Rencontre avec NONMA

dans MUSIQUE

Dj installée à Biarritz et membre du collectif sans frontières Flow-fi, NONMA a animé 2015 avec une série de mixes publiés sur Soundcloud mettant à l’honneur un groove à la croisée des genres. Le timing était donc idéal pour évoquer avec elle son parcours, ses projets futurs mais aussi sa vision de la place des femmes dans la musique.

Peux-tu te présenter en deux mots pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Je m’appelle Manon. J’ai 25 ans, j’habite à Biarritz. Je suis dj à mes heures perdues mais avant tout passionnée de musique et diggeuse archarnée.

Tu es membre du collectif australien Flow-fi, raconte nous en plus sur cette connexion ?

En fait, Flow-fi c’est vraiment international, le roster est composé d’artistes des 4 coins du monde. Le collectif  a été créé par des artistes que je suivais de près en 2013/2014 (Aywy, Fortune, Subdaio…).

Je commençais tout juste à poster des mixes sur mon Soundcloud. On avait tous plus ou moins les mêmes influences (à savoir tout ce qui était « future beat »/hip hop) c’est ce qui a fait la connexion. Apres avoir échangé quelques tweets et messages, le producteur parisien Maximus MMC m’a fait la proposition de rejoindre le collectif, c’était une bonne surprise. Le label a pris du poids et ses artistes aussi en 2 ans, certains tournent désormais dans le monde entier, je suis fière d’eux.

Il est vrai que le milieu du mix est majoritairement masculin, comment tu vois la place des femmes dans la musique aujourd’hui ?

Ces dernières années on a quand même pu voir une évolution. Il y a eu de plus en plus de soirées organisées avec des filles derrière les platines, notamment à Paris ou dans les grandes villes (c’est aussi grâce à la montée des labels comme Soulection par exemple) je trouve ça vraiment chouette. Dj c’est une passion, un talent et une profession. Ce serait bien que l’étiquette masculine associée à cette pratique s’efface petit à petit. L’image de la fille dj « sexy » persiste encore, une fille qui mixe c’est souvent attractif simplement parce que c’est une fille. Je trouve ça lassant et dépassé. Mais c’est bien parti pour changer.

Ce qui serait bien aussi c’est voir la pratique du beatmaking et la production de musique en générale se développer chez les filles. Pour le coup, si il y a peu de dj femmes, il y a encore moins de beatmakers femmes. Je trouve ça tellement dommage. Je suis persuadée que les femmes auraient bien des choses à apporter que ce soit dans la production de beat de rap ou d’electro, une sensibilité, une vision différente…

Et justement, comment tu expliques qu’il y ait moins de femmes à la production ?

En fait je pense que c’est parce que pour produire de la musique avec un ordinateur et des logiciels il faut avoir un coté geek, qui fondamentalement est plus associé aux garçons… Les filles auraient plus tendance à jouer d’un instrument « réel ».

De plus, le beatmaking est un terme qu’on associe au rap/hip-hop en général et produire pour des rappeurs est quelque chose qui a sans doute attiré les garçons plutôt que les filles à l’origine. Cependant c’est intéressant de voir que de plus en plus de chanteuses produisent leur propre musique et posent leur voix dessus. Il y a aussi aujourd’hui des filles très reconnues dans cette pratique, je pense par exemple à Wondagurl.

Ton dernier mix s’appelle « No Rap Mix », est-ce une réaction à une tendance rap qui prend de plus en plus de place ces derniers temps ?

Je l’ai appelé comme ça car c’était le premier mix que je postais sur mon Soundcloud sans aucun track de rap. Du coup c’était juste pour annoncer un peu la couleur avant l’écoute.

Tu partages essentiellement des mixes, est-ce que tu t’es déjà essayée à la production ?

Oui bien sûr, c’est une chose que je rêve de faire en fait. La nuit je rêve même que je fais des beats super cools. Et je me réveille déçue, sans aucune compétence.

J’ai téléchargé des logiciels de productions, Ableton, Fl studio… j’ai bidouillé des trucs. Mais ça demande vraiment de la patience, du temps, de l’entrainement, du visionnage de tuto… Je ne perds pas espoir d’arriver à faire quelques chose dans les mois ou années à venir, en attendant j’écoute ce que font les copains et donne mes idées et avis.

Quelle place a la musique dans ta vie aujourd’hui ?

La musique est clairement vitale, comme pour beaucoup. J’aime vraiment écouter de nouvelles choses tous les jours et prendre des claques sur des morceaux. Je fouine partout à la recherche d’une perle. La musique selon moi, c’est le moyen d’expression le plus efficace, le plus puissant et le plus communicatif. Il n’y a pas de musique sans rencontres et de rencontres sans musique.

J’ai moins eu l’occasion de me concentrer sur le label et les dj sets ces derniers temps. Je joue toujours un peu de musique dans les bars à Biarritz (penser local c’est important !) j’ai d’ailleurs rejoint le collectif « Musique d’Apéritif » qui organise pas mal de concerts, soirées, expos et se bougent les fesses pour faire vivre un peu le coin. J’aime beaucoup leur enthousiasme et leur état d’esprit.

Sinon, je pense upload un mix (un peu différent) très prochainement.

Quels sont tes prochains projets ?

Mon vrai plaisir c’est plutôt d’aider les autres à faire connaitre leur projet, partager, discuter. En plus de mon truc perso, l’envie de créer un blog/site qui parlerait justement des femmes dans la musique et qui donnerait peut être envie à celles-ci de se lancer dans la production de musique me trotte dans la tête depuis un moment maintenant. J’aimerais vraiment me pencher dessus. C’est une affaire à suivre.

Si tu devais en choisir un, avec quel artiste aimerais-tu partager les platines le temps d’une soirée ?

Un artiste, c’est super dur… En fait je dirais avec tous les gars de Flow-fi ! Mais sinon je choisirais surement Kaytra…parce que ses influences sont géniales et que je l’affectionne particulièrement.

Pour finir, quels ont été tes coups de cœurs musicaux en 2015 ?

Bon sans surprise l’album de Tame Impala est une pure merveille. Ceux de Kendrick et Tyler the Creator également. Plus récemment celui de King Krule.

Et en vrac, j’ai eu un coup de coeur pour les projets/albums/eps  de Anderson Paak, Sevdaliza, Toro y moi, Unknown Mortal Orchestra, River Tiber, Tory Lanez, Potatohead People, Nao, Maribou State, The Internet, Tuxedo…(et tellement d’autres).

Et Bordeaux ?

Où est ce qu’on peut te voir danser le samedi soir jusqu’à 5h du mat’ ? Je ne vais pas être originale, mais je vais dire l’Iboat. La programmation est cool. On y croise les copains. Et j’ai fait mon 1er set là-bas, forcement c’est sentimental.

Où est ce qu’on peut te voir manger un dimanche midi (le lendemain donc…) ? Dilemme, je ne mange pas vraiment le lendemain de cuite… Mais je peux conseiller un burger chez Edmond Pure Burger ou au Kokomo.

Dans quel quartier peut-on te croiser avec un appareil photo ? J’aime beaucoup le vieux Bordeaux, quartier Saint Pierre ou chiller sur les quais quand il n’y a pas trop de monde.

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