Entretien : WL Crew à l’occasion de la sortie de Rouge Bordeaux

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Le 15 mai dernier, le groupe de rap bordelais WL Crew était de retour et annonçait la couleur de leur nouvel EP, Rouge Bordeaux. Cinq sons puissants aux inspirations trap, représentant parfaitement l’esprit de cohésion du crew. Un esprit indépendant, du fait maison et une unité de groupe qui fondent les valeurs de cette grande famille à travers cet EP. Le groupe a accepté de nous dévoiler comment celui-ci s’est construit et de nous détailler l’identité du collectif, avec Yanné (rappeur) et Flam (beatmaker) qui ont répondu à nos questions.

Credits photos : Intza Bagur

Depuis combien de temps travaillez vous sur l’EP Rouge Bordeaux ?

Flam : On travaille dessus depuis février-mars 2019, avec le label Velvet Coliseum. Les gens qui tiennent ce label sont des organisateurs de festival. Ils ont par exemple fait le Free music ou le festival Stereoparc. On a fait notre première scène avec eux, donc ça fait longtemps qu’ils nous suivent. Ils étaient intéressés pour faire un projet avec nous, donc on a créé cet EP.

 Il n’y a pas un ghostwriter pour le groupe.

Vous êtes six rappeurs et un beatmaker, comment s’organise le processus de création au sein du groupe ?

Flam : Il n’y a que moi qui gère la partie instrumentale, mais on discute toujours ensemble, les autres ne bossent pas sur mes prod une fois que je les ai réalisées. La création se construit avec des discussions, les autres membres du groupe apportent toujours leur avis sur ce que je fais. On essaie créer quelque chose à partir de ça. Même si je ne suis pas rappeur et eux ne sont pas beatmakers, on essaie de prendre en compte les idées, les envies de chacun.

Yanné : Autant dans les prod par exemple on peut apporter notre avis mais Flam aussi apporte ses conseils sur les textes. Chacun est impliqué dans toutes les étapes et chacun écrit son propre couplet. Ensuite on voit ce qui s’enchaîne le mieux, qui peut suivre un tel, qui va bien avant ou après un refrain. La façon dont on écrit est propre à chaque membre du groupe mais on discute tous ensemble de l’agencement des textes. Il n’y a pas un ghostwriter pour le groupe. Pour l’EP on a fait la création de A à Z tous ensemble, mais la période de confinement nous a obligé à innover dans nos méthodes, on avait chacun du matériel pour maquetter.

En tant qu’acteurs de la scène bordelaise, vous êtes déjà notamment passés par le studio Octant avec votre titre “Playground”, réalisé un feat avec le groupe bordelais Deep & IGee, quel(s) sont les autres groupes ou artistes locaux qui vous inspirent et avec lesquels vous aimeriez collaborer ?

Flam : On a pas un artiste spécifique avec qui on souhaite collaborer en tête mais c’est un truc sur lequel on reste super ouvert. Je suis sûr que c’est partagé par tout le reste du groupe. Des fois c’est une question de temps, c’est aussi parce qu’on manque déjà un peu de temps pour nous même. Après, pour l’EP on n’en a pas fait parce qu’on voulait essayer de marquer quelque chose de fort pour l’identité du groupe. Il n’y a que cinq titres donc ça aurait été un peu délicat de placer un feat sur aussi peu de tracks.

Yanné :  Même si on n’est pas nés à Bordeaux et qu’on vient un peu des quatre coins de France, ça fait trois ans qu’on habite à Bordeaux, donc on représente la ville aussi. On fait partie de la scène bordelaise, donc on apprécie de collaborer avec des artistes qu’on estime et qui font partie de la même scène que nous. On a fait des feat avec d’autres artistes, comme Malcolm par exemple.

Vous avez décidé de nommer votre EP Rouge Bordeaux, en hommage à la ville que vous animez depuis 2018. En quoi Bordeaux vous a inspiré dans votre travail ?

Flam : En fait, c’est plus en rapport à la couleur, évidemment il y avait aussi le clin d’œil à la ville. Mais le rouge Bordeaux c’est une teinte particulière et c’est plus ça qui nous a inspiré que Bordeaux. Pour nous ça évoque la passion, c’est comme ça qu’on se le représente. C’était pour faire ressortir un sentiment, une identité propre à l’EP. Par exemple, on avait à peu près une quinzaine de prod en tout et on savait lesquelles représentaient cette couleur ou pas. Les cinq titres présents représentent vraiment comment on défini ce rouge Bordeaux.

Quels sont les artistes qui vous inspirent depuis vos débuts et en quoi influencent-ils votre façon de créer vos sons ?

