Techno à Bordeaux : entretien avec Le Voleur

dans ENTRETIENS/MUSIQUE

Le Type s’est entretenu avec Le Voleur, producteur de techno bordelais qui vient de sortir en ce début d’année son premier EP Horizon, et récemment un nouveau titre, “Random MemoriesUne techno efficace, incisive, à la fois punchy et mélodieuse. Entretien avec un jeune talent à suivre de très près.

Crédit photo : Elise Bellot

Le Type : Salut Le Voleur, tout d’abord, peux-tu nous parler de tes premières expériences en musique ?

Le Voleur : Salut Le Type ! Et bien petit tout d’abord, j’ai commencé par des cours de guitare à 5 ans ; j’habitais au Mexique – je suis franco-mexicain – puis je suis arrivé en France à l’âge de 7 ans. J’en ai joué jusqu’à mes 12 ans à peu près et je prenais des cours à la Rock School Barbey. J’étais très fan de rock à l’époque, je faisais des petits concerts etc, c’était très cool. À un moment, je pense que c’était vers mes 13 ans, je me suis lassé de tout ça, de la guitare et la musique en général. Puis j’ai découvert la dubstep et d’autres styles qui étaient à la mode à l’époque, je suis tombé amoureux quoi. Donc découverte du monde de la nuit, les clubs…

C’est à ce moment là que tu as voulu produire ?

Oui, voilà. À cette époque je galérais de ouf, la production tout ça, je débutais sur Ableton que j’avais cracké ! Puis ça commençait à devenir sérieux vers mes 14-15 ans. Je me suis lassé de la dubstep, je n’y arrivais pas trop. Ensuite ça a été la techno, mais surtout minimal ; puis j’ai découvert la trance, et là je m’y suis mis à fond. Cela a duré un moment puisque j’en faisais encore jusqu’à l’année dernière.

Tu as donc eu des projets sous d’autres noms ?

Oui, j’ai eu mon projet principal qui s’appelait Alien Nativemon premier blase solo quand je faisais de la trance. J’avais quelques dates, rien de bien ouf mais c’était quand même assez pro et très cool. Il y a encore quelques productions que j’ai faites et qui sont sur SoundCloud. Mais c’est derrière moi : ce sont des projets passés sur lesquels je ne reviendrai pas. C’est aussi ce qui m’a permis de me construire et d’en arriver à ce que je fais maintenant. Je pense être arrivé à un certaine maturité, dans ma vie en général, et tout ce que j’ai pu réaliser dans différents styles ainsi que la technique, ça me permet de créer la techno que je fais aujourd’hui. Mais c’est propre pour chaque artiste je pense : tu te construis au fur et à mesure des années.

Ensuite il y a eu ce que je considère comme le premier vrai gros projet – du moins le plus qualitatif et professionnel – c’était Altera, le duo que je partageais avec Hugo, un ami. Là, on faisait de la trance et notre ligne directrice c’était de mélanger d’autres genres qui n’avaient rien à voir avec. On créait des sortes de thèmes ; par exemple trance-funk, ou trance-trap, ou des rythmes parfois plus lents, plus chill ou planants. Puis on à décidé d’arrêter car c’était très technique, ça prenait beaucoup de temps à réaliser et ça demandait beaucoup de précision, c’est devenu laborieux. On a pris des chemins différents aussi.

Comment est né Le Voleur ?

J’ai réalisé qu’au fur et à mesure du temps, avec tout ce que j’avais fait ou écouté dans le passé, j’en revenais toujours à la techno comparé aux autres genres. Alors, je me suis dit : “arrête de mentir à toi-même, et fais de la techno”. Pour ce qui est du nom “Le Voleur“, je saurais pas trop l’expliquer, ça vient un peu de nul part. J’étais reparti au Mexique pendant deux années pour finir mon lycée là-bas, et du jour au lendemain il y a des gens qui ont commencé à m’appeler comme ça ! J’ai trouvé ça marrant alors je me suis dit pourquoi pas.

Comment composes-tu actuellement ?

