Hommage : elles et ils racontent le Void (2/2)

dans DIVAGATIONS LOCALES/VIE DE QUARTIER

« Les concerts au 58, c’est fini ». L’annonce est tombée sur les réseaux sociaux comme un couperet le 11 septembre dernier. Cinq ans après son ouverture, le Void baisse rideau. Au-delà de cinq années au service des artistes, acteurs culturels et autres amateurs de musiques indépendantes, c’est toute une page de l’histoire des cultures alternatives à Bordeaux qui se tourne. Zoobizarre puis Plug puis Heretic avant de devenir le Void en décembre 2015, le 58 rue du Mirail a accueilli depuis 1997 un nombre de concerts et soirées incalculables, contribuant à dynamiser à son échelle un centre-ville bordelais endormi, en manque cruel de lieu d’expression artistique. Ayant rencontrés Pierre-Antoine et Boubi (deux des animateurs du projet) au lancement du Void et en tant qu’adeptes de cette salle, nous avons souhaité lui rendre un hommage en donnant la parole à celles et ceux qui l’ont expérimenté. Ils et elles sont promoteurs, artistes ou public. Ils partagent toutes et tous une même passion pour les cultures indés, pour les espaces singuliers, pour la cave du 58 et son équipe. Témoignage (deuxième volet, les premiers témoignages sont disponibles ici).

Crédit photo : William Millaud

Antoine Henn (Noirset)

Pour notre troisième concert seulement, un changement de line up nous a permis de jouer au Void à l’occasion de la soirée Rock en Ville organisée par le festival Bordeaux Rock. Pour la première fois, nous sommes passés de l’autre côté des retours. Nous avons sué sur scène pendant que le public transpirait sur le carrelage à carreaux. De l’Heretic au Void, ce sol nous aura vu passer un nombre incalculable de fois.

C’est maintenant avec mélancolie que nous passerons devant cette grille en berne, symbole d’une ville où la vie nocturne plonge peu à peu dans le silence.

Entre ces murs, nombreuses ont été les claques musicales, les fêtes déchaînées et les rencontres fortes. Ce concert du 23 janvier 2020 restera toujours dans nos mémoires, car c’est la dernière fois qu’il nous a été permis de franchir les portes du 58 Rue du Mirail. C’est maintenant avec mélancolie que nous passerons devant cette grille en berne, symbole d’une ville où la vie nocturne plonge peu à peu dans le silence.
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Roxane Bourdeau (Klub666)


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Audrey Barker (Rock Agreement)

C’est le cœur lourd que les mots viennent se poser ici. Dire aurevoir à ce lieu si cher ne m’était pas imaginable. Pourtant nous y voilà… La persévérance de l’équipe est une belle leçon de vie. L’amour porté à ce foyer, incommensurable. L’accomplissement, immortel. La générosité des habitué.e.s sans frontière. Les concerts. Les belles rencontres. Les verres partagés. Un microcosme utopique. Un fil d’Arianne vers l’extraordinaire dans ce monde fini.

Nous devons tellement à ces murs et à ces bras qui les ont portés jusqu’au bout. Ainsi le néant s’installe petit à petit en centre-ville. Depuis plus de 10 ans maintenant il y en a eu des lieux changés, fermés… J’ai vu des gens passionnés continuer à venir et revenir aux concerts, la relève assurer les organisations de concerts, des groupes du monde entier continuer à jouer à Bordeaux, malgré le nombre de possibilités qui a beaucoup – trop – diminué. Le 58 rue du Mirail avait tout traversé…

Le Void est mort, longue vie au Void !

Voici donc la fin des concerts dans ce lieu qui aura rythmé tellement d’années. Où j’ai découvert le hardcore et tellement plus encore. Ici nous avons organisé des concerts, vécu de si belles soirées. Donc merci, merci infiniment pour ces moments en or. Le Void est mort, longue vie au Void !
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Baron (Crème Fraiche)

Le Void, je me souviens,

Je me souviens des nos premières soirées organisées en club à Bordeaux avec mes acolytes du Cassos Club, l’une d’entre elles s’est faite à l’Heretic Club, en quelque sorte le grand frère du Void, avec le même ADN : la cave obscure et moite avec en son sein un public mélangé venu pour en découdre avec le dancefloor, le son fort… Par chance j’ai pu immortaliser un court moment de cette soirée électrique, c’était en 2008 avec le crew INSOMNIAK de Montpellier.

