Les musiques électroniques à Bordeaux en 2019

dans ANALYSES/DIVAGATIONS LOCALES

Alors qu’une année s’achève, on s’est penché à notre modeste échelle sur les tendances qui ont marquées 2019 pour la scène électronique locale. Sans prétention d’objectivité ni d’exhaustivité, on fait le point sur les mouvements, les artistes, les collectifs et les événements qui ont façonné les musiques électroniques cette année à Bordeaux.

Crédit photo : Miléna Delorme

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        L’union de la scène

Événement marquant de ce début d’année, l’arrivée d’Ola Radio dans le sous-sol du café Mancuso en janvier 2019 a indéniablement permis à la scène de se fédérer autour de ce nouveau média. En ouvrant sa grille à une très grande partie du paysage culturel local, la webradio s’est imposée comme une référence, un élément liant, un trait d’union ayant réussi à agréger les collectifs, artistes et crews du coin. C’était d’ailleurs l’ambition de l’équipe, que nous avions rencontré au lancement du projet en janvier 2019 et qui expliquait vouloir “rassembler tout ceux qui font bouger les lignes ici”. En à peine un an d’existence, la webradio s’est ainsi entourée de la plupart des acteur.ice.s de la scène qui, à travers résidences et émissions, peuvent bénéficier d’une plateforme pour expérimenter, tester et développer leur identité artistique au cœur du “hub” que constitue Ola Radio.

En 2019, cette union des crews et de la scène électronique locale s’est également manifestée à travers l’initiative de la FIMEB, la Fédération Inter-associative des Musiques Électroniques de Bordeaux. Cette association lancée au cours de l’été réunit 12 collectifs bordelais bien décidés de promouvoir leur scène auprès du public et des élus. Ensemble, À l’eau, les Amplitudes, le festival Bordeaux Open Air, Canal 113, Eclipse Collective, Electrocorp, MICROKOSM, Ola Radio, L’Orangeade, SUPER Daronne, tplt et Les Viatiques entendent ainsi montrer l’unité d’une scène qui n’a pas forcément toujours brillé par sa solidarité dans le passé.

Ainsi rassemblés, ces promoteurs ont déjà organisé à la MECA des “Journées Électroniques” et entament une tournée des clubs bordelais, avec une première étape à succès au Hangar FL le vendredi 20 décembre dernier. Cette démonstration de force illustre la pertinence de cette union de la scène et la force des crews qui, pour reprendre une expression du programmateur de l’Iboat, “ont pris le pouvoir” aujourd’hui. Le rapprochement entre acteur.rice.s de la scène s’est aussi encore illustré cette année lors de la Fête de la musique qui a vu une multitude d’événements se mettre en place sous le signe de la collaboration.

Cette idée de fédération de la scène reste cependant nuancée par certains. Interrogé par nos soins à ce sujet, un promoteur note certes “l’union des collectifs, mais la mise de côté de certains”. D’autres s’associent d’ailleurs sous d’autres formes, à l’image d’assos de la scène techno locale sous le nom de La Collective, rassemblé au Hangar FL à l’occasion de plusieurs dates en 2019. Derrière, on retrouve notamment Fugitiv’, Canelura, Marée Basse, Horizons, We Are Rave, Kobal, Departed, WH4F, Volition Acoustics, P22, Distill….

Crédit : Arthur Brémond – la FIMEB ayant réuni 3500 personnes pour son premier événement en septembre

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        Le “retour” des clubs

Ayant longtemps pu être considéré par certains comme un frein au développement de la scène, le nombre de lieux à Bordeaux a évolué en 2019 à Bordeaux. Le retour d’un club comme le BT et l’évolution de sa direction artistique s’inscrivent dans cette logique, en venant offrir une alternative aux aficionados de la teuf et de la house qui, jusqu’à présent n’avait pas vraiment de choix en dehors de l’Iboat, qui jouit toujours d’une certaine renommée à Bordeaux grâce à sa programmation soignée.

Mais surtout, c’est l’arrivée en mars dernier du Hangar FL qui vient rabattre les cartes du clubbing bordelais. Par sa jauge importante (autour de 1000 places), l’ancien Space Opera s’est imposé en quelques mois comme un nouveau repère pour les collectifs en recherche de lieux pour organiser leurs soirées, à l’image de L’Orangeade qui en a fait son QG d’after lors du Pavillon d’été, ou de tplt qui y inaugure le 17 janvier une résidence avec l’australien Tornado Wallace.

