3 bonnes raisons de voir Les Combattants, de Thomas Cailley

dans ART ET CRÉATION

Ce rendez-vous hebdomadaire vous promet une immersion totale dans un Sud Ouest bien familier, avec les paysages solaires du côté de Lacanau et Biscarrosse. On revient avec régal sur le succès de Thomas Cailley (diplômé de Sciences Po Bordeaux), triplement auréolé aux Césars 2014.

Les Combattants, c’est le théâtre de mondes qui s’imbriquent et se confrontent. C’est une histoire pas banale dans un cadre banal, et la rencontre de deux esprits opposés. Tout commence par un croc, sur les plages landaises, où un ring de combat s’improvise sur le sable. Arnaud (Kevin Azais) mord Madeleine (superbe Adèle Haenel) pour s’assurer la victoire et impressionner l’assistance. L’été s’annonçait pourtant sage pour le jeune homme, chamboulé par cet OVNI imperméable, obsédé de survivalisme et de scénarios catastrophes. Entre jeux de main et jeux d’enfants, on s’est fait happer dans le fantasque d’un film grisant, et voici 3 bonnes raisons de se laisser avoir.

La force mystérieuse des aimants

Commencez par vous imaginer deux aimants. Placez-les l’un face en face de l’autre. D’un côté ils s’attirent, de l’autre ils se repoussent : si c’est le cas, ils ne se toucheront jamais. Entre les deux circule une force invisible dite magnétique. Maintenant, vous vous figurez un peu plus clairement ce qui anime Madeleine et Arnaud.  L’agressivité de leur rencontre a ouvert une conquête quasi-militaire. Un pas en avant, deux pas en arrière. Elle, c’est un ouragan entre quatre murs, emporté par un courant apocalyptique qui la convainc d’une fin du monde imminente. Chaque jour est fait pour s’entrainer à survivre dans les pires conditions, et s’imposer du poisson frais passé au mixeur pour le petit déjeuner fait partie de son quotidien. Dérisoire ? Un peu. Risible ? Beaucoup. Et c’est Arnaud qui s’en amuse le plus. Il la couve curieusement d’un regard diverti et bienveillant qui rougît devant son allure de soldat féroce et ses prédictions pessimistes. Adèle Haenel est troublante et concède à Madeleine une carapace rigide qu’on ne lui connaissait pas. Arnaud représente à peu près tout ce qu’elle s’interdit : douceur, oisiveté, légèreté et maladresse. Et si lui destinait son été à bricoler pour l’entreprise familiale, elle préfère s’essouffler à préparer drastiquement son stage à l’armée, où elle espère retrouver les conditions primaires de ses fantasmes. Mais à force de jeux et de tours de mains, le masque tombe et la séduction opère, inattendue, insoupçonnée, brûlante.

Créer un monde pour mieux s’y mouvoir

Le stage militaire tant attendu s’avère bien décevant. Madeleine voit ses espérances d’autarcie s’évanouir de jour en jour, et le seul point positif est la présence surprise d’Arnaud. Claquant la porte aux attentes familiales, le jeune homme s’est fait violence et se costume d’un treillis pour mieux séduire sa belle. Les pauses clopes à répétition et la stupidité des militaires (on est presque dans le burlesque) brisent les rêves de Madeleine qui glisse lentement vers Arnaud et comprend enfin son regard amoureux. Et là, d’un coup d’un seul, dérapage et création d’une idylle enchantée, à la manière d’un conte de Perrault. Les deux déserteurs s’en vont vivre leur parenthèse survivaliste au milieu des Pyrénées Atlantiques, et l’amour y est plus bestial que la forêt qui les entoure (on repassera pour le wild side). Elle est dans son élément, lui la suit et se complait dans cette version girondine carrément grotesque d’Into the Wild. À l’instar d’une croisade enfantine, le temps se doit d’être ludique et le duo s’improvise missionnaire de cette vie d’amusement.

Un récit au ton libre  

Le propre des Combattants, c’est de jongler entre les registres avec une aisance remarquable. Thomas Cailley confiait à Télérama envisager son film « (…) comme un voyage, un récit au ton libre, capable de glisser de la comédie au film d’aventure, de l’histoire d’amour au récit d’anticipation…». Librement inspiré de ses heures passées à regarder Man vs. Wild, le film badine avec la maitrise des Frères Cohen, tout juste en équilibre entre la comédie et le film noir. La dernière partie aux allures quasi-catastrophe n’est pas sans rappeler les plans apocalyptiques de The Walking Dead, et on ne peut que suivre avec jubilation les pérégrinations de plus en plus fantasques d’une caméra amusée.

Les Combattants est sans conteste un film surprenant, à l’humour délicieux, glissant d’un genre à l’autre avec aisance. Au-delà d’une construction originale, des questions graves sont servies par une habile clairvoyance : Que vais-je faire de ma vie ? L’homme est-il un loup pour l’homme ? Quel avenir pour la planète ? L’amour est-il condamné à être platonique ? Pas de réponse divine, mais on vous conseille vivement d’emboiter le pas de ces deux robinsons des temps modernes.
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