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Interview : Radio Elvis

dans MUSIQUE

Rencontre avec Pierre Guénard (chant et guitare) et Colin Russeil (batterie et clavier) de Radio Elvis avant leur concert à la Teste-de-Buch, en première partie de Bertrand Belin.

Il y a des groupes qui, même face à un public au départ peu enclin au déhanchement, se donnent comme jamais… Perché au sommet d’une vague rock et synthétique, Radio Elvis a dégommé tous les vieux fantômes et autres pantins d’un rock en français sans élan. Un live sans aucune commune mesure avec l’écoute de l’album Les Conquêtes, bien que très largement réussi. Le pied sur la cymbale et les mains sur le clavier de Colin Russeil en pleine face y étaient pour quelque chose.

En clair : un concert puissant, un groupe généreux et un Type ébahi. Le bon pressentiment s’est donc largement vérifié.


Avant le show, dans un Théâtre Cravey sûrement habitué à des soirées beaucoup moins vibrantes, le Type est allé poser quelques questions aux deux tiers de Radio Elvis :

Radio Elvis s’est construit petit à petit. Comment s’est passée la formation du groupe ?

Colin : Le groupe s’est formé autour de l’enregistrement du premier EP. On avait déjà commencé avec Pierre. Puis Manu, qu’on connaissait déjà, nous a rejoint pour nous donner un coup de main. A partir de là, on s’est dit qu’on avait qu’à faire un groupe ensemble. Naturellement.

Pierre : On a dit à Manu : “on va te payer et tu vas rester”

Colin : Plutôt : “on va pas te payer mais tu vas rester !” (rires)

Pierre : Au final, le groupe s’est monté en 4-5 mois.

Au départ, Radio Elvis, ce n’était que toi Pierre qui faisait du slam. C’est ça ?

Pierre : Oui, c’était une étape avant d’avoir un groupe de rock. Ça me permettait d’écrire et de faire de la scène facilement.

A quel moment avez-vous trouvé “votre son” ensemble ?

Pierre : A vrai dire, je ne sais même pas si on l’a trouvé (rires). Dès le début, avec Colin, on s’est dit qu’on voulait garder le côté batterie et clavier qu’il utilise. Ensuite, Manu est arrivé et a voulu faire de la guitare. Cela s’est fait naturellement, sans trop réfléchir. Après, le son a forcément évolué avec l’album et il continue d’évoluer avec la tournée.

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Colin Russeil & Pierre Guénard © Marion Bernès

 

Tu utilises beaucoup de métaphores dans tes chansons, notamment de voyages et de grands espaces. C’est une méthode pour garder une certaine pudeur ?

Pierre : C’est surtout parce que le champ lexical est joli et ça permet effectivement d’exprimer des choses assez intimes. Cela rend le propos universel aussi. L’idée, c’est que chacun se l’approprie, même si ce n’était pas voulu à la base. Et puis tous les artistes qu’on écoute écrivent de cette façon. On n’est pas vraiment dans la chanson réaliste.

Chanter en français s’est imposé spontanément ?

Pierre : Ouais, et j’ai l’habitude de dire que la vraie décision artistique est de chanter en anglais quand on est français en fait. Il y avait une volonté d’écrire, de faire de la musique et j’ai pas trop réfléchi à ça.

Il ressort d’interviews que j’ai pu lire énormément d’influences littéraires, au détriment parfois d’influences musicales. Vous pensez quoi de cette mise en avant particulière des paroles de vos chansons ?

Pierre : En fait, je pense que c’est bien français d’appuyer là-dessus. J’ai finalement plus d’influences musicales que littéraires. J’ai pas fait d’études littéraires, je suis plutôt un autodidacte et je lis de la littérature plutôt populaire. J’ai des influences de lecture mais comme je peux en avoir de cinématographiques, de voyages… Tout est au même niveau, je crois. Je lis comme j’écoute de la musique, avec intensité. J’aime bien dire que j’ai lu peu de livres mais beaucoup. Je m’en imprègne vraiment, quitte à relire plusieurs fois la même page, surligner des passages… J’essaye toujours d’en retirer le plus d’émotions. D’ailleurs, je me souviens très bien de mon premier passage à la librairie Mollat, à Bordeaux, où j’ai acheté mes premiers livres. J’étais dans la ville de Bertrand Cantat, j’en pouvais plus, j’étais comme une jeune fille… (rires)

Vos précédents EPs ont été très bien reçus par la critique et le public. Vous sentiez sur vos épaules une pression particulière avant la sortie de l’album ?

Colin : On avait envie de bien faire c’est sûr. Après, on a beaucoup tourné après les EPs donc il s’est passé quasiment trois ans sans qu’on sorte un disque. On savait qu’on était attendus mais on avait déjà pas mal de morceaux d’avance. On savait ce qu’on voulait, même si artistiquement on était parfois tendus.