Flam : Perch, par exemple, c’est un gros fan de rap américain depuis qu’il est jeune. Il est influencé par pleins d’autres genres mais le rap c’est vraiment le truc avec lequel il s’est développé, moi j’écoute plus de rock, j’ai fait de la batterie avec deux potes à moi quand j’avais 13 ou 14 ans. Il y a Téo qui s’est joint à nous aussi. Yanné je sais qu’il écoute du rock, on a plein d’influences différentes. D’ailleurs la playlist des 19 tracks qui est sortie sur votre magazine le représente bien, elle est vachement variée.

Rouge Bordeaux est composée d’influences trap, est ce que vous l’avez envisagé ainsi ? La trap serait-elle le fil rouge de l’EP ?

Yanné : Je crois qu’on ne s’est pas posé la question, là ça correspondait bien à ce qu’on fait. Je ne dis pas qu’on fera de la pop la prochaine fois, je me dis pas que la trap correspondait bien à ce moment-là.

Flam : Je pense que ce que Yanné voulait dire c’est qu’on on n’essaie pas de se mettre des barrières, on va toujours essayer d’expérimenter. On pourra faire un jour de la drill, ou un autre style, il n’y a pas vraiment de structuration de notre imagination et de notre processus créatif. On a plutôt l’impression de faire notre musique, ce n’est pas qu’on ne veut pas être assimilé à un genre, ça influence seulement notre musique, telle qu’on la fait et telle qu’on est encore en train d’évoluer. Vu qu’on a pas encore trouvé notre identité, en effet il n’y a pas de case, de style bien défini à ce qu’on crée.

Yanné : Même si ça reste quand même du rap et avec une forme actuelle et évidemment on est en perpétuelle recherche d’évolution musicale.

On voulait essayer de marquer quelque chose de fort pour l’identité du groupe.

Est ce que vous destinez vos chansons exclusivement à la scène ?

Flam : C’est vrai qu’on pense aussi aux titres qui peuvent être représentés sur scène, quel morceau sera le plus efficace. Donc évidemment quand on les fait on pense à comment on pourrait les interpréter. Quand on a commencé à créer “Rosemary”, on savait qu’il était destiné à la scène. En général ça influence pas mal notre façon de créer.

Vous avez annoncé la sortie de votre EP avec “Laisse” et son clip aux allures de cartes postales sur la côte. Comment s’est déroulée la réalisation du clip ?

Yanné: Alors on crée le clip de A à Z, Téo et moi. C’est comme ça que ça s’est passé pour “Laisse”, on se fait prêter un peu de matos par des proches, ou on loue du matériel audiovisuel à Bordeaux.

Vous êtes connus comme un groupe qui tient à son indépendance, est-ce que c’est ce qui façonne votre identité maintenant ?

Flam : Exactement, et même si on est beaucoup et qu’on a plein d’idées, c’est ce qui nous permet d’être créatif. Je pense qu’élargir le cercle des gens avec qui ont travaille c’est forcément un plus, c’est bénéfique si ce sont des gens sympathiques et talentueux. C’est un plaisir et une force de pouvoir faire ça, de se dire qu’on est tout seul et qu’on arrive quand même à se débrouiller et à faire des morceaux, des clips. C’est une fierté mais on serait aussi très content de pouvoir travailler avec d’autres personnes. On a plein d’idées, pour les clips par exemple, des fois c’est le manque de moyens qui nous bloque. On essaie de trouver des trucs a notre hauteur, qui sont parlants et de qualité.

Yanné : En fait les moyens qu’on a ça nous oblige à prioriser les dépenses. Et pour le clip “Laisse” on a surtout eu à payer les déplacements, on n’a pas fait appel à quelqu’un. Pour le mastering c’était Flam qui s’en occupait à la base et pour cet EP on a fait appel à Globe Audio. On a bien vu que des gens qualifiés et dont c’était le métier, y arrivent beaucoup mieux que nous et qu’il ne fallait pas s’enfermer à faire tout tout seul. On voulait vraiment passer un cap musicalement pour l’EP, Globe Audio mastering ça nous a aidé.

D’autres clips sont-ils prévus pour Rouge Bordeaux ?

Malheureusement, avec le confinement on n’a pas pu terminer, mais il y a un autre clip qu’on est en train de faire et qui va sortir bientôt.

Après la sortie de cet EP et le déconfinement progressif, avez vous déjà des dates prévues pour des concerts et d’autres projets en vue ?

Non, on n’a pas de dates prévues, avec le label on voulait tenter quelques trucs et en plus la réouverture des salles en septembre n’est pas encore confirmée. On ne peut pas se projeter. On n’a donc pas encore fait de démarche de concert. C’est un peu flou pour nous pour le moment.

Avez-vous prévu des alternatives ? Des concerts en livestream par exemple ?

Je pense qu’on va faire des trucs, mais pas de concerts en livestream par contre. Enfin, ça dépend combien de temps ça dure. Cela nous laisse du temps pour travailler sur la suite de l’EP, le temps de faire des répétitions avant que les salles rouvrent. On travaille sur d’autres morceaux en tout cas.
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