Entretien via Téléphone Rose avec Jouvence

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Enfant du Bassin d’Arcachon, Jouvence ponce depuis un bout de temps le terrain du rap. En silence, dans l’ombre diront certains. Discret mais très loin d’être inactif, l’artiste affirme son style et affute ses rimes depuis 2015. Démarrant comme un délire entre potes autour d’un QG à La Teste de Buch rapidement transformé en véritable Studio (Lafontaine Sauvage Studio) sur Bordeaux, le projet Jouvence est résolument collectif. Sachant s’entourer de producteurs, beatmakers, rappeurs et surtout d’amis, Jouvence ne lâche pas le morceau et enchaîne les collab, notamment avec ESKRO, Flakito et bientôt Jeune Bran. Alors que son deuxième EP Téléphone Rose sort, on a posé quelques questions à celui dont la parole est plutôt rare sur les réseaux.

Le Type : Salut Jouvence, merci de répondre à nos questions à l’heure où sort ton nouvel EP. Peux-tu commencer par te présenter ?

Jouvence : Je suis Jouvence, jeune chanteur autodidacte de 25 ans, ça va faire 5 ans maintenant que je suis serveur dans le monde de la nuit. C’est ce qui me permet de voyager comme j’en ai envie, c’est à dire ne pas être bloqué quelque part, chose que je ne veux absolument pas. J’ai besoin de savoir que les portes sont ouvertes en 5 secondes. Comme c’est très facile de trouver du travail dans ce milieu, j’ai pu voyager en Suisse, puis à la Réunion d’où je reviens tout juste. À côté, je suis un passionné de musique, depuis toujours.

Génération 90, pourtant très peu présent sur les réseaux. Pourquoi ?

Pourquoi ? Parce que je fais de la musique. Mon rôle s’arrête là à la base. J’ai fait de la musique pour le faire. Et j’aime ça, tu vois ? Donc y avait pas ce genre de question. Le son, une fois qu’il était posté sur mon SoundCloud, je passais au suivant. Je n’attendais pas un retour sur mes sons. D’ailleurs, les réseaux sociaux ne signifiaient trois fois rien pour moi en 2015.

J’ai toujours eu un détachement avec le virtuel, je n’avais pas de smartphone, j’avais juste un bigo que j’achetais au tabac. C’était mon lifestyle. Comme je faisais les saisons, je travaillais beaucoup et le peu de temps que j’avais pour moi c’était pour faire de la musique. Je n’avais ni le temps, ni l’humeur pour les réseaux. Mais bon, on arrive en 2020, pourquoi pas professionnaliser la chose parce ce que malheureusement – ou heureusement, je sais pas – tout passe par les réseaux de nos jours. Du coup, je fais un effort actuellement pour prendre quelques photos, tenir informé mon public de ce qui va se passer, même par décence et respect pour eux. Ils prennent le temps de me suivre autant que ça serve à quelque chose. Pour la sortie de Téléphone Rose, on a travaillé sur un site artiste, re-travaillé les réseaux sociaux (Insta, Facebook…) et ma page YouTube.

Quelles sont tes inspirations musicales ?

Je suis un gros fan de variété française. Brel, Renaud, c’est carrément ma came. J’aime les chansons d’amour, c’est Jacques Brel qui m’a fait kiffer ça. Côté lyrics, ça m’a été apporté autant par le rap français que la chanson française. Ensuite j’aime beaucoup tout ce qui touche à l’acoustique. Les ambiances simples de Manu Chao m’ont beaucoup influencé. Et puis Moby aussi, beaucoup plus complexe, cérébral, aérien.

J’aime les chansons d’amour, c’est Jacques Brel qui m’a fait kiffer ça.

Après, si on parle de rap, j’aime beaucoup la nonchalance et le détachement aux choses de Doc Gyneco. C’est limite sexuel. J’adore être fougueux sur un mic et m’énerver, avoir la grosse veine, comme quand je chantais du Don Choa plus jeune. Enfin, il y aussi la poésie dont je suis complètement fan. J’ai déjà pleuré sur du Dooz Kawa.

Comment ça a commencé la musique pour toi ?

J’ai commencé la musique en 2012 en composant sur Ableton. C’est ensuite par le hasard de la vie que j’ai commencé a freestyler avec les frérots de La Teste, Tourne l’oeil, Ovakoum et Marvin pour la dédicace. Mon pote Maxence avait un micro, de mon côté j’avais des connaissances d’ingé-son. On a improvisé un QG dans mon appart de l’époque et un clan s’est formé. On a démarré à 5 puis ça s’est élargi jusqu’à ce qu’on soit 9 MC au total : l’Escale Tropicale Clan. On a fait la première partie de Set&Match et participé au festival Garden Teton. L’idée du Tropical Clan c’était que n’importe qui, dans la même vibe que nous, pouvait en faire partie. C’est juste une bande de frères, je sais pas comment mieux dire.

