Lonely Walk décortique chaque morceaux de son dernier album

dans MUSIQUE/SÉLECTA

Cinq années après la sortie de son album Teen sur Born Bad Records, le groupe bordelais Lonely Walk a sorti en janvier dernier un dix titres récréatif, autant musicalement que philosophiquement. Écrit dans un contexte chargé, « entre l’élection de Trump et la mort du premier Gilet Jaune » , l’album évoque tour à tour des corps dysfonctionnels, Ennio Morricone, France Boissons ou les Smiths. Dès lors, au regard de ces multiples influences, quoi de mieux que le groupe lui-même pour nous aider à analyser les subtilités cachées de cet album ? Lonely Walk s’est prêté au jeu et nous offre ainsi un commentaire de texte pointu sur la genèse des 10 morceaux.

Red Light

Pour ce morceau, il y a un jeu sur la dissonance et l’harmonie : on pourrait jouer une seule et même note le long des couplets. Sauf que la basse serpente autour de cette note, tandis que la guitare essaie par tous les moyens de s’en éloigner le plus possible. Cela confère une sorte de tension, une forme d’inquiétante étrangeté : tout semble normal, mais quelque chose ne va pas. Le même genre de technique est utilisé dans un morceau comme « Bedazzled » de Drimble Wedge and The Vegetations.

On pensait que l’influence de Broadcast serait relevée : les sons de synthétiseur, les arpèges de guitare, on retrouve ces choses-là dans leurs premiers albums. Mais pour ceux qui ont écouté ce morceau, les deux lignes de chant en français leur évoque tout de suite des groupes français des années 80, avec une diction un peu tendue, scandée… C’est très mystérieux, ce que chacun projette sur une musique.

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Compulsive Behaviour

Pour cet album, on avait le désir d’aménager des silences, de faire en sorte que les instruments ne se marchent pas dessus. Ici, le mélange entre la guitare et la basse donne un résultat assez claudiquant, comme un mécanisme d’horloge irrégulier. En général, on aime les morceaux assez pop, mais encore plus quand c’est un peu bancal. C’est bien quand ça se passe bien, mais c’est louche si ça se passe trop bien, en somme.  Après l’enregistrement, nous nous sommes rendus compte de l’influence inconsciente que les B.O. de films ont pu avoir sur notre musique : mi-thérémin de SF des années 50, mi-série B des années 80-90.

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Look At Yourself

Le morceau a été composé en une répétition, deux jours avant l’enregistrement. Le lendemain, les paroles étaient écrites. Ce sont des moments très gratifiants lorsque le morceau se « fait tout seul », et qu’il semble évident. La partie de violon est jouée par la toujours impeccable Tamara Goukassova, dont les talents de musicienne s’étendent bien au-delà de la maîtrise de cet instrument.

Avec l’aide de notre ami réalisateur Stéfane Cales, nous avons tourné un clip pour le morceau avec des contraintes assez simples : pas d’argent, pas d’acteur, pas de studio, comment faire ? Contraintes simples, mais sacrées contraintes ! On a donc réalisé le clip en conséquence : la narration est entièrement portée par les  sous-titres Youtube, que le spectateur est libre ou pas d’activer pour comprendre l’histoire. A défaut d’acteur, nous avons resserré l’image autour de l’œil, très expressif même sans compétence en jeu. L’idée à terme serait de créer d’autres sous-titres pour les mêmes images, pour développer d’autres histoires. Mais pour ça, il nous faudrait juste un peu de temps pour le faire…

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Fake Town

De la même manière que « Look At Yourself », « Fake Town » a fait l’objet d’un clip, animé cette fois, réalisé par l’illustrateur Mathieu Desjardins. Il travaille beaucoup sur les formes organiques, les corps dysfonctionnels, les viscères et les couleurs très vives. Il a réalisé le clip de « Fake Town » très vite, sans aucune direction de notre part. Il y a un petit côté « From Beyond » mâtiné d’écran de veille Windows 95 dans ce clip qui n’est pas pour nous déplaire. C’est bien connu : avec un labyrinthe et des corps en mutation, on a forcément tout bon !

