Bloodline

Des séries au top : Bloodline

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« Parfois, on sait que quelque chose va arriver. On le sent. C’est dans l’air. Dans nos tripes. On ne dort plus la nuit. Une voix dans notre tête nous suggère que quelque chose d’effroyable va se produire… Et qu’on n’y peut absolument rien faire. C’est ce que j’ai ressenti quand mon frère est revenu à la maison »

Le générique de l’épisode pilote vient tout juste de se conclure que déjà, le spectateur est averti, informé qu’un drame est à venir. La voix grave et posée qui déploie ces funestes augures, c’est celle de John Rayburn, second fils d’une fratrie de quatre enfants. Ses parents, connus et appréciés de tous aux Keys, sont sur le point d’être honorés : une jetée va être inaugurée et nommée au nom du père, Robert, lequel a fondé 45 ans plus tôt l’un des plus anciens hôtel de l’archipel floridienne. La tempête que John sent poindre à l’horizon prend la forme de Danny, le canard boiteux de la famille, peu fiable, potentiellement dangereux et seul enfant à s’en être allé loin des siens et de ce paradis tropical et humide où elle prospère. Le retour au camp de base du fils aîné après des années d’absence va mettre à mal les liens familiaux, rouvrir des cicatrices, ranimer des rancœurs pour finalement dénuder chacun des protagonistes de leurs secrets et dévoiler leur part d’ombre. C’est par l’entremise de ce mystérieux mouton noir que des fissures vont venir craqueler la façade de cette famille bonne sous tout rapport en apparence, mais en réalité soudée par un mur de mensonges, d’hypocrisie et de lâcheté.

Bloodline, nouveau-né des créateurs de Damages, est avant tout un drame familial. Cependant, les événements vont conduire la série à se doubler en un thriller ascendant policier. La narration est entrecoupée de nombreux mais courts flashbacks, lesquels viennent lever le voile sur des non-dits, tandis que des bonds en avant livrent au compte-goutte des scènes qui n’interviendront que plus tard, dans les ultimes épisodes. Danny, incarné par l’excellent acteur australien Ben Mendelsohn (Animal Kingdom, Lost River…), apparaît d’emblée comme le protagoniste le plus écorché par les aléas de la vie. Et comme pour toutes les questions que l’on se pose en regardant Bloodline, les pièces du puzzle ne se constituent qu’au-fur-et-à-mesure, et il faut faire preuve de patiente pour comprendre le pourquoi de ses souffrances, les raisons pour lesquelles il est amer vis-à-vis des autres membres de sa filiation et découvrir les causes de sa condition de paria parmi les siens. Surtout aux yeux de son père (Sam Shepard : Paris, Texas, Les Moissons du Ciel…), attachant et avenant aux yeux de la communauté, il est aussi un homme sévère, dur et parfois violent.

Bloodline
Le très bon Kyle Chandler (aka « coach Taylor » dans Friday Night Lights ; Demain à la Une) interprète John, tout à la fois fils, mari et père modèle, il inspire la confiance et est un policier respecté. Le destin l’a forcé à endosser le rôle d’aîné, laissé vacant par Danny. C’est quelqu’un sur qui se reposer en cas de problème et qui s’attache inexorablement à vouloir arranger les choses au sein du clan Rayburn.

Megan est la benjamine de la famille. Jouée par Lisa Cardellini (l’infirmière Samantha Taggart dans Urgence et aperçue dans la saison 6 de Mad Men), elle est jolie et intelligente. Bien qu’en couple depuis plusieurs années, Megan ne parvient pas à s’engager pleinement dans sa relation. Après des études de droit, elle est revenue dans les Keys où, en plus d’aider ses parents dans la gestion de leur hôtel, elle exerce en tant qu’avocate.

Le dernier frère, Kevin est marié, sans enfant. D’un tempérament colérique comme son père auquel il voue une admiration sans borne, il est un peu porté sur la bouteille et gère une entreprise de location de bateaux. Leur mère, Sally (Sissy Spacek, connue pour son rôle de Carrie dans Carrie au bal du diable), leur distille son affection et est le lien entre les enfants.

Bloodline
Lancée le 20 mars dernier, Bloodline est à mon sens la production la plus aboutie jamais développée pour Netflix. Pour ceux d’entre vous qui tenteraient d’objecter, elle est largement meilleure que les récentes Dardevil (beaucoup trop consensuelle, prévisible et faussement dark ; vous y avez vu une seule goute de sang, vous ?) ou Marco Polo (d’accord, les décors et les costumes sont épatants, mais depuis quand le marchand vénitien fait-il du kung-fu ?). Et oui, dans une autre catégorie que House of Cards, rien de plus qu’une adaptation (la mini-série originelle éponyme a été diffusée sur la BBC en 1990) agrémentée du style et de la photographie made in Fincher et implémentée d’un casting 5 étoiles (Kevin Spacey, deux Oscars au compteur, pour camper le rôle principal c’est la classe). Ce constat qualitatif sera peut être contesté le 5 juin prochain quand la plate-forme de streaming mettra en ligne les 10 épisodes de Sense8, série de science-fiction signée de Lana et Andy Wachowski (la trilogie Matrix, Cloud Atlas…), et dont Le Type vous parlera bientôt.

Au final, les scénaristes dépeignent l’éclatement des faux-semblants d’une famille où les choses ne sont jamais être aussi parfaites qu’elle n’en paraissent. C’est une série de qualité, à ranger au niveau des meilleures séries diffusées sur Showtime (Episodes, Master of Sex…) ou Fx (Sons of Anarchy, Fargo…) et qui aurait pu prétendre à intégrer la grille de la référence HBO (The Leftovers, The Newsroom…). Kyle Chandler confirme son talent tandis que Ben Mendelshon brille de mille feux dans le rôle de Danny : Le ton de sa voix et son visage expressif traduisant parfaitement le désespoir de son personnage, être complexe, un peu fou et bloqué dans le passé, attachant par certains aspects, répugnants et malsain par d’autres.

Une saison 2 a été commandée par Netflix.

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