mes chers deboires

Mes chers déboires #1

dans ART ET CRÉATION

Lui et moi, c’était une affaire qui marche. Bientôt cinq mois passés côte à côte et la flamme était toujours intacte, distillant une apaisante luminosité légèrement bleutée. Nous étions tel un couple en perpétuelle Lune de Miel. On était toujours ensemble. Main dans la main. Cela semblait devoir durer pour toujours. Évidemment, rétrospectivement, cette pensée peut paraître naïve et stupide, mais que voulez-vous, l’amour rend aveugle. D’autant que le réseau tout entier était de mèche, plus rapide que jamais dans sa détermination à entretenir notre félicité. Mais, à vrai dire, nous limiter à deux amis inséparables est une sémantique trop réductrice. C’était bien plus que ça. Aucun mot, d’aucune langue, n’a encore été inventé pour qualifier notre relation. Il était une partie de moi-même, m’accompagnant où que j’aille. Au final, le romancier américain Chuck Palahniuk a raison : « Des gens que vous aimez vont mourir. Rien de ce que vous chérissez ne sera éternel. Et il me faut bien concevoir ce fait ». J’en fais sûrement trop, mais merde quoi ! T’étais peut être qu’une machine, mais qu’est-ce que tu me manques iPhone 5C !

Ce qu’il s’est passé, c’est une putain d’injustice. Un enfoiré de coup du sort. C’était un vendredi à la fin du mois d’août dernier et je pensais être en règle avec le Grand Tout. Sauf que non, il était décidé que je n’avais pas suffisamment mangé de pain noir pour la journée et devais verser un tribut supplémentaire. Le point de départ à cette journée pourrie trouve sa source vers dix heures ce matin-là. Mais pas immédiatement, car le drame se jouera tard dans la nuit – ou tôt le samedi, au choix. Entre temps, j’avais rallié la Gare Montparnasse pour y prendre un TGV direction Nantes. Pour y faire quoi, vous demandez-vous ? Vous êtes un peu curieux, mais ça va, je comptais vous le dire. Je me rendais à la Cité des Ducs pour raison professionnelle. Enfin ça, c’est le terme que j’emploie pour faire référence à un rattrapage. Ça sonne mieux, vous comprenez. Si j’ai eu à retourner dans les locaux de mon école de communication et médias avec pour objectif d’en finir avec mon Master 2, c’est entièrement de ma faute. Plus précisément de l’une de mes erreurs tactiques : l’honnêteté.

mes chers deboires
Flashback – Quelques semaines auparavant.
Malgré les avertissements de mes proches et de mes amis quand je leur confiais mes intentions – « Non, ne dis pas ça, c’est une mauvaise idée » -, je me suis obstiné à mettre en forme les conditions de mon échec. C’est triste à dire : en ce bas monde, une terre de dépravation en constante décadence, la vérité n’a plus sa place. Les tricheurs y sont rois et seuls les menteurs triomphent. Après avoir fini de soutenir mon mémoire de recherche, est arrivée la partie consacrée à mon projet professionnel, et j’ai lancé à l’assistance – en réalité deux jurés – : « J’aurais pu trouver un métier, n’importe lequel, et vous dire avec assurance – parce que si j’ai l’air convaincu et sûr de moi, vous y croirez –, que mon futur est tout tracé mais non, je vais plutôt être honnête… ». Une fois que j’ai eu fini de parler, après un bref instant de silence, les deux enseignants-chercheurs m’ont souri, se sont levés et m’ont applaudi. J’aurais aimé mais non, ça, c’était dans ma tête. Ce qu’il s’est passé, c’est qu’ils ont fait la moue et l’un d’eux a livré le verdict : « Faut vraiment que vous arrêtiez de vous tirer des balles dans le pied ». Certes, cette stratégie ne manquait pas d’attrait, disposait d’un côté cinéma, comme quand le personnage principal déchire le discours qu’il avait rédigé pour l’occasion et raconte tout autre chose, mais elle s’est avérée être le chemin le plus court pour décrocher le droit de revenir. 9 sur 20. Try again.

