[INTERVIEW] Marc Desse

dans MUSIQUE

Une soirée pop, pluvieuse et froide au Chicho, calée à la fin de l’été indien. C’est comme si la pluie bordelaise s’étais mise d’accord avec Marc Desse pour bien planter le décor de sa venue. En effet, cet “adopté” de Bordeaux Rock est plus cuir noir que paillettes, plus liqueurs brûlantes que lait-grenadine. Il délivre dans son album Nuit Noire un rock grinçant, faussement naïf, mais pas dénué de lumière.

Le Type est allé poser quelques questions à ce garçon clair/obscur, juste avant son concert. Un concert aux accents caniculaires, ibériques (les présents le savent) et salvateurs.

Question d’introduction, est-ce que tu as toujours voulu être musicien ou est-ce que tu as plutôt eu un déclic un beau jour, sans prévenir ?

J’ai eu un déclic assez tard en fait. J’avais fait de la musique quand j’étais petit, du piano. Je me suis servi d’un déménagement comme prétexte pour arrêter cette corvée du solfège. Ensuite, je suis parti vivre en Espagne et c’est plus tard, quand j’ai commencé la fac, vers 19-20 ans, que ça m’est venu. J’écrivais déjà des textes, j’étais un étudiant en lettres assez idéaliste et je rêvais d’écrire un bouquin. Mais en fait, j’ai adoré pouvoir mettre tout de suite mes textes en musique. J’ai jamais vraiment pensé à faire de la musique mais une fois que tu es lancé et que ça fait longtemps que tu fais ça, tu te vois pas faire autre chose.

Ok et comment s’est construit ton album ? Tu l’as fait seul ou en groupe ?

Tout seul. Je ne pensais pas être capable de faire tout un album. En fait, comme je faisais tout, tout seul, j’arrivais pas à trouver une cohérence entre les morceaux le temps de les produire. Mais pour cet album, je me suis vraiment lancé comme un devoir de le finir.

Mais c’était pas une corvée quand même ?

Non c’était pas une corvée, j’ai adoré ça. J’ai juste rarement été autant vraiment dans la musique, à penser à toutes les parties, à chaque instrument… J’y pensais jour et nuit à cet album, comme tout projet que tu élabores et construis en fait. Je faisais ça quand je pouvais, souvent le soir. Et je suis allé très vite, ce qui fait que j’ai réussi à avoir cette cohérence que je cherchais à obtenir. Quitte à laisser des imperfections.

Tu dis que tu as travaillé sur cet album surtout la nuit. C’est vrai qu’on sent sur tes chansons une ambiance nocturne bien particulière.

Ouais, même pour les voix, je chantais assez bas, j’essayais de pas faire trop de bruit… C’est vrai que je pouvais travailler sur les chansons le jour mais quand c’était le cas elles me plaisaient moins.

marc_desse

En ce moment, j’ai l’impression que la scène française s’inspire beaucoup de la pop des années 80 type Daho ou Taxi Girl. Je pense notamment à La Femme, Lescop… Tu te reconnais là-dedans ?

C’est tous des potes. Après, musicalement, on a plein de choses en commun, on est de la même génération de musiciens…

Et tu penses pas qu’on assiste à une sorte d’émulation vu que tous ces projets arrivent à maturité presque en même temps ? 

Ouais enfin ça fait un petit moment je trouve qu’il y a cette émulation. Mais c’est vrai qu’avant, quand je jouais dans un autre groupe, c’était impossible de trouver un plateau de groupes qui chantaient en français. La Femme est arrivé après, il y avait déjà Mustang… Ça a fait réaliser à d’autres groupes qu’ils pouvaient y aller. Après, des groupes qui restent originaux et qui ont de la personnalité, pour moi, il n’y en a pas tant que ça. C’est vrai qu’on a appelé ça “le renouveau 80’s” mais pour moi c’est pas que ça. C’était peut-être un moyen justement pour chaque groupe de trouver son style propre.

Au niveau de tes clips et de tes visuels, c’est toujours très soigné. Est-ce que tu es directif pour ça, notamment avec les personnes avec qui tu travailles ?

Ça se fait au feeling, mais je sais ce que je veux. Pour les clips, ça a surtout été des rencontres à des soirées, comme avec Maéva Pensivy avec qui j’ai collaboré sur trois clips, dont « Ma Fiancée ». Pour le clip de « Griffith Park », j’avais rencontré un brésilien à Paris à qui j’ai proposé de réaliser le clip sur un coup de tête. Et à part pour ce clip où j’avais déjà une idée bien précise de ce que je voulais, tous les clips ont été conçus par les réalisateurs. Je leur ai laissé carte blanche.

C’est Hedi Slimane en personne qui a signé la pochette de ton EP. Comment ça s’est passé ?

C’était très chouette, un moment inoubliable. En fait, j’étais invité aux défilés Saint Laurent depuis presque deux ans, et puis on s’est présentés. On a déjeuné ensemble et ça s’est très bien passé. Et c’était sans savoir qu’on allait travailler ensemble un jour. Ça a vraiment été d’abord un ami. Je le vois comme un vrai mélomane avide de nouveautés.

Après il y a eu la fameuse campagne avec plusieurs groupes français.

Oui, exact. C’est venu après. Il invitait de plus en plus de groupes à ses défilés et un jour il nous a parlé de ce projet. C’était vraiment génial de tous se retrouver à Los Angeles pour ça.

Pour finir, j’aimerai te poser quelques questions par rapport à la nuit, thème central de ton album comme tu le disais. S’il y a un titre que tu peux écouter toute une nuit en boucle ?

Je vais te dire le titre que j’écoute le plus en ce moment : « Two weeks » par The Proper Ornaments. Ces derniers temps je l’ai vraiment beaucoup écouté. Après il y en a plein d’autres, c’est difficile…

Une personne avec qui parler toute la nuit ? Tu as le droit de ressusciter les morts.

Serge Gainsbourg. Ça pourrait être vraiment pas mal.

Plutôt lever ou coucher de soleil ?

Lever !

Et la meilleure ville la nuit ?

Hum… Écoutes, là tout de suite, j’ai envie de dire Bordeaux !

Je le note mais t’es pas obligé.

Je sais pas, il y a plein de villes que j’aime. Paris, Lisbonne, Los Angeles, Detroit – même si c’est un peu glauque, Madrid… Ouais allez on va dire Madrid !


Marc Desse est sur Facebook, Twitter et Instagram.

Photos : Miléna Delorme

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