Je me souviens de l’after des Virées Électroniques, un petit festival de musique électronique qu’on a organisé avec Thibault Perceval, Anaïs Leszcynska et Ian Tocor pendant 4 ans. C’était en 2013, toujours à l’Heretic Club, le line-up était resté secret mais si mes souvenirs sont bons il y avait entre autres Raphael Fragil, Professor Inc, Zadig et Simon son cousin aka Birth Of Frequency. Simon est venu me trouver dans les backstages à la fin de son set. Je le vois arriver devant moi le sourire aux lèvres, le regard hagard et le visage détrempé et il me dit “c’était le meilleur set de toute ma vie mec” et il ajoute quelque chose comme “j’avais jamais ressenti ça auparavant derrière les platines, je suis plutôt timide d’habitude, mais là le fait d’être si proche du public et de les voir autant à fond, c’est simple, je me suis complètement lâché !” J’ai entendu ce genre de phrases quelques fois à l’Heretic Club, au Void, dans cet espace qui flaire bon l’énergie du punk et qui transcende les danseurs et les musiciens. Le parisien qu’il était a terminé en disant “vous avez trop de chances les gars d’avoir un club comme ça”, et ça, je l’ai entendu très souvent de la part de mes invités, vous pouvez me croire !

Je me souviens aussi d’une after organisée par Crème Fraîche dans le cadre du Festival Hors Bord de l’IBOAT. L’Heretic était devenu le Void, c’était en 2016 et j’avais invité l’australien Mall Grab à l’occasion de sa toute première tournée européenne. Le club était archi-blindé, tu mettais littéralement 20 min à traverser la salle, il faisait 3000 degrés, c’était limite insupportable… À un moment donnée je me trouvais dans les backstages quand l’agent de sécu est venu me dire qu’il y avait quelqu’un à la porte qui voulait me parler. J’y vais et je vois une femme qui se présente en premier et derrière elle, deux hommes, dont l’un d’entre eux n’est autre qu’Étienne de Crecy. Je fais mine de ne pas le reconnaitre, je leur souhaite la bienvenue, je leur offre un verre et je les invite amicalement à se diriger avec moi dans la salle pour voir le début du set du jeune prodige plutôt que de rester là comme des glands. On arrive donc dans la salle par la porte arrière qui donne directement sur la scène. Et Mall Grab lance un vocal en intro qui hurle “There is noooo guestlist toniiiiiight” et envoie la sauce sans transition. Le public était survolté et à ce moment là je me tourne vers Étienne de Crecy et je croise son regard. Là il souris, il ne dis rien mais j’ai cru comprendre dans ses yeux “ça c’est l’ambiance que j’aime, le bon bordel, la teuf !” et me lance “la vache, y’a plus d’ambiance qu’à mon concert tout à l’heure !” J’étais plutôt fier de recevoir un compliment d’un ancien comme lui que je respecte énormément, une bonne satisfaction personnelle je dois dire !


Souvenir d’une soirée Crème Fraîche avec Dj Steaw et Gunter

J’ai du mal à croire que c’est totalement terminé et quelque chose me dit qu’un beau jour on finira par faire de nouveau la fête au 58 rue du Mirail !

Je me souviens de tellement de moments partagés dans ce lieu mythique et incontournable de la scène underground bordelaise, qui fut aussi le berceau des soirées Crème Fraîche pendant de nombreuses années. Je remercie toute l’équipe de l’Heretic est du Void pour m’avoir fait confiance et m’avoir offert une entière liberté artistique au combien précieuse à mes yeux. J’ai du mal à croire que c’est totalement terminé et quelque chose me dit qu’un beau jour on finira par faire de nouveau la fête au 58 rue du Mirail !

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