Cette résurgence des lieux propices à la teuf fait dire à l’ancien résident du 4 Sans (autre club mythique historique de Bordeaux) Leroy Washington, qu’aujourd’hui “il y a un panel assez large de clubs à Bordeaux, entre L’Entrepôt, le Hangar FL, le BT, le Void… pour la taille de la ville et le nombre de clubbeurs, l’offre est assez large”, alors qu’il était interrogé lors d’une émission de Scene city consacrée à la scène artistique bordelaise sur Ola Radio.

Un autre acteur est par ailleurs apparu sur la carte en avril dernier avec le Parallel, à l’emplacement de l’ancien Redgate (mais à la programmation bien différente, plutôt orientée techno et house). Grâce à ses heures d’ouverture (de 2h30 à 10h00), ce spot non loin de la gare a su satisfaire un certain nombre de noctambules bordelais et pas mal de collectifs qui trouvent, là encore, un espace pour organiser leurs fêtes et leurs afters.

D’autres tentatives d’ouvertures de lieux de fêtes ont pu voir le jour (ou la nuit) avec La Cryp†e, le projet en plein centre-ville de Demain Kollectiv dont on n’a plus de nouvelles (MAJ : l’équipe de DK nous précise qu’ils se donnent jusqu’à juin 2020 pour faire aboutir l’initiative). Certains lieux continuent par ailleurs d’exister et d’officier comme espace de diffusion pour les collectifs locaux, à l’instar du Void, qui a été menacé de fermeture cette année, témoignant toujours de la difficulté des opérateurs du milieu nocturne de faire perdurer leurs activités comme nous en témoignions lors d’un focus sur la question des Maires de nuit dans cet article.

Le Hangar FL – retour d’un club à Bordeaux

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        L’ère des open air et la diurnisation de la teuf

Chacun aura pu en être témoin : l’été 2019 a été marqué par une multiplication des fêtes en “open air” à Bordeaux. Chaque week-end comptait son lot d’événements de la sorte, témoignant à la fois de l’engouement pour le format des promoteurs et de l’intérêt qu’il suscite auprès du public. Parmi les fêtes de la sorte, on compte entre autre Bordeaux Open Air et ses dimanches festifs dans des parcs et jardins de la ville, tplt et ses Verger dont le dernier a été célébré en septembre dernier.

Le Pavillon d’été de L’Orangeade, installé rive droite, s’est inscrit dans cette dynamique en proposant chaque week-end de l’été des soirées à l’air libre ,sur les berges naturelles de la rive droite bordelaise. L’ancien Commissariat Casteja a lui aussi été investi pour plusieurs week-ends de festivités proposés par Banzaï Lab. Durant tout le mois de juin, ce Banzaï Land a été le théâtre de différentes activités, entre projections, ateliers, dj set et concerts.

Ainsi, chaque week-end de l’été, le public bordelais pouvait disposer d’un certain nombre d’options en vue de festoyer en “open air”. Cette dynamique a notamment été appuyé par la Métropole et la Mairie de Bordeaux qui, via la saison “Liberté” ou l’« été métropolitain”, ont soutenu et subventionné un certain nombre de projets de ce type, tel que Bordeaux Open Air, le Pavillon d’été de L’Orangeade et d’autres initiatives, avec des montants pouvant grimper jusqu’à 10000 voire 15000 euros.

Cette saison et ce soutien illustre aussi l’intérêt des pouvoirs publics pour faire rayonner le territoire grâce aux musiques électroniques, dans une logique de “marketing territorial”. La saison disposait par ailleurs d’un QG rue du Loup, aux anciennes archives municipales, aménagé par Yes we camp et qui fut également lieu d’accueil d’open air, en plein centre-ville. On notera aussi, à travers ces événements, une certaine “diurnisation” de la teuf cet été à Bordeaux. Et une inversion du rapport nuit / jour ? Pas sûr, même si l’été a été incontestablement marqué par un développement accru de ces teufs en journée. Une tendance confirmée par l’arrivée des formats dominicaux de l’Iboat qui a lancé Domingo le 8 décembre pour clubber le dimanche jusqu’à 23h00.

