Thee Oh Sees @ BT59, 2 juin 2015

dans MUSIQUE

Ça fait longtemps qu’on entend parler de Thee Oh Sees, mais ça fait bien plus longtemps qu’ils existent. Épine dorsale et tête pensante, seul maître à bord, John Dwyer traîne ses tatouages fanés par le soleil californien sur la scène “underground” de San Francisco depuis une vingtaine d’année. Preuve que la persévérance paie, la renommée – toute relative – qu’on lui connait dans le milieu du rock est arrivée il y a quelques années, après maints albums et tournée locales. Parce qu’il est prolifique le blondin, et depuis 2004 il ne se passe pas 365 jours sans qu’un album ne se montre. Certains de mes amis disent même qu’ils sont tous excellents. Pour être franc je n’ai pas tout écouté, ce genre de friandises je l’aime chaud. En direct. Live. C’est de l’énergie brute, une émotion brutale que ne peut retransmettre un morceau de plastique. Je me souviens même que la première fois que m’a été présenté la musique de Thee Oh Sees, je n’ai pas accroché. Pas du tout. C’était il y a quelques années maintenant, et je dois avouer que depuis, j’ai mis de l’eau dans mon vin. Bref, Thee Oh Sees, c’est à voir.

Je suis entré dans le BT59 juste à temps pour voir Ausmuteants monter sur scène. J’ai donc raté Yonatan Gat, qui a d’après mes sources a livré une prestation guitaristique d’ordre “expérimentale”, directement en communion avec le public, dans la fosse. Qui n’était alors pas encore le théâtre de déchainement de violence inouïe qui a suivi. Ausmuteants, c’est violent. Du punk assez pur, fruit de l’union des Bad Brains et des Ramones. La provocation et les rythmes effrénés des premiers, la fausse naïveté mais vraie désinvolture des seconds. Ils sont jeunes et paraissent un peu crétins, mais j’ai l’impression que ce n’est qu’une impression. Armés d’un je-m’en-foutisme attachant, les quatre gaillards se démènent sur scène. Le batteur en chie, en permanence au bord de la rupture mais toujours dans le temps. Ça sue, ça hurle, ça invective tout le monde mais particulièrement la police, l’ambiance est électrique et énervée. D’ailleurs vous remarquerez qu’il n’y a aucune photo de cette première partie pourtant méritante, c’est parce que le Type photographe a préféré sauter partout. Lorsque le chanteur lâche le clavier pour chopper sa guitare, on entend un larsen intermittent sur les deux chansons suivantes. C’est comme ça. C’est comme ça que ça fonctionne chez Ausmuteants, et c’est très bien. Même quand il se met des mandales. C’est du spectacle, pas toujours maitrisé peut-être mais l’énergie infantile et frivole qui se dégage de la scène contamine tout le monde. Même monsieur Dwyer qui ne les quitte pas des yeux.

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Quand l’assaut australien est terminé, on se rue comme tout le monde vers l’espace fumeur extérieur. Coupé en deux au profit des “loges” pour les musiciens. C’est de ce poste stratégique qu’on peut voir qu’il y aura non pas une mais deux batteries sur scène pour Thee Oh Sees. Et deux batteurs bien entendu. L’effet sonore est impressionnant de puissance, mais visuellement, c’est génial. Car les deux percussionnistes sont au centre de la scène, et font exactement la même chose. C’est un simple doublage. Les bras se lance ensemble à l’assaut de la crash et virevolte simultanément autour des toms, c’est beau. C’est surtout beaucoup du travail en amont, je pense, la synchronisation n’étant pas un exercice facile. Bassiste côté cour, guitariste côté jardin, deux cariatides pour soutenir cet édifice bicéphale qui fait un boucan d’enfer. Au programme des chansons toujours aussi bonnes, un jeu de scène statique mais sincère, une grosse saturation un peu partout et toujours cette multitude d’effets dont Dwyer s’est fait une spécialité ! Voix et guitares sont passées à la moulinette de sa machine infernale, dont il triture sans arrêt les potards. Cet artifice devenu indispensable à Thee Oh Sees est toujours utilisé à bon escient, pas trop mais assez pour qu’on reconnaisse la patte du guitariste. Et c’est là que le groupe puise son côté psychédélique, sans quoi il ne serait qu’une goutte de plus dans l’océan “garage” d’aujourd’hui. Le “garage” est à la mode chez les rockeurs (l’adjectif en lui-même est sur-utilisé, évoquant l’indépendance artistique et le fameux DIY qui ont le vent en poupe. Ironie du sort, c’est devenu très vendeur), et Thee Oh Sees est un des favoris, voire une référence, actuelle s’entend. Tant mieux pour eux, tant pis pour les autres, dans tous les cas la musique est sincère et vient clairement des tripes. C’est tout ce que je demande, c’est tout ce que le public présent ce soir demande.

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