D’un tremplin au déconfinement : itinéraire d’Interlopes

dans LES NOUVELLES/MUSIQUE

À l’époque où les concerts pouvaient encore avoir lieu, Interlopes renversait le tremplin des Noctambules. Samedi 22 février, les Interlopes ont porté leur tourbillonnant projet musical sur la scène de cet événement à Saint-Aubin du Médoc, salle Ronsard. Une belle occasion de se replonger dans un temps où on pouvait encore assister à un concert…

Interlopes : pas un gros mot, mais du gros son

« Personne ou activité à caractère douteux ; qui peut être interprété de différentes façons ». Louches, ambivalents, multiples ou étonnants, c’est la définition que le groupe Interlopes donne de son nom, et par extension, de sa musique. Qu’importe si le Larousse est plus restrictif, s’enfermer dans une case est paresseux. Interlopes est né avant son nom, comme souvent dans les années lycée, durant lesquelles bouillonnent la fin d’adolescence et les aspirations créatrices. Brinquebalantes, les premières saillies musicales du groupe étaient alors portées par quatre des six membres actuels.

Un maelström de passion et d’énergies

Dans ce sextet, Alex donne de la voix ; un Lucas par guitare (prénom obligatoire si vous voulez jouer de la gratte dans le groupe) ; Hélio pour la coloration électronique au clavier, console et ordi ; Thomas (basse) et Laura (batterie) assurent l’ossature rythmique de l’ensemble. Bardés d’influences et d’inspirations variées (des Doors à NTM, de Prince ou FFF à Miles Davis…), les Interlopes ne se fixent aucune frontière, relèvent ou glissent sous les œillères. Toutes les pistes sont composées à six, chacun apportant la partie correspondant à son instrument dans une interaction permanente.

Très actif, le groupe se retrouve deux à trois fois par semaine pour peaufiner sons et prestations scéniques pendant plusieurs heures. Signe qu’ils titillent le professionnalisme, mentionnons la présence fidèle des ingés Nil et Jérôme, respectivement à la lumière et au son, et enfin Olivier à la photo (absent à Saint-Aubin).

Interlopes a commencé à tourner il y a plus d’un an (ils ont été aperçus au Void à l’automne 2018). Depuis, la formation enchaîne tremplins et concerts en Nouvelle-Aquitaine (La Voûte, Rock School Barbey, Saint-Seurin-sur-l’Isle…), repartant toujours avec un prix, la promesse d’un concert ou d’une résidence.

Le tremplin des Noctambules, tension, kif et compétition

Arrivés en milieu d’après-midi, les Interlopes font rapidement leurs balances, et doivent ainsi attendre plusieurs heures avant leur passage. Ils affronteront trois autres groupes : Hope Dawn, Billiz et Matyeux Mind Project au cœur de la soirée (22 heures). La salle est réduite, attenante à une école, et plantée dans la calme périurbanité bordelaise. Il faut cravacher avant d’avoir une foule énergique prête à envahir la scène, en passer par ces structures modestes est impératif. Une victoire à ce tremplin était sensée mener directement au festival des Noctambules organisé le 6 juin prochain.

Quelques bières, des phases de football dignes des plus grands sur le terrain de l’école, un buffet de cantine insipide, et les premiers accords de Billiz résonnent dès 20h30. Le tremplin commence, les tripes se nouent, et les rares spectateurs bourdonnent autour de la scène bien secouée par les Billiz.

Après la prestation mitigée de Matyeux Mind Project, Interlopes prend place. La salle Ronsard offre un théâtre réduit mais bien éclairé, à la sonorisation puissante. Le jury surplombe les événements en face de la scène, et les projos nimbent le groupe de lumière turquoise, de bleu sombre et d’ombres jetées. Le set peut commencer, les guitares sont accordées, les cordes vocales échauffées, et les cymbales prêtes à vibrer.

Si les Interlopes peinent à définir leur style avec précision, la trame d’un rock bouillant guide leur set cohérent, harmonieux et coloré. Ils oscillent entre les styles (pop, punk élaboré, riffs métal) et secouent une salle pourtant éparse, conquise par cette débauche d’énergie et d’inspiration. Une petite demi-heure leur est accordée, le rythme est soutenu et continu, et ne baisse que lorsque le battement des baguettes de Laura transperce une caisse.

Le parquet, les murs et les oreilles vibrent durant les six morceaux du groupe, qui achève sa prestation sous les applaudissements de la petite foule. Le jury est conquis, Interlopes gagne le droit de se produire au festival des Noctambules, en pleine soirée. La nuit donnera toutes ses couleurs, sonores, visuelles ou spirituelles au concert à venir. Initialement prévu en juin, le festival est reporté d’une année.

Confinement, création et composition : du temps pour soi et des angoisses

À l’heure du confinement, le temps et les loisirs limités sont, pour les Interlopes et les autres, de belles occasions pour créer et interroger son art. Lucas, l’un des deux guitaristes, parle des sentiments nouveaux, des inspirations et de ce que peut générer la retraite forcée liée au COVID-19. Ce temps passé avec soi-même peut déstabiliser également, il est impossible de retrouver l’osmose existant au sein d’un groupe rôdé comme Interlopes, ou même de simplement jouer ensemble, malgré les outils numériques. Domine, comme dans l’ensemble de la population, l’envie de se retrouver, et ici de partager les éruptions musicales nées de cette période cloîtrée.

Les effets du confinement sont bien davantage préjudiciables pour les intermittents, ce qui concerne un des membres d’Interlopes. Indemnisés durant ces longs mois d’inactivité forcée, ces éléments incontournables de la vie culturelle risquent cependant de perdre droits et statut pour l’année à venir, faute d’activité et d’heures cumulées. L’incertitude plane encore sur leur futur, situation de crise et impréparation étatique obligent.

Pour se réchauffer le cœur et les oreilles, quelques tracks du groupe sont en ligne, via les liens indiqués ici. On nous a par ailleurs soufflé qu’un EP était en préparation et ne  devrait pas tarder à paraître. Un supplément de SRAS musical, de rock coloré “à caractère douteux” pourrait être, qui sait, ajouté à l’ensemble du projet.
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