[Critique] LA ISLA MíNIMA

dans ÉVÉNEMENTS

Date de sortie : 15 juillet 2015 (Durée : 1H44)
Réalisateur : Alberto Rodríguez
Casting : Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez
Nationalité : Espagnole
Distributeurs : Le Pacte

Un polar efficace maniant scrupuleusement les codes du genre tout en insufflant davantage de nuances

Au cinéma le 15 juillet prochain, La Isla Mínima nous entraîne dans une Espagne reculée et déserte afin d’y suivre une enquête policière macabre.

Le moins que l’on puisse dire est  qu’il connaît actuellement un certain succès public et critique dans son pays où il a remporté 10 Goyas (l’équivalent des César), dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur, devançant le pourtant très réussi Les Nouveaux Sauvages. A l’image du film allemand Victoria dont nous vous parlions la semaine passée, La Isla Mínima a traversé les frontières pour séduire le festival du film policier de Beaune et y recevoir 2 trophées : Prix Spécial Police et Prix de la Critique.

La-Isla-Minima-3

SYNOPSIS :

Années 1980 dans l’Espagne post-franquiste. Deux flics que tout oppose sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au cœur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu’à l’absurde et où règne la loi du silence, ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

NOTRE AVIS :  7 / 10

UNE TRAME SOCIALE ET HISTORIQUE

Le récit prend place au début des années 80, dans une époque marquée par la difficile transition démocratique. L’Espagne a été profondément affectée par cette sortie du régime, notamment au niveau du développement et l’autonomie de certaines de ses régions. La Isla Mínima nous montre bien le climat tendu et le phénomène de « désenchantement ». L’histoire commence directement durant la période du sombre renouveau, après la joie et l’exaltation apportées par la libération que le spectateur peut facilement deviner.

Ici, on voit un gouvernement balbutiant et une Andalousie terrassée par des problèmes socio-économiques : la désertification de la région par ses habitants, les grèves de la population ouvrière, les faibles récoltes dans ces terres hostiles à l’agriculture…

DES PERSONNAGES ANTAGONISTES

Sans une réelle introduction qui aurait pu présenter les personnages, on découvre directement ce duo de policiers. Pedro est un jeune policier ambitieux, pointant du doigt la corruption et le manque d’intégrité du système et des pratiques. Il reflète cette jeunesse espagnole idéaliste démocrate des années 70-80 se confrontant aux institutions. Juan est un « vieux de la vieille », rodé par le métier et aux méthodes peu conventionnelles. Il est prêt à utiliser tous les moyens pour résoudre son enquête : bakchich, menaces et usage de la force. Ce contraste entre les deux personnages nous a légèrement déçus car il emprunte les clichés du genre, avec notamment le flic réglo qui dévie du droit chemin, ayant recours aux mêmes pratiques que son collègue pour élucider les meurtres commis.

Sans temps morts, les enquêteurs s’appuient sur tous les détails leur passant entre les mains. Bien que ce traitement permette de ne jamais laisser tomber le rythme, l’enchaînement des péripéties fait parfois perdre le fil du récit. On en vient par moment à se demander comment ils en sont venus à trouver tel lieu ou rencontrer telle personne. Finalement, en avançant rapidement dans l’histoire peu de doutes ou de suspicions ont le temps d’émerger. Le film aurait gagné a davantage dissiper et pondérer les indices.

UNE DUALITÉ OMNIPRÉSENTE

Le film nous a fait penser à la représentation d’un mal endémique, revêtant différentes formes. D’après nous, il existe ici une comparaison entre la force et l’hostilité de Mère Nature d’un côté et la cruauté et l’animosité résidant dans la nature humaine de l’autre.

Dès le générique du début, on survole tel un oiseau les sublimes paysages de la région en vues aériennes. Ces plans, réutilisés durant le film, nous montrent une nature saturée en couleurs et aux contours parfaitement dessinés. Elle est maîtresse des ces lieux sauvages qualifiés de « misérable splendeur » par le réalisateur. En revanche, une fois les pieds sur terre parmi les hommes, les images deviennent plus ternes. Cette connotation permet d’insérer la noirceur de l’homme face à la pureté de la nature. La nature s’oppose à l’homme, la coloration à la lividité, l’aridité du début à la moiteur dans les scènes de fin, le bien au mal, la vie à la fatalité.

L’ambiance nous a beaucoup fait penser au film Memories of Murder (situé dans la Corée du Sud des années 80), ou encore à la série True Detective (dans les bayous de la Louisiane). On suit l’évolution d’une enquête macabre dans des provinces reculées où des jeunes femmes sont mystérieusement assassinées. La Isla Mínima utilise des ingrédients similaires tout en réussissant à développer son propre univers.

La-Isla-Minima-2

L’angle de la caméra souligne également le désir constant d’opposition. Lors des interactions entre les personnages, l’utilisation presque systématique du champ-contrechamp procure un effet de miroir. Le recours à ce procédé est extrêmement judicieux de la part du réalisateur, faisant de chaque discussion un face à face où rien n’est laissé au hasard et où les non-dits règnent.

LA SYMBOLIQUE DE L’OISEAU

A plusieurs passages, on remarque la présence non anodine d’oiseaux faisant leur apparition auprès du personnage de Juan. Notre interprétation est qu’ils sont représentatifs de sa peur de mourir et de la fatalité. En considérant le passé du personnage, qui n’est pas irréprochable, ces oiseaux sont des êtres de l’au-delà, témoins des actes commis sur terre. Les oiseaux incarnent une forme de pureté observant, comme lors des plans aériens, les comportements des hommes vus du ciel. L’un des personnages incarnant une voyante lui annonce d’ailleurs froidement : « les morts vous attendent ».

**

Ce qui nous a énormément séduits est la manière peu usuelle de poser l’intrigue. Toutes les clés et explications ne sont pas fournies au spectateur. Cela pourra en décevoir certains ou en ravir d’autres comme nous, mais le film à néanmoins le mérite d’avoir ce parti pris.

En définitive, cette enquête parfaitement menée reste intriguante et prenante de bout en bout. La force du récit réside dans sa mise en scène noire, sans temps morts et avec des personnages charismatiques. Faites-nous part de vos impressions !

**

La-Isla-Minima-1

@sebastienuguen

6 Comments

  1. ……..et à la fin .. avez vous trouvé… sur la pellicule.. l’homme à la grosse montre qu’on ne distingue pas vraiment….? ahaha……….

  2. La “grosse montre” possède un bracelet à anneaux…. un seul homme dans le film a ce type de montre, et la réponse se situe vers 1:17:00 :-)

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernier de ÉVÉNEMENTS

0 0,00
Retourner là haut