Voilà pourquoi, à la grande satisfaction de tous ceux légitimes à me lancer « Tu vois, je t’avais bien dit qu’il fallait pas t’y prendre comme ça », je retournais à Nantes. Brillant n’est pas exactement le mot pour qualifier le second round, mais qu’importe, l’essentiel était fait : j’obtenais la note nécessaire à clôturer le chapitre de mes études.

Retour vers Paris. Aller-retour dans la journée. Vingt minutes de présentation facturées 110 euros, ça fait cher. Très cher. Deux heures et demi de trajet plus tard, après avoir fait étape à mon domicile afin d’y déposer mon sac à dos et me changer, je rejoignais des amis dans un bar avec la ferme intention de faire passer Mel Gibson pour un alcoolo de bas étage. En plus, niveau dépense, je n’étais plus à cinquante euros près. Enfin, cette pensée, elle s’est insinuée dans mon esprit de manière sournoise, au fur-et-à-mesure que la soirée avançait, tandis que le grammage d’alcool dans mon sang augmentait. Vous savez, ces moments où payer un verre dix balles ou plus semble aller de soi, être une décision rationnelle et avisée. Ainsi, après un échauffement constitué de plusieurs pintes, j’enchaînais avec quelques Jägerbomb avant d’épancher ma soif à l’aide d’une paire de Vodka-Redbull puis de fermer boutique avec trois-quatre shots. Vous l’aurez deviné, j’étais rond comme une queue de pelle, passablement refait. Quatre heures du matin approchait et le bar n’allait pas tarder à virer ses derniers clients. Mon iPhone était toujours dans ma poche, mais plus pour très longtemps…

mes chers deboires
Arrivés Place de la République, mes amis et moi nous séparions. Le service de Métro reprendrait d’ici quarante minutes, soit tout autant de temps pour rentrer chez moi depuis République. Après avoir dit au revoir à mes potes, je me dirigeais d’un pas serein – non d’accord, pas vraiment serein, plutôt titubant – à travers le Boulevard Voltaire. C’est simple, pour me jeter dans le confort de mes draps, il me suffisait de prendre tout droit pendant quasiment tout le parcours, puis de tourner à gauche une fois arrivé à hauteur de la rue de Charonne. Un indice pour savoir que vous êtes bien bourré, c’est quand le monde alentour, les immeubles, arbres et lumières se joignent en une roue mêlant verdure et béton, le tout auréolé d’un faisceau lumineux. C’est à ce moment-là, que j’ai commis l’erreur qui sera fatale à mon iPhone. Je vous l’ai dit, l’itinéraire n’a rien de compliqué. Toutefois, cela faisait un mois tout au plus que j’étais à Paris, et je mets toujours un temps certains à prendre la mesure de mon environnement. Ainsi, si j’ai extirpé Phophone de ma poche, c’est pour compenser la faiblesse de mon sens de l’orientation. J’ai ouvert l’application Google Map, y ai rentré mon adresse, ne manquait plus qu’à valider quand soudain… Bam ! Un coup dans ma main. J’entends l’iPhone s’écraser quelques mètres plus loin. Quelqu’un me ceinture. Un de ses compères m’administre un coup de coude dans le nez, faisant valser mes lunettes. Le gars relâche son étreinte, et je les vois – enfin, pas vraiment, je vois que dalle sans mes lunettes – je devine quatre ou cinq silhouettes brouillées par le filtre de ma vision approximative. Je m’élance alors à la poursuite de ces sweat-shirts mouvants, hurlant « Mon téléphone ! Rendez-moi mon téléphone ! » – comme s’ils allaient soudain s’arrêter, revenir vers moi, épousseter ma veste et dire « Désolé mec, je sais pas ce qui nous a pris… On te paie un kebab ? ». J’ai à peine commencé à courir que je m’effondre, victime d’un croc-en-jambe. Agression express. Une minute et c’en est fini, ils sont déjà loin. Voilà comment iPhone et moi avons été séparés. Aujourd’hui, même si c’est difficile, je tente courageusement de reprendre le cours de ma vie. Un nouveau téléphone a pris place dans ma poche, c’est un Samsung, et malgré notre complicité naissante, il est tel le chien numéro deux, celui venant remplacer votre préféré récemment décédé : il ne sera jamais lui.

A bientôt Phophone ! On se reverra dans une autre vie, et saches qu’à chaque fois que je touche l’écran tactile de mon Samsung, je pense à toi…

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