Pierre : J’ai le sentiment que la pression arrive plus maintenant en fait. Ça fait une semaine que l’album est sorti, on commence à avoir de bons papiers… C’est plutôt ça qui nous met la pression, dans le sens où on a franchi une nouvelle étape. Mais la pression, c’est aussi et avant tout faire des bons concerts.

Colin : Mais c’est de la bonne pression. La mauvaise pression, c’est être obligé, ce qui n’est pas le cas. Elle peut s’expliquer parce qu’on ne s’est pas trouvés artistiquement ou parce qu’on n’est pas entourés des bonnes personnes. Ce n’est pas le sujet pour nous, vu notre histoire et comment on procède. Tous les signaux sont plutôt cools en ce moment et on profite de ça.

Pierre : La seule angoisse, c’est que le public ne réagisse pas à l’album. Avoir des beaux papiers ne fait pas tout. Et puis, rater un concert nous embêterait vraiment. Pour l’instant, on n’en a jamais raté et j’espère que cela n’arrivera jamais.

On trouve très peu de chansons des précédents EPs sur votre album. C’est une façon de repartir à zéro ?

Pierre : Ça faisait quand même deux ans qu’on tournait avec le premier EP et on se devait de montrer autre chose au public. Pour nous aussi, artistiquement, c’était le propos. Il y avait un côté un peu facile de remettre tous les titres déjà sortis.

Colin : On dit aussi souvent qu’on n’avait pas envie de s’économiser et de garder les dernières chansons composées pour le prochain album. On avait envie de tout sortir maintenant. Et puis, ça tient beaucoup à la façon de considérer les chansons je crois. Je trouvais assez chouette par exemple de garder “Goliath” sur l’EP plutôt que de la ré-enregistrer ou alors de la mettre sur l’album, sans qu’il ait de lien, parce qu’elle n’a pas été enregistrée au même endroit. Ce n’est pas le même son, ni la même histoire en fait.

Parmi vos “anciennes” chansons qu’on retrouve sur l’album, il y a “Le Continent”. Sur l’album, elle est rallongée, dure 14 minutes et clôture l’album. C’était un clin d’œil de finir le disque avec ce morceau particulier ?

Pierre : On voulait finir le disque avec un objet en plus. Sur le double vinyle, le deuxième disque contient une face entière avec ce titre. Sur l’album, il est un peu détaché. Ce n’est pas un morceau caché, c’est juste qu’on voulait le traiter comme un objet artistique à part. On l’a ré-enregistré en studio en prise live. Ce morceau renouait avec notre tradition rock : finir un album avec une chanson de 10 – 15 minutes comme les Doors ou Noir Désir ont pu le faire.

Justement, on vous compare souvent à Noir Désir… Vous vous reconnaissez là-dedans ?

Pierre : Je crois qu’on a tous écouté Noir Désir dans le groupe. Manu est plus Tostaky alors que Colin et moi on est plus d’accord sur les débuts et le dernier. Mais oui, on comprend la comparaison parce qu’il y a la même démarche en fait. Ça m’a aussi ouvert sur la scène rock des années 80, notamment rennaise, et les Doors. C’est vraiment un des premiers groupes que j’ai écouté, avec Louise Attaque. Je me suis aussi mis à lire après ça et je me suis mis à chanter en reprenant du Noir Désir.

Depuis la sortie de l’album, il y a un gros emballement médiatique autour de vous. Comment vous arrivez à gérer ça tout en restant un groupe “étiqueté indé” ?

Pierre : La cocaïne. (rires)

Colin : On s’habitue à avoir presque tous les jours quelqu’un qui nous appelle pour nous dire qu’il nous a vu à la télé ! (rires)

Pierre : Après, on a une équipe qui nous suit et tout est bien organisé. Ça reste fatiguant par moments mais ça fait longtemps qu’on travaille pour ça.

Colin : Et puis, comme le titre de l’album le laisse entendre, on est toujours en mode “conquête”. C’est super excitant d’aller chercher des gens.

Et il y a un souvenir particulièrement marquant dans ces derniers moments ?

Colin : Peut-être notre premier direct à C à vous.

Pierre : Taratata aussi c’était cool. En plus, on est nés avec. C’était nos premières grosses télés donc un stress assez intense.

Pour finir, qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Colin : Un bon concert pour ce soir déjà !

Pierre : Plein de concerts et que le disque soit bien reçu par le public.


Bonus :

Pour vous rendre compte de l’intensité scénique de Radio Elvis, le Type ne peut que vous conseiller d’écouter leur session live sur France Inter du 11 avril. Bon casque de rigueur.

Radio Elvis sur les internets :

Photos : Marion Bernès

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