Avec Ableton, toujours. Je n’ai pas énormément de matos, j’utilise le Ableton Push 2, c’est un contrôleur conçu exprès pour, avec 64 pads et des potards, c’est assez intuitif et tu peux même composer quasiment sans regarder le PC. Je me suis vraiment remis à composer à fond depuis fin 2019, en octobre à peu près. Je me fixe des deadlines et j’aime beaucoup fonctionner comme ça ; je m’impose des limites et j’essaie de faire un morceau par semaine à peu près. Je commence en général le mardi ou le mercredi, je fais la composition jusqu’au vendredi et ensuite mixage et mastering le weekend.

Peux-tu nous parler de ce premier EP Horizon, sorti en janvier dernier ?

Alors pour commencer, l’année 2019 à été assez compliquée pour moi au niveau de la musique. Je n’arrivais plus à rien, je ne savais plus du tout ce que je voulais faire. C’était une grosse période de reconstruction au niveau de mon identité musicale, j’avais besoin de savoir vers quoi je me dirigeais. Du coup, au fil des mois, et surtout en fin d’année j’ai commencé à trouver ce chemin ; je suis revenu à la techno comme je disais précédemment. Il y a eu plusieurs tracks que j’ai produites, au final j’en ai gardé quatre, celles qui composent cet EP, et ça raconte une histoire.

Le premier titre, “Teenage Melancholy”, c’est en hommage à mon grand père. C’était quelque chose d’assez fort, je l’ai conçu en deux heures, et j’en ai eu des frissons à la fin. C’était la première fois que je ressentais un truc d’aussi fort  en composant. C’est un peu ça qui m’a poussé à faire l’EP. Je l’ai appelé Horizon car pour moi c’est un peu le début et la fin de tout quoi, comme un but à atteindre et une finalité. Mais d’un côté c’est avancer, il faut chercher à se réinventer, aller de l’avant, évoluer, t’imprégner le plus possible de tout ce qui t’arrive et le faire ressortir comme tu peux, chercher l’horizon.

Peux-tu nous citer quelques unes de tes influences?

Alors, je pourrais citer Maceo Plex, c’est pour moi à la fois puissant, mélancolique et mélodique, ou encore Massive Attack que j’écoute depuis très longtemps. En inspiration première c’est Enrico Sangiuliano qui est sur le label Drumcode. Je trouve que par rapport aux autres artistes de ce label ça n’a rien à voir, sa production est puissante, c’est beaucoup moins monotone. J’aime bien aussi quand c’est linéaire mais je suis beaucoup moins dans ce délire là. Ça se ressent beaucoup dans mon “style” si je peux dire, j’aime qu’il y ait un équilibre entre quelque chose d’émotionnel et que ça touche, et aussi puissant et dansant, car au final c’est de la musique pour bouger quoi !

Tu as sorti ton dernier titre “Random Memories” le mois dernier. Doit-on s’attendre à un nouvel EP ?

C’est encore à voir, je suis sur plusieurs morceaux à côté donc celui-ci reste en single, c’est en quelque sorte le titre banger de l’EP, dans le sens ou c’est un peu plus rapide, il y a un gros kick et une mélodie puissante, c’est plutôt une track faite pour le club. C’est aussi pour ça que j’ai décidé de le sortir seul, je pense qu’il faut parfois des titres accrocheurs ou plus facile d’accès, au lieu de se concentrer uniquement que sur des concepts, et ça permet de se faire connaitre en quelque sorte. Je pense qu’avec plus d’expérience et de notoriété tu peux prendre le risque de sortir des titres purement personnels, avec une identité forte et totalement indépendante, car ton public te suit, et suivra ta musique.

Tu as suivi une formation de technicien en audiovisuel, que cela t’a-t-il apporté ?

Ce BTS ça m’a surtout aidé à comprendre les aspects très techniques dans le son que j’aurais eu beaucoup plus de mal à apprendre par moi même, sur l’informatique par exemple, ou encore les techniques de prise et de traitement du son. J’ai pu parcourir les coulisses de l’audio qui m’apportent une meilleure connaissance de mon matériel et de leurs capacités !

Pour terminer, tu fais parti du collectif bordelais Molécule, comment as-tu intégré l’équipe?

Je les ai contactés courant avril 2019, car je cherchais des dates et ils ont bien aimé mon travail ! Quelques mois après j’ai eu ma première date avec eux au Parallel et j’ai rencontré les autres artistes du collectif au compte goutte, avec qui je m’entends très bien aujourd’hui !
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Merci Le Voleur et à bientôt !

 

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