Après y a eu V.O., un projet né d’un hasard. J’allais boire un thé marocain chez un DJ réunionnais à Bordeaux, quand j’étais en formation d’ingé-son. Quand je suis arrivé dans la pièce y avait Eskro, Billy Cosmos et Damsi, trois réunionnais. Damsi avait un studio, mais ne savait pas s’en servir. Quand j’ai vu ça et que j’ai compris qu’ils faisaient tous du rap, j’ai voulu les enregistrer. Les gars sont devenus fous, on a enregistré un freestyle tous ensemble. On a tout de suite connecté avec Eskro. Après ce freestyle improvisé, il est venu enregistrer des sons dans mon studio. À chaque fois qu’il venait, il me laissait une partie pour poser dessus. Petit à petit on est devenu des frérots, et c’est comme ça que le duo V.O. a commencé. Lafontaine Studio est devenu Lafontaine Sauvage Studio. N’importe où j’ai bougé, mon micro m’a toujours accompagné. Ça m’a permis de faire d’autres rencontres et d’élargir mon répertoire de collaborations.

Tu viens de sortir ton Téléphone Rose, comment as tu travaillé sur cet EP ?

J’ai travaillé avec plusieurs personnes pour cet EP. D’abord j’ai commencé par enregistrer seul dans mon studio, sur des instrus qui m’étaient envoyées, qui m’inspiraient. Puis j’envoyais à mon pote producteur DJ Burns qui réglait tout le mixage derrière : kick, snare, bass, il est très chaud là-dessus. Bien meilleur que moi. J’ai créé un petit triangle entre Mattsha, un ami qui compose, DJ Burns et moi. C’est comme ça qu’on a composé les morceaux “Louis d’or”, “En vie”, “Trinidad” ou “Quand vient l’hiver”. J’ai aussi un vieil ami avec qui je faisais de la compo sur Ableton quand je ne rappais pas encore : Nebula Beatz. Il me réapprovisionne en beat à l’occas. Il a fait “Ou Tu Vas J’irai”.

Il y a aussi OG Mofo, le beatmaker du Désordre qui m’envoie des sauces. Et enfin Lil’Uminé de Wolfgang. J’ai fait un concert où il été DJ. Il est très talentueux, c’est lui qui a composé “C’est toi la plus belle”. En gros, on est six au total à bosser activement sur le projet Jouvence.

Je ne suis pas sûr qu’actuellement il y ait une vraie identité propre au rap du Sud-Ouest

Quel regard portes-tu sur la scène locale rap ?

La région a du talent, y a pas à chier. Mais je pense qu’on manque de structure ou d’une « école ». Pas une école de rap, mais un style de rap comme il peut y avoir dans le 75, le 93 ou le 91. Je ne suis pas sûr qu’actuellement il y ait une vraie identité propre au rap du Sud-Ouest. Par contre, il y a plein de petits jeunes talentueux. J’vais citer Odium qui est un gars que je connais. Il est un peu plus jeune que moi, il est dans la new wave, avec des beats à la Damso un peu et des voix autotunées, mais super bien gérées. C’est mélodieux, c’est kické, c’est voyou, c’est vraiment bien fait. Dédicace aussi au Gran Regal Club, aux gars du Désordre et aux Dirty Tacos avec qui ont a partagé des coquineries.

Sinon il y a Jeune Bran qui déchire. J’adore ce qu’il fait en style à l’ancienne, percutant, punchline. Je bosse à distance sur trois titres avec lui en ce moment, on va peut-être sortir un petit EP. Il y a aussi des gens comme Rakam, membre de L’Armée des morts qui a sa propre sauce ; je l’ai vu en live et franchement c’est lourd. C’est lui qui lance son propre beat, il est tout seul sur scène, il déchire. Flakito aussi, qui à l’époque était avec Guezess, puis qui est ensuite venu dans L’Escale Tropicale Clan. Bien sûr, il est venu avec l’élite (rires).

Quels sont tes projets futurs ?

Je suis en train de bien préparer la sortie de Téléphone Rose ; c’est mon dernier petit bébé, je suis très content de sa couleur. On a du bon p’tit Jouvence 2020 qui chante, qui se fait plaisir. J’ai envie de me diversifier. Cet hiver pendant mon année à la Réunion, j’ai fait un album underground avec Eskro (V.O. – 404 not found), dispo uniquement sur YouTube. On a lâché 14 titres. Hormis ça, le but est de continuer de développer mon carnet d’adresse de beatmaker et de compositeurs pour avoir masse de prod de plus en plus quali.

Je sais que le prochain morceau que je vais écrire va marquer la première pierre d’un nouvel édifice.

Après cet EP, le projet serait de faire mon premier album solo, avec tout ce que ça représente pour moi. Taffer un projet sur un an ça ne m’est jamais arrivé, vu que je suis assez productif et qu’un projet 9 titres c’est le travail de 4 ou 5 mois généralement. Il faut que j’arrive à faire des morceaux que je trouve toujours aussi solides un an après. Mais là je commence à apprécier la sauce que je prépare, à aimer mes propres plats si tu préfères. Du coup je ne me pose pas trop de questions, c’est toujours au feeling . Je vais poster ça, et le prochain morceau solo que je vais écrire, valider et enregistrer, je sais qu’il va marquer la première pierre d’un nouvel édifice. Je taff déjà sur quelques prod et des collaborations inédites.
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