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Absorb

Ce morceau n’est pas disponible sur le vinyle ou sur les services de streaming, mais uniquement sur notre Bandcamp. Il a majoritairement été composé au fur et à mesure de l’enregistrement, à l’inverse des autres morceaux du disque, tous composés avant d’enregistrer. C’est l’occasion d’évoquer Jérôme Vetter, qui nous a beaucoup aidé sur l’enregistrement et a assuré le mixage. Le placement des instruments, leurs positions changeantes, sont des éléments importants dans ce morceau. Nous avions emprunté beaucoup de matériel à Arthur et Dorian de JC Satàn, ainsi que tous nos instruments, amplis et pédales, pour tenter de trouver des textures sonores qui nous plairaient. Jérôme nous a conseillé là-dessus, ce qui a beaucoup aidé. Sans ses conseils avisés, nous serions probablement encore en train d’enregistrer cet album.

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No Feels

Comme pour Compulsive Behaviour, on a ici tenté la retenue : essayer de jouer des notes très courtes, dégraisser au maximum, un régime au pain sec et à l’eau. Il me semble que nous avions la volonté de faire sonner la guitare et le synthé comme des outils de dentiste : des sons perçants, qui font vibrer le crâne. Il y a un côté assez abrasif dans ce morceau qui m’évoque toujours « Magic and Ecstasy » qu’Ennio Morricone a composé pour l’Exorciste 2. Le film a l’air évitable, mais le morceau est conseillé.

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Shadow of the Time

Avant sa sortie, tous les morceaux de l’album ont été soumis à des auditions-tests : un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française, a été constitué par un institut de sondage. Un entretien fut conduit par nos soins pour chacune de ces personnes, vingt mêmes questions pour étudier la réception potentielle du public français, ainsi qu’une possibilité de donner des commentaires libres.

Les résultats laissent peu de place à l’ambiguïté : « Shadow Of The Time » est plébiscité à 72 % par le public féminin, un public très peu représenté chez nos auditeurs habituels. Exemple avec le commentaire d’Emmanuelle (36 ans, avocate, Grenoble) : « les morceaux d’avant sont assez tristounets, ça fait du bien d’entendre un truc un peu dansant ». En effet, tous sexes confondus, 80% des sondés relève l’intérêt potentiellement dansant du morceau.

Pour l’album précédent, nous avions conduit le même type d’étude. Elle nous indiquait que 87% de notre public serait constitué d’hommes, vêtus de hoodies noirs, croisant les bras pendant les concerts, ayant une capillarité faciale fournie, mais n’allant pas forcément chez le barbier.

D’après l’analyse, la croisée de ce public historique et du nouveau public attiré par notre dernier album pourrait aboutir à :

  • 244 rencontres amoureuses (à plus ou moins long terme) ;
  • Une vingtaine de procréations.

Chiffres à l’appui, nous pouvons donc affirmer que l’album favorisera une mixité des publics.

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Lost in the Silence

Bien entendu, nous n’oublions pas les 87 % de notre public et lui fournissons ce morceau, car nous avons fait nôtre le slogan de France Boissons : « Servir, Animer, Réussir ».

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TG

Vous voyez ces scènes de film d’heroic fantasy où le leader d’une population opprimée donne un discours de motivation à ses troupes avant l’assaut final ? « Vous vous dirigez probablement vers la mort, mais il vaut mieux mourir pour une cause que mourir à genoux », ce genre de choses ? C’est généralement filmé du point de vue des ennemis ensuite. Les ennemis sont sales, cruels, et prêts à encaisser l’assaut. Leurs armes sont affûtées, on les voit observer la colline en silence, du haut du château qu’ils ont pris. Plan fixe sur la colline, on entend la rumeur sourdre. [SPOILER ALERT] C’est là que l’on voit l’armée dévaler la colline. [FIN DU SPOILER]

TG convoque un peu cette ambiance. Il y a un aspect épique, grandiloquent. Certains membres du groupe ont écouté At The Drive In, Deftones, et ont été traumatisés par Mad Max et Braveheart. Les chiens ne font pas des chats…

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Parallel

Là encore, ce morceau évoque des choses diamétralement différentes selon les différents membres du groupe : certains y entendent des réminiscences de la BO de « Mon Voisin Totoro » (le son du synthétiseur), d’autres une influence des Swans, la guitare du morceau « How Soon Is Now » des Smiths (que tout le monde connaît par la série Charmed. Cessons l’hypocrisie voulez-vous)…

On parle pourtant d’un morceau lent, funèbre même. Mais que voulez-vous, les associations d’idées ne se contrôlent pas.

Pour ce morceau, nous avons été aidés par Les Trompettes de la Mort, des amis jouant des vents et cuivres. Les fanfares sont assez friandes de faire un jeu de mots pour se nommer. Heureusement qu’ils ont choisi ce nom, ç’aurait été plus difficile de les mettre dans les crédits de l’album s’ils s’étaient appelé les Ford Saxo ou les Eskalopes.

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