3 bonnes raisons de voir Ava, de Léa Mysius

dans ART ET CRÉATION

Lancement de notre séance ciné hebdomadaire, pour une mise en lumière de films liés à la région ! Cet été-là, la chaleur des Landes était écrasante et les vagues grondaient comme à l’annonce d’une terrible nouvelle. Ava a 13 ans et est condamnée à perdre la vue. Alors, épris par sa moue féroce et sa beauté indolente, on s’est noyé dans des yeux qui hurlent à la vie et à la jeunesse.

En 2017, la Croisette accueillait avec enthousiasme le premier film en tant que réalisatrice de Léa Mysius. À 27 ans, la jeune bordelaise diplômée de la Fémis offrait son premier rôle à l’incroyable Noée Abita (Le Grand Bain, Mes jours de gloire) et le portrait d’une mère dépassée à Laure Calamy (que l’on connait pour son rôle acidulé dans 10 pour cent). Sur un fond landais solaire et familier, on vous donne 3 bonnes raisons de streamer Ava dans votre canapé.

Ava où l’astre noir

Dès les premières séquences du film, la terrible nouvelle tombe : Ava va progressivement perdre la vue jusqu’à l’obscurité totale. Mais pour sa mère, cet été sera le plus beau ou ne sera pas ; et son ivresse des vacances est contagieuse. Montalivet, mois d’août. Ava somnole sur la plage. Un chien très noir ondule entre les corps bronzés des naturistes et les parasols bariolés, comme le dessein sombre d’une journée sans soleil. Ce chien noir, c’est à la fois sa croix et son sursis. Obnubilée par l’animal, l’adolescente profitera d’un moment d’inattention pour l’emmener chez elle et dessinera sans le savoir les prémisses d’un premier amour impatient et vorace.

Noée Abita, qui a alors 17 ans, prête à la jeune adolescente une enveloppe très dure, déjà lasse et imperméable. Ava n’a plus rien à perdre et seuls désirs et colère pourront régir son été. Pourtant, au détour d’une allure complexée ou d’un geste maladroit, on devine une tendresse infiniment enfantine, séduite sans mesure par le jeune propriétaire du chien, un gitan sulfureux et taciturne. Pulsion, déclic et mise en marche d’une parade amoureuse effrénée, portée par un élan vital violent.

Une ode à la jeunesse

Ava est de ces récits adolescents où le temps semble s’être arrêté, où les visages se figent dans l’argile d’un costume d’indien et où les passions éclatent libres et sans circonstances. Ici, l’insouciance des vacances devient arrogante, l’océan insultant et l’interdit à un goût délectable. Prendre un fusil, menacer les vacanciers, la police, fuguer, se baigner nue, aimer sans connaître, respirer, ouvrir les yeux et ne plus les refermer. Tandis que la mère, (superbe Laure Calamy) est plus occupée à séduire son amant qu’à s’occuper de ses filles, pour Ava la vie presse. Elle s’entraine, s’endurcie, cache ses yeux d’un bandeau. « J’ai peur de n’avoir vu que la laideur » confie-t-elle à son journal intime. Mais doucement, à la manière d’un conte, ses sens s’ouvrent au monde là où sa vue dégénère et le chemin vers la beauté, l’amour et le sexe se fait plus clair que jamais.

Un genre inclassable : entre réalisme et romanesque

Impossible de mettre Ava dans une case : naturaliste, conte, film de genre ? Dès le début, des éléments décousus désorientent le film et chamboulent les codes, dévoilant un monde onirique exalté par une bande originale délicieuse, mêlant électro, percussions, contrebasses et vocales envoûtantes. Résolument infusé de la poésie godardienne de Pierrot le fou et de ses armes transgressives, on nage entre le défi des lois, l’insouciance et l’amour comment entité décousue. Ava nous replonge dans le chef d’œuvre de Godard avec un lyrisme pudique. Le rouge du bandeau, les bleus du ciel et de l’océan, le vert de l’argile, les couleurs sont vives et assument un parti pris plastique pointu. Le grain est très texturisant et met la matière au cœur même du tableau, concourant à une esthétique solaire qui éclipse avec grâce la noirceur de l’histoire.

Ava promet donc une balade impudique entre premières et dernières fois, transcende la fatalité pour sublimer la tristesse et offre à l’obscurité la plus belle des couleurs. On fonce.
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