Crédit photo : Miléna Delorme – Pavillon-d’été

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       Une scène qui rayonne

Annoncée début septembre, la première Boiler Room organisée à Bordeaux a incontestablement été un moment fort de l’année pour les musiques électroniques locales. La célèbre chaîne anglaise s’est associée pour l’occasion avec le collectif tplt qui s’est payé un beau cadeau d’anniversaire pour sa sixième année d’existence. En investissant un monument tel que la Base Sous-Marine, le crew a misé gros et a offert un sacré coup de projecteur à la scène bordelaise. Au-delà de l’organisation historique d’un tel événement dans le Sud Ouest, tplt a joué jusqu’au bout la carte de la localité en proposant un line-up composé en quasi majorité d’artistes de Bordeaux, avec Superlate, Theorama, Jann, Djedjotronic, Blumm et Insulaire.

Pour souffler sa sixième bougie, le collectif tplt a par ailleurs sillonné la France avec ses résidents pour représenter les couleurs locales. D’autres événements se déroulant à Bordeaux contribuent à ce rayonnement, à l’image de Bordeaux Open Air et de ces dimanches festifs qui, sur chaque édition, convient des artistes internationaux. De la même façon, les 3 ans du collectif des Viatiques début septembre, une autre teuf en warehouse de 24 heures a pu faire parler d’elle au-delà de Bordeaux avec un invité de marque : le roumain Raresh.

A son échelle, le projet Scene city que nous avons lancé avec Le Type entend également faire connaître la scène artistique bordelaise auprès d’autres scènes européennes. A travers une série d’événements, ce nouveau média cherche à connecter Bordeaux avec des villes telles que Belgrade, Bristol, Leipzig, Lyon, Kiyv, Vilnius, Moscou, Lisbonne et Tbilissi. Dans chacune de ces villes, Scene city a noué des partenariats avec des partenaires implantés localement et capables d’aider au référencement d’artistes.

La capitale géorgienne a d’ailleurs été mise en avant par la plateforme lors d’un événement en septembre dernier aux Vivres de l’Art. Une série de podcasts va également permettre de faire connaître des artistes et dj’s bordelais, à l’image du boss d’Eclipse Collective (également membre de la FIMEB) Hirschmann qui a récemment enregistré un set d’une heure dans le cadre de la résidence de Scene city sur la webradio de Bristol, Noods Radio.

Boiler Room à Bordeaux : un événement qui fait rayonner la scène locale

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       La techno se porte toujours bien

Toujours active et se renouvelant à l’aune d’une nouvelle génération de collectifs, la scène techno à Bordeaux connaît un engouement important de la part du public qui plébiscite toujours ses teufs en 2019. En warehouse secret ou en en club – avec notamment le Hangar FL, un florilège de crews, anciens ou issus d’une nouvelle génération, s’efforcent de promouvoir des esthétiques rave, acid et techno. Renouant avec l’esprit radical “free parties”, ces organisateurs ont été à l’initiative de fêtes massives à Bordeaux, à la fois en mettant en avant les artistes de la scène locale tout en invitant des gros noms du game techno hexagonal ou international : Fee Croquer, Cleric, Héctor Oaks, VTSS

Derrière ces teufs aux BPM qui dépassent allégrement les 130, on retrouve notamment le promoteur We Are Rave, agence basée à Bordeaux et qui exporte ses soirées et ses artistes un peu partout en France. On peut également encore citer Demain Kollectiv et ses multiples événements à succès qui ont marqué l’année. Témoin du dynamisme de la scène techno locale, DK s’est également constitué en agence de booking en 2019 pour soutenir une flopée d’artistes comme Acouphènes, æsmå, BMD-4, Brune, Diazepin, High Speed Violence, L’Ätlas, Lemane, Murdër, Nobrac, NUITSIBLE, Rorganic, UNNAMED ou YGNOR.

Parmi les autres collectifs actifs en ville on compte également Fugitiv’, Phonik, Canelura, Marée Basse, Horizons, Kobal, Departed, WH4F, Volition Acoustics, P22, Distill, Klub666… Au-delà, les clubs plus anciens de la ville tels que l’Iboat continent d’inviter des artistes phares de la scène techno comme récemment avec Paula Temple et Anetha ; deux soirées à succès qui témoignent de l’intérêt toujours fort suscité par la techno à Bordeaux auprès du public.

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       Cultures queer & activistes de la nuit

Si on ne peut pas dire que les cultures queer ont fait leur apparition en 2019 à Bordeaux, cette année a pour autant été un jalon important dans le développement et la visibilité de cette scène. Portées par des activistes comme Bordelle, Maison Éclose ou Klub666, les esthétiques queer ont été représentées à de multiples reprises dans les lieux et les soirées bordelaises. A commencer par la seconde édition du Bal Queer organisé à La Salle Des Fêtes Bordeaux Grand-Parc en novembre dernier qui a rassemblé la suédoise Gnučči la disco-pop star Corine ainsi qu’un certain nombre d’acteur.rice.s de la scène.

Au-delà, les cultures queer ont pu jouir cette année d’une visibilité importante, avec des soirées au Café Pompier, autre terrain de jeu de Maison Éclose. Lors de la Fête de la musique, l’une des scènes de la ville a vu s’associer Bordeaux Rock avec Bordelle avec un show drag-queens. La marche des fiertés du 16 juin a été l’occasion de voir défiler tout un pan des représentant.e.s LGBTQI+, de la même façon que L’Orangeade a accueilli Maison Éclose lors d’un événement cet été au Pavillon d’été. Darwin pour ses Heures Heureuses, le Festival International des Arts de Bordeaux Métropole ou l’Iboat pour ses 8 ans ont tout autant mis en avant ces activistes drag.

Le ferry bordelais a par ailleurs lancé une résidence dédiée aux cultures queer, avec des invité.e.s de marque comme Prosumer ou Honey Soundsystem, collectif inspiré par l’underground gay de San Francisco. La promotion de cette scène et de ces esthétiques – encore peu visible auprès du très grand public malgré tout – témoigne de la volonté des acteur.rice.s du milieu de mettre en avant une vision militante et inclusive de la fête, tolérante et ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitent expérimenter la nuit à leur manière, sans se soucier de leur appartenance sexuelle ou de leur genre.

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       Une scène solidaire sur la voie de l’engagement ?

Partout, à travers le monde, le dancefloor redevient un terrain de lutte, où les enjeux contemporains ont un écho : libertés individuelles, urgence climatique, accueil des migrants… Aux États-Unis ce sont les rave Melting Point qui s’organisent en soutien des réfugiés et des populations migrantes. A Paris, Les Éveillés s’engagent pour cette même cause. C’est là-bas aussi qu’une “rave pour le climat” à vu le jour cette année. En Palestine ou au Kazakhstan, des collectifs techno recréent des safe space pour des communautés LGBT menacées par un pouvoir autoritaire. Pour ce qui relève du combat climatique, la journaliste anglaise Chal Ravens a récemment détaillé sur Resident Advisor comment la scène commençait à se mobiliser.

En redonnant son rôle moteur de transformation socio-politique à la musique, les acteur.rice.s de la musique électronique renouent avec la dimension “activiste” de leur scène. Et à Bordeaux ? Si on peut difficilement comparer la ville de tradition bourgeoise avec des territoires en lutte comme la Palestine ou le Kazakhstan, quelques crews locaux commencent à s’emparer des enjeux et des crises qui secouent la planète. On a ainsi pu voir passer cet été des événements du collectif Fugitiv’ qui s’est rapproché d’associations telles qu’Extinction Rebellion ou SOS Méditerranée dans le cadre de soirées à l’Iboat qui voyaient les recettes de la billetterie reversées à ces dernières. Le choix des deux structures n’est pas anodin quand on sait qu’elles sont à l’avant-garde de pas mal de combats dans leur domaine respectif ; la rescousse des exilés qui se noient en Méditerranée et le combat pour la justice climatique. De son côté, l’Iboat a également consacré ses mercredis de l’été à des associations, en leur reversant là aussi les recettes de la billetterie (à prix libre).

D’autres initiatives à Bordeaux vont dans ce sens. On a ainsi pu apercevoir cet été une présence du collectif des migrants de Bordeaux sur le Pavillon d’été de L’Orangeade. La mise en place du SoliFest à Darwin confirme la prise de conscience d’une partie de la scène sur les sujets de l’environnement. Pour sa première édition, le festival s’affichait comme un événement écologique et responsable. Des associations étaient notamment présentes pour de la prévention, telles qu’ESSplicite, Eco Mégots, Surfrider Fondation… De son côté, Bordeaux Open Air s’inscrit également dans une démarche éco-responsable. En 2019, l’équipe du BOA : “passe (fièrement) un cap important: aucun déchet n’est produit sur site – que ce soit par l’association ou ses prestataires”. Dans ce cadre, le festival s’est associé avec Aremacs une “association pour le Respect de l’Environnement lors des Manifestations Culturelles et Sportives” pour l’accompagner sur la réflexion de son impact sur l’environnement et a publié sur son site un “rapport d’impact” sur ses actions liées. On scrutera avec attention les engagements des uns et des autres en 2020 sur ce terrain-là.

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