La renaissance de la scène chilienne

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Quand on parle du Chili, on pense forcément à la grande figure du socialisme que fut Salvador Allende, à l’écrivain engagé Roberto Bolaño ou encore à l’artiste touche-à-tout Alejandro Jodorowsky (dont, camarade bordelais, tu as certainement dû voir la rétrospective au CAPC). Mais le Chili c’est aussi et surtout une scène musicale électronique qui, après avoir émergé à la fin des années 90 puis connu un passage à vide, est en plein renouveau. Tour d’horizon de ces artistes chiliens que l’on a tant aimés et de ceux que l’on aimera.

L’évolution de la culture d’un pays est souvent liée à son histoire politique. C’est d’autant plus vrai pour le Chili. Retour en 1973. Le général Pinochet prend le pouvoir à la suite d’un coup d’état. Les répressions seront légion et, durant les années qui suivirent, de nombreuses familles quittèrent le pays pour l’Allemagne. La plupart s’installeront à Cologne, ville où l’on retrouve encore une grande communauté d’origine chilienne. L’émulation aidant la créativité, des artistes comme Matias Aguayo émergent et sont soutenus par les grands labels locaux comme Kompakt Records. Leurs productions seront d’inspiration minimale et micro house. La marque de fabrique de Matias Aguayo vient du fait qu’il n’hésite pas à utiliser des sonorités latines et à poser sa voix sur ses sons, ce qui lui a permis de moderniser l’approche de la tech-house et qui inspirera de nombreux autres artistes.

Bien sûr, aux côtés de Matias Aguayo comment ne pas parler de Ricardo Villalobos. Contrairement à Aguayo, Villalobos s’exilera à Berlin avec sa famille. C’est grâce à un label berlinois, Playhouse, qu’il gagne en notoriété dans les années 90. Aussi bien influencé par Depeche Mode que Philip Glass, il a une approche un peu moins club de la musique que Matias Aguayo et est, avec ce dernier, la figure de proue de la scène électronique chilienne.

A ces « anciens », bien qu’encore en activité, a succédé celui unanimement considéré comme un des plus talentueux de la nouvelle génération, Nicolas Jaar. Si talentueux que même le très exigeant (mais surtout très snob) Pitchfork a salué tous ces albums. Contrairement a ces deux illustres aînés, il navigue davantage dans un univers ambient que tech-house. Et comme tout ce qu’il touche se transforme en or, rappelons qu’il était la moitié de l’éphémère mais non moins excellent duo Darkside. Et pour ne rien gâcher au plaisir, signalons que sa mère est française !

Néanmoins, si ces trois noms sont extrêmement connus, d’autres jeunes artistes chiliens ont commencé à faire énormément parlé d’eux ces derniers temps. Principalement par l’intermédiaire du jeune label Comeme Records (Matias Aguayo, DJs Pareja, …), fondé en 2009, qui vise à accompagner de jeunes artistes sud-américains. En ce qui concerne la scène émergente chilienne, citons notamment Diegors qui a déjà sorti trois projets sur ce label.

Un autre label très engagé dans la promotion de la culture tech-house latino-américaine est Sanfuentes Records créé par Vicente Safuentes. On peut y retrouver Roman & Castro qui nous délivrent un son énergique, sombre, fou et résolument club-friendly. Leur dernier EP, Bajo, a d’ailleurs été salué par des mecs comme Tim Sweeney ou Boyz Noize.

Mais s’il ne devait en rester qu’un, ce serait Alejandro Paz. Le digne héritier de Matias Aguayo, qui reprend ses codes de productions tout en arrivant à moderniser le concept. Un excellent dernier EP, sorti en collaboration avec le parisien La Mverte, mais surtout un sublime premier EP, « Free », dont est tiré le très obsédant « Duro ». Ce petit tour d’horizon permet de se rendre compte de l’énorme potentiel de la scène chilienne. Et à ce niveau là, nul doute que l’avenir leur appartient.

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