Jacco Gardner @ Rock School Barbey, 11 mai 2015

dans MUSIQUE

« Entre 30 et 45 personnes je paye ma mousse ; au-delà c’est toi qui régale ». Après une après-midi durant laquelle deux collègues se mirent à spéculer sur le nombre de présents lors du concert qui devait avoir lieu le soir même dans le confiné Barbey Indie Club, c’est avec un étonnement non dissimulé qu’on découvre à notre arrivée une salle quasi comble, en pleine première partie. Dans le rôle des chauffeurs de salle, les Angevins de Eagles Gift peinent pour le moment à convaincre ce public venu en masse, essentiellement pour la venue du génial Hollandais Jacco Gardner. Après un premier album – Cabinet of Curiosities – réussi et sorti en 2013, le jeune prodige de 25 ans venait présenter Hypnophobia, deuxième effort sorti au début du mois de mai, tout aussi abouti et étincelant que le premier. Dernière date de sa tournée en France ; il s’agissait donc de montrer de quel bois se chauffe le public bordelais.

Après les riffs qui traînent d’Eagles Gift, une pause méritée durant laquelle on s’empresse d’aller prendre l’air (il fait chaud, très chaud) permet d’entrevoir l’hétérogénéité du public ; jeunes et moins jeunes se côtoient, prouvant bien que ce revival psyché que l’on connaît ces dernières années (Tame Impala, Morgan Delt…) affecte tout autant ceux qui l’ont déjà connu comme ceux qui le (re)découvrent aujourd’hui. Le public est chaud et accueille tout aussi chaleureusement le hollandais, accompagné pour l’occasion de 4 comparses. Le visage juvénile de Jacco Gardner se laisse découvrir, laissant percevoir une dose de timidité qui renforce presque l’empathie que celui-ci peut évoquer. Pas de fioritures, le groupe entame sans sommation le concert par quelques titres du premier album, dont le très bon « Clear The Air », mettant tout le monde dans l’ambiance. Très rapidement, à l’inverse de la première partie, les 5 musiciens ouvrent les portes de leur univers onirique empreint d’une certaine forme de mélancolie qui cède facilement la place à l’expérimentation psyché, dans lequel le public plonge aisément. Servi par un son d’une qualité irréprochable, la bande à Jacco enchaîne sur les excellents titres d’Hypnophobia. La foule apparaît réactive, et ce d’autant qu’est perceptible entres les musiciens une complicité qui facilite la tâche afin d’accrocher avec les hollandais dans une salle qui se prête plutôt bien à ce genre d’ambiance intimiste et de relation de proximité avec les artistes.

Après une bonne heure de concert, le multi-instrumentiste, qu’on verra tour-à-tour user de sa guitare 12 cordes et d’un microKORG (petit clavier numérique blindé d’effets), annonce la dernière chanson : l’entraînant « Find Yourself ». S’en suivra un rappel d’une chanson qui cristallisera assez bien ce qui peut se faire de mieux dans ce style de musique : un voyage sonore de 7-8 minutes durant lequel les distorsions des guitares se mêlent aux nappes des claviers, dans un mélange bien dosé planant et hypnotisant, qui laisse le public en plein songe lorsque finalement la lumière refait son apparition. L’espace d’un moment, le gourou hippie 2.0 Jacco Gardner s’est ainsi emparé de son public, tel un chaman, pour le hisser vers des contrées sonores inexplorées. Malgré la chaleur – et la sueur qui en découle, le public est resté jusqu’à la fin, comme ensorcelé par ce show halluciné et dont Barbey saura se souvenir.

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