence. Kengné Téguia, premier artiste invité de la résidence, est un artiste noir Sourd cyborg séropositif. Le « s » majuscule souligne son militantisme et son travail à partir du son « deafinitivement ».

Il est influencé par son identité et ses expériences en apportant une visibilité sur sa condition par l’intermédiaire d’œuvres sonores. Let’s talk about it est une œuvre intime où l’artiste, en discussion avec Marion Vasseur Raluy, apporte un profond questionnement sur sa propre démarche et comment celle-ci devrait être reçue par le spectateur. 

Clémence de la Tour du Pin : Autopsie de l’araignée
Les Furtifs : Clémence de La Tour du Pin, Autopsie de l’Araignée I (2021) 

Autopsie de l’araignée est une vidéo introduisant le projet de résidence de Clémence de La Tour Du Pin. Pensée comme un fanzine numérique, elle nous plonge dans un diaporama d’images et de concepts l’inspirant dans son travail plastique. Publicité de parfum des années 1930, inquiétantes photographies d’intérieurs classiques emplis de mobiliers accumulés, extraits silencieux du clip de Belle Époque de Miss Broadway, illustrent ce Zine Remix, canevas de l’artiste. 

Mona Varichon, This Thing I Want, I Know not What
Les Furtifs : Mona Varichon, This Thing I Want, I Know not What (2017)

Soudain, sur une version instrumentale et ralentie de Swang de Rae Sremmurd, à la limite de l’ambient, Mona Varichon nous transporte dans un voyage personnel et analytique. Sa vidéo This Thing I Want, I Know Not What, 2017, sous-titrée en français, nous plonge dans une conversation téléphonique avec sa mère apposant une critique profonde et inspirante sur l’écrivaine Carson McCullers.

Artiste vidéo et traductrice, Mona Varichon utilise l’actualité, la culture populaire et le combat de personnalités publiques pour porter, à travers des œuvres d’image et de sons, un regard sur certaines luttes engagées ou non. La vidéaste documente le monde par ses création audiovisuelles accessibles sur différents formats et fige, ainsi, des instants normalement voués à l’éphémère.

Louise Siffert, What’s going on ?
Les Furtifs : Louise Siffert, What’s going on ? (2020)

Enfin, Louise Siffert, artiste performeuse, proche du théâtre et de la scénographie, nous propose une vidéo extraite de sa comédie musicale Gut Feelings présentée au BBB centre d’art à Toulouse. Cet extrait What’s going on ?, prenant la forme d’un karaoké, met en scène des performeuses déguisées en bactéries non genrées se questionnant sur leur mode de vie autogéré. Par des performances immersives et parlées, l’artiste met en avant des thématiques contemporaines concernant les communautés queer face aux constructions sociales et politiques en place.

Les artistes se succèderont sur une période de deux mois dans l’atelier mis à leur disposition et exposeront leurs travaux au cours de l’année. Kengné Téguia présentera une exposition personnelle dans l’espace Cosa Mentale au deuxième étage du musée. Un programme de résidence ambitieux et absolument attrayant dont la formule a pour objectif d’être pérenne. Les travaux des artistes seront à suivre via les plateformes numériques du musée et – espérons-le – le plus tôt possible, dans les salles d’exposition